Paris, en mode Noël

Retenez-le bien : ne jamais permettre l’accès à Internet, sans surveillance, pour un blogueur guinéen qui découvre le haut débit pour la première fois ! Vous risquez d’en faire un infirme. Relever la tête de cet écran de 10 pouces sur lequel je m’use la vue tous les jours, quitter ce clavier bruyant qui laisse des meurtrissures sur le bout de mes doigts, abandonner, le temps d’une soirée, ce canapé qui risque de me flanquer une lombalgie, n’a pas été une sinécure. Habitué en Guinée à un Internet haut-débile avec lequel je livre quotidiennement un Mortal Kombat pour bloguer, je me retrouve face à une connexion qui me permet de télécharger le logiciel VLC Playeren 30 secondes (contre 2 heures à Conakry, si la connexion est en fête). C’est le pied ! En 54 jours de séjour, je suis repu d’Internet.

Dieu merci, ce soir je vais pouvoir passer offline . Me déconnecte pour sortir. Sortir admirer Paris. Le jeu en vaut la chandelle. « Paris, ville lumière » ! La capitale française n’a jamais si bien porté ce slogan qu’en ce mois de décembre de l’an 2011 finissant. En prélude aux fêtes de fin d’année, Paris se pare. Telle une jeune femme guinéenne qui accueille son diaspo de mari de retour au bercail, la ville a revêtu ses plus jolis habits, mis ses plus beaux atours, endossé ses plus belles perles pour souhaiter la bienvenue à 2012.

Ici et là, des guirlandes lumineuses accrochées sur la façade des habitations, des magasins, des boutiques et autres épiceries scintillent de mille feux. Des arbres de Noël, naturels ou synthétiques, et des effigies miniaturisées du Père Noël se vendent déjà comme des petits pains dans les magasins. Les parcs municipaux de Paris et périphérie cèdent leur place à des marchés forains où vendeurs d’oignon Pakistanais côtoient des négociants Sénégalais qui proposent à des Occidentales de troisième âge (parait qu’il ne faut pas les appeler vieilles) des produits low cost. Crise oblige, les prix ont pris l’ascenseur rendant nostalgique du franc français ce couple des septuagénaires que j’ai croisé l’autre jour à l’arrêt de bus de Charenton-Wattignies (12ème Arr.) « Quand tu évalue ça en franc, tu réalises qu’ils sont fous », expliquait la mémé à son ratatiné de golden boy…

Ce soir donc je suis sorti. Une balade en compagnie de mon ami Souleymane sur lesChamps-Elysées, la plus belle avenue du monde, me laisse sur le carreau. Je suis subjugué devant le déluge de lumières. 200 arbres habillés de 600 anneaux en LED illuminent le parcours qui va de la place de la Concorde à l’Arc de Triomphe. De part et d’autre de l’Avenue ce sont 170 stands qui sont installés et proposent aux dizaines de milliers de visiteurs des vins chauds, des gâteaux, du chocolat, des sandwichs aux noms bizarres, des Tour Eiffel en miniature et autres babioles à deux pièces. L’Arc de triomphe, image de carte postale de mes années d’enfant rêveur à Télimélé, se matérialise devant moi, sublime et majestueux. Des touristes font la ronde, appareils photos en bandoulière mitraillant tout ce qui est monument. Sur la place de la Concorde, une longue queue se forme devant la Roue de Paris, qui du haut de ses 60 mètres, amène voltiger en l’air des couples qui se roulent des pelles à la …pelle.

Plus en retrait les magasins des grandes enseignes affichent un luxe insolent pour le Guinéen que je suis. Louis Vuiton, J.M Weston, Marc and Spencer,… Ils sont envahis par des chasseurs de cadeau de Noël. Attirés comme des abeilles par la senteur des parfums, mon ami et moi osons franchir les portiques de Channel, Dolce & Gabana et Hugo Boss. Les prix flanquent le tournis. Un flacon Hugo Boss d’à peine 100 ml à 67 euros me fouette. Un Allure Homme de chez Chanel me gifle avec 102 euros ! Mentalement, comme la mémé de Charenton, je procède à une rapide conversion : 102 € = 1 020 000 francs guinéens ! Soit près du double du salaire, officiel, d’un fonctionnaire. « Je me contenterais bien d’un déodorant Nivea Homme négocié de haute lutte pour 25 000 GNF (2,5 euros) au marché de Madina », me disais-je intérieurement.

De cette lèche-vitrine, envieuse par moments, on se contentera tout simplement de l’éclairage, de la fragrance des Parfumeries, de belles images des montres Swatch et des berlines allemandes exposées sur les stands. Des grandes marques qui ont participé au façonnement d’une société de consommation engluée dans un système capitaliste vorace mondialisé…

De Paris à Conakry, on se prépare à célébrer les fêtes de fin d’année dans la crise. Malgré tout, d’un côté et de l’autre l’alcool coulera à flots, des accidents il y en aura, des pétards résonneront, et… la comparaison s’arrête là. Les uns fêteront dans une lumière éblouissante, les autres dans une insondable obscurité. Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà.

Bonne année, par anticipation.

 

2 Commentaires

  1. Ah,mon bon vieux sorbonnard de beau-frère, profite de la beauté de Paris en décembre. Un ami me l’a une fois dit en riant « Paris rend malheureux le pauvre en décembre ». Je crois que ton portefeuille est bien plein hein? Tu m’envoies quoi déjà, beau-frère?

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *