Village de Pétoye en arrière-plan, à gauche

« L’EAU, C’EST LA VIE » ! Formule bien célèbre.  Formule que j’ai apprise dans ma vie d’écolier au village où, les dimanches matin, j’affrontais la rosée sur le chemin des champs. « L’eau, c’est la vie ». Cette formule cardinale, certains se la répètent machinalement, mécaniquement. Ils l’admettent ainsi, parce que le prof l’a dit en classe dans le cours de biologie. Ce sont souvent ceux qui, à la fin de chaque repas, se désaltèrent d’un grand verre d’eau minérale glacée. Ceux qui ont grandi dans une maison, avec piscine, où ils n’ont pas besoin de faire plus de trois mètres pour prendre leur douche. Ceux qui ont le choix de tourner le robinet d’un côté ou l’autre pour avoir de l’eau chaude ou tiède.  Eux, ils boivent pour ne pas avoir soif. Pour ceux-ci donc, « l’eau c’est la vie » est une banale évidence.

Eh bien pour d’autres, la compréhension, la perception du sens cette formule est radicalement différente. C’est le cas des femmes du village de Pétoye (Télimélé). Pour ces femmes-là, le sens de cette célèbre citation a une dimension existentielle. Lors de mon récent séjour au village, j’ai été, une nouvelle fois, particulièrement frappé par la problématique de l’eau en zone rurale. A ce propos, le village de Pétoye (sous-préfecture de Brouwal) est un exemple vivant. Un véritable laboratoire de la souffrance pour se procurer de l’eau potable.  Dans ce coin reculé, avoir de l’eau simple est une corvée quotidienne. Une corvée à laquelle sont astreintes les femmes.

Perché sur une colline, ce village d’environ 200 habitants est dépourvu de toute infrastructure  d’adduction d’eau. Aucun forage. Les tentatives de  creusage des puits traditionnels se heurtent à la topographie du terrain. Un rocher granitique sert de plancher au sol. Du coup, le village tire son eau d’un marigot situé en contre bas, dans une cuvette. En saison sèche, le marigot tarit. Ce qui oblige les femmes et le bétail à parcourir plusieurs kilomètres pour atteindre la source du marigot, située en amont. Dès l’aube, les femmes, munies de divers récipients, dévalent des vallées entières pour se procurer de quelques gouttes d’eau de marigot.

Source du marigot (Thiangui)

Pour les habitants de Pétoye, la notion d’eau « potable » est un néologisme. Ici, quand on prend une calebasse d’eau après s’être tapé une montagne de près de sept km, on comprend autrement le sens de la formule : « l’eau, c’est la vie ». Ici, la vie c’est d’abord l’eau. Et l’eau, c’est vraiment la vie.  Ici, on ne boit pas pour ne pas avoir soif, on boit pour ne pas mourir de soif.

Jeune femme franchissant un grillage, bidon d'eau sur la tête

Chaque 22 mars est  célébrée la journée mondiale de l’eau. Je crains que les échos de la célébration de cette journée, comme les précédentes,  ne parviennent aux femmes de ce petit village perdu. Des femmes qui n’ont besoin que d’un petit forage. N’ayant pas un forage à leur offrir, je leur dédie ce billet ; ainsi qu’à toutes ces femmes rurales de Guinée qui se lèvent chaque jour les premières et se couchent les dernières. A chaque fois que vous prendrez une gorgée d’eau potable et fraiche,  pensez au calvaire de cette population qui vit pourtant dans un pays qualifié de « Château d’eau de l’Afrique Occidentale ». SOS pour Pétoye.

Alimou Sow
sowalimou@yahoo.fr
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