Conakry, une capitale au bord de l’AVC

Engorgement en haute banlieue

Malgré quelques efforts pour améliorer les conditions de circulation, Conakry vit dans un état de crise permanent.

Prenez une bande de terre de 36 km de long sur 5 km de large. Placez-y 2,3 millions de personnes. Tracez deux axes principaux de circulation qui la traversent et se rejoignent à son extrémité, où sont concentrés les pôles d’attraction. Vous obtenez Conakry, la capitale guinéenne.

Théoriquement, circuler à Conakry est simple : le matin, tout le monde « descend » à Kaloum, le centre administratif et sa proche banlieue ; le soir, tout le monde prend le sens inverse. Mais dans la pratique, c’est un véritable casse-tête. Le réseau viaire se réduit à l’autoroute Fidel-Castro et à la route Le-Prince, qui épousent la forme linéaire de la ville. Toutes deux sont reliées par une douzaine de transversales, pour la plupart en mauvais état. Résultat : un engorgement permanent.

La presqu’île de Kaloum (désignée par l’expression « en ville ») abrite le palais présidentiel, les ministères, les banques, le port et la plupart des chancelleries. Elle est reliée à la banlieue populeuse par une digue, goulot d’étranglement où se forment d’interminables bouchons.

À toute heure, les routes sont un enchevêtrement de voitures, de camions, de magbanas (minibus) agonisants et bondés, ainsi que de taxis collectifs qui slaloment entre les files. Au pire moment de la journée, il faut jusqu’à quatre heures pour faire le trajet du «Kilomètre 36» à Kaloum. Tant et si bien que la marche à pied est de loin le mode de transport le plus efficace, et le plus utilisé.

Hormis le centre-ville, l’urbanisation de Conakry s’est faite sans plan. L’anarchie dans les constructions a rendu certains quartiers très enclavés. Les habitations sont très proches les unes des autres, donnant sur des ruelles étriquées. L’absence d’espaces verts et d’aires de jeux pousse les jeunes à transformer la chaussée en terrain de foot. Bonjour les accidents…

Différents gouvernements ont tenté de résoudre le problème avec, notamment, un programme d’urbanisation (PDU) en trois phases. Pour l’heure, il a donné quelques résultats seulement : ouverture de transversales, construction de passerelles, bitumage de piste, etc.

Côté transport, le train Conakry Express et, récemment, la mise en place d’un système rotatif de la circulation au départ ou en provenance de Kaloum aux heures de pointe concourent à fluidifier la circulation. Une goutte d’eau dans l’océan !

[Billet initialement publié dans le N° 2671 de Jeune Afrique]

Comment le «Thiep» de Marième m’a tué !

Comme une mouche sur un cadavre de trois jours d’un buveur de Bil-Bil, ce breuvage alcoolisé avec lequel les Camerounais se gargarisent après chaque repas, je rentre d’un séjour de 10 jours au Sénégal repu de «Thiep». Vous savez ce plat mythique de la gastronomie du pays de la Teranga (Hospitalité) que les Guinéens désignent sous les noms ronflants de «riz au gras» ou «riz-gras». En pays peul, on rencontre même les acceptions « Li-gras » ou « Guiri-gara » ! C’est selon qu’on est lettré ou analphabète inspiré.

Dix jours durant lesquels j’ai pu apprécier toute la saveur exquise du Thiep sénégalais.  L’original, l’authentique, le vrai Thiep. Celui de Marième, l’épouse de mon ami bienfaiteur.

Du Thiep version guinéenne, j’en avais mangé chez moi en Guinée à la maison, chez le voisin, au resto ou à l’occasion des cérémonies de baptême, de mariage, ou d’accueil de pèlerins qui rythment la vie de mes compatriotes. J’avais apprécié aussi le goût au citron du «Benna Tchin», version gambienne, à la faveur de mes multiples vacances au pays de Yayah Jammeh, The Big Man.

Mais, après mon expérience de l’authentique Thiep sénégalais fait par une experte, je  me suis rendu compte que vraiment Thiep c’est pas Thiep. Qu’il y a Thiep dans Thiep. Que le riz-gras de chez nous est une pâle copie du vrai plat sénégalais.

Notre riz-gras national est un assortiment de riz aux grains gros comme des fusées, de morceaux de viande ou de poisson farcis de piment déculottant, des légumes «saignants» tant ils sont mal cuits, le tout baignant dans une mare d’huile gorgée de cholestérol. Vous mangez ça le matin vous boirez un mètre cube d’eau pendant la journée, sans étancher votre soif.

Encore que, quand c’est «fait maison» c’est acceptable.

Car à l’occasion d’interminables cérémonies de mariage et de baptême, l’on sert, dans des bassines remplies à ras-bord, un riz-gras plutôt carabiné. Préparé à base de riz «blanc» importé de Bangladesh, dont les détracteurs disent qu’il est destiné aux chevaux, ce riz au gras est aussi  dur à avaler qu’une éponge de toilette d’un boutonneux. Vous refilez ça à un porc bissau-guinéen, vous l’entendrez maugréer «non, merci je préfère fouiller dans nos poubelles ». Et qui connait les poubelles de nos voisins de Bissau…

Un conseil : si c’est au village qu’on vous sert  du  «Li-gras» à l’occasion d’une quelconque cérémonie, mieux vaut s’en méfier, sinon vous regretterez votre pire gastro-entérite !

Non, sans déconner mes chères sœurs guinéennes, vous savez cuisinez (vos maris, pour certaines), mais laissez le Thiep aux Sénégalaises. Rendez à César ce qui est à César et à Mariam, la femme de mon ami, ce qui lui appartient, c’est-à-dire sa marmite.

Car, sans distinction de variété, le riz-gras de Mariam est doux, très doux. Comme le dirait mon ami Parigo, il est «bon», «très bon».

Du Thiep Bou Dienne (avec du poisson), Mariam a préparé, j’ai mangé, goulument. Thiep Bou Yap (viande), elle a fait, je me suis régalé. Thiep Kethia, ses doigts magiques ont façonné, je me suis délecté. Cette dernière spécialité est  un condensé de riz fin, de légumes variés et un panaché de  fruits de mer à vous mettre l’eau à la bouche à la moindre senteur. Un plat qui vous recharge de 1000 volts par cuillerée. Même les médecins lui tresseraient des lauriers pour sa richesse en vitamines et oligoéléments. Un régal.

Des lauriers que j’offrirais volontiers et par tonne à Marième, non seulement pour la qualité de son Thiep, mais aussi pour la façon dont elle le sert aux convives. A l’heure du repas, assis par terre en tailleur, nous formons un cercle autour du plat servi dans un récipient ovale inoxydable. A nous les hommes les gros morceaux de viande et de poisson qu’on nous glisse avec délicatesse, par pelletées entières. Avec sourire et empathie, on nous supplie de « bien manger », nous reproche de ne pas «manger assez».

Au début, j’étais gêné aux entournures par cette attention particulière à laquelle j’étais complètement étranger, avant qu’on ne me m’enseigne que cela fait partie de la Teranga dont la femme sénégalaise est la gardienne. On raconte que, sur un tout autre genre,  elle sait faire goûter à son mari des délices célestes insoupçonnés, la nuit tombée.  J’imagine l’insupportable solitude qu’endure l’époux sénégalais vivant loin de sa douce moitié, obligé de se taper des Kébabs turcs et des péripatéticiennes ghanéennes.

Pour ma part, en seulement 10 jours au Sénégal, j’ai failli laisser mon cœur à Dakar, accroché sur une arête de poisson tant j’ai été gâté côté bouffe.

Mes sœurs de Guinée, cette attention, cette qualité de service à manger est aussi une spécialité de vos voisines du Sénégal. Au contraire, certaines d’entre vous pourraient facilement se reconvertir au basketball à force de  prendre la figure de leur mari pour un panier et le plat de riz pour une balle à la moindre dispute.

A cet instant, je sais que vous brulez d’envie de me saisir, m’étrangler et de jeter ma carcasse aux fauves. Avant de me donner le coup de grâce, permettez-moi d’écrire que vous n’avez, certes, pas la main pour le Thiep, mais, et cela est incontestable, vous êtes les femmes les plus belles de la sous-région, probablement de l’Afrique et pourquoi pas du monde entier.

Faites du Thiep et non un homicide. (Article d’humour).

Réponse à la lettre de Paris

M’barin (mon ami),

C’est d’un trait et à la lumière de la bougie que j’ai lu ta lettre de Paris. Elle m’a profondément secoué …

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Lettre de Paris à un ami de Conakry

Mon cher ami,

Ma décision est prise. Mon sac est prêt. Je rentre au bled !  D’ici, j’entends ta réaction : « Il est fou lui ; revenir ici après avoir foulé Fötéta (Occident) ! ». Non, je ne suis pas fou mais je comprends ton choc. A  la fin de cette lettre, tu comprendras mes motivations.

Cher ami, que les choses soient claires, mon intention n’est pas de gâcher ta soirée ou de te décourager de tenter ta chance pour le visa. Encore moins de faire des révélations sur des « secrets de vie » de nos compatriotes vivant ici. Je voudrais juste te livrer un témoignage à travers le regard neuf de quelqu’un qui avait longtemps rêvé de l’Europe, de Paris, de sa Tour, de ses banlieues, de l’accent de ses habitants.

Je « chökhö »

Tiens, en parlant d’accent, tu remarqueras sans doute que je Chökhö (imiter l’accent parisien) davantage.  On m’accusait d’jà de le faire un peu au pays, alors après cinq mois passés à Paris et dans sa banlieue, autant t’avertir que les choses ont empiré. Tu l’as sans doute remarqué quand j’ai écrit « d’jà » au lieu de « déjà ».

Eh ben, tu m’entendras désormais marquer mes surprises et étonnements par un gros « Putain », souligner mes négations par un « Bah non ! », les affirmations par un « Bah oui ! ». Je m’exclamerai en te disant « Tu m’étonnes » au lieu de « Exactement ». Pour te redemander ce que tu viens de dire, je ne dirai plus « quoi ? », mais « comment ? », pour apprécier les délicieux plats de riz au mafé Haako (feuilles) que ta maman sait si bien faire je dirai « c’est très bon » au lieu de « c’est très doux ». Désormais, le « R » dans « Paris », mourra, étouffé dans ma gorge !

Tu sais mon pote, j’ai même découvert une autre dimension pour les notions de « s’il vous plait », « pardon » et « merci ». Pour un rien dans le métro, on te dégaine un « pardon » pendant qu’on se méfie de toi. Une phrase comme « Je prendrais un verre d’eau », commence quasi-systématiquement par un « s’il vous plait » et se termine par un « merci » ! Quelqu’un qui vient de te dépasser sans t’adresser le moindre « Bonjour » ô combien indispensable chez nous, est capable de se planter à te tenir une porte ouverte 15 secondes durant, en signe de politesse !

Des pratiques sociales françaises difficiles à décrypter pour le Guinéen que je suis, comme cette manie qu’ont les gens de se moucher bruyamment pendant que tu manges ou de renifler les aliments. Ta grand-mère te tuerait rien que pour ça !

J’ai compris donc que nos compatriotes qui retournent au bled avec cet accent français, et qu’on raille souvent, ne font pas exprès de l’afficher. Du moins, pour la plupart d’entre eux. Car pour te faire comprendre par les gens d’ici, il faut imiter leur façon de parler. Sinon, t’as droit à des regards livides, des écarquillements d’yeux horrifiés. Et c’est réciproque je pense.

Ne dit-on pas que le milieu fait l’homme ? Vantardises d’un Mbénguiste (celui qui vient de la France) me rétorqueras-tu. Soit.

Les potes et toi, je vous entends déjà dire  « Le Parisien ou le Français est de retour» lorsque je me pointerai sous le manguier où nous nous gavons d’Attaya (thé) à longueur de journée. Quand je tournerai le dos, les plus gentils diront « Il n’a même pas grossi, on dirait qu’il n’était pas en Europe. En plus, il est fringué comme un blédard». Pour d’autres, plus tranchants, je serai un « maudit » d’être rentré. Je comprendrai tout le monde, sans en vouloir à personne. Car depuis la Guinée, il est très facile de juger. Juger sans savoir.

Juste un « petit 100 euros »

Il faut venir pour comprendre. Comprendre pourquoi ton cousin, ton frère, ta sœur, ton beau-frère de Fötéta, ne t’appelle pas si souvent, pourquoi il ne t’envoie pas un « petit 100 euros » ; même pas » un « iPhone », un Blackberry ou un laptop. Tu penses que ton cousin t’a oublié « comme  il est dans le beurre maintenant ». Tu devrais pourtant savoir que malgré la galère de chez nous, c’est probablement toi qui es dans le beurre avec les « petits cent euros » que ta sœur te balance de temps en temps.

Ta soeur, elle, est souvent dans la merde ici, empêtrée dans les couches d’insupportables gosses dont elle n’ose même pas crier dessus, ou occupée à briquer chaque soir une pile d’assiettes de ta taille dans un resto où elle est forcée de toujours sourire aux clients, malgré l’angoisse des appels intempestifs des parents au pays. Ici, ton cousin sort à six heures du mat’ pour aller à la fac, pendant que tu pionces paisiblement à Conakry sous une moustiquaire. Il rentre tard le soir dans son studio parisien loué à 600 euros le mois pour prendre un bain vite fait et continuer au centre commercial où il assure la sécurité, si ce n’est pas pour livrer des pizzas par moins huit degrés la nuit.

Cher ami, quand tu viendras, tu comprendras la formule « métro, boulot, dodo ». Tu sauras mieux ce que signifie « le temps, c’est de l’argent ». Tu arrêteras de te plaindre qu’on ne t’appelle pas assez, car pendant que toi tu guettes la moindre sonnerie ou SMS qui tombe sur ton téléphone, ici ton frère n’a même pas le temps de décrocher le sien.

Puisque tu ignores même la notion de répondeur pour lui laisser un message quand tu le harcèles, la prochaine fois que tu réussiras à le joindre pour qu’il t’envoie 50 euros pour tes frais de scolarité (en réalité pour emmener ta nouvelle go en boite), c’est pour lui dire « j’ai essayé plusieurs fois de te joindre, je tombe toujours sur ton répondeur » !

Tu ignores qu’à chaque fois que le code 224 s’affiche sur  son simple Nokia, c’est une source d’angoisse pour ton frère : un parent malade ? Un décès ? Non, c’est encore son Vieux (le père) qui n’arrête pas de lui dire « Mamadou, tu sais que ton copain qui est en Suisse là va envoyer ses parents à la Mecque cette année ? Tu sais qu’il a couvert sa maison de Yattaya, qu’il a acheté une nouvelle parcelle à Coyah, que… ». Ta gueule Vieux ! Mais il se retient  et dit : « Oui papa, ne vous en faites pas, vous irez à la Mecque ».

Alors, mon cher ami difficile de grossir dans ces conditions. Même si on mange bien ici et pas très cher. Ok, je serai mal fringué puisque je ne porte pas un jean Levi’s de 150 euros, une chemise Pierre Cardin à 200 balles décrochée aux Galeries Lafayette. Pour le phone, je me contenterai d’un Samsung d’entrée de gamme négocié à Château Rouge ou Barbès.

Je rentre même si…

Je rentre donc au pays. Je sais pourtant que sur place, tu continues à jouer au PMU et au Loto en espérant décrocher, un jour, le jackpot faute d’un emploi, même indécent. Je n’ignore pas l’existence de l’insupportable épreuve de trouver un taxi pour aller déposer un CV En-Ville (Kaloum) le matin où pour rentrer à la maison le soir. J’ai appris que les Chinois nous ont offert 100 bus, mais je ne me fais aucune illusion quant à l’amélioration du transport urbain dans notre capitale au bord de l’AVC.

Enfin, je sais que la malédiction politique continue à hanter le pays, que Bambéo reste Bambéto, que les militaires guinéens restent égaux à eux-mêmes, que pour un téléphone portable tu peux passer de vie à trépas, que le chômage a encore un bel avenir chez nous …

En dépit de tout, je reviens. Une perspective envisagée par beaucoup de nos compatriotes de la diaspora. Ils sont justes angoissés par l’instabilité politique du pays,  l’épreuve du retour, les regards et les langues des proches parents, les lamentations d’une épouse qui passe son temps à claquer les « petits 100 euros », péniblement réunis, dans des mariages pompeux et des basins Bamako fringants.

En attendant mon arrivée, je te souhaite bonne chance pour tes démarches pour le visa, si tu en as engagées cette année encore. Le mien expire dans moins d’un mois et je n’ai aucune envie pour l’instant de caraméliser mon identité dans du « Sukkar bruxellois » !

A très bientôt.

Amicalement.

PS: Toute ressemblance de cette lettre imaginaire avec une situation réelle est purement fortuite.

Thierno Diallo, arbitre guinéen à 18 ans

Il kiffe le rap, aime les croque-monsieur au saumon, adore le marketing. Mais sa passion reste le foot. Ses copains tapent dans le ballon, lui applique les règles du jeu. Il correspond à la loi N° 5 : Arbitre.

Il a potassé un bouquin de 400 pages compilant les dix-sept règles et articles qui régissent le football, accompli un stage d’un mois sanctionnée par un examen théorique et pratique. Il a ferraillé dur pour obtenir le sésame. L’effort a payé. Thierno Diallo, 18 ans, détient une licence d’arbitre de football depuis trois ans. Aujourd’hui, il dirige des matchs des moins des 17 ans (U-17) dans tout le district des Yvelines (France).

Inscrit en classe de 1ère, Sciences et technologies de gestion (STG) au lycée Jean-Baptiste Poquelin de Saint Germain-en- Laye (Yvelines), Thierno est un bosseur. Il partage ses weekends entre révision des cours, travaux domestiques et sa passion d’arbitre, en passe de devenir une profession.

Il est 10 heures ce dimanche matin. « Lettre à mon public » de Kerry James entre les deux oreilles, il prépare son sac. Cartons (Jaune et Rouge), un sifflet, une montre, un maillot, une fiche de paie et l’indispensable licence. Direction Houilles-Carrières, à 10 minutes de chez lui (Vernouillet). Son ancienne équipe Houilles, affronte Château, deux formations des moins de17 ans. C’est donc avec une certaine émotion qu’il officiera le match cette après-midi. « Ça va être un peu dur, mais faut que je le fasse », sourit-il, dans un accent de jeune banlieusard de Paris. Sa « M’man », comme il appelle sa mère avec qui il habite, le dépose en voiture.  Elle ne cache pas sa fierté pour son fils. « Il apprend à se prendre en main », se réjouit-elle.

Thierno perçoit une rémunération qui varie entre 65 (pour les 14-15 ans) et 76 euros (16-17 ans) par match ; avec un minimum de quatre matchs par mois. De quoi se faire un peu d’argent de poche « pour me coiffer, m’acheter des chaussures et économiser pour les études post-bac » explique-t-il ; avant de se reprendre : « mais aussi d’envoyer un peu de sous au pays». Bosseur, mais aussi généreux envers les siens. Lui qui dit pouvoir s’habiller avec 50 euros au Marché à Puces de Clignancourt (quartier de Paris), raille « des gens qui dépensent de fortes sommes dans de vieux habits ». Bosseur, généreux et modeste donc. Le gendre parfait !

Quand Thierno parle du pays, il fait référence au sien, la Guinée. Cet enfant peulh taillé dans du roc (1m 75, 68 kilos) est né à Conakry des parents originaires de la préfecture de Pita (350 km de Conakry). Il y fait ses premiers pas d’écolier, notamment à Wanidara (quartier nord Conakry), puis au village à l’école primaire de N’diré (Timbi-Madina, Pita).

Fin 2002 il débarque à Paris au côté de sa mère. Ils habitent Saint Germain-en-Laye, quartier général du club éponyme (PSG). Ils ont même le privilège singulier d’être à un jet de pierre de « Château-Vieux » et du stade d’entrainement des Parisiens ! Une baraka pour le poussin, amoureux du ballon rond et des croque-monsieur au saumon qu’il prépare lui-même.

Le petit Thierno intègre le club US Lepecq (Yvelines) au poste de milieu de terrain (N° 6), il se fait vite remarquer. Mais au fil du temps la passion de l’arbitrage prend le dessus. La raison ? « J’avais envie de connaitre les règles du jeu. J’aime l’autonomie que donne le métier d’arbitre ». Ça lui permet tout aussi de bourlinguer et de découvrir des contrées lointaines.  « Parfois on me demande d’aller arbitrer un match dans un coin que je ne connais pas, je regarde juste sur une carte et j’y vais ».

Aujourd’hui le rêve de Thierno est d’intégrer le prestigieux Centre Régional de Formation Jeunes Arbitres – Pôle espoirs de Paris et d’embrasser une carrière internationale. « Arbitrer les matchs de la CAN se serait bien hein » rêve-t-il. Son cœur balance tout aussi pour un BTS en Marketing, pourquoi pas un Master. Car devant sa passion de l’arbitrage la lucidité lui rappelle qu’une « carrière d’arbitre dure 10 ans. Il faut avoir un métier ». Préfère-t-il vivre en France ou en Guinée après ses études ? Choix cornélien. « J’aimerais vivre en Guinée, sans être coupé de la France, cette dernière m’a beaucoup donné », répond-il  après une longue hésitation.

En mars prochain, Thierno Diallo espère enregistrer un morceau de rap avec son pote Hatim, vainqueur d’un concours initié par le rappeur français Mister U (Younes Latifi). Une perspective qui l’enchante : « ça va être cool ».

Avec un bon niveau d’anglais, une maitrise quasi-parfaite de l’allemand (il a passé six mois à  Hanovre), ce garçon a plus d’une corde dans son arc. Pour son bien et probablement celui de son pays de naissance, la Guinée. Prrrrrrrrrrrrr!!!!