Conakry, côté pile

Une vue au large de Room - crédit photo: Alimou Sow

Une vue au large de Room – crédit photo: Alimou Sow

Dans le palmarès des villes propres où il fait bon vivre, Conakry est en queue de peloton. Les habitants de la capitale guinéenne sont sempiternellement pressés, stressés et cassants. A bien regarder leur habitat sur une carte, on comprend leur situation : ce n’est pas facile de vivre dans un cigare !

Plus de deux millions de personnes sont entassées sur une bande de terre en forme de cigare géant qui plonge dans l’océan sur 40 km de long, avec en moyenne 8 km de large. Deux routes parallèles servent de voies de circulation qu’empruntent chaque jour des dizaines de milliers de véhicules presque toujours au même moment et dans le même sens. Même au cinéma on ne saurait récréer un capharnaüm plus abouti.

La promiscuité, les frustrations, la galère et les rancœurs, entretenues par des discours politiques ravageurs font que, durant les 20 dernières années, la cité est devenue un volcan en ébullition où la moindre humeur s’exprime dans une violente éruption : les ordures quittent, un temps, les fossés pour la chaussée, des pare-brises volent en éclats avant que les écœurés n’hument du lacrymogène pour se calmer.

Pour échapper à ce chaudron incandescent à la quête d’un bol d’air frais, il faut gagner les terres de l’intérieur du pays ou prendre le large. Mon choix porte sur la seconde option.

Mais 20 ans de vie à Conakry n’ont pas effacé mes souvenirs d’enfance de petit berger peul sur les hauts plateaux de la partie occidentale de la région du Fouta Djallon. Je sais faire le Tarzan en balançant au bout d’une liane entre deux rochers, mais pas accrocher un appât sur une ligne pour aller à la pêche. Bref, la phobie de l’océan a fini de me convaincre que je pourrais me noyer dans un verre d’eau.

Pourtant, je me jette à corps perdu pour l’archipel des îles de Loos. Le 14 février est en effet une occasion plus que… romantique pour rendre visite à mes insulaires compatriotes ou sombrer dans l’Atlantique façon Jacques Dawson dans Titanic.

Notre Titanic à nous sera une pirogue, longue d’une quinzaine de mètres, à l’arrière de laquelle est flanqué un moteur Yamaha aux vrombissements pas très rassurants. Pas rassurants non plus le matelot occupé à vider l’eau de mer infiltrée dans la coque… Pour 50 000 francs la traversée, une vingtaine de personnes prennent place à bord, serrées en rang d’oignons. Gilets de sauvetage enfilés, on met le cap sur les îles de Loos. L’image n’est pas sans rappeler les embarcations de fortune des immigrés clandestins qui affrontent la Méditerranée. Je me tape l’Ayatal Koursiou en rafale pour chasser l’idée maléfique de ma tête.

L’archipel des îles de Loos, situé à une dizaine de km à l’ouest du port de Conakry, est composé de trois îles principales : Kasa, Tamara et Room par ordre de distance de la terre ferme. Elles forment une sorte de demi-cercle autour duquel sont parsemés des îlots inhabités de faible importance. L’ensemble représente un certain havre de paix particulièrement prisé par les expats en quête d’exotisme et de loisir.

Kasa, l’île la plus proche de Conakry est également la plus grande et la plus peuplée. Elle a été récemment érigée en sous-préfecture dans une certaine confusion des textes … A l’exception de quelques endroits, Kasa a la réputation d’être envahie et polluée ; donc moins attrayante. Ce n’est pas trop à mon goût.

Tamara a un côté sauvage avec très peu d’habitations et d’hôtels. C’est encore une île vierge, toutes proportions gardées. Pour les amateurs de randonnées à la découverte d’endroits inédits, c’est la destination privilégiée. J’adore la randonnée, mais ce sera pour une autre fois.

Je suis plutôt en quête de calme, d’air frais, d’eau turquoise et de sable fin, bref du romantisme en ce 14 février. Tout ce qu’offre Room, à 11 km des côtes de Conakry.

Il est 10 heures tapantes. Le moteur de la pirogue pétarade de plus en plus fort. L’embarcation prend son élan et s’élance sur les commandes d’un mec baraqué à la peau en écailles, brulée par le soleil de Guinée. Un genou plié, il tient une barre de fer verticale en guise de gouvernail. De furtives images de « Dents de la mer » défilent dans ma tête. Dieu, sauve tes créatures…

Pas sûr que le Seigneur m’entende puisqu’un groupe d’expatriés d’origine russe pèchent juste devant moi en buvant de la vodka à grandes lampées. Ils fument, nous enfument et dévissent bruyamment. Dans leurs conversations désarticulées reviennent pêle-mêle, la guerre à l’est de l’Ukraine, le statut de la Turquie en tant que pays européen ou non. Le tout noyé dans des effluves de vodka russe et de Marlboro.

Une scène moins amusante que les plongées spectaculaires à la verticale des sternes qui capturent des petits poissons qu’ils emportent manger sur les berges du port de Conakry. La technique de pêche de ces oiseaux est bluffante !

Voici Kasa qui défile à notre gauche. Sur les côtes rocheuses aux allures de falaises, des femmes sèchent de petites crevettes sur des pagnes colorés. Plus loin apparaît un hôtel en cases rondes surmontées d’un toit conique de tôle ondulée. Tout autour de l’île, des vieux pêcheurs solitaires, torse nu, bravent le soleil de midi et la mer à la recherche de quelques capitaines et de langoustes.

Au bout d’une heure de voyage surgit l’île Room. A gauche de la petite bande de terre en forme de « 8 », une enfilade de résidences privées sur la plage, à droite le village de l’île. Au milieu de deux, entre une langue de sable et des rochers basaltiques, les pirogues déversent autochtones, touristes et randonneurs.

Mon hôtel est situé sur l’autre versant auquel on accède par une ruelle rocailleuse qui serpente à travers une forêt de palmiers qui dandinent sous le vent. Ici, la plage est immaculée, quoique parcimonieuse. Le ressac des vagues sur les falaises, la pureté de l’eau et de l’air font oublier le tumulte de Conakry et vous plongent dans un calme romantique.

En parlant de romantisme, beaucoup ignorent que la beauté de Room donna autrefois à l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson le décor pour son roman mythique « L’Ile au trésor »! En tout cas, de petits malins ont flairé le trésor caché de l’île en y faisant pousser des hôtels aux tarifs qui frisent le scandale pour un service et un confort minimalistes. La chambre à 100 euros et un vague petit déjeuner qui dope votre appétit au maxi.

Au resto de l’hôtel, le menu tracé sur un tableau noir annonce la couleur : deux tranches de filet de capitaine à 130 000 GNF. Je me suis sauvé pour retrouver les pêcheurs au village en contrebas. Au bout de quelques minutes de conciliabules, Naz, un grand gaillard, prend sa pirogue pour me ramener deux gros capitaines qui frétillent encore. Deux heures plus tard, ma femme et moi nous avions écaillé, vidé et grillé le poisson. Installés à l’ombre d’un baobab, le regard rivé sur l’île de Tamara de l’autre côté de la mer nous avons dégusté ces délicieux capitaines.

Ça fait partie des bons plans de Room où je reviendrai plus souvent pour humer l’air pur et manger du poisson frais, les pieds dans l’eau. J’aime ce Conakry-ci.

8 Commentaires

  1. Formidable, j’adore ce genre de blog ca me donne le gout de la lecture….
    Et ca me situe très bien à propos des iles que j’ai tant revé de visité

  2. Le meilleur rapport qualité/prix sur l’île de Roume est La Villa Elijah à l’entrée du village en haut de colline au bord de l’océan. Chambre à 300.000gnf et repas plat du jour à 60.000gnf.
    Effectivement ce ne sont pas les tarifs exorbitants de l’hôtel Sogué comme décrit dans ce récit.
    Vous avez toutes les infos sur La Villa Elijah sur mur site internet :
    http://www.villaelijahguineeconakry.com
    Pour infos …

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