Symbole de la pornographie

Elle aurait été filmée  dans un quartier près de l’Aéroport International de Conakry-Gbessia.  Puis la nouvelle a fait le tour de la capitale. Par le bouche à oreille d’abord. Ensuite, via le Bluetooth. Quand, enfin, la presse s’y  est mêlée, ça a donné le buzz ces deux dernières semaines.

Elle, c’est une vidéo à caractère pornographique. Pour parler de façon diplomatique. Sinon,  en réalité, c’est une séance de jambes en l’air, digne d’un … « Calcio » ! Mais, s’il s’agissait seulement d’un « Calcio » importé, personne n’aurait trouvé  à redire. Mais, la scène, je vous le rappelle, aurait été filmée localement.  Et  elle implique une nana du coin ! Il n’en fallait pas plus pour que les Smartphones, made in china, entrent en action. Au grand dam des «   acteurs ».  A la grande joie des jeunots, friands de chair fraiche. Oui, à Conakry on adore mater les vidéos pornos. Et le phénomène ne date pas d’aujourd’hui.

Historiquement, le phénomène se repartit en trois âges. L’âge du cinéma (1990-2000). Pendant cette période, les bonnes vielles salles de cinéma détenaient, faute de concurrents, la « licence » de diffusion des films « X ». Dans les années 97 à Conakry, qui n’a pas vu, surtout les samedis, ces fameuses affiches portant un signe « X » assorti d’un texte explicatif : « à partir de 23 heures » ? Les plus pudiques daignaient ajouter : « interdit aux moins de 18 ans » ! Je me souviens encore, comme si c’était hier, de ces scènes ubuesques de fin de projection d’un film «X » au ciné de mon quartier. N’ayant pas 18 ans,  mes  amis et moi, venions regarder un autre film. Celui de la sortie de tous ces mecs tendus comme un arc, la main dans la poche du pantalon pour maitriser un roseau réfractaire.  A cette époque, il fallait être un « Grand Quelqu’un » de la capitale  pour posséder un magnétoscope et une cassette VHS érotique.

Puis, vint le deuxième âge. Celui des vidéos-clubs  (à partir de 2000). Une vraie révolution.  Avec  l’avènement du Vidéo CD et de son lecteur, la visualisation du « X » se libéralise dans les quartiers. Les vidéos-clubs pullulent. ». Les films pornos sur support VCD, se vendent comme des petits pains. Le Nigéria serait le principal fournisseur, d’abord des VCD. Ensuite, des DVD avec des techniques d’encodage permettant d’enregistrer une grande quantité de vidéos sur un seul DVD.

Les tenanciers de ces vidéos-clubs, pour attirer la clientèle, ramènent les  « 23 heures » d’antan à « 18 heures ». Puis, ils effacent définitivement l’inscription : « interdit au moins de 18 ans ». Ce serait insensé de la maintenir étant donné que les gérants eux-mêmes ont 18 ans, voire moins.  La programmation des matchs de foot alternent avec la projection des films « hard ». Cette alternance serait à l’origine des noms de code, empruntés à la métaphore footballistique,  pour désigner les films pornos à Conakry : « Championnat », « Derby milanais », « Calcio », « hindou »… Les novices s’y perdent complètement.

C’est aussi l’époque de « Canal ». Vous connaissez cette distribution d’images des télés occidentales dans les quartiers, à travers un réseau filaire détenu par un seul abonné ? Le distributeur, tard dans la nuit, synchronise son lecteur sur le réseau pour balancer un film « Derby ». Le topo est souvent ficelé en connivence avec des pères de famille abonnés, lassés des films érotiques trop « soft » de RTL 9.

Le troisième âge correspond à celui que nous vivons aujourd’hui. L’âge des Nouvelles Technologies. Bref, celui du porno 2.0. Libéralisée avec les vidéos-clubs, la consommation se démocratise cette fois. Fini le temps où l’on guettait l’arrivée du courant à zéro heure pour explorer son nouveau « film  hindou» dans le salon familial. Finie l’angoisse des ces  pères de famille pervers qui se lèvent nuitamment pour composer le numéro du distributeur de « Canal » en guise de rappel. Les téléphones intelligents, les laptops, les caméras vidéo, les baladeurs numériques et Internet ont inventé une nouvelle manière de mater du « hard » à Conakry. A ce sujet, les ados ont pris une sacrée longueur d’avance sur les adultes.

Désormais, les jeunes garçons constituent les principaux consommateurs des vidéos pornos. Talonnés de près par des adultes qui refusent de vieillir. Viennent ensuite les demoiselles. Eh oui, dans l’intimité du téléphone portable ou du laptop d’une fille, on découvre souvent une mine de vidéos pas catho !  Personne n’est totalement « vierge ». Parait que c’est pour noyer les soucis du désoeuvrement.

Jusque là, on se contentait de consommer. Mais depuis un passé récent, on « produit » avec des acteurs et actrices locaux ! Depuis qu’un Ministre du CNDD, haut en couleur, a pris la décision très controversée de fermer les maisons closes de Conakry, la prostitution s’est muée en pornographie dans les quartiers. Conséquences : on assiste de plus en plus à des agressions sexuelles sur mineures, des harcèlements, et des perversités de tournage des vidéos amateurs, comme celle de Gbessia. Un vrai festival !

Alimou Sow