Située dans le quartier de Kouroula dans la Commune Urbaine de Labé, la Radio Rurale Régionale Moyenne Guinée est indissociable du quotidien de la population de cette région. Emettant sur 104.3 en Modulation de Fréquence, elle a réussi, en l’espace de deux décennies, à s’imposer comme un média incontournable au service d’une population foncièrement rurale. Son Directeur, M. Bhoye Barry « Colonel », m’a reçu dans ses locaux et m’a accordé l’entretien qui suit.

Bhoye Barry "colonel" dans son bureau

Ma Guinée Plurielle (MGP) : bonjour Monsieur, veuillez vous présenter.

Bhoye Barry « Colonel » : bonjour. Je m’appelle Bhoye Barry, communément appelé « Colonel ». Je suis le Chef de la Station Régionale Moyenne Guinée Labé.

MGP : depuis combien de temps êtes-vous Chef de cette station ?

Bhoye Barry « Colonel » : Je suis chef de cette Station depuis six mois.

MGP : à quel moment cette radio a commencé à émettre ?

Bhoye Barry « Colonel » : cette radio a commencé à émettre le 14 mai 1990.

MGP : dans quel rayon ?

Bhoye Barry « Colonel » : au début, elle couvrait tout l’Ouest africain et même certains pays européens grâce à un puissant émetteur MW. C’était l’émetteur de Dianyaabhé (un quartier de Labé, NDLR). Mais, depuis six ans maintenant cet émetteur est en panne.  Désormais nous  émettons en FM avec un émetteur de 500 KW. Donc nous ne couvrons que les préfectures de la Moyenne Guinée ainsi qu’une partie du Sénégal et du Mali.

MGP : vous émettez dans quelle langue ?

Bhoye Barry « Colonel » : nous émettons en langue nationale Pular.

MGP : exclusivement ?

Bhoye Barry « Colonel » : quasi exclusivement en Pular. On a bien sûr quelques émissions en français, comme « le rendez-vous de l’encadreur » où nous faisons appel à un technicien dans le domaine de l’agriculture ou de l’élevage mais que nous traduisons par la suite en Pular. On a aussi des émissions interactives qui peuvent passer en français, sur commande.

MGP : vous touchez le public rural comme son nom l’indique je suppose ?

Bhoye Barry « Colonel » : oui, le public rural : les éleveurs, les agriculteurs, les forestiers, les paysans en un mot.

MGP : quel est le feedback que vous recevez ? L’impact de la radio sur cette population paysanne ?

Bhoye Barry « Colonel » : vous savez que la Radio Rurale de Labé, comme vous le soulignez, n’est plus à présenter. Elle est vraiment bien écoutée. Il y a des vieilles personnes dans les villages qui, depuis des années, ne tournent jamais l’aiguille de leur transistor calée sur une seule fréquence : celle de la radio rurale de Labé. Nous recevons quotidiennement des appréciations positives ou négatives.

MGP : est-ce que vous émettez 24H/24 ?

Bhoye Barry « Colonel » : non. Nous émettons le matin de 6H à 9H et le soir de 19H à 23 H, compte tenu de l’énergie car nous utilisons un petit groupe.

MGP : quel est votre grille de programmes ?

Bhoye Barry « Colonel » : nous avons un programme purement « rural ».  C’est l’agriculture, l’élevage, la santé, l’éducation, l’environnement. C’est le fondamental de notre grille. Nous parlons des techniques culturales, de la protection de l’environnement, de l’éducation et de la santé en collaboration avec des structures décentralisées de ces secteurs.

MGP : j’aimerais savoir les problèmes que vous rencontrez pour faire fonctionner cette radio.

Bhoye Barry « Colonel » : le problème fondamental actuellement c’est l’énergie, le courant électrique. Ensuite, le problème d’émetteur ; parce qu’on avait un émetteur puissant qui nous permettait d’être écouté dans un vaste rayon. Se pose ensuite le problème de la logistique. Figurez-vous que nous travaillons encore à  l’analogique. Le matériel est inadapté, nous manquons de formation pour le numérique. De ce fait, nous dépensons trop pour produire peu.

MGP : alors sur le plan du personnel, combien des journalistes et techniciens avez-vous ?

Bhoye Barry « Colonel » : nous avons 3 journalistes professionnels, dont moi-même qui ait étudié le journalisme au Canada ainsi que des animateurs qu’on a formés dans le tas. Nous avons des techniciens sortants d’université, notamment le chef de maintenance,  et des techniciens professionnels sortis des  écoles professionnelles.

MGP : quel est le statut de vos journalistes, est-ce que c’est la Radio Rurale qui les paye ?

Bhoye Barry « Colonel » : ce sont des fonctionnaires de l’Etat pour certains. Y a aussi des contractuels que la radio paye.

MGP : est-ce que cette radio est une structure décentralisée de la Radio Nationale ?

Bhoye Barry « Colonel » : non, nous avons une Direction Générale qui ne dépend pas de la radio nationale. Les radios rurales sont de type régional ou communautaire. Nous avons donc une Direction Générale à part entière.

MGP : alors comment faites-vous pour fonctionner ? Existe-t-il une entité qui vous subventionne ?

Studio de production

Bhoye Barry « Colonel » : non, pas vraiment. Les radios rurales en Guinée ne sont pas subventionnées. Elles sont le fruit de la coopération avec  certains pays comme la Suisse et la Hollande. Au départ, il n’y avait que les quatre radios rurales correspondant aux quatre régions naturelles du pays, financées par la « Coopération Suisse ». Maintenant avec la « Coopération Hollandaise », on a des radios locales communautaires dans beaucoup de préfectures.

MGP : alors comment les travailleurs sont-ils traités ?

Bhoye Barry « Colonel » : comme je l’ai dit, certains journalistes sont des fonctionnaires de l’Etat, les autres, à savoir les chauffeurs, les plantons, les gardiens,  c’est nous qui les payons.

MGP : oui, mais comment ?

Bhoye Barry « Colonel » : nous faisons de la publicité et organisons des tables-rondes pour des ONG. Nous avons également des émissions interactives sur commande. C’est grâce à ces recettes que nous fonctionnons.

MGP : tout récemment une radio commerciale s’est installée ici, Espace FM. Comment ça se passe entre vous, est-ce qu’elle n’a pas grignoté sur votre part de marché publicitaire ?

Bhoye Barry « Colonel » : Je ne dirai pas non, mais c’est à relativiser. Cela n’a pas empêché ceux qui venaient chez nous de venir. En fait on n’a pas le même programme. Nous, nous émettons en langue nationale Pular, directement perçue par le paysan, tandis que eux, ils parlent français.

MGP : Monsieur Barry, avez-vous un fait marquant dans cette radio ?

Bhoye Barry « Colonel » : je rappelle tout d’abord qu’avant d’être Chef de station, j’ai gravi les escaliers comme il le faut. Je suis venu ici en tant que simple animateur avant d’être nommée chef des programmes pour devenir, enfin, chef de station. Pour le fait marquant, ce que cette radio est la radio de la population, la radio des sans voix. Quand on a par exemple une panne qui nous empêche d’émettre un ou deux jours, on a des reproches un peu partout. C’est vraiment une radio de proximité.

MGP : dernière question. Qu’avez besoin en ce moment pour mieux faire fonctionner cette radio ?

Bhoye Barry « Colonel » : c’est la modernisation. Quitter  l’analogique  pour le numérique. Ensuite la formation pour que nous aussi soyons à l’ère du temps. Enfin, l’énergie électrique. C’est vrai que nous continuons à travailler avec les moyens du bord en sillonnant les villages pour enregistrer sur bandes magnétiques. Ça marche, mais nous voudrions vraiment nous passer de cela maintenant.

MGP : Merci.

Studio de diffusion