Ma guinée plurielle http://lims.mondoblog.org Un clic sur les réalités socio-culturelles de ma Guinée dans sa diversité Sun, 07 Oct 2018 08:42:18 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.11 http://lims.mondoblog.org/files/2016/06/cropped-calebasses-32x32.jpg Ma guinée plurielle http://lims.mondoblog.org 32 32 Satigui, le sorcier ! http://lims.mondoblog.org/satigui-le-sorcier/ http://lims.mondoblog.org/satigui-le-sorcier/#comments Sun, 07 Oct 2018 08:42:17 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1325 Naître et grandir au village toute l’enfance et une partie de mon adolescence n’ont jamais réussi à émousser mon esprit cartésien acquis sans doute à l’école française. Mon raisonnement est quasi-systématiquement guidé par les principes de la science. J’ai donc fichtrement du mal à croire à la sorcellerie, contrairement à une bonne partie de mes compatriotes surtout les analphabètes et les villageois. Ceux-ci sont convaincus que certaines personnes -les sorciers- disposent des pouvoirs maléfiques capables de détruire un individu soit en le ruinant économiquement, soit en l’éloignant volontairement de son pays, voire en le tuant. Dans ce dernier cas, on [...]

The post Satigui, le sorcier ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>

crédit image: pixabay.com

Naître et grandir au village toute l’enfance et une partie de mon adolescence n’ont jamais réussi à émousser mon esprit cartésien acquis sans doute à l’école française. Mon raisonnement est quasi-systématiquement guidé par les principes de la science.

J’ai donc fichtrement du mal à croire à la sorcellerie, contrairement à une bonne partie de mes compatriotes surtout les analphabètes et les villageois.

Ceux-ci sont convaincus que certaines personnes -les sorciers- disposent des pouvoirs maléfiques capables de détruire un individu soit en le ruinant économiquement, soit en l’éloignant volontairement de son pays, voire en le tuant. Dans ce dernier cas, on dit « qu’on l’a mangé ». Selon ces croyances, les sorciers cannibales seraient capables à la nuit tombée de se transformer en animal (hibou, serpent, hyène, abeille…) pour jeter un sort sur leurs malheureuses cibles.

Ainsi, à chaque fois que je m’apprête à aller au village, on multiplie les conseils de précaution : « n’annonce pas ta venue, ne viens surtout pas avec une voiture, ne sers pas la main d’un tel, ne mange jamais chez cette vieille, évite de t’assoir à tel endroit, etc. »

Sans tomber dans la provocation, je n’ai jamais suivi tous ces conseils à la lettre. Même si je ne tente jamais le…sorcier, je ne vois pas comment quelqu’un peut être capable de se transformer en oiseau pour aller « manger » un être humain. D’ailleurs, en admettant que ce soit possible, pourquoi alors les sorciers du village ne sont pas les plus aisés ? Pourquoi n’ont-ils pas plus d’embonpoint ? Pourquoi tous les villageois ont la peau rugueuse, les mains ravagées par des cals, la démarche mal assurée à cause du dur labeur ?

À chaque fois, on me rétorque « c’est parce que tu n’es pas sorcier, tu ne connais pas leur monde. Tu es ignorant de leur science occulte. »

Alors, cette fois j’ai voulu savoir moi-même. Comme pour les chasseurs de phénomènes paranormaux dans les émissions télé, j’ai tenu à vérifier la véracité ou non de ma conviction que la sorcellerie n’existe pas ou en tout cas un être humain ne peut pas se muer en animal de manière réversible.

Je me suis dit que la meilleure manière de le faire est de pénétrer le monde de la sorcellerie si celle-ci existe. J’ai donc profité de mon récent séjour au village pour me rapprocher du vieillard considéré comme le plus grand sorcier de la contrée:  « Satigui Barry ».

Après plusieurs jours de contacts nocturnes réguliers et dans la plus grande discrétion, j’ai réussi à convaincre le vieil homme que je voulais faire un petit stage pour apprendre des « choses cachées » qu’on lui prête de détenir. Il a fini par accepter. La découverte que j’ai faite à travers cette expérience inédite que je compte partager avec vous dans les prochains jours, dépasse l’imagination !

C’est donc au bout de plusieurs jours de conciliabules menés dans le plus grand secret que je réussis à convaincre le « redoutable sorcier » Satigui Barry, de m’apprendre un peu de « sa science occulte ». Pour faire fléchir le vieil homme, il fallait tout d’abord le convaincre de ma détermination et de mon courage inébranlable à aller jusqu’au bout, puisque « jeune homme », me répétait-il, « vous vous engagez sur un chemin redoutable. L’aventure que vous entreprenez vous marquera à jamais et sachez que la transformation que vous allez subir sera irréversible », insista-t-il.

« Sörö (grand-père) » lui ai-je répondu, « je suis tout à fait conscient des risques que je prends en apprenant les secrets de la vie, mais je vous rassure de ma détermination à aller jusqu’au bout. Ma décision est prise et je ne compte pas reculer ». Pour être tout à fait honnête, en disant ça j’avais un peu d’appréhension car je pensais à ma petite famille, à mon épouse en particulier que je n’ai pas consultée avant de prendre cette décision lourde de sens.

Ma détermination venait moins d’une « soif de sang » que celle de me convaincre moi-même de l’inexistence de certains pouvoirs surnaturels que l’on prête aux sorciers. J’espérais, au plus profond de moi, que c’est totalement faux et que mon expérience me confortera définitivement dans ma conviction que la plupart des pouvoirs maléfiques attribués à certaines personnes relèvent exclusivement de la stigmatisation. C’est cette envie pressante de découverte qui me galvanisait et me procurait un courage dont je me sentais jusqu’ici incapable.

Si par la parole, je réussis à convaincre le Vieux Satigui, il fallait en faire bien plus. Le Vieux n’était pas dupe. En homme expérimenté, il me dit ouvertement que pour lui prouver mon sérieux, il allait me faire subir plusieurs épreuves au bout desquelles il s’engageait à me transmettre ce qu’il savait, à condition de les réussir bien évidement. Je lui donnai mon accord sans frémir, ignorant complètement ce qui m’attendait.

Mais avant de subir ces tests de courage et d’engagement, « l’Invincible » comme Satigui Barry m’intima de l’appeler dorénavant me promettant de m’expliquer ultérieurement d’où lui venait ce surnom, « l’Invincible » me proposa donc de discuter pour ainsi dire « des frais de scolarité »! Une de mes certitudes venait ainsi de tomber: je croyais, peut-être naïvement, que l’apprentissage de ces secrets les plus plus gardés se faisait gracieusement. Je pensais que la science occulte, si tant est qu’elle existait, se transmettait de manière naturelle, en tout cas de façon désintéressé. Erreur.

« l’Invincible » m’expliqua qu’il fallait payer. Le paiement était échelonné en trois tranches: les frais d’inscription suivis d’un premier acompte après la réussite de l’une des épreuves, puis le troisième versement à la fin de la formation. «Combien coûte chaque paiement et quel est le montant total ? » m’empressai-je de lui demander redoutant l’annonce d’un montant exorbitant que je ne possède pas.

De son glaçant sourire édenté, le vieil homme me fixa dans les yeux et me dit ceci: « tous les paiements se feront en nature. Ils seront frais et saignants » ajouta-t-il l’oeil pétillant, la lèvre inférieure frémissante. Une décharge électrique parcourut ma colonne vertébrale.

Comme depuis notre premier contact pour parler de ce sujet ultra-confidentiel, la conversation entre Satigui « l’Invincible » et moi avait lieu dans sa maison, à une heure tardive.

Sa maison était constituée d’une petite case au toit de chaume isolée du reste des concessions où personne n’osait plus entrer depuis bien longtemps. Satigui faisait peur. Plus qu’une simple crainte, « Satigui le sorcier » comme on le surnommait, suscitait l’effroi au point que l’on évoquait son nom pour calmer les enfants récalcitrants: « si tu ne te tais pas, Soro Satigui viendra te chercher pendant la nuit ». Et le garnement la bouclait immédiatement.

Le vieux était au courant de la médisance des villageois à son encontre, tout comme la terreur qu’il suscitait. Il s’en fichait. Veuf depuis près de dix ans, le vieil homme vivait seul refusant catégoriquement de se remarier après la mort tragique de sa seconde épouse.

Il avait perdu son unique fils alors que celui-ci était âgé de seulement une vingtaine d’années. « Un beau gosse » se remémorait-on dans le village. Il s’appelait Oury. Le jeune homme avait trouvé la mort dans le champ de riz de son père qu’il surveillait contre les animaux chapardeurs comme les vervets, ces petits singes arboricoles à l’agilité étonnante et qui sont particulièrement néfastes pour le riz arrivé à maturité.

Pour avoir une vue panoramique du champ, on construisait une sorte de guérite à l’aide de rondins de bois montés sur quatre piquets. Le surveillant se perchait là-dessus pour chasser les animaux nuisibles en faisant du bruit ou en se servant d’une fronde pour lancer vigoureusement des pierres. C’est ce que faisait Oury ce jour-là lorsqu’il chuta de la guérite et s’empala sur une souche pointue qui l’éviscéra mettant tous ses intestins dehors !

Trente ans après cette scène macabre sur laquelle tomba son père le premier, on en parlait encore dans toute la contrée avec circonspection. On continuait à supputer que le vieux Satigui n’était pas innocent dans cette mort tragique de son unique fils…

Sa première femme quant à elle était décédée à l’âge de 60 ans d’une « mort naturelle » disait-on. Tout le contraire de la seconde épouse, Hawa, la maman du malheureux Oury. On la décrivait comme une femme à la beauté divine, généreuse et d’une grande discrétion. La mort de son fils unique la bouleversa au point qu’elle frôla la dépression mentale. Son propre destin n’en fut pas moins tragique quelques années plus tard.

C’était une fin de journée éprouvante pour Hawa. Rentrée du champ avec un fagot de bois morts en équilibre sur la tête, elle se hâtait de happer un seau pour aller chercher de l’eau au marigot avant le coucher du soleil. Son mari Satigui se morfondait dans son hamac tendu entre deux piquets en attendant le dîner qui n’était pas prêt d’être servi, Hawa devant piler le riz et faire la cuisine à son retour du marigot.

Celui-ci se situait à l’orée du village dans une vallée encaissée que l’on accédait en suivant un étroit sentier creusé dans la roche. La tête de source était protégée par un épais couvert végétal si luxuriant qu’on avait l’impression qu’il y faisait nuit même à midi. L’endroit dégageait un air sinistre, personne n’osait s’y attarder plus que de raison.

Hawa avait rempli son seau, s’était remise sur le chemin du retour lorsqu’elle aperçut une étrange forme noire dressée sur la route. Elle se pencha légèrement pour distinguer ce que c’était dans la pénombre. C’est à ce moment précis qu’elle sentit la violente morsure du cobra sur son mollet gauche. Elle poussa un cri effroyable, jeta le seau d’eau et se mit à courir vers le village. Mais à peine 200 mètres plus loin, elle s’écroula, ne voyant plus rien sur sa route. Le venin du serpent avait atteint son système nerveux et ses organes vitaux. Elle devint rapidement paralysée. Transportée à la maison par des hommes alertés par ses cris, elle rendit l’âme au petit matin plongeant tout le village dans une grande tristesse mêlée de détresse.

Quelque temps après cette troisième disparition autour de Satigui, les langues se délièrent. Comme pour sa première femme et son fils unique, on l’accusait d’être derrière la mort de Hawa qui avait affligé tout le village tant elle était appréciée pour ses exceptionnelles qualités humaines.

Beaucoup se demandaient pourquoi il l’avait « mangée », selon l’expression consacrée, alors qu’il l’aimait plus que tout, plus que même son défunt fils Oury « sacrifié pour rembourser une dette » auprès d’un autre grand sorcier, radotaient les spécialistes de potins de chaumière.

Il a fallu la mort d’un homme dans un village voisin, dans des conditions quasi-similaires que Hawa, pour que l’on comprenne le mobile de la disparition de celle-ci. Un mois jour pour jour après son décès, l’homme succomba d’une morsure d’araignée (au village, on dit que l’araignée lui a pissé dessus ). Or, cet homme était soupçonné d’avoir eu une aventure éphémère avec la défunte Hawa à la beauté irrésistible. « Satigui s’est vengé », accusa-t-on…

Ces faits tragiques et étranges étaient autant de preuves de la sorcellerie du redouté Satigui. Ils étaient régulièrement rappelés en guise de mise en garde à l’endroit d’incrédules comme moi. Au final, j’avais plus peur d’être vu en sa compagnie que de ses pouvoirs maléfiques.

Je m’étais introduit subrepticement dans la maison de Satigui. En dépit de l’heure tardive, – il devait être une heure du matin – j’étais passé par des chemins complexes et tortueux de peur d’être remarqué par quelqu’un qui saurait ainsi que je fréquentais nuitamment le vieux sorcier. Nous étions assis autour du feu qui crépitait au milieu de la case, la porte négligemment entrebâillée. Dehors, le calme de la nuit noire n’était perturbé que par le croassement d’une bande de grenouilles qui faisaient un tintamarre agaçant.

L’ombre de la silhouette frêle de Satigui dansait sur le mur circulaire de la case, dessinée par la flamme vacillante alimentée par quelques bûchers et des copeaux secs. Son visage osseux était orné de deux renfoncements dans lesquels étaient logés ses petits yeux presqu’invisibles. De ses trente-deux dents d’adulte, il ne lui restait qu’une seule incisive du bas que l’on apercevait quand il riait. Ce qui était particulièrement rare. Il avait des oreilles de lapin aux lobes tombants dont l’un, celui de gauche, portait un anneau d’argent. Satigui arborait également au cou une sorte de pendentif constitué d’un fil rouge portant une longue dent d’animal qui pourrait être celle d’une panthère.

Satigui fut, en effet, un chasseur de grande renommée. Était-ce là l’explication de son amour immodéré pour la viande ?

Le vieux était un carnassier redoutable. Il bavait à la seule évocation d’un bon morceau de steak saignant. Satigui ne se fendait d’un léger sourire que lorsqu’il évoquait la chair ou quand il chiquait son tabac mélangé à de la cendre. Il était peu disert. Les rares fois qu’il parlait c’était pour narrer ses exploits épiques de chasseur, racontant par le menu un duel héroïque avec un buffle au cours d’une battue ou bien lorsqu’il rentrait à la maison, le cadavre d’une belle biche entre les épaules, trophée arraché en solitaire pour le grand bonheur de sa bien aimée Hawa. Les murs intérieurs de sa case étaient décorés de têtes d’animaux empaillées qui constituaient autant de preuves de sa bravoure et de ses talents d’ancien chasseur professionnel.

Bien qu’il ne pratiquât plus la chasse à 70 ans, handicapé par une vue légèrement décadente et des rhumatismes aux articulations, Satigui ne manquait pas pour autant de la viande ! Il en mangeait régulièrement. C’était sa nourriture principale. D’ailleurs sa vieille casserole noircie par la fumée était toujours posée au feu, mijotant de quelque morceaux de viande dont lui seul savait l’origine. Il en avait également disposée en lanières fumant au-dessus du feu pour une longue conservation.

Ce n’était pas pour rien que sa case était surnommée « l’atelier de la mort ». Bref, le mystérieux régime carné du vieux Satigui était savamment entretenu.

Satigui s’était aperçu de mon embarras en décrétant que tous les paiements de mes frais d’apprentissage se feront « en nature » et que ceux-ci seront « saignants ». Il en riait d’un rire sardonique. Il attendait mon acception pour sceller notre « pacte ». Je devais répondre immédiatement, puisque c’était notre troisième entretien privé. Il avait estimé que la confiance s’était suffisamment instaurée entre nous, même s’il me restait les épreuves de confirmation à surmonter.

J’hésitai un bon bout de temps entre m’engager sans savoir où cette expérience autant passionnante que terrifiante me mènerait, ou bien abandonner et retourner définitivement dans mes incertitudes. D’un coup, je répondis:

  • Oui, j’accepte de relever le défi, comme je m’y suis déjà engagé. Je ne recule pas ! Dites-moi, qu’est-ce que je dois donner de « frais et saignant » pour mon inscription ?

Le vieux baissa la tête, réfléchit longuement, réajusta son collier dentelé avant de poser sur moi un regard inquisiteur.

  • « Encore une fois, es-tu sûr de ton choix jeune homme ? » fit-il.

« Oui, je suis sûr », répondis-je dans un tremblement à peine dissimulé.

Alors voilà ce que tu dois me ramener dans trois jours maximum: la tête saignante d’un porc-épic et neuf de ses piquants !

Bien qu’un porc-épic ne fut pas un animal qu’on puisse croiser tous les jours, même au village, j’étais légèrement soulagé par cette exigence car je m’attendais à bien pire. Mais pourquoi diable, Satigui voulait uniquement la tête du porc-épic et neuf piquants et pas l’animal en entier ? La question me brulait les lèvres, mais je n’osai pas la lui poser.

Comment faire donc pour mettre main sur un porc-épic vivant que je devais tuer et décapiter pour ramener sa tête et neuf des ses piquants à l’Invincible ? En voici un grand défi.

Le lendemain, je passai toute la journée à réfléchir sur cette question. Je n’avais plus que 72 heures, tout au plus pour respecter l’échéance. C’était fort embarrassant puisque même au cours de mon enfance villageoise où mes amis et moi pratiquions la chasse et la cueillette, je n’ai jamais eu à faire avec un porc-épic, ce rongeur à la robe couverte de piquants repoussants. Le gibier que nous chassions était constitué d’oiseaux que nous abattions au lance-pierres ou d’écureuils que nous pourchassions dans les galeries et que nous enfumions pour les débusquer et les tuer à coups de bâtons.

Du porc-épic, j’entendais des récits étonnants. On racontait que quand il se sentait menacé, cet animal était capable de se contracter, puis de lancer vigoureusement ses piquants qui filaient à grande vitesse telles des sagaies pour transpercer l’ennemi. Rares sont donc les chasseurs qui osaient l’affronter, même armés d’un fusil de chasse.

L’affaire était mal embarquée pour moi. Rapidement, je réfléchis à deux options: m’en occuper moi-même ou faire appel au service d’un chasseur. La première option me garantissait une totale discrétion, puisque comme l’a insisté Satigui, personne ne devait être au courant de nos agissements et que si cela arrivait, il y mettrait immédiatement un terme et j’en paierais les « lourdes conséquences » selon ses propres termes ! Je me devais donc d’être d’une extrême prudence. La faiblesse de cette option est que je ne savais pas trop comment m’y prendre pour tuer le porc-épic. Avec le service d’un chasseur, je maximisais mes chances de réussite mais je courais le risque de l’indiscrétion.

Mes réflexions me conduisirent à une solution intermédiaire. Essayer moi-même d’abord et, en cas d’échec, faire recours à un chasseur.

Pour n’éveiller aucun soupçon, je choisis de poser un piège pour attraper le porc-épic au lieu de me servir d’un fusil. Je pouvais bien en emprunter un mais on allait non seulement me poser des questions mais je devais impérativement obéir à « la règle du quart » qui consistait à ramener au propriétaire de l’arme le quart du gibier abattu. Et impossible de se dérober, à chaque fois qu’un coup de fusil éclatait, tout le village était au courant de son auteur mais aussi de l’objet du tir dans l’heure qui suivait.

J’avais quelques connaissances rudimentaires de pose de piège. Dans mon enfance, il m’est arrivé de poser quelques pièges pour attraper des perdrix sauvages. Mes copains et moi, nous nous servions de deux types de piège: le noeud coulant à l’aide d’une simple ficelle et la catapulte. Le noeud coulant était discret et particulièrement efficace s’il était bien préparé. La catapulte était un peu plus sophistiquée. Elle était constituée d’une tige à laquelle est attachée une ficelle solide. Il fallait tendre la tige à l’aide de la ficelle, puis mettre en place un système de déclenchement au sol. On disposait des baies sauvages comme appât pour attirer le gibier qui se faisait ainsi prendre violemment en déclenchant le système. J’optai pour le noeud coulant.

Après quelques renseignements recueillis discrètement, je réussis à localiser une zone où il était possible de croiser des porcs-épics. Problème: la zone était éloignée du village, mais aussi très vaste. Je priai pour qu’elle soit entièrement habitée par le rongeur que je cherchais.

Je sélectionnai trois ficelles en sisal particulièrement résistantes. J’en fis des noeuds coulants et posai trois pièges distants d’une cinquantaine de mètres au milieu des fourrés dans une zone éloignée de plusieurs kilomètres du village. Avec un peu de chance, me dis-je, j’attraperai au moins un porc-épic. Je ramenai des bâtons de manioc hachés comme appât que je dispersai d’un côté et de l’autre de chaque piège. Je rentrai au village à la tombée de la nuit avec l’intention de revenir inspecter les pièges tôt le lendemain.

Me voici sur les lieux. Mon coeur bondit en apercevant l’animal qui se débattait au bout de la ficelle. L’un des pièges avait fonctionné. Je sortis le coutelas dont j’étais armé pour achever le porc-épic. Mais à mesure que je me rapprochais en prenant moult précautions pour éviter un éventuel lâcher de piquants, mon enthousiasme s’amenuisait. Le gibier au bout du fil n’était pas, hélas, un porc-épic, mais un malheureux lapin. Je le libérai et le regardai s’éloigner en boitant. Satigui exigeait un porc-épic, pas un lapin.

J’inspectai les deux autres pièges. Vides ! Je rentrai au village un peu déçu. Plus que 48H avant l’expiration du délai, il fallait mettre en oeuvre le plan B.

Sana, le chasseur ne me posa pas beaucoup de questions lorsque je lui fis cas de mon désir, celui de trouver d’urgence un porc-épic. Il exigea simplement le prix de la cartouche de chasse. Il me rassura qu’il savait où trouver des porcs-épics, mais ne me garantis pas de pouvoir m’en ramener un au bout de seulement 48H. Pourtant, le délai était de rigueur et j’insistai sur ce point. Compte tenu de l’urgence, Sana me réclama alors le prix de cinq cartouches m’expliquant qu’il était obligé de consacrer les deux nuits suivantes à cette quête. J’acceptai avec empressement.

Sana, un taiseux dans la quarantaine, était réputé être un chasseur adroit. Il pratiquait la chasse nocturne à l’affût et ne rentrait jamais bredouille. Petit-fils d’un ancien chasseur de renom, il utilisait un fusil de chasse artisanal hérité de son grand-père dont les munitions étaient constituées de cartouches de chevrotines. La cartouche contenait soit 9 balles de plomb pour le gros gibier, soit 25 balles pour les oiseaux et les petits rongeurs. Je lui donnai les cinq cartouches, deux de neuf balles et trois de 25 dans l’espoir de le revoir le lendemain avec le butin.

Tôt le lendemain matin, comme promis, Sana le chasseur me remit une petite besace noire en peau de boa. Quand je l’ouvris, je faillis perdre connaissance de stupéfaction : à l’intérieur, il y avait la tête saignante d’un porc-épic et exactement neuf piquants !

Je n’en revenais pas ! Il me fallut de longues minutes avant de reprendre mes esprits. Par quel miracle, Grand Dieu, Sana avait-il su que je voulais uniquement de la tête du porc-épic et de neuf piquants et non pas de l’animal tout entier ? J’ouvris et refermai le sac machinalement à plusieurs reprises sans pouvoir lui poser directement la question. Sana ne prononça que deux mots énigmatiques à mon endroit avant de tourner les talons: « bonne chance » éructa-t-il! J’étais dans la tourmente.

Comme d’habitude, j’avais rendez-vous avec Satigui au milieu de la nuit. Je passai toute l’après-midi à ressasser la même question: comment Sana avait-il pu être au courant de la requête du sorcier alors que j’avais pris toutes les précautions pour éviter de suspicion ? J’étais sûr que personne ne m’avait jamais suivi. Nul ne m’avait vu partir ou revenir de chez lui…

En l’absence de réponse à mes propres interrogations, il me vint à l’idée cette folle hypothèse: et si Sana était Satigui en réalité ? N’était-ce pas lui, le « grand-sorcier capable de diverses transmutations réversibles » ? Mais quelles seraient alors ses réelles motivations: jouer avec moi ? me démontrer ses pouvoirs occultes de manière spectaculaire ? D’ailleurs, avait-il était sincère avec moi en s’engageant à m’apprendre son « savoir » ? Une question chassait l’autre.

Satigui ne m’avait, certes, toujours pas dit quels allaient être les frais à payer à la fin de la formation, mais qu’importe. Pas question de renoncer, je remplirai ma part du contrat.

  • « Bien » ! C’est le seul commentaire laconique que fit l’Invincible en inspectant le fond du sac que je lui remis tard la nuit chez lui, dans sa petite case fumante. Il sortit la tête du porc-épic et les neufs piquants qu’il examina longuement et compta consciencieusement. Il plaça son index sur le cou saignant de l’animal, le retira enduit de sang frais et le lécha avidement. Je frémis.

Je m’attendais à ce qu’il me demandât comment j’avais procédé pour ramener ce que je considérais comme un « trophée » tant il ne fut pas évident que je puisse réussir. Mais il ne dit mot en dehors de son « bien » lapidaire. Son attitude me rappela furtivement l’hypothèse selon laquelle Sana = Satigui…

Qu’allait-il faire de cette hideuse tête de porc-épic et de ces piquants ? Je n’allais pas tarder à le savoir en revenant chez lui, comme prévu, deux jours plus tard pour la nouvelle mission, le nouveau défi à relever. La tête du porc-épic vidée de sa cervelle et empaillée avait rejoint les nombreux trophées de l’ancien chasseur sur le mur intérieur de sa maison. Satigui avait néanmoins pris soin de la mettre légèrement à l’écart. Quant aux piquants, il les avait fichés dans une petite calebasse en deux cercles concentriques de quatre piquants chacun plaçant le neuvième piquant au centre du double-cercle. Je ne posai aucune question.

Satigui m’exposa les détails de la nouvelle mission à accomplir. De loin la plus redoutable pour moi.

  • « Jeune homme », dit-il sans me jeter le moindre regard, « la tâche que vous allez exécuter vous permettra de faire preuve davantage de courage ».
  • « D’accord », fis-je sans assurance. Il faut dire que la scène avec Sana me traumatisait toujours.
  • « La calebasse que vous voyez-là, précisa-t-il, en désignant le récipient contenant les neuf piquants, vous allez la déposer à Bêly au tiers de la nuit, au creux d’un arbre que vous trouverez au bout de la piste qui y mène. Au pied de l’arbre, vous devriez trouver, en cherchant, une clé en or contenue dans un canari. Vous devez me rapporter cette clé ».

Le mot « Bêly » à lui seul hérissa mes poils. À l’enfance, cet endroit sinistre fut pendant très longtemps notre hantise mes copains d’âge et moi. On nous menaçait de nous jeter à Bêly pour nous punir de nos bêtises. La nuit suivante nous en faisions de tonnes de cauchemars.

Bêly était une mare située dans une sorte de clairière à environ trois kilomètres du village. L’endroit était considéré comme la capitale de tout ce que la contrée comptait de diables, de sorciers et autres esprits maléfiques. Pour y accéder, il fallait emprunter un sentier qui traverse le cimetière du village situé lui-même dans une forêt luxuriante et inextricable. Je devais donc déposer la calebasse des piquants à Bêly à deux heures du matin, chercher et trouver une clé de cadenas en or ! Même dans Koh-Lanta, je n’avais vu un numéro aussi difficile et effrayant. Mais il fallait s’y plier.

Un pantalon jean et des bottes en plastique pour parer à une éventuelle morsure de scorpion ou de serpent. Ce fut tout mon équipement. Je me présentai chez Satigui la nuit à deux heures et quart en prenant toutes les précautions d’usage. Il me remit la calebasse recouverte d’un morceau de tissu blanc. Du linceul ? Pour m’éclairer le chemin, le vieil homme sortit un vieux fanal recouvert de suie qu’il dégagea en soufflant dessus. Il alluma la lampe avec grand-peine et me la tendit. Avant mon départ, Satigui me répéta pour la énième fois deux consignes fermes: ne jamais me retourner après avoir déposé la calebasse dans le creux de l’arbre et pris la clé, ne jamais soulever le couvercle pour tenter de découvrir la contenance.

  • « C’est promis » parvins-je à marmonner, étreint par l’angoisse, avant de m’emparer de la lampe et la calebasse que je plaçai sous mon aisselle gauche.
  • « Bonne chance » me lança Satigui, l’air insouciant. Je ne répondis pas.

Il faisait une de ces nuits noires. Tout le monde dans le village dormait à poings fermés. Seuls les animaux, et sans doute les esprits, restaient maîtres de la nuit. Aux alentours de la maison du sorcier, le concert de grenouilles qui tenait Satigui compagnie chaque nuit, plus loin les hululements lugubres d’un hibou renchéris par les aboiements d’une meute de chiens errants.

Je m’engageai sur l’étroit sentier le cœur battant la chamade. Je marchais d’un pays hâtif dans l’espoir d’arriver rapidement à Bêly, déposer la calebasse, ramasser la clé et rentrer au village sans me retourner. La forêt grouillait de mille bruits. À mesure que je m’éloignais, les cris d’animaux sauvages se faisaient plus nombreux et plus effrayants. De temps en temps, un oiseau au vol lourd changeait d’arbre me poussant à marquer une petite halte pour écouter. Puis, je repartais avec un nouvel empressement.

Sous la lumière blafarde de la lampe-tempête, je marchai ainsi dans la forêt depuis une bonne trentaine de minutes. Je ne voyais pas au-delà de cinq mètres. Le sentier devenait de plus en plus étroit, envahi par les herbes et les branchages. Je traversai le cimetière avec moins de crainte que je l’imaginais en me disant que c’étaient mes semblables qui reposaient-là. Je formulai même intérieurement une prière pour le repos de leurs âmes.

C’était sans doute sous l’effet de la peur et du stress, mais j’avais l’impression que l’on me suivait. Je ne voyais plus grand-chose tellement la forêt devenait dense et touffue. Je perdis mon chemin, m’égarant un long moment avant de me retrouver et de continuer la route.

Je finis par arriver à destination. L’arbre correspondait point pour point à la description de Satigui. C’était un immense fromager centenaire dressé aux abords de la mare aux eaux saumâtres. Il avait un large creux sur son tronc à hauteur d’homme. Je hissai le fanal au-dessus de ma tête pour mieux visualiser le trou. Au moment de déposer la calebasse, un animal sauta du creux, manquant de me renverser, se dressa sur ses pattes arrières, poussa un cri glaçant avant de détaler ! Je fus saisi d’effroi, mais je reconnus tout de suite un chacal dérangé dans son sommeil. Il fallait poursuivre la mission.

Je déposai la calebasse, tremblant de la tête aux pieds. J’étais tellement pressé de quitter les lieux que je faillis oublier de retrouver le canari contenant la clé. Je me mis à chercher autour du fromager. Au bout d’un quart d’heure qui me parut interminable, je tombai sur un petit canari à environ cinq mètres de l’arbre, posé au milieu de trois grosses pierres. Sans vérifier s’il contenait la clé, je le pris en poussant un ouf de soulagement imperceptible.

Je repris immédiatement le chemin de retour sans me retourner. Or, cette fois quelqu’un me suivait ! Je le sentais. J’en avais la certitude. Je pressai le pas. Soudain, une voix d’homme me donna clairement l’ordre de m’arrêter et de me retourner. J’étais pétrifié ! Fallait-il obéir et violer ainsi la mise en garde de Satigui ? Était-ce lui ou un diable ? J’hésitai un bref instant avant de décider d’ignorer l’ordre et de continuer mon chemin. C’est alors que je sentis le métal froid d’un canon de fusil sur ma nuque!

« Si tu fais un seul pas de plus, je tire » tonna la voix ! Je m’arrêtai net et me retournai, me retrouvant nez à nez avec … Sana le chasseur !

Le choc fut si intense que le canari s’échappa de mes mains, tomba et se brisa en mille morceaux ! Équipé d’une lampe-torche accrochée à sa tête à l’aide d’un élastique, Sana se mit à chercher par terre avec frénésie. Il m’ordonna de l’aider à retrouver « le cadenas »! On chercha en vain. Le canari était manifestement vide de tout objet ! En désespoir de cause, Sana retourna toutes mes poches, une à une. Vides ! Il sortit la calebasse que j’avais déposée quelques minutes plus tôt dans le creux de l’arbre, l’inspecta. Elle était complètement vide. Pas même l’ombre d’un seul piquant à mon grand étonnement ! Il la jeta par terre, marcha dessus, la brisa avant de disparaître dans la forêt en courant, sans rien me dire de plus.

Je repris le chemin du village au pas de course, sans me soucier des épines qui me laceraient le corps. L’enchainement des évènements me dépassait. J’appréhendai la rencontre avec Satigui à qui je ne pouvais plus continuer à cacher la vérité. Il fallait lui dire que Sana savait tout et même bien plus que nous ne pouvions l’imaginer. Enfin, si Sana était vraiment Sana. Je rentrai au village aux aurores, totalement méconnaissable. Mes vêtements étaient en lambeaux. Je saignais des mains, des avant-bras et du visage, la peau coupée par les épines et les lianes.

Le visage du vieil homme se décomposait à mesure que je lui narrais ma mésaventure. Satigui était ivre de rage. À un moment, je crus qu’il allait se métamorphoser en un animal féroce pour me dévorer, tant il s’agitait et hurlait. Curieusement, il n’était pas en colère contre moi, mais contre « Sana le bâtard » comme il qualifia le jeune chasseur.

En voyant le dépit maladif de Satigui, j’osai pour la première fois l’interroger ouvertement sur le sens de différentes missions mystérieuses qu’il m’avait confiées. Je voulais connaitre la suite de notre collaboration et quand est-ce qu’il m’apprendrait « sa science ».

  • « Tu n’as pas réussi à rapporter la clé permettant d’accéder à la science que toi et moi cherchons » me répondit-il plus énigmatique que jamais ! J’étais ébahi. Quelle science lui et moi cherchions ? N’était-ce pas moi l’apprenti, lui le maître ?

C’est alors que Satigui se leva, prit un bout de métal rouillé et alla creuser dans un coin de sa case d’où il sortit, enfoui dans le sol, un talisman. Il s’agissait d’un cadenas fermé, cousu dans du cuir poilu serti de deux cauris.

« La clé de ceci » dit-il en secouant le cadenas tenu à bout de bras. « Elle est dans la forêt, au pied du grand fromager. Je suis sûr que la clé en or s’y trouve », répéta-t-il, comme pour se convaincre lui-même de cette vérité. « Hélas, je n’ai plus la force d’y aller et la vue nécessaire me permettant de la chercher et de la retrouver » se lamenta Satigui.

J’étais perdu !

On sentait le jour poindre à travers les fentes de la porte d’entrée de la case. Pour la première fois, je me retrouvai chez le vieil homme pendant le jour. Satigui sortit et m’invita à le suivre dehors. Il m’entraina derrière sa maison dans un endroit boisé. Il y avait un grand trou et une petite porte en bois qu’il poussa. On se retrouva dans un étroit tunnel obscur. Le sol craquait sous nos pieds. Quand il alluma une torche en bois, je découvris un spectacle effarant: le sol était littéralement recouvert d’os et de têtes de mort ! Des rats ! Des dizaines et des dizaines de rats morts et vivants. Ça courait dans tous les sens. Certains agonisaient encore sur les nombreux pièges que Satigui avait installés dans le tunnel. L’endroit était puant et horrible.

« Voilà ma nourriture », dit Satigui d’une voix chevrotante, en désignant les rongeurs piégés!

« Nom de Dieu » …, m’écriai-je, abasourdi !

Le vieil homme me tira dehors. On regagna sa maison où il prit place sur une peau de bélier tannée. Il regarda fixement dans le vide comme quelqu’un qui voulait se remémorer du passé. Je sentis qu’il avait quelque chose d’important à me raconter.

« Mon fils » entama Satigui, m’appelant ainsi pour la première fois depuis notre toute première rencontre. « L’apparence est trompeuse », poursuivit-il, un vague à l’âme. Ce que je vais te raconter-là, je ne l’avais dit à personne, même pas à ma femme Hawa…

Satigui parla longtemps, s’humectant régulièrement les lèvres d’un étrange breuvage contenu dans une petite fiole. Le soleil était déjà au zénith quand il acheva son récit digne d’un conte de fée. Il m’étala tout ce que j’ignorais jusqu’ici. À présent, tout était clair pour moi parce qu’il s’était entièrement livré. J’étais pleinement reconnaissant devant tant de sincérité et de confiance.

Satigui m’expliqua que cela faisait près d’un quart de siècle qu’il était à la recherche d’une clé en or pour ouvrir le cadenas qu’il venait de déterrer. Ce cadenas avait appartenu à Sabali, le grand-père de Sana le chasseur. Sabali était connu pour être un chasseur de renom doublé d’un redoutable sorcier. Satigui fut son disciple pour la chasse et les deux hommes entretinrent de solides liens d’amitié et de complicité pendant plusieurs années avant de se brouiller pour une raison inconnue du public. Comme Satigui, Sabali perdit son unique fils, le père de Sana, à bas-âge.

Avant de mourir à son tour, Sabali plaça tout son savoir occulte dans un cadenas qu’il ferma à l’aide d’une clé en or. Il confia les deux objets à sa femme, Rassy, avec pour consigne de les remettre à son petit-fils qu’elle élevait, une fois que celui-ci deviendrait suffisamment grand.

Quiconque réussirait à ouvrir ce cadenas, disait-on, posséderait toute la « science » de Sabali qui vécut heureux et opulent sur le plan matériel. Satigui qui connaissait l’existence de ce secret, voulait à tout prix y mettre main.

Seulement voilà. La vieille Rassy sépara le cadenas de la clé pour mieux les sécuriser. Elle cacha le cadenas dans le creux du fromager, loin du village, ne se doutant pas que Satigui en chasse dans la zone de Bêly ce jour-là l’avait filée et repéré la cachette. Il fouilla la zone pendant des jours avant de découvrir le cadenas qu’il subtilisa pour aller l’enfouir dans sa case. Mais il ne retrouva jamais la clé, malgré des années de recherche. Personne ne savait où elle se trouvait.

Personne, sauf Sana le chasseur qui, plusieurs années après la disparition de sa grand-mère, avait découvert la clé un peu par hasard en creusant une termitière qui rongeait la clôture de sa maison. De son vivant, Rassy lui fit cas de l’existence d’un « trésor caché », mais il n’y prêta guère attention, la vieille ayant perdu la tête avant de mourir.

Par la suite, Sana soupçonna Satigui de détenir le cadenas, se souvenant de la proximité douteuse du vieux loup solitaire avec sa grand-mère. En réalité, Satigui et Rassy, tous deux veufs, fricotèrent ensemble un moment, ravivant la flamme d’une amourette de jeunesse interrompue par le mariage précoce de Rassy à Sabali. Satigui s’était en effet juré de prendre, tôt ou tard, sa revanche sur ce briseur de cœur. D’où le surnom fanfaron de « l’Invincible » dont il s’attribua…

Des années plus tard, un évènement inattendu conforta le jeune Sana dans ses soupçons sur la culpabilité de sorcellerie de Soro-Satigui. En effet, des soi-disant exorcistes débarquèrent dans la contrée avec comme pour mission de dénicher et de « délivrer tous les sorciers ». Ils organisèrent un grand spectacle de danse mystique au cours duquel ils désignèrent plusieurs personnes âgées comme étant des sorciers. Parmi elles, le chasseur Satigui Barry. Cette dénonciation ajoutée à la mort accidentelle de son fils et de sa femme acheva de conforta tout le village qu’il était un redoutable sorcier.

Calomnié et affaibli par le poids de l’âge, Satigui joua le jeu et accepta avec résignation son sort malheureux en menant une vie de bernard-l’hermite et du plus grand mangeur de rats, faute de moyens. Mais il ne perdit jamais espoir.

En venant lui demander de m’apprendre la sorcellerie, Satigui saisissait ainsi une chance inespérée de retrouver la clé du cadenas qu’il avait tant cherchée. Sans doute la clé du bonheur pour lui. Pour cela, il comptait sur ma motivation et ma détermination. D’où les épreuves auxquelles il m’avait soumis. Il me révéla que la première épreuve, celle de la tête du porc-épic, était une simple diversion. Il voulait s’assurer de mon réel engagement. Et les neufs piquants donc ?

Satigui m’avoua qu’il n’avait besoin que d’un seul en réalité dont il se servirait pour faire sortir le « mauvais sang » de son nez quand la tête lui faisait mal. Ce qui était récurrent. Les huit autres, c’était pour compliquer ma tâche et s’assurer que je n’avais pas ramassé l’unique piquant par hasard.

Sana espionnait Satigui depuis très longtemps, à l’affût du moindre indice lui permettant de savoir s’il était le détenteur du cadenas légué par son aïeul. Son trésor à lui. Mon arrivée au village ne l’échappa guère. Il m’avait discrètement filé dans mes moindres déplacements, écoutant toutes mes conversations avec Satigui. C’est ainsi qu’il fut au courant de différentes missions qu’il tenta d’exploiter en sa faveur.

Le récit du vieil homme m’émut aux larmes. Je lui exprimai à nouveau ma sympathie et mon amitié. J’étais venu auprès de lui pour vérifier l’existence de la sorcellerie, je repartais avec une véritable leçon de vie, celle de l’humilité et de la méfiance des préjugés. Je fis mes adieux à Satigui Barry et sortis de sa maison le cœur noué. Sana était assis dehors, vautré sur la palissade de la case, en proie à des sanglots spasmodiques !

Alimou Sow, octobre 2018 (ceci est une fiction)

The post Satigui, le sorcier ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/satigui-le-sorcier/feed/ 1
Qu’est-ce qu’un blogueur guinéen en 2018 ? http://lims.mondoblog.org/quest-quun-blogueur-guineen-2018/ http://lims.mondoblog.org/quest-quun-blogueur-guineen-2018/#comments Sat, 01 Sep 2018 14:59:07 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1316 L’idée d’écrire ce billet m’est venue d’un constat étonnant: la méconnaissance du blog en Guinée, signe vraisemblable du déclin de cet outil de communication en vogue il y a peu.

The post Qu’est-ce qu’un blogueur guinéen en 2018 ? appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>

Crédit photo: Toulaye Diallo

L’idée d’écrire ce billet m’est venue d’un constat étonnant: la méconnaissance du blog en Guinée, signe vraisemblable du déclin de cet outil de communication en vogue il y a peu. En dépit d’une blogosphère locale potentiellement riche – on le verra – je me suis aperçu que le grand public a une définition erronée de la notion de « blog » et de ses dérivés (blogueur, blogging, blogosphère, etc.).

La vérité a éclaté au grand jour ce vendredi 31 aout à l’occasion de la Journée mondiale du blog, un évènement non célébré en Guinée. Chaque année, c’est le même rituel : un internaute avisé donne l’alerte sur les réseaux sociaux, souvent le jour « J », puis s’en suivent quelques messages de compliments adressés aux blogueurs les plus connus lesquels sont ensuite sollicités pour deux ou trois interviews dans la presse. Basta !

Même chose cette année, avec une toute petite particularité. Sur Facebook, quelqu’un a eu l’idée de demander à ses amis de mentionner leurs blogueurs ou blogueuses préféré.e.s., une invite reprise par quelques autres personnes. C’est en lisant les commentaires de ces publications que j’ai constaté le problème. On citait certes des blogueurs reconnus, mais dans la majorité des cas ce sont surtout des personnes exclusivement actives et suivies sur Facebook qui étaient mentionnées. Sans leur blog, évidemment. Ces personnes n’ont pas boudé leur plaisir, répondant avec des « mercis » appuyés, enrobés de plusieurs couches de fausse modestie. Qui va se négliger ?

D’où ma question: qu’est-ce qu’un blogueur guinéen en 2018 ?

Avant d’essayer d’y répondre, voyons ce qu’est un blogueur tout court, un mot dérivé de l’anglais « blog » lui-même résultant de la contraction de deux mots anglais « web » (toile d’araignée) et « log » (journal). Littéralement, un blog est un journal personnel en ligne.

Plus prosaïquement, il s’agit d’un site internet individuel sur lequel une personne (rarement deux), le blogueur/ la blogueuse, exprime son opinion en utilisant l’un ou la combinaison de plusieurs de ces types de contenus: texte, son, photo, vidéo, caricature, animation. Selon cette définition, le blog a un nom et une adresse URL hébergée sur une plateforme de création de blogs telle que wordpress.com.

Le fait que les internautes aient assimilé les leaders d’opinion sur Facebook à des blogueurs au sens premier du terme, est révélateur de plusieurs constats :

Premièrement, les blogueurs guinéens sont devenus plus nombreux mais moins actifs

Théoriquement, la blogosphère guinéenne est riche de plusieurs dizaines de blogs, mais en cet été 2018 c’est une petite dizaine qui est plus ou moins active (voir liste ci-dessous). Pourtant, la très célèbre Association des blogueurs de Guinée (Ablogui) existe depuis 2011 et regroupe aujourd’hui plus d’une soixante de membres. Paradoxalement, ces derniers sont sont moins productifs en termes de contenus personnels. Même si l’Association, elle, continue non seulement à former de nouveaux membres, mais surtout à mener des campagnes digitales de mobilisation citoyenne (#DoitALidentité, #MontronsNosRoutes) et à exécuter des projets de suivi citoyen de la démocratie (Guinée Vote à la présidentielle de 2015 ou LAHIDI encore en cours).

Peut-être que ceci explique cela. A force d’évoluer dans ce cadre très formel, les « abloguinéens » ont oublié leur raison d’être : produire et partager régulièrement du contenu. Bref, la mère poule a piétiné ses poussins.

Deuxièmement, l’étoile du blog pâlit

Ce relâchement des blogueurs guinéens s’inscrit dans une tendance africaine voire mondiale. En 2018, le blog non professionnel semble ne plus avoir le vent en poupe comme il y a cinq ans. Les réseaux sociaux sont en train de prendre l’ascendant sur cette activité qui a connu ses lettres de noblesse, en tout cas dans la sphère francophone, avec le projet Mondoblog de RFI qui héberge le blog que vous lisez et plus de 600 autres. Ce projet a formé plusieurs centaines de blogueurs en Afrique et à travers le monde et a permis de révéler de nombreux talents. Mais force est de constater qu’en 2018, la plateforme n’a plus sa force de frappe de 2013-2016 par exemple.

De nouvelles pratiques sur les réseaux sont donc en train de ravir la vedette au blogging, et c’est là que la confusion des internautes guinéens dans la définition du blogueur trouve tout son sens. Pour eux, le blogueur c’est celui ou celle qui est actif notamment sur Facebook dont le profil a atteint la limite de 5 000 amis, qui est suivi par plusieurs centaines d’autres et qui fait des publication intéressantes, soit par la qualité de l’écriture, soit par son humour, sa provocation, ou le sujet abordé (généralement politique).

Mais quel est le statut de ces personnes et comment peut-on les appeler ? Nous avons vu plus haut que ce ne sont pas de blogueurs au sens de la définition du blog. Alors s’agit-il des influenceurs ? Possible.

Mais selon les spécialistes, est considéré comme influenceur un internaute suivi par plusieurs dizaines de milliers de personnes (généralement plus de 50 000) et dont l’opinion est susceptible d’influencer la décision de ses abonnés.

On retrouve les influenceurs sur la plupart des plateformes: ce sont les Youtubeurs, les Instagrameurs, les Twittos, les Facebookeurs (Pages) mais aussi les… blogueurs. Leur influence se définit par rapport au nombre de leurs abonnés mais également grâce à leur capacité (intelligence, talent) de mobilisation, d’orientation et de conseil. Dans ce cadre, les célébrités (sports, cinéma, musique) et les personnalités du monde politique et institutionnel sont considérées comme des influenceurs, mais sont à classer dans un autre registre.

Dans la majorité des cas, les « Facebookeurs » guinéens sont des leaders d’opinion à minima mais on peut difficilement les hisser sur le même piédestal que les vrais influenceurs à 100 000 abonnés. Parce qu’en général ils sont actifs à travers des profils de quelque 5 000 amis et autant d’abonnés, tout au plus, et non pas sur des Pages Facebook dédiées où la possibilité d’abonnements est illimitée. Ce sont en réalité des animateurs de débats, en majorité de la controverse politique.

Malheureusement, les publications de ces profils et les commentaires qu’ils suscitent revêtent un caractère éphémère et volatile. Contrairement à un blog où les billets sont archivés et classées de manière antéchronologique, les publications sur les réseaux sociaux sont difficiles à retrouver et à exploiter, étant ensevelies sous d’épaisses couches de magma de contenus d’un volcan en éruption continue. La différence réside donc plus sur l’outil de communication utilisé que sur la capacité intellectuelle, et dans une moindre mesure technique, du producteur de contenu.

Alors, je repose la question autrement : le blogueur guinéen de 2018, est-il ce Facebookeur micro-influenceur ? Je vous laisse cogiter. En attendant, voici une liste de blogueuses et de blogueurs compatriotes plus ou moins actifs de mon point de vue. Cerise sur le gâteau, la plupart de ces blogs sont tenus par des filles ou de jeunes mamans. Si j’ai omis certains blogs actifs, prière de les mentionner dans les commentaires. C’est à vous.

Blogs plutôt actifs

Ma passion de Hafsatou Abbass Bah, jeune étudiante en licence 1 économie et gestion au Maroc. Sur son blog, elle parle d’elle, de sa formation et de ses préoccupations sur son développement personnel et sur l’avenir de son pays, la Guinée.

De vous à moi de Dieretou Diallo. Dieretou n’est plus à présenter, tant elle est connue dans la blogosphère africaine notamment pour sa plume. Initiatrice du mouvement « Guinéenne du 21ème siècle », cette diplômée en communication a plus d’une corde à son arc.

La voix citoyenne d’Adama Hawa Sow, jeune ingénieure en réseaux et télécommunications, experte en cartographie. Elle scrute au scalpel les tares de la société guinéenne.

Miia’s secrets de Mariam Diallo, son statut de jeune maman ne l’empêche pas de poursuivre ses études de master en marketing et communication au Maroc mais aussi d’animer son joli blog. Mariam y aborde essentiellement le thème de développement personnel qui la passionne.

Woman With Positive Attitude de Toulaye Diallo, jeune maman, journaliste et activiste féministe sur les bords. Bien que son blog porte le nom évocateur de « Positive attitude », il n’en demeure pas moins un exutoire pour la bouillante Toulaye quand les crises politiques endémiques du pays l’horripilent.

Alpha Oumar Baldé (doudou) d’Alpha Oumar Baldé: ce mondoblogueur se présente comme étudiant en médecine et blogueur y compris pour le projet la Voix des Jeunes de l’Unicef ( LVDJ-UNICEF). Les questions environnementales et de santé sont ces principaux centres d’intérêt.

L’Autre Guinée d’Ousmane Tonkara, à la fois rappeur, journaliste, guide de musée, ce blogueur s’intéresse notamment aux questions de culture et de tradition, en toute logique.

Esprit jeune de Mamadou Mouslim Diallo, diplômé en réseaux et télécommunication, cet autre mondoblogueur s’intéresse aux question de jeunesse et la migration irrégulière.

Africa224 de Fatoumata Chérif. Communicante professionnelle, passionnée d’environnement, cette blogueuse est surtout connue pour avoir créé le concept #SelfieDéchets, connu et copié un peu partout sur le continent. Elle est également observatrice pour pour les Observateurs de France 24.

Somboryinfos d’Elizabeth Guilavogui, l’auteure de ce blog semble utiliser un nom d’emprunt. Le style d’écriture ressemble à s’y méprendre à celui utilisé sur le site satirique guinéen Guinée Décalée dont la promotrice est une journaliste pleine d’humour…

Blogs célèbres mais moins actifs

The post Qu’est-ce qu’un blogueur guinéen en 2018 ? appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/quest-quun-blogueur-guineen-2018/feed/ 13
Inquiétante coagulation de crises en Guinée http://lims.mondoblog.org/inquietante-coagulation-de-crises-en-guinee/ http://lims.mondoblog.org/inquietante-coagulation-de-crises-en-guinee/#comments Tue, 10 Jul 2018 10:32:51 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1304 Manifestations violentes, routes barrées, pneus brûlés à même la chaussée, montée de la délinquance urbaine, fossés qui débordent des déchets non ramassés... la Guinée accumule dangereusement les sujets de tensions.

The post Inquiétante coagulation de crises en Guinée appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>

En saison hivernale, le climat caractéristique de Conakry est bien connu : pluvieux, chaud et humide. Le visage de la ville également : moche !

Mais en ce début juillet 2018, ce ne sont pas seulement l’humidité envahissante, la folle montée du mercure et l’abondante pluviométrie qui rendent la capitale invivable. C’est aussi les manifestations violentes, les routes barrées, les pneus brûlés à même la chaussée, la montée de la délinquance urbaine et les fossés qui débordent des déchets non ramassés. La situation est emblématique d’une crise à l’échelle nationale.

Ces dernières années, la Guinée est connue pour être non pas une simple cocotte-minute, mais un volcan actif avec des mini-éruptions régulières. Cette fois, la conjonction de plusieurs facteurs fait craindre une plus grande explosion avec des coulées de lave dévastatrice. Mais je touche du bois.

C’est que la coupe est pleine ! Le pays se retrouve sous les feux croisés de plusieurs crises, conjoncturelles pour certaines, structurelles pour d’autres, mais toujours avec le même effet sur la population : elles sont exaspérantes.

Pour prendre la température de la situation, il suffit de consulter les réseaux sociaux. Sur Twitter et surtout Facebook, les habituelles photos de mariages clinquants et les selfies dégoulinant de narcissisme compulsif ont fait place à des publications plus engagées. Chacun y va de son commentaire sanguin pour dénoncer la crise du moment : l’augmentation du prix du carburant.

Le 30 juin, le nouveau gouvernement a jeté de… l’essence sur le feu d’un front social en ébullition depuis pratiquement le début de l’année. Il a augmenté le prix du litre de carburant à la pompe de 25%, le faisant passer de 8 000 à 10 000 francs guinéens. Le sang des syndicats et de la société civile n’a fait qu’un tour. Le 4 juillet, les premiers ont lancé un mot d’ordre de grève générale, la seconde a appelé à plusieurs journées villes mortes et à une manifestation, le mardi 10 juillet. A Conakry où l’atmosphère était déjà phosphorescente, la rue s’est rapidement embrasée.

Cette mesure d’augmentation suscite la colère au-delà des organisations syndicales et de la société civile. A quelques rares exceptions près (à trouver dans le sérail du régime), elle est rejetée par toute la population, y compris dans les rangs du parti au pouvoir.

Son rejet massif vient du fait qu’elle a été décidée de manière unilatérale, sans concertation avec les syndicats, en violation du protocole d’accord gouvernement-syndicat-patronat signé en février 2016 qui évoquait explicitement une concertation tripartite sur un éventuel réajustement du prix des produits pétroliers. L’augmentation est également rejetée parce qu’elle est assimilée à du deux poids, deux mesures.

En effet, l’accord de 2016 laissait entendre que le prix du litre de carburant serait flexible suivant celui du baril de pétrole. Or, c’est seulement quand le cour du baril monte comme en ce moment que ce principe de flexibilité est appliqué, et pas quand il baisse.

Pourtant, même si cette augmentation est arrivée très vite, elle était prévisible. En mars dernier, l’ancien ministre du Budget l’avait évoquée à demi-mot au lendemain de la signature d’un accord avec le syndicat des enseignants qui avait déclenché une grève émaillée des violences meurtrières. Poussé dans ses derniers retranchements, le gouvernement avait concédé au syndicat les 40% d’augmentation salariale exigés pour calmer les manifestations quasi-insurrectionnelles qui s’étaient propagées jusqu’aux portes du palais présidentiel.

Il fallait bien que quelqu’un paye la note salée. Eh bien, depuis le 1er juillet dernier, on sait qui va casquer. Ce que l’on ignore par contre, c’est quelle sera l’issue du mouvement de protestations en cours qui prend de l’ampleur et paralyse tout le pays. J’espère un dénouement heureux pour ma part.

Mais la paralysie du pays ne résulte malheureusement pas seulement de la grève syndicale. Elle est également due à une véritable épidémie de rupture de ponts en cascade sur les principaux axes routiers. Pas moins de quatre ouvrages de franchissement stratégiques se sont affaissés en moins de deux mois.

Linsan est le cas le plus emblématique. Depuis le 20 juin dernier, les voyageurs sur la route nationale N°1 ne s’arrêtent plus seulement à cette célèbre bourgade à la limite des préfectures de Kindia et Mamou pour manger du fonio et de gros morceaux de viande. Ils y dorment par centaines à la belle étoile, sous la pluie et dans la boue, contraints et forcés à cause de l’effondrement total du pont colonial vieux de plus de 60 ans qui enjambait le fleuve Konkouré séparant les deux préfectures.

Il a fallu trois semaines au Ministère des travaux publics pour construire une petite voie provisoire de contournement en attendant la réhabilitation du pont effondré. Cela donne une idée du niveau de patience dont les usagers de cette route doivent s’armer. Le calvaire qui se déroule à Linsan a déjà fait une victime : une femme enceinte malade et bloquée sur place durant plusieurs heures est décédée le 1er juillet dans le bus qui la transportait pour Conakry selon des informations de presse.

Un drame humain plus grave s’est produit tout près de Conakry, à Kassonyah (Coyah). Le 4 juillet dernier, deux barques transportant de passagers sont entrées en collision sur un bras de mer faisant au moins quatre morts. Le pont reliant les deux rives du quartier est hors d’usage depuis plusieurs semaines, obligeant les populations riveraines à faire un contournement d’une dizaine de km ou à emprunter des pirogues pour la traversée.

Les vœux du ministre des travaux publics n’ont pas été exaucés. Le 9 juin il avait fait le déplacement et ordonné la fermeture de cet autre ouvrage datant de la période coloniale pour, dit-il « éviter un drame » en attendant la reconstruction du pont. Là également, on se blinde de patience et on attend.

Les populations de Kérouané attendent elles aussi de sortir de l’enclavement complet dans lequel elles sont confinées. Dans la première semaine de juillet, les pluies diluviennes qui se sont abattues dans cette préfecture située à l’est, au diable vauvert, ont littéralement emporté un pont et détruit partiellement un autre sur la route de Kankan. Comme si cela ne suffisait pas, un bac situé sur la rivière Milo permettant de rallier la sous-préfecture de Banankoro, plus au sud, a coulé, isolant presque totalement Kérouané du reste du pays.

La liste de problèmes est longue. Dans ce pays au relief accidenté et où la surcharge à l’essieu est presque la règle, chaque ouvrage de franchissement représente un risque potentiel. L’effondrement de ces différents ponts est le symbole non seulement de l’état désastreux dans lequel se trouve notre réseau routier (dont seulement 2 261 km de routes nationales revêtues sur un total de 7 637 km), mais également de la déliquescence du pays en matière de gouvernance infrastructurelle. Ou de gouvernance tout court.

Car malgré l’acuité de ces deux crises liées au carburant et à l’infrastructure routière, elles masquent mal la crise politique qui mine le pays depuis plusieurs années et qui fait régulièrement des dégâts. Elle couve toujours.

Des élections municipales sans cesse repoussées, et après des manifestations qui ont fait des dizaines de morts et de blessés, ont été organisées le 4 février dernier, 13 ans après les dernières qui datent de 2005. Cinq mois plus tard, les nouveaux élus ne sont toujours pas installés, pouvoir et opposition n’ayant pas réussi à se mettre d’accord sur les résultats. Ces deux bords politiques continuent à s’écharper, confisquant ainsi les voix du peuple souverainement exprimées dans les urnes.

Pendant ce temps, la quasi-totalité des pays voisins ont réussi à organiser des élections parfois générales, comme en Sierra Léone, et à installer les élus sans que cela ne prenne un temps interminable, sans que cela ne paralyse le pays sur une si longue période, sans que cela n’accentue les clivages tribaux, sans que cela ne se solde, comme chez nous, par des morts, des blessés et des dégâts matériels considérables.

Crise sociale, crise politique mais aussi crise infrastructurelle comme on l’a vu concernant les ponts qui s’étend également aux services de l’eau, de l’électricité, de la santé, de l’hygiène et de l’assainissement dont toutes les grandes villes sont déficitaires. La capitale Conakry, jadis « perle de l’Afrique occidentale, est devenue une immense poubelle urbaine, véritable pandémonium qui fout la honte à tous les Guinéens pour peu qu’ils soient lucides et informés de ce qui se sa passe ailleurs.

Toutes ces crises qui étranglent la Guinée se résument en une seule : la crise de confiance à tous les niveaux. Crise de confiance entre la classe politique, entre mouvance et opposition, entre gouvernants et gouvernés, entre présidence et gouvernement, entre militants et leaders, entre patrons et employés, entre élèves et maitres, entre chanteurs et mélomanes, entre chauffeurs et passagers, entre vendeurs et acheteurs, entre père et fils, entre mari et femme, entre copain et copine…

Il y a également une constance dans tout ça : la Guinée est certes pauvre et en proie à des crises permanentes, mais nous l’aimons profondément et ne l’échangerons pas contre tout l’or du monde. Peace in Guinea !

The post Inquiétante coagulation de crises en Guinée appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/inquietante-coagulation-de-crises-en-guinee/feed/ 3
Que faut-il savoir et retenir de #ParlerCommeElie ? http://lims.mondoblog.org/faut-savoir-retenir-de-campagne-numerique-parlercommeelie/ http://lims.mondoblog.org/faut-savoir-retenir-de-campagne-numerique-parlercommeelie/#comments Thu, 29 Mar 2018 08:49:42 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1285 Retour en 3 actes sur le hashtag #ParlerCommeElie qui a bien fait rire les Guinéeens, sans distinction d’ethnie, de région ou de religion.

The post Que faut-il savoir et retenir de #ParlerCommeElie ? appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
On a beau avoir les étoiles du grade de Général d’armée qui scintillent sur les épaules, en bataille numérique le combat est loin d’être gagné d’avance. Elie Kamano, reggaeman guinéen autoproclamé « Général », puis « Maréchal » (sans troupe) l’aura appris à ses dépens !

Un peu plus de 72H après sa bourde commise à l’occasion de la commémoration de l’an 34 de la disparition du président Ahmed Sékou Touré, les soufflets alimentant les braises qui incendient Elie à travers le mot-clé #ParlerCommeElie ne sont toujours pas retombés. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les attaques ne se font pas à fleurets mouchetés.

Genèse

Il n’est pas futile, pour ceux qui n’ont pas suivi l’affaire, de revenir brièvement sur comment un simple message commémoratif s’est transformé en un fulgurant « bad buzz » qui a déjà franchi les frontières guinéennes. Le scénario s’est déroulé en trois actes.

Acte 1 : Nous sommes lundi 26 mars, jour de commémoration du 34ème anniversaire de la mort de Sékou Touré, premier président controversé de la Guinée. Les réseaux sociaux guinéens, Facebook en particulier, sont en ébullition. Les uns voient en Sékou un héros qui a délivré la Guinée du joug colonial, les autres un tyran sanguinaire et redoutable. On s’affronte à coup de commentaires éruptifs. Elie Kamano, artiste engagé, fan de Thomas Sankara et affidé de l’activiste polémiste Kémi Séba récemment empêché d’entrer en Guinée, est sans surprise dans le camp des soutiens de l’ancien Responsable Suprême de la révolution socialiste guinéenne. A 17H, il le fait savoir sur sa page Facebook à travers une publication qui ne s’embarrasse pas beaucoup des règles de la langue de Molière. Le reggaeman affirme en substance que, « petit », il avait eu le privilège de parler au téléphone quelques fois avec Sékou Touré, rappelant que son père fut le pilote d’hélicoptère du défunt président pendant 22 ans. Jusqu’ici, tout va bien.

Acte 2 : Un blogueur avisé, Thierno Diallo, connaissant l’âge officiel de d’Elie Kamano, a la bonne idée de « fact-checker » cette « news » à 19H. Problème : Djéliman Kamano à l’état civil, alias Elie, est né officiellement en 1984, c’est-à-dire l’année exacte de la mort de Sékou Touré, le 26 mars plus précisément. C’est vrai que, nourrisson de quelques mois, on peut monter à bord d’un hélicoptère avec un président mais lui parler au téléphone et pouvoir s’en souvenir 34 ans plus tard relève de la science-fiction à la « Black Panther ». S’apercevant de la supercherie, le blogueur s’en émeut sur son mur Facebook en postant la toute première publication avec le mot-clé #ParlerCommeElie. Le bal de l’ironie et de la parodie était ainsi lancé et ne tardera pas à se propager sur Twitter.

Statut de Thierno

Acte 3 : Mardi matin, face à l’avalanche de tweets et publications Facebook ravageurs, le Général Elie risque une explication non pas sur les réseaux sociaux, mais dans l’émission « Œil de Lynx » de la radio Lynx FM. Cela permettrait à tout le monde de voir clair comme un lynx dans cette affaire, pensait-il sans doute. Mal lui en a pris. Ignorant l’adage peul selon lequel « la saison de la parole dure trois jours », Elie choisit de parler au lieu de se taire et de laisser la campagne numérique s’éteindre d’elle-même. Il confirme qu’il a bien parlé au président Sékou Touré et qu’à cette époque il avait 7 ans. Donc, mathématiquement, Djéliman est né vers 1977. Mis sous pression, il révèle que c’est en 2006 qu’il a modifié sa date de naissance pour se présenter comme le « plus jeune espoir reggaeman africain » au concours du Prix Découverte RFI. On pensait que, comme tout le monde, un Général pouvait se tirer une balle dans les pieds par erreur, mais pas couler son propre vaisseau amiral. Hélas, il ne reste plus qu’à prier qu’Elie sache nager au milieu de cet océan agité infesté de squales voraces.

Un buzz thérapeutique

La première leçon à tirer de ce « bad buzz » est qu’autant ils sont des vecteurs de diffusion de fausses informations, les réseaux sociaux constituent également de formidables outils de lutte contre les « fake news ». On peut s’en servir pour contrecarrer des contre-vérités en les confrontant à l’épreuve de vérification des faits. Dans cet exercice, plus on est nombreux et de bonne foi, plus c’est rapide et efficace. Dans un pays ravagé par des rumeurs assassines et où les coups en dessous de la ceinture sont légion, le réflexe du jeune blogueur Thierno devrait se généraliser et se pérenniser.

Cette affaire confirme également la règle selon laquelle le droit à l’oubli n’existe pas sur internet. Tout ce que vous publiez sera retenu contre vous. C’est une vérité implacable qui a  visiblement du mal à se faire accepter au pays de Sékou Touré si l’on en juge par les séries de « sextapes » qui agitent régulièrement le web guinéen.

Ce « bad buzz », plus drôle que méchant en réalité, a eu surtout le mérite d’apaiser les tensions tribales et politiques sur les réseaux sociaux. Tout le monde y a pris part sans distinction d’ethnie, de région ou de religion. Ce qui n’arrive malheureusement pas tous les jours en Guinée où les clivages ethniques, notamment entre Peuls et Malinkés, sont caractérisés  par des discours haineux alimentés par des politiciens qui ont placé l’ethnie au centre de leur stratégie de conquête du pouvoir politique.

Le buzz a agi telle une catharsis sur la jeunesse puisque survenant dans un contexte socio-politique guinéen phosphorescent marqué par une fin de grève syndicale qui failli se transformer en soulèvement insurrectionnel et une crise politique mortifère. A cela s’ajoute, un néo-anti-impérialisme et un panafricanisme nostalgique du passé que revendiquent de plus en plus de jeunes gens. La commémoration dans ce contexte de la disparition de Sékou Touré, l’un des hommes les plus emblématiques et controversés des « Indépendances africaines », ne pouvait que rallumer la mèche de la division.

Enfin, il faut également souligner que si #ParlerCommeElie a fait l’unanimité des internautes, c’est peut-être parce que la personne concernée, Elie Kamano, n’est pas Peul ou Malinké, les deux groupes ethniques dont les rivalités sont en ce moment exacerbées par la crise politique. Sinon, il est fort probable que ça aurait débouché sur une prétendue « attaque ciblée » contre un Malinké ou un Peul. Il en était ainsi, là aussi heureusement, de #BobodiChallenge, cette campagne de parodie qui avait enflammé les réseaux sociaux en avril 2017. La personne au centre de la polémique, Aboubacar Camara dit Bobodi, était Soussou.

En tout état de cause, on préfère ce buzz drôle et ludique aux messages de haine dramatiques et divisionnistes sur les réseaux sociaux et dans les landerneaux politiques. En cela, Elie Kamano nous a gratifiés d’un single exceptionnel. Si par prudence, on ne peut parler comme lui, on peut #ChanterCommeElie que c’est « La Main de Dieu » ! #PeaceInGuinea

 

The post Que faut-il savoir et retenir de #ParlerCommeElie ? appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/faut-savoir-retenir-de-campagne-numerique-parlercommeelie/feed/ 15
Comment se prémunir contre le vol de téléphones et autres objets personnels http://lims.mondoblog.org/se-premunir-contre-vol-de-telephones-autres-objets-personnels-trucs-astuces/ http://lims.mondoblog.org/se-premunir-contre-vol-de-telephones-autres-objets-personnels-trucs-astuces/#comments Thu, 17 Aug 2017 14:47:08 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1268 Deux maux ont, hélas, rendu Conakry très célèbre : l’insalubrité et les embouteillages. Mais « jamais deux sans trois » dit le proverbe. Alors la délinquance urbaine est venue compléter le trio de principales tares qui étranglent ma capitale. Toutes les grandes villes sont certes en proie à la criminalité urbaine, à des degrés différents. Mais malheureusement Conakry est victime de lynchage vu le nombre de maux. Livrés au chômage endémique et à l’oisiveté, beaucoup de jeunes gens ont emprunté les voies dangereuses de l’argent facile: jeux de hasard, petit trafic et vol à la tire. Il ne se passe pas un [...]

The post Comment se prémunir contre le vol de téléphones et autres objets personnels appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Deux maux ont, hélas, rendu Conakry très célèbre : l’insalubrité et les embouteillages. Mais « jamais deux sans trois » dit le proverbe. Alors la délinquance urbaine est venue compléter le trio de principales tares qui étranglent ma capitale.

Toutes les grandes villes sont certes en proie à la criminalité urbaine, à des degrés différents. Mais malheureusement Conakry est victime de lynchage vu le nombre de maux.

Livrés au chômage endémique et à l’oisiveté, beaucoup de jeunes gens ont emprunté les voies dangereuses de l’argent facile: jeux de hasard, petit trafic et vol à la tire.

Il ne se passe pas un jour sans qu’une personne ne se fasse chiper son téléphone portable dans les transports, dans la rue ou au marché, des lieux publics où sévissent en toute liberté de petits voleurs de tout poil.

Des déclarations de vol sur les réseaux sociaux

Et vous savez où les victimes se dépêchent pour faire leur déclaration de perte ou de vol ? Facebook, évidemment.

Preuve de l’ampleur du phénomène du vol à la sauvette, je ne compte plus le nombre de publications qui fleurissent sur les Murs d’amis annonçant la perte ou le vol de leurs objets personnels. Le ton des « satuts » Facebook et les commentaires qui suivent (parfois hypocrites) varie entre la résignation, « Dieu les punira un jour, ma chérie », l’insulte, « ce sont des maudits, ces bâtards » et le fatalisme ambiant, « la Guinée est foutue à jamais« .

J’ai été moi-même victime à deux reprises de vol de téléphone (mais ici, le proverbe ment: il y a bien deux sans trois… enfin je l’espère…). Moi aussi, j’avais dit que mes voleurs étaient des « maudits », des « connards », des « sans cœurs ». Mais cela n’avait pas permis de ramener mes téléphones. Alors que faire ?

Le mieux c’est essayer de tout faire pour ne pas que ça arrive. Et si ça arrive, il existe tout de même quelques solutions. Ci-dessous, je reviens sur les procédés les plus couramment utilisés par les larrons et propose des conseils pour s’en prémunir. Sans prétention d’expertise, aucune.

Au marché et dans la rue

Les marchés sont les lieux de prédilection pour le vol à la tire à Conakry. Les voleurs profitent de la cohue pour subtiliser les objets personnels des clients à leur insu. Dans ce cas de figure, Madina, le plus grand marché de Conakry et du pays, est un cas d’école.  Ils utilisent, au choix :

  • Le pick-pocket: c’est un classique. Le voleur se mêle à la foule pour vous faire les poches. Il peut tenter sa chance en piochant au hasard, sans distinction de proies. C’est  un peu comme la pêche à la ligne : il jette son hameçon, c’est à qui mordra à l’appât. C’est un vol généralement silencieux dont la victime ne se rend compte que bien plus tard. Ni vu, ni connu. Ce procédé peut également être employé avec ciblage de la victime jugée « vulnérable ». Il peut être employé ou non avec la filature.
    • Conseil : Ne jamais mettre son argent ou un objet de valeur dans une poche ouverte ou arrière. Préférer les poches avec fermeture à glissière et surtout les poches intérieures si vous portez une veste.
  • La « césarienne » : c’est une opération à cœur ouvert dont les dames porteuses de sac sont souvent victimes à Madina. Le voleur muni d’une lame déchire le sac en le « césarisant » par le bas. Il n’a plus qu’à suivre la victime pour ramasser les objets qui tombent du sac éventré.
    • Conseil : Ne jamais porter son sac à dos …au dos ou en bandoulière. Il faut toujours le mettre sur le ventre. Pour les dames, éviter si possible de se promener à Madina avec un sac de luxe. Il attire l’attention et vous risquez non seulement de le perdre mais aussi son contenu.
  • Le vol à l’arrachée : le voleur repère l’objet à dérober. Il profite de l’inattention de sa proie pour l’arracher de force et détaler. Ce procédé est de moins en moins utilisé dans les marchés depuis que les voleurs attrapés sont systématiquement lynchés et brulés vifs. Crier « Mougné tii » au marché équivaut à une mise au mort quasi-certaine. Du coup, c’est généralement dans les transports et dans les rues sombres des quartiers qu’il est employé. Ce type de vol est parfois suivi de violence, le voleur ayant peur de ne pas réussir son coup ou de rencontrer de la résistance. Les femmes et les jeunes gens sont des proies prisées.
    • Conseils : ne pas exhiber son téléphone dans un endroit isolé et peu sûr. Si vous êtes obligés de téléphoner en pareil endroit, mieux vaut le faire arrêté et non pas en marchant. Dans ce cas, se tenir contre un mur ou un poteau, le téléphone du côté de l’obstacle pour minimiser les risques. En cas de vol à l’arrachée, ne surtout pas opposer de la résistance ou poursuivre son voleur. Votre vie est nettement plus précieuse qu’un objet, quelle que soit sa valeur.
Dans les transports

Les transports constituent également un terrain propice pour la commission des larcins à Conakry.

  • Le vol à l’embarquement : tout le monde pâtit de la crise de transports en commun dans notre capitale. Aux heures de pointe c’est la guerre pour s’embarquer dans les fameux taxis jaunes, les immortels Magbana et les rares bus en circulation. Mais tout le monde n’est pas voyageur. Les voleurs profitent des mêlées dignes d’une partie de rugby pour arracher les téléphones portables. Le long de l’autoroute à Madina (encore là), les ronds-points de Cosa, Matoto ou de Bambéto sont des endroits tristement célèbres pour ce procédé.
    • Conseils : placer son téléphone en lieu sûr ou le tenir fermement dans la main. Ne jamais relâcher son attention sur ses biens dans les endroits bondés comme les arrêts de bus. Surveiller particulièrement ses poches, en y mettant si possible ses propres mains.
  • Le vol à la détourne : C’est un type de vol de plus en plus usité vu le nombre de victimes. Le procédé est simple : détourner votre attention pour vous voler. Ça se passe généralement dans les embouteillages ou lorsque vous êtes en stationnement. C’est un vol qui se fait avec au moins deux malfaiteurs. Un violent coup à l’arrière de votre véhicule, le temps de tourner la tête pour voir ce qui se passe, vos téléphones posés sur le tableau de bord se sont volatilisés. Quelquefois on vous informe faussement que vous avez une crevaison. Vous descendez voir. La minute suivante votre sac est parti. Au revoir iPhone !
    • Conseils : Toujours garder les portières de son véhicule verrouillées, les vitres montées (il est temps d’avoir une voiture climatisée si ce n’est pas le cas). Lorsqu’on cogne votre voiture ou dit que vous avez une crevaison pensez d’abord à vos biens à l’intérieur : téléphone, montre, sac, etc. Ce sont eux qui sont en danger. Ensuite prenez le temps de bien vous garer. Entre temps vous aurez attiré l’attention d’autres passants.
  • Vol à l’arrachée : ici le ou les voleurs se déplacent en moto. En général, ils ciblent leur victime qu’ils peuvent prendre en filature jusqu’à l’endroit le plus propice avant d’arracher son sac et s’enfuir. De par le passé, beaucoup de cambistes qui commettaient l’imprudence de transporter du cash en rentrant à la maison ont fait les frais de ce type de vol. Quelque fois, il s’agit d’un seul voleur. Il cible les femmes ayant plusieurs bagages qui font de l’auto-stop. Il propose à la victime de mettre ses bagages devant lui. C’est au moment où celle-ci s’apprête à monter derrière qu’il met les gaz et disparait.
    • Conseils : porter son sac sur le ventre et le tenir fermement en toute circonstance. En cas de « stop », ne jamais accepter la proposition d’un motard inconnu de mettre son bagage devant lui. Il vaut mieux payer cher un « déplacement » ou rentrer tard, mais avec tous ses bagages, que de perdre ceux-ci par soucis d’économie ou d’impatience.
Précautions générales à prendre

Dans la rue, comme à la maison, il vaut toujours mieux observer un minimum de mesures de sécurité. L’une de celles-ci consiste à être prudent et à se méfier des inconnus.

Quand on possède un Smartphone, la sagesse voudrait qu’on enregistre systématiquement ses contacts sur son compte Google (à travers son Gmail), et non sur le répertoire du téléphone, (en cas de perte ou de vol, vous pourrez récupérer au moins vos contacts), de le verrouiller, d’activer la traçabilité et de noter quelque part le numéro IMEI grâce auquel on peut tracer le téléphone et le retrouver éventuellement en cas de vol ou de perte. On peut également sauvegarder ses données (photos, vidéos, docs) dans le cloud (Dropbox, etc.).

Enfin, il existe une solution sûre à 100% pour éviter de se faire voler son téléphone dernier cri au marché Madina: il ne faut pas l’y amener si vous n’êtes pas un habitué des lieux !

Quand on a le dernier iPhone ou le dernier-né des Galaxy, il est préférable de transférer sa carte SIM sur un petit téléphone ordinaire le temps d’une course  dans ce marché.

Quelques solutions en cas de vol

On a beau être prudent ou précautionneux. Un jour, on peut tomber dans le filet des voleurs. Alors en cas de  perte ou de vol de votre téléphone, que faut-il faire ?

Certes, les chances de retrouver un téléphone perdu ou volé à Conakry sont extrêmement minces. Ce n’est pas demain la veille qu’on ouvrira ici un comptoir pour les biens « perdus – retrouvés ». Mais il existe tout de même quelques pistes à creuser pour essayer de retrouver son bien.

  • Faire une déclaration officielle de vol: Pas sur Facebook. Enfin, pas uniquement. Je sais, depuis le début de la lecture de cet article, vous vous demandez quel est le rôle des services de sécurité pour lutter contre ce phénomène de vol à la tire. La réponse est claire : il est invisible !  Les petits voleurs agissent en toute impunité, parfois au nez et à la barbe de certains agents de sécurité. Pourtant, il est tellement facile de tendre un guet-apens pour cueillir tous ces petits morveux qui font pleurer nos sœurs et nos mères à Madina…

Je disais que l’on peut cependant faire une déclaration de vol à la Gendarmerie et surtout à la Police. Si vous ouvrez votre poche, celle-ci peut ouvrir une enquête en collaboration avec l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications, en lien avec les Opérateurs de téléphonie, afin de retrouver votre téléphone. Plusieurs exemples de succès me sont rapportés même si la procédure peut durer des mois. Si par malheur vous ne retrouvez pas votre téléphone, vous aurez au moins contribué à alimenter les statistiques de vols à Conakry…

  • Mener sa propre enquête : cela parait utopique mais lorsqu’on est audacieux on peut tout à fait retrouver son téléphone volé en enquêtant soi-même. Mais, je le répète, il faut de la niaque et beaucoup de baraka.

En avril 2015, à quelques jours de mon mariage, j’ai été victime de vol de mon téléphone à Madina par le procédé de la détourne. « Boum, boum, boum » à l’arrière de la voiture, je sors la tête voir, un mec vilain comme la mort m’insulte. C’est au moment de me remettre de mon émotion colérique que je me rends compte que mon téléphone s’est volatilisé. Le téléphone de quelqu’un qui se marie dans moins d’une semaine… La cata !

Je fonce directement au lieu-dit « Bordeaux » à Madina. Un petit attroupement. Je compte : un, deux, trois, quatre, cinq grands gaillards au regard vitreux. Je n’ai pas de mal à reconnaitre mon téléphone…. en pièces détachées. Le voleur du téléphone était en train de le bazarder à ses comparses. Je m’adresse à celui qui a la gueule du chef de gang et déclare que c’est mon téléphone. Pris la main dans le sac, ils reconnaissent que c’est un téléphone volé mais exigent une « rançon » fixée à 100 000 GNF pour le rendre. Je négocie et rachète finalement mon propre téléphone, que j’avais il y a à peine 20 minutes, à 30 000 francs…

Je connais également un ami qui a passé toute la journée à enquêter sur le vol de son téléphone à Madina et qui a fini par le retrouver à « Khossébaria », sur la plage située derrière le pont 8 novembre à l’entrée de la commune de Kaloum.

Certes des cas exceptionnels mais qui montrent que c’est bien possible. Si vous connaissez des victimes ou vous-même avez été victime du vol à la tire, laissez-nous un commentaire ci-dessous.

The post Comment se prémunir contre le vol de téléphones et autres objets personnels appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/se-premunir-contre-vol-de-telephones-autres-objets-personnels-trucs-astuces/feed/ 10
Cinq choses que j’ai apprises de Fria, cité industrielle touchée, mais pas coulée ! http://lims.mondoblog.org/cinq-choses-jai-apprises-de-fria-cite-industrielle-touchee-coulee/ http://lims.mondoblog.org/cinq-choses-jai-apprises-de-fria-cite-industrielle-touchee-coulee/#comments Sun, 06 Aug 2017 07:33:56 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1249 Visite en cinq étapes de Fria, célèbre cité industrielle naguère prospère, aujourd'hui plongée dans le marasme.

The post Cinq choses que j’ai apprises de Fria, cité industrielle touchée, mais pas coulée ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>

Image d’époque de l’usine (Noel N.)

En séjour pour la toute première fois à Fria, dans le cadre de #BlogCampFria, un événement organisé par l’association Ablogui, je découvre cette ville, célèbre cité industrielle naguère prospère, aujourd’hui plongée dans le marasme. Je vous y emmène en visite expresse, en cinq étapes.

1. Une usine à l’origine

Ce sont elles que le voyageur qui arrive de Conakry aperçoit les premières : deux chaudières éteintes et trois barres d’immeubles décatis posées sur un plateau bauxitique. Ce sont les symboles de Fria, cité industrielle naguère florissante et illuminée au point d’être surnommée « Petit Paris ». L’état de ces installations symbolise aujourd’hui la décrépitude de Fria, une ville située à 160 km de Conakry, née il y a 57 ans autour de la première raffinerie d’alumine d’Afrique à l’arrêt depuis 2012.

La légende raconte que le nom Fria vient du Soussou « Firi » qui signifie « lianes ». Fria serait donc « l’endroit où il existe beaucoup de lianes »…

L’histoire, elle, enseigne que c’est à la fin des années 1950 que le village de Kimbo, de moins de 200 habitants, a cédé sa place à l’unité industrielle, Friguia, construite par un consortium amené par la française Pechiney. Dans la foulée, trois barres d’immeubles de neuf étages chacun sortent de terre pour abriter les quelques 1 200 travailleurs expatriés de l’époque. D’autres logements appelés « cités » seront créés pour loger tous les employés nationaux et africains.

Une ligne de chemin de fer pour évacuer l’alumine relie Conakry à Fria, un hôpital moderne, de nombreuses installations sportives et ludiques et une piste d’atterrissage voient le jour au bonheur des employés de l’usine, de leurs familles, et de tous les habitants de Fria qui bénéficient également de l’eau et de l’électricité en permanence.

Un petit coin de paradis dont s’enorgueillissaient les fils de Fria jusqu’à fin 2011, année à partir de laquelle l’usine commence à toussoter avant de s’arrêter net en 2012 à la suite d’une série de grèves des travailleurs demandant une revalorisation salariale.

Mais Fria, c’est Friguia. Entre 2 500 et 3 000 emplois directs et indirects dépendaient de l’usine, soit une masse salariale de près de 6 milliards de francs guinéens par mois. De quoi alimenter et faire vivre l’économie locale. L’arrêt de l’usine est donc à la fois un désastre économique et social pour les 120 000 « Friakas ». C’est le début de la descente aux enfers que l’on connaît.

  1. A Fria, le sport est roi

Fria constitue à coup sûr le porte-flambeau du sport en Guinée. Les sportifs de la ville sont présents à toutes les compétitions sportives nationales. Preuve éloquente, le porte-drapeau de la délégation guinéenne aux derniers J.O de Rio venait d’ici.

Héritage laissé par l’usine, toutes les disciplines sportives sont pratiquées à Fria : foot, basket, athlétisme, natation, judo, karaté, etc. Parmi les installations sportives, la cité compte une piscine olympique aujourd’hui asséchée, obligeant les nageurs à aller s’entraîner dans les eaux du fleuve Konkouré, à 7 km de là.

Un dynamisme sportif et culturel toujours vivant néanmoins.  Loin de l’image misérabiliste de la ville qui circule sur Internet et à Conakry depuis l’arrêt de l’usine. Sur place, j’ai vu plutôt des jeunes gens vivants, souriants, visiblement sains.

  1. Fria, fragile mais résiliente

La fermeture de l’usine a certes laissé un goût amer aux habitants de la cité d’alumine mais leur a également servi de leçon : c’est une grande erreur que de dépendre intégralement de l’usine. Les Friakas ont compris qu’ils sont chez eux, n’ont nulle part où aller et qu’il faut s’adapter à la nouvelle donne, être résilients. D’où la floraison d’ONG, de PME, des coopératives et des groupements (artisans, maraîchers, etc.) afin de vivre indépendamment de l’usine.

La multiplication des initiatives agro-pastorales a permis par exemple la création de huit fermes avicoles entre 2012 et 2017 avec entre 500 et 2 000 têtes chacune. Parallèlement, le savoir-faire accumulé des ouvriers de l’usine est mis au service des populations, Fria comptant parmi les meilleurs menuisiers métalliques du pays, les meilleurs électriciens, mécaniciens… et probablement les petits voleurs de matériels mécaniques et de carburants les plus futés, comme c’est courant dans la plupart des unités industrielles !

Un combat pour la résilience qui se joue également sur le front social et culturel. Une ONG, « Fria Relève-Toi », créée après 2012 par des ressortissants de Fria, multiplie les actions caritatives. Fin décembre 2016 elle a organisé un important festival de musique pour soutenir la ville et est à l’origine d’un superbe clip vidéo intitulé « Fria relève-toi » chanté par un collectif d’artistes guinéens parmi les plus célèbres du moment.

  1. Kaleta a apporté de l’eau au moulin

La réalisation de la centrale hydroélectrique de Kaléta, située une quarantaine de km en amont de Fria sur le fleuve Konkouré, a été une formidable bouffée d’oxygène pour la cité. Depuis 2015, la ville respire. Conséquence directe de l’arrêt de la raffinerie, l’électricité, et dans une moindre mesure l’eau, n’étaient plus fournies aux populations provoquant de graves remous sociaux.

Heureux hasard du calendrier, c’est au moment où le dernier groupe électrogène de l’usine s’arrêtait, interrompant ainsi le pompage de l’eau dans les robinets, que le courant de Kaléta a été lancé en août 2015.

Désormais l’électricité est fournie en permanence permettant ainsi de relancer le petit commerce de blocs de glaces que les femmes vendent aux vendeurs de poissons dans les marchés hebdomadaires alentours.

  1. Un espoir au goût de l’alumine

Le rêve que caressent tous les employés de Friguia est de voir de nouveau la fumée sortir des chaudières rouillées de la raffinerie. Cet espoir existe.

L’Etat guinéen et l’entreprise Rusal (exploitant de l’usine) ont trouvé un accord en avril 2016 selon lequel la production sera relancée en avril 2018. En attendant, des travaux de maintenance sont en cours pour dérouiller et dégripper les machines. La raffinerie redémarrera avec une production de 650 000 tonnes d’alumine l’an pour atteindre, à l’horizon 2026, plus d’un million de tonnes annuelles.

Aujourd’hui,  travailleurs, autorités, populations locales ont tous les yeux tournés vers cette échéance de 2018 avec l’espoir de voir de nouveau s’animer l’âme de « Petit  Paris » que les branchés de Conakry partaient visiter, sans visa, le temps d’un weekend. Mais tous sont conscients que rien ne sert plus jamais comme avant. Fria, forever !

Ci-dessous des images anciennes et actuelles avec les installations de l’usine et les barres d’immeubles (photos transmises par Noel N.)

 

The post Cinq choses que j’ai apprises de Fria, cité industrielle touchée, mais pas coulée ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/cinq-choses-jai-apprises-de-fria-cite-industrielle-touchee-coulee/feed/ 5
Cri de cœur d’une mère en détresse ! http://lims.mondoblog.org/cri-de-coeur-dune-mere-detresse/ http://lims.mondoblog.org/cri-de-coeur-dune-mere-detresse/#comments Wed, 17 May 2017 21:37:03 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1242 « Chers lectrices et lecteurs, C’est assez surréaliste que je prenne la parole en public pour m’adresser à vous, car même dans mes rêves les plus improbables je n’aurais pu imaginer être sous le feu des projecteurs à mon corps défendant. Mais les voies du Seigneur sont insondables. J’aurais aimé ne jamais vous parler ici, ne jamais m’afficher sur internet pour tendre la sébile. Si j’avais eu le choix, je serais restée la mère au foyer timide que je suis qui élève ses enfants dans la dignité et mène sa vie de paysanne anonyme. Hélas, j’ai rencontré mon destin. Je n’ai [...]

The post Cri de cœur d’une mère en détresse ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>

Batouly Sow – crédit photo: Alimou Sow

« Chers lectrices et lecteurs,

C’est assez surréaliste que je prenne la parole en public pour m’adresser à vous, car même dans mes rêves les plus improbables je n’aurais pu imaginer être sous le feu des projecteurs à mon corps défendant. Mais les voies du Seigneur sont insondables.

J’aurais aimé ne jamais vous parler ici, ne jamais m’afficher sur internet pour tendre la sébile. Si j’avais eu le choix, je serais restée la mère au foyer timide que je suis qui élève ses enfants dans la dignité et mène sa vie de paysanne anonyme. Hélas, j’ai rencontré mon destin. Je n’ai plus le choix. Dans ma vie, rien ne sera plus jamais comme avant.

Faisons connaissance si c’est la première fois que vous me voyez. Je m’appelle Fatoumata Batouly Sow, je suis Guinéenne, j’ai 34 ans, 5 enfants et un mari formidable: Ousmane Cissé à qui je suis mariée depuis 1998. J’ai surtout un cancer du sein qui me ronge depuis maintenant 12 mois !

Je viens de Boussoura, un petit village de  la commune rurale de Koba dans la préfecture de Boffa, en Basse Guinée.  Mon mari est cultivateur de riz comme la plupart des hommes de notre contrée. Nous sommes des Peuls dont les ancêtres sont originaires du Fouta-Djalon. Nous vivons en parfaite harmonie avec les populations autochtones de Koba à tel point que personnellement, je parle mieux le Soussou que le Poular ma langue maternelle.

Avant de tomber malade, je faisais un petit commerce d’huile, de riz, de piment et de colas que je transportais à Conakry pour revendre afin d’épauler mon mari à entretenir les enfants. Mais, ma vie a basculé le 3 novembre 2016. Ce jour-là, j’ai perdu une partie inestimable de mon corps. J’ai perdu ce qui symbolise le plus la féminité chez une femme : on m’a coupé un sein à sa racine ! Les spécialistes vous parleront de mastectomie totale.

Tout a commencé en mars 2016. Alors que mon dernier garçon avait deux ans, un bouton de la taille d’un grain de maïs est apparu sur mon sein droit. Rien d’inquiétant, me dis-je, tout le monde peut avoir un bouton qui apparait et disparait spontanément. Peu de temps après, j’ai commencé à ressentir de vives douleurs au dos. Le bouton est passé de la taille d’un grain de maïs à celle d’un petit citron. Il grandissait à vue d’œil. J’avais le sein lourd et une boule sous l’aisselle. Je commençai à m’inquiéter, tout comme mon mari.

Nous nous sommes tout naturellement tournés vers la médecine traditionnelle à la recherche d’un remède. Nous avons sillonné toutes les localités de Boffa, Boké et Dubréka… Nous avons consulté les guérisseurs les plus réputés,  enlevé des sacrifices de toutes sortes. En vain ! Cela n’a eu aucun effet positif sur mon état de santé qui se détériorait. Le sein continuait à gonfler m’infligeant une douleur insoutenable. Je n’ai jamais autant souffert de toute ma vie.

Ayant épuisé tous les recours traditionnels, nous avons fini par nous rendre à l’hôpital. Ce fut à Dubréka où un médecin m’a prescrit un traitement composé de trente piqûres que j’ai prises une à une. Ce traitement a légèrement diminué l’enflure du sein et a ralenti l’écoulement de la plaie qui s’était formée entre temps. Mais pas d’amélioration de mon état de façon générale. Au contraire.

En octobre 2016, le médecin de Dubréka ne pouvait plus rien. Il a jeté l’éponge et nous a conseillés, mon mari et moi, d’aller au plus vite à Conakry dans l’un des deux plus grands hôpitaux de la capitale: Ignace Deen ou Donka. Nous nous sommes rendus dans ce dernier où le médecin qui m’a reçue a immédiatement déclaré qu’il fallait couper le sein pour sauver ma vie! C’est là que j’ai entendu pour la première fois parler de cancer, un mot dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Coût de l’opération: cinq millions de francs guinéens payables avant l’intervention, alors que nous n’avions même pas plus de 100.000 francs par devers nous.

Je ne saurais expliquer les réelles motivations du médecin-chirurgien. Je ne voudrais lancer aucune accusation. C’est que je sais, c’est qu’il nous a mis une terrible pression en disant que s’il ne m’opérait pas le lendemain-même, il ne me recevrait plus, même si je revenais avec un montant supérieur. J’ignore comment mon mari a fait pour trouver l’argent.

Le jeudi, 3 novembre 2016, je fus donc opérée. Je me réveillai sans mon sein droit, emballé dans un sac plastique et remis à mon mari. Le choc psychologique était indescriptible. On m’a transférée du bloc opératoire à une salle de la maternité de Donka où je suis restée en tout trois jours avant que le médecin ne nous demande de rentrer à la maison sans autre forme d’accompagnement.

Il a ensuite expliqué à mon mari qu’il fallait payer la somme de 12 millions de francs pour les soins, sinon, a-t-il ajouté, « ça n’aurait servi à rien d’opérer ta femme ». J’avais physiquement très mal ce jour, mais je n’oublierai jamais la douleur qui m’a frappée au cœur devant la détresse de mon mari démuni…

Bref, voilà résumé mon passé douloureux. Mais mon présent n’est guère reluisant. Des examens récents ont révélé qu’en dépit de l’ablation du sein, la maladie n’est pas éradiquée. Des cellules cancéreuses sont en train de se répandre menaçant le reste de mon corps. Tous les spécialistes préconisent mon évacuation rapide à l’extérieur  de la Guinée vers une structure de prise en charge spécialisée. Selon les estimations des hôpitaux, cela coutera plus de 200 millions de francs guinéens ! Que faire ? Où vais-je trouve ce montant ? Je souffre.

Nous souffrons moi, mon époux et nos enfants. A moi, certes la douleur physique, mais à eux la douleur psychologique de me voir souffrir, l’angoisse insoutenable et la crainte de perdre sa femme ou sa mère. Je suis croyante musulmane, je garde espoir qu’Allah, que je prie, va me sortir de cette mauvaise passe.

Dans le malheur qui nous frappe, je rends grâce à Dieu qui a mis des personnes formidables sur notre chemin. C’est le cas des femmes de l’Association des Professionnelles Africaines de la Communication (APAC) et particulièrement de sa présidente Mme Asmaou Barry. C’est grâce à elle que je suis sortie de l’anonymat en me donnant la chance de m’exprimer pour la première fois dans une vidéo sur Facebook. Jamais je ne saurais la remercier assez, ainsi que toutes ces bonnes volontés qui m’apportent leur soutien, y compris ceux qui nous hébergent gratuitement à Conakry.

Je sais que beaucoup ont été choqués de voir une femme au sein coupé s’exhiber sur internet. Mais ai-je le choix ?

J’ai appris qu’en début d’année plusieurs jeunes femmes ont lancé une campagne de sensibilisation sur la prévention du cancer du sein sur les réseaux sociaux. Elles postaient des photos d’elles correctement habillées bien sûr. C’est à mon tour de lancer ma campagne de sensibilisation, mais pour la phase curative. J’ai dépassé la prévention dans mon cas. Malheureusement je n’ai plus rien à cacher. Je n’ai plus de sein à dissimuler par pudeur. Pourtant moi aussi, je fus une jeune femme et comme toute jeune femme, j’ai eu des seins qui suscitaient le désir des hommes. J’aimerais tant revivre cette époque-là…

J’ai appris qu’aucune femme n’est à l’abri du cancer du sein. C’est un mal indicible. Aucune femme ne mérite cela. Je suis consciente que personne ne peut échapper à son destin mais j’aimerais continuer à vivre auprès de mes enfants aujourd’hui dispersés un peu partout chez des proches. J’aimerais les élever et les éduquer ensemble, les voir grandir ensemble, les chérir ensemble.

Chers internautes, aidez-moi à les réunir à nouveau. Aidez-moi à rentrer à la maison saine et sauve. »

Fatoumata Batouly SOW

Pour venir en aide à Mme Cissé, Batouly Sow voici comment faire :

The post Cri de cœur d’une mère en détresse ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/cri-de-coeur-dune-mere-detresse/feed/ 2
Ce que la vie doit à l’amour !* http://lims.mondoblog.org/vie-a-lamour/ http://lims.mondoblog.org/vie-a-lamour/#comments Sun, 16 Apr 2017 14:52:22 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1227 Cet article est une fiction portant sur le thème de la « Jeunesse guinéenne d’aujourd’hui ». Comme convenu la veille, nous nous étions levés aux aurores pour nous retrouver. Ça y est, je suis prêt dit-il ! On y va, répondis-je, la gorge serrée. Allez, c’est parti ! Sac à dos en bandoulière, il se mit devant marchant d’un pas hâtif sur l’étroit sentier du village. Les pattes de son jean balayaient la rosée dans un frou-frou musical. J’avais relevé mon pagne jusqu’aux genoux pour éviter de le mouiller. Je suivais Sadio en silence. Personne ne parlait. Seuls nos cœurs, en proie à [...]

The post Ce que la vie doit à l’amour !* appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Cet article est une fiction portant sur le thème de la « Jeunesse guinéenne d’aujourd’hui ».

Comme convenu la veille, nous nous étions levés aux aurores pour nous retrouver.

  • Ça y est, je suis prêt dit-il !
  • On y va, répondis-je, la gorge serrée.
  • Allez, c’est parti !

Sac à dos en bandoulière, il se mit devant marchant d’un pas hâtif sur l’étroit sentier du village. Les pattes de son jean balayaient la rosée dans un frou-frou musical. J’avais relevé mon pagne jusqu’aux genoux pour éviter de le mouiller. Je suivais Sadio en silence. Personne ne parlait. Seuls nos cœurs, en proie à une tempête de mélancolie, communiquaient dans un silence pesant.

Nos silhouettes se détachaient dans le décor des feuillages, dessinés par le faisceau de nos lampes torches à l’aide desquelles on s’éclairait. A l’est, le ciel s’illuminait d’une couleur pourpre annonçant la naissance de l’aube. Progressivement, la nature s’éveillait.

  • On y est, tu dois te retourner ici, me lança-t-il lorsqu’on arriva à un croisement de chemins. Sadio s’efforçait à ne laisser transparaitre aucune émotion dans sa voix, mais il était évident qu’il avait, lui aussi, le cœur lourd.
  • Je voudrais te pousser encore un peu plus, fis-je.
  • Non, il ne fait pas encore jour, tu dois te limiter ici. Ça commence à faire du chemin pour ton retour au village. Tu es toute seule, il ne faut pas prendre des risques inutiles.
  • Mais il n’y a pas de risque, en plus j’ai pas peur voyons argumentai-je.
  • N’insiste pas Assiatou, s’il te plait limite-toi là et rentre à la maison.

 J’étais obligée d’accepter sa proposition d’autant plus que Sadio avait une trentaine de km à parcourir à pied pour arriver en ville d’où il devait s’embarquer pour Conakry. Je savais qu’il se faisait de la bile à l’idée de rater son taxi, sachant qu’il n’y avait qu’un seul taxi-brousse qui ralliait la capitale au rythme de deux fois par semaine. Louper celui-ci revenait à patienter quatre jours supplémentaires avec toutes les conséquences que cela impliquait pour dormir et manger en ville.

On s’arrêta sous un grand arbre feuillu pour nous dire au revoir. Instant déchirant. Il me tendit sa main gauche que je serrai avec ma main gauche également. Chez nous, sans que je ne sache trop pourquoi, la tradition voudrait qu’on se serre les mains gauches pour se dire adieu.

Jamais adieux ne furent aussi pénibles pour moi.

  • Assi,… m’appela-t-il !
  • Sadio,… répondis-je en le fixant dans les yeux.

La conversation s’arrêta-là. Nous étions incapables de continuer à parler tant l’émotion était forte. On se contentait de nous regarder, chacun devinant ce que l’autre ressentait, ce que l’autre voulait dire par-delà le poids du silence.

Il retira sa main doucement, s’avança, marcha quelques pas avant de s’arrêter et de revenir sur ses pas. Je n’avais pas bougé. Il me saisit par la taille et me serra très fort contre lui. Sur mon sein, je sentais son cœur battre la chamade. Je savais qu’il brûlait d’envie de m’embrasser – moi  aussi d’ailleurs – mais nous nous étions promis de ne rien faire avant le mariage comme le veulent notre tradition et notre religion.

Il était 18H. Cela faisait déjà 11H de temps depuis que Sadio était parti. Son image emplissait ma tête, je n’arrêtais pas de penser à lui, de repenser aux instants de notre séparation laborieuse de ce matin. J’avais comme une boule de feu coincée dans la gorge. Avait-t-il pu voyager ? Avait-t-il raté son taxi ? Avait-t-il trouvé à manger ? Je me posais un tas de questions.

Sans doute Nen Kadiatou aussi, la mère de Sadio. Fils unique depuis le décès tragique de ses frères jumeaux dans un accident, Sadio était la prunelle des yeux de sa maman. Elle me demandait de ses nouvelles sans arrêt. Malheureusement, je n’avais pas plus d’informations qu’elle. Notre village était totalement enclavé, aucun réseau téléphonique n’était disponible pour communiquer.

Je rassurais la vieille dame – et me rassurais moi-même –, en prédisant que la route de Sadio serait bonne puisque j’avais veillé personnellement à ce qu’il respectât scrupuleusement le rituel du voyageur. Ainsi, avant de sortir de la maison, il avait consulté la position de la poule couveuse et suivi la direction indiquée par celle-ci en sortant. Il avait également versé une calebasse d’eau au pied de l’oranger de la concession. De mon côté, j’avais écrasé trois œufs au carrefour et déposé autant de tas de cendre tel que recommandé par le marabout que j’avais consulté pour le voyage de Sadio.

Nous habitions un village de montagne aride d’où nous tirions l’essentiel de nos ressources alimentaires d’une agriculture itinérante sur brûlis. Or, le dérèglement climatique avait provoqué l’espacement des pluies. Les champs étaient devenus improductifs poussant presque tous les hommes à l’exode rural vers les centres urbains et notamment vers la capitale à la recherche d’une vie meilleure. Seules quelques vieilles personnes, des veuves et des enfants peuplaient les hameaux tristes.

En dépit de son jeune âge, à peine 22 ans, Sadio était devenu le principal soutien de ses parents frappés par la vieillesse. Son rêve le plus ardent était de leur construire une maison en dur et de les emmener à la Mecque effectuer le pèlerinage.

Intelligent et bon élève, il avait été malgré tout contraint d’abandonner l’école en classe de 6ème année pour s’occuper de ses parents après la mort de ses frères. Moi aussi, j’avais abandonné mes études au niveau primaire sur décision de ma mère qui avait estimé qu’en tant que benjamine de cinq frères, je devais l’aider dans ses tâches ménagères et laisser les garçons étudier. A l’époque, j’étais trop petite pour comprendre. Maintenant, je me serais sans doute opposée à cette décision…

Sadio est mon cousin. Son courage et sa sagesse avaient poussé son oncle – mon père – à me le promettre en mariage. J’avais tout de suite accepté, puisque au-delà de son courage, Sadio est un beau garçon, gentil et galant. J’avais appris à le connaitre et à l’aimer. J’avais hâte de me marier avec lui, même si, par pudeur comme il est de coutume chez nous, j’évitais soigneusement de le lui dire.

Sadio avait expliqué à ses parents qu’il partait à Conakry. Il leur avait dit qu’il voulait tenter sa chance dans le commerce en ouvrant une échoppe de quartier. Son père, convaincu de son projet, avait consenti de revendre deux de ses vaches et quatre chèvres pour constituer le capital d’investissement. Une petite fortune dans notre contrée.

Mais à moi, il avait dit la vérité et c’est cette vérité qui me chagrinait davantage. Sadio m’avait avoué qu’il se lançait dans une grande aventure : il voulait tenter sa chance pour rejoindre l’Europe par la route ! Comme le firent deux de ses amis, Younoussa et Djibril, qui avaient réussi à gagner l’Italie il y a un an.

Les jours passaient et se ressemblaient. Sadio me hantait. Je me réveillais à l’aube, je faisais ma prière et profitais pour demander à Dieu de lui faciliter son voyage. Je n’avais toujours pas ses nouvelles cinq jours après son départ. J’ignorais s’il était arrivé à Conakry à bon port, ni ce qu’il était devenu. J’attaquais ensuite la journée qui commençait par la corvée d’eau. Je devais remplir plusieurs bassines en allant puiser à la source du marigot qui entourait notre village. J’avais mal aux reins à  force de descendre et de remonter le chemin qui serpentait la pente raide donnant accès au marigot. Mais c’est ainsi, comme toutes les femmes du village, je devais m’y faire.

J’avais enfin des nouvelles de  Sadio, une semaine après notre séparation. Mon frère Malik, qui l’avait accueilli à son arrivée à Conakry avait envoyé un message expliquant qu’il avait dormi chez lui deux jours avant de continuer son chemin. Son taxi était tombé en panne sur la route de Conakry obligeant tous les passagers à dormir en pleine brousse. Mais, par la grâce de Dieu, rien ne leur était arrivé. Une grande chance à cette période d’attaques à main armée perpétrées par des coupeurs de route qui régnaient en maitres sur les trajets interurbains.

Sadio n’avait pas dit grand-chose à mon frère Malik sur ses véritables intentions. Il lui avait vaguement expliqué qu’il partait à Bamako, au Mali, pour acheter des basins qu’il entendait revendre ensuite à Conakry. Malik avait essayé de le convaincre que ce projet était certes intéressant à long terme, mais un peu risqué étant donné que Sadio n’avait pas suffisamment de l’expérience dans le commerce. Il l’avait plutôt conseillé de rester à Conakry et d’essayer d’ouvrir une boutique de quartier avec quelques marchandises ordinaires. Malik était prêt à y contribuer si nécessaire et même de lui servir de guide se fondant sur son expérience propre en ce domaine. Sadio avait décliné poliment l’offre, arguant qu’il voulait tenter l’aventure des basins-Bamako pour voir ce que ça pourrait donner.

Il s’était donc embarqué pour Bamako en compagnie de Saliou, le fils de l’ancien maitre tailleur de Malik également originaire de notre village. Je connaissais Saliou qui avait récemment séjourné ici pour quelques jours. Un loup solitaire aux dents longues. Sadio et lui étaient devenus inséparables, entretenant une complicité que je peinais à percer. Ils menaient d’interminables entretiens jusque tard dans la nuit sous le Kouratier derrière notre concession. Je les surprenais évoquant des contrées lointaines dont je n’avais jamais entendues parler : Sahara, Lampedusa, Melilla, Méditerranée, etc…

Une fois, alors que je les épiais, je les avais entendus parler d’une grande clôture surmontée de barbelés qu’il fallait grimper pour accéder à un territoire appartenant lui-même à un pays étranger mais qui se trouverait dans un autre pays. Je n’y comprenais rien en dehors de la dangerosité d’affronter cette barrière qui serait haute de plusieurs mètres et surveillée 24H/ 24 par des agents de sécurité accompagnés de chiens méchants.

Sadio n’avait  jamais voulu qu’on en parle quand je lui avais demandé de m’expliquer ce qu’il fricotait avec Saliou et tous ces lieux dont ils parlaient. « Assi, écoute-moi ! D’abord ce n’est pas poli d’écouter des conversations privées » m’avait-il opposé. Ayant compris que j’en savais plus qu’il ne s’imaginait, il était contraint de me dire au moins qu’il voulait tenter l’aventure de l’Europe pour aider ses parents comme l’avait fait Younoussa qui avait réussi à envoyer les siens ainsi que ses beaux-parents à la Mecque. Je ne voyais aucune objection à ce qu’il parte, je craignais simplement pour sa vie et du sort de notre projet de mariage. D’ailleurs, je dois avouer que la perspective de voir ses parents et éventuellement les miens accomplir le rite du pèlerinage à la Mecque ne me déplaisait guère…

Ainsi, mon frère n’avait pas assez d’informations. Depuis qu’il était parti voilà plusieurs jours, Sadio n’avait pas donné de ses nouvelles. Mon frère ne s’en inquiétait pas outre mesure, puisque, à ses yeux, le trajet Conakry – Bamako était relativement sûr pour un voyage diurne. Ensuite, il était tout à fait normal que Sadio prenne plusieurs jours dans la capitale malienne pour acheter sa marchandise. Comme il le craignait, lui Malik, ce ne devait pas être du beurre à couper pour un novice.

Mon frère ignorait tout du projet aventureux de Sadio. J’ai fini par le lui dire à cause du manque d’informations et de mon inquiétude qui allait grandissante.

Un mois, puis deux, puis trois mois… Toujours aucune nouvelle de Sadio et de son compagnon de route, Saliou. Nen Kadiatou, sa mère, était au bord de la crise des nerfs. Elle pleurait sans cesse disant qu’elle avait perdu l’unique fils qui lui restait, comme elle a perdu ses deux jumeaux il y a quelques années. J’essayais de la réconforter et de la rassurer que Sadio allait bien et qu’il rentrerait sans doute un de ces quatre. Sans grand succès. Le visage de la vieille dame n’était plus qu’une indéfinissable expression de dépit et de désespoir. Elle avait les traits tirés, les yeux hagards, le regard perdu.

Mes nuits étaient sans fin. Sadio m’habitait. J’étais incapable d’arrêter de penser à lui. Je le voyais enfin. Il était vêtu d’un pantalon jean noir, assorti d’un polo couleur cendre et coiffé d’un large chapeau feutre. Il portait une vieille paire de baskets éculées aux lacets défaits. Il avait le visage noirci, les mains enveloppées dans des bandes de chiffon. C’était la nuit, il courait péniblement vers une clôture très haute, suivi de trois autres personnes. Tous avaient commencé à grimper le mur lorsque, soudain, derrière eux, surgirent d’énormes chiens bergers allemands, les yeux injectés de sang, qui aboyaient rageusement. L’un d’eux attrapa Sadio par la jambe et le fit tomber. Il se débattait, hurlait à l’aide, tandis que le gros chien bavait sur lui s’apprêtant à le mordre au cou.

Je me réveillai en sursaut, haletante, tout en sueur. Je ne refermai plus les yeux jusqu’au petit matin. Il en était ainsi depuis plusieurs jours. Mon sommeil était peuplé de cauchemars dans lesquels je voyais Sadio dans des situations désastreuses : tantôt il mourait de soif au milieu du désert, tantôt il se noyait dans un océan de sang.

J’étais repartie consulter le marabout pour enlever des sacrifices et demander à Dieu de veiller sur Sadio, de me donner de ses nouvelles et surtout de me le ramener sain et sauf.

Dix jours après le sacrifice, Malik me fit parvenir enfin une bonne nouvelle. Saliou avait pu joindre ses parents pour leur expliquer qu’ils allaient bien, lui et son ami Sadio. Ils avaient réussi à traverser le désert et à atteindre la Libye. Ils s’apprêtaient à traverser la mer pour se rendre en Italie. Il disait que le voyage était risqué mais qu’ils étaient en bonne santé et déterminés tous les deux. Sadio en avait profité pour me glisser un message personnel. Il disait qu’il m’aimait et qu’il n’arrêtait pas de penser à moi, ainsi qu’à sa mère. Il m’exhortait de continuer à prendre soin d’elle. Bientôt il serait en Europe, inch’Allah, ajoutait-il. Inch’Allah…

J’étais tellement heureuse d’apprendre cette bonne nouvelle que je me mis à chanter toute seule sur les chemins qui mènent aux champs et au marigot. Pour la première fois depuis de longs mois, depuis notre séparation inoubliable, je me sentais dans ma peau de jeune fille de 18 ans ! Je retrouvai l’appétit et un sommeil plutôt normal.

Trois semaines s’étaient écoulées après la bonne nouvelle. Depuis, plus rien. Silence radio. Dans mon fort intérieur, je savais que Sadio était maintenant en Italie, qu’il avait réussi la traversée sans péril et qu’il ne tardait plus à appeler Malik pour l’en informer.

J’étais assise à la véranda, pensive, contemplant le magnifique coucher de soleil qui jetait des flammes dorées sur le feuillage des arbres. Je voyais l’avenir en rose aux côtés de mon bienaimé Sadio… C’est à ce moment précis que j’aperçus un homme qui enjambait la clôture qui délimite le village. A mesure qu’il s’approchait, mes doutes se dissipaient. C’était bien lui ! Mon frère Malik portait en bandoulière un petit sac rouge couvert de poussière comme le reste de ses habits de voyageur. Je ne bougeai pas. Il marchait lentement, trainant les pas comme quelqu’un de très fatigué.

Au regard dévastateur que Malik posa sur moi, je compris tout, tout de suite. Je ne tenais plus sur mes jambes qui flageolaient. Il hâta le pas et me fit asseoir. « Courage …» me murmura-t-il me glissant un objet que je n’eus point de peine à reconnaitre. « Courage !» Son mot me transperça de part en part. Je ne dis rien. J’examinai l’objet : ma propre photo en noir et blanc que j’avais donnée à Sadio en guise de souvenir. « Mon Dieu ! », m’écriai-je.

« … leur bateau a chaviré. Saliou s’en est sorti, mais il n’a pu que sauver le balluchon de Sadio ; désolé Assi », ajouta Malik en sanglots.

Puis, mon regard se brouilla. Mes yeux s’embuèrent mouillant la photo que je contemplais. Tout était clair. C’en était terminé,  je ne reverrai plus jamais mon Sadio !

The post Ce que la vie doit à l’amour !* appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/vie-a-lamour/feed/ 11
Jardin de la Camayenne, petit bout de paradis au cœur de Conakry http://lims.mondoblog.org/jardin-de-camayenne-petit-bout-de-paradis-coeur-de-conakry/ http://lims.mondoblog.org/jardin-de-camayenne-petit-bout-de-paradis-coeur-de-conakry/#comments Sun, 02 Apr 2017 10:00:49 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1201 En Guinée, à Conakry, c’est à une balade de décrassage du corps et de l’âme que je vous invite à vivre à travers ce billet de blog. Pas besoin de chaussures de montagne ou de trekking pour visiter un jardin magnifique, la destination est facile d’accès et à portée de balade. L’endroit est coincé entre le fameux cimetière de Kameroun et l’immense esplanade de la grande Mosquée Fayçal. C’est le jardin botanique de la Camayenne. Gazouillis d’oiseaux, air frais, senteurs sauvages, silence de… Cimetière … Ici, sous ces arbres centenaires dont le cime tutoie les cieux, on a du mal [...]

The post Jardin de la Camayenne, petit bout de paradis au cœur de Conakry appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
En Guinée, à Conakry, c’est à une balade de décrassage du corps et de l’âme que je vous invite à vivre à travers ce billet de blog. Pas besoin de chaussures de montagne ou de trekking pour visiter un jardin magnifique, la destination est facile d’accès et à portée de balade.

L’endroit est coincé entre le fameux cimetière de Kameroun et l’immense esplanade de la grande Mosquée Fayçal. C’est le jardin botanique de la Camayenne. Gazouillis d’oiseaux, air frais, senteurs sauvages, silence de… Cimetière … Ici, sous ces arbres centenaires dont le cime tutoie les cieux, on a du mal à croire d’être au cœur de Conakry, la capitale guinéenne. Le contraste est d’autant plus saisissant qu’à quelques centaines de mètres aux alentours, les caniveaux et les quartiers dégorgent de déchets faisant de notre ville l’une des plus sales et polluées d’Afrique.

Balade avec un spécialiste des plantes

Jardinier, spécialiste de plantes ornementales, Ousmane Bangoura, 60 ans, connait le Jardin botanique comme sa poche. Quand on demande à ce grand amoureux de la nature de parler de cet endroit, son visage osseux s’éclaire d’un large sourire aux traits débonnaires. Nous prenons place, lui et moi, sur un banc en ciment à l’ombre d’un grand acacia mangium.

J’apprends qu’en 2017 le Jardin botanique fête son 120ème anniversaire d’existence ! Créé en avril 1897 par le premier gouverneur de la Guinée française, le Docteur Noël Eugène Ballay, le « Jardin d’essai de la Camayenne », comme on l’appelait, servait à tester différentes espèces de plantes tropicales. A l’origine, il occupait un espace de 13 hectares entre le « Pont 8 novembre » et la route qui borde le CHU Donka. Aujourd’hui il n’en reste que 8 hectares, les 5 autres ayant servi à la construction de la mosquée et le cimetière de Kameroun.

Les premiers plants du Jardin furent le mangoustanier, l’eucalyptus et le caïlcédrat introduits en 1898. Très vite, les conditions édaphiques et climatiques se sont avérées favorables. Les arbres ont rapidement poussé sous la main experte et bienveillante de Louis Auguste Chevalier, premier directeur du Jardin. Le nom de ce botaniste est surtout connu à Dalaba où il a créé le jardin qui porte son nom, « jardin Chevalier », avec les fameux pins qui font encore aujourd’hui la célébrité et la fierté de cette cité aérienne.

Entre 1914 et 1945, le bananier a régné en maître dans le Jardin de la Camayenne. En cause : l’introduction de quelques rejets de bananiers en provenance de Paris s’est transformée en un succès retentissant.

L’expérience a été répliquée ailleurs, notamment à Madéguéma, une localité située au pied des montagnes entre Manéyah et Coyah donnant naissance à une importante bananeraie. Progressivement, il s’est créé ce qu’on a appelé le « triangle bananier » entre les villes de Forécariah  – Kindia – Dubréka, faisant de la Guinée durant cette période, premier pays exportateur de banane en Afrique. Un essor qui s’est poursuivi jusqu’à la rupture brutale entre la France et la Guinée lors du fameux « Non » de 1958.

A l’image du bananier, d’autres arbres fruitiers ont été testés avec succès tels que le noisetier de Cayenne (cacao sauvage), le cerisier, l’abricotier ou encore le sapotier dont les fruits sont réputés être d’un goût exquis qui ravit le palais. Une anecdote sortie du chapeau de «  l’ami des arbres », Ousmane Bangoura, raconte que les colons blancs avaient introduit six plants de sapotier au Jardin et trois devant chacune de trois églises de Conakry : Sainte-Marie de Kaloum (cathédrale), Sainte-Marie de Bellevue et Saint-Michel de Coléyah.

Le flamboyant, arbre ornemental par excellence, est également le fruit du Jardin botanique de la Camayenne. Il embellissait les principales artères de la capitale, notamment les corniches nord et sud, et est à l’origine du surnom de Conakry « Perle de l’Afrique occidentale ». Une image paradisiaque bien lointaine, face à l’état d’insalubrité désastreuse actuelle de la ville qui désole Ousmane, planteur des flamboyants aujourd’hui disparus, pour la plupart, le long des routes.

Flamboyant originaire de Madagascar, acacia mangium en provenance des forêts de l’Australie, ylang-ylang ou arbre à parfum des Iles Comores, hévéa du Brésil, tiama de l’Angola, cèdre, pimenta, terminalia catapa (fôté kansi), tek, cannelle, copalier … le jardin botanique compte actuellement plus d’une centaine d’espèces ornementales, fruitières et forestières. Au grand bonheur de petits animaux de type fourmis et oiseaux qui foisonnent.

Mais également des hommes. La Direction nationale des eaux et forêts (ministère de l’Environnement) s’est installée là, au milieu de ce formidable écosystème, havre de paix au cœur d’une ville de Conakry tumultueuse.

Le jardin botanique, principal fenêtre d’aération de Conakry

Ce jardin, en parfait état, apparaît ainsi comme la principale fenêtre d’aération de Conakry en servant de système de recyclage d’air pollué. Un rôle qu’il devait jouer de concert avec les forêts de Kakimbo, d’Enta et de Dabompa. Malheureusement, ces espaces verts ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes à cause de la pression démographique incontrôlée.

Sur les petits sentiers de terre qui courent dans le Jardin botanique, on croise quelques visiteurs charmés, mais surtout une petite armée d’une dizaine de jardiniers qui s’occupent de la reproduction des plantes. Au fond du bois, ils élèvent des pépinières dont certains plants servent à l’aménagement de jardins résidentiels.

Au bout d’une demie heure de causerie et de balade , Ousmane, l’ange-gardien du Jardin, se fait philosophe : « Dieu a créé les plantes pour accompagner l’homme sur Terre. Sans elles, l’homme n’est rien. Nous devons respecter les plantes ». C’est dit.

Ousmane Bangoura

The post Jardin de la Camayenne, petit bout de paradis au cœur de Conakry appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/jardin-de-camayenne-petit-bout-de-paradis-coeur-de-conakry/feed/ 6
Le « Musée du Fouta », mémoire vivante du patrimoine culturel peul http://lims.mondoblog.org/musee-fouta-memoire-vivante-patrimoine-culturel-peul/ http://lims.mondoblog.org/musee-fouta-memoire-vivante-patrimoine-culturel-peul/#comments Sun, 05 Feb 2017 16:13:34 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1187 D'objets usuels locaux de la vie quotidienne à des armes ou des livres... une visite de 30 minutes nous plonge dans l'univers des Peuls du Fouta-Djalo.

The post Le « Musée du Fouta », mémoire vivante du patrimoine culturel peul appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>

Musée du Fouta – crédit photo: Alimou Sow

Le massif montagneux du Fouta-Djalon, situé au nord-est de la Guinée, est à l’origine du surnom de notre pays de « Château d’eau de l’Afrique de l’Ouest » à cause de sa pluviométrie abondante et du grand nombre de cours d’eau qui y prennent leur source formant parfois des bassins transfrontaliers avant de se jeter dans l’océan (fleuves Gambie et Sénégal) .

C’est également la région d’origine du peuple peul en Guinée dont l’histoire et la culture sont particulièrement riches. Une histoire, hélas, mal connue, puisque mal enseignée et souvent écrite par des étrangers. Beaucoup de jeunes guinéens – y compris ceux habitant ou originaires de la région – ignorent par exemple que ces hauts plateaux furent le théâtre d’une révolution musulmane au 18ème siècle qui a abouti à la création d’une théocratie ayant résisté, un temps, à la pénétration coloniale.

C’est pour garder vivante la mémoire du patrimoine culturel peul hérité de cette histoire faite de soubresauts qu’une femme a décidé d’agir. Mme Zenab Koumanthio Diallo est la fondatrice du Musée du Fouta sous la houlette de l’Association des femmes poètes et écrivains de Guinée.

« Karamoko »

Ouvert le 9 juin 2001 à Labé, capitale de la Moyenne Guinée, le Musée du Fouta est situé au quartier N’diôlou dans un petit bâtiment circulaire, inspiré d’une case ronde, comprenant une salle d’exposition, une salle de formation et quelques pièces dédiées à l’administration. Il est dirigé par un Comité scientifique et un Conservateur en la personne de Ousmane Tounkara, mon guide du jour.

L’homme est rôdé à la tâche. La voix tonique d’un rappeur, l’œil pétillant, Ousmane Tounkara connait le Musée du Fouta comme sa poche et presque chacune des 2.500 pièces de l’exposition « Karamoko Alpha Mo Labé » qui occupe la salle du rez-de-chaussée.

L’expo s’ouvre sur un vieil homme enturbanné, assis en tailleur sur une peau de mouton tannée. Les objets hétéroclites qui l’entourent (encriers, planchette d’écriture, un coran ouvert…) laissent peu de doute sur son statut : il s’agit d’un «karamoko », un éducateur dépositaire du savoir et de l’enseignement coranique et qui est chargé de les transmettre aux disciples (tâliba).

La femme, la vache et la foi

Avant d’aller plus loin, Ousmane Tounkara se veut pédagogue : « la société peule est bâtie autour d’un triptyque : la femme, la vache et la foi » résume-t-il. Explications.

  • La femme: Dans la tradition peule, la femme est un personnage incontournable. En tant qu’épouse, elle est la gardienne de la maison laquelle est une case ronde au toit de chaume. C’est à la fois la chambre à coucher, le salon, le garde-manger et la cuisine réunis. Un muret en terre latérite tient lieu d’étagère sur laquelle trônent les calebasses dans lesquelles fermente le lait de vache. D’autres sont suspendues, accrochées à une plateforme soutenue par quatre poutres où sont conservés les produits de récolte (riz, fonio, mil, maïs). Juste au-dessus du feu alimenté par des blocs de termitières mortes, pendouille de la viande boucanée, provision de l’époux pour ses longs déplacements.

Au registre mobilier de maison, le tabouret occupe une place de choix. Les femmes l’utilisent pour s’asseoir en faisant la cuisine et pour plusieurs autres tâches ménagères. Cet objet est souvent transmis de mère en fille parfois sur plusieurs générations. Dans sa collection, le Musée détient un spécimen vieux de quatre siècles et demi. L’importance du tabouret – hérité – lui vaut une fonction «  porte-bonheur » : on y fait asseoir la nouvelle mariée pour sa fertilité et celle en âge de se marier pour trouver un époux.

Bien que le sexe soit en général tabou dans la culture peule, la femme peule sait séduire. D’abord par sa parure (bagues, bracelets, chevillères, perles…) et surtout par sa célèbre coiffure traditionnelle en crête (dioubâdhé) dont la forme pouvait être un indicateur du rang social de celle qui la porte (droite = cheffe, inclinée = basse classe, etc.).

Séduction par la coiffure et les parures, mais également à travers les petits présents en nourriture. La femme offre à son prétendant une gourde contenant du beurre de vache appelée « tembêrè nebban ». Cadeau suprême à l’origine de la croyance répandue selon laquelle la femme peule est capable de contrôler un homme en lui faisant manger un aliment mystique appelé « gnâmi diôdô ».

L’homme à son tour, pour épouser sa prétendante, doit déposer un lot de cola nuptial dont le nombre varie entre 100 et 315 noix (suivant le nombre de prophètes). Ces colas sont artistiquement nouées à l’aide de cordes végétales (une quinzaine) dont le tout évoque un phallus en érection. Tout un symbole !

  • La vache : Il existe un lien quasi-ombilical entre le Peul et la vache. C’est d’ailleurs cette dernière qui a emmené les Peuls au Fouta ! Les récits historiques racontent que c’est à la recherche de pâturages abondants que les premières vagues de pasteurs peuls nomades envahirent les hauts plateaux du Fouta-Djalon, au 15ème siècle, alors habités par le peuple Djallonké. Les Peuls sont foncièrement pasteurs avant de devenir agro-pasteurs, puis commerçants notamment au contact des Mandings.

Il s’agit généralement d’un élevage domestique rudimentaire constitué d’un cheptel d’une dizaine de têtes tout au plus dans chaque concession. Traditionnellement, les vaches sont rassemblées dans un parc appelé « dinguirâ ». Elles portent des noms suivant leur couleur : wodhêwé (robe rouge), lahé (robe noire), willé (robe grise), witchpâgué (tachetée)…

Traire la vache est une activité réservée aux femmes. A l’origine, la traite est faite dans le « kounnawal », un récipient creusé dans le figuier (djibbé) qui, dans la tradition peule, est considéré comme l’arbre du paradis et symbole de la fécondité. On utilise également la calebasse comme « bhirdoughal » (récipient de traite), mais jamais un récipient en plastique.

L’élevage de bovins avait surtout une fonction sentimentale. Parfois, le sentiment est si fort que les Peuls ne mangent pas la viande de leurs propres vaches, surtout si celle-ci est fraiche (les vieux sages la préfèrent boucanée). Ils préfèrent le lait, le beurre et la bouse de vache, engrais naturel, qui sert également à badigeonner le plancher et les murs des cases.

Les Peuls restent des éleveurs dans l’âme, même si la grande majorité d’entre eux s’est désormais enrichie dans le commerce et s’est établie en ville au détriment de la campagne. Partout en Guinée, ils contrôlent la filière viande, soit en tant qu’agro-pasteurs, bouchers, convoyeurs ou vendeurs.

  • La foi : La révolution islamo-peule du 18ème siècle au Fouta-Djalon a été conduite par des vagues de Peuls musulmans venus du Macina et de la vallée du fleuve Sénégal. Une révolution multi-ethnique dirigée par douze marabouts peuls et dix marabouts mandings qui ont imposé l’islam comme religion au Fouta. La foi religieuse guide toutes les actions de l’homme.

L’enseignement du Coran est assuré par le vieillard à la fois éducateur, directeur, médiateur, détenteur du pouvoir politique et religieux. L’enseignement se fait au « doudhal » (école). Pour les jeunes disciples, les leçons sont écrites sur une ardoise en bois en forme de flèche appelée « allouwal » à l’aide de l’encre et des plumes d’origine végétale.

Pour faciliter l’expansion de l’islam et sa compréhension, les érudits, « thiernôdio ou thierno », ont entrepris la traduction du Coran en langue Poular. Progressivement, on a assisté à l’éclosion d’une véritable littérature religieuse et poétique au Fouta-Djalon. La plus ancienne pièce du Musée est en effet un parchemin vieux de 650 ans retrouvé à Koula Tossokèrè (Lélouma), l’un des foyers islamiques les plus réputés de la région à l’époque.

Thierno Samba Mombeyah, Thierno Sadou Mo Dalein, Thierno Aliou Badra Daroun… sont parmi les plus célèbres de ces érudits respectés et vénérés. Ce sont eux que chante la cantatrice Binta Laly Sow dans le morceau « Waliyâbhé Fouta » qui leur est consacré.

Cet islam-là relève du courant soufi, représenté par le « tidianisme », très tolérant. De nos jours, il est en perte de vitesse surtout dans les centres urbains, concurrencé par le courant « wahabbite » rampant. Mais ça, c’est une autre histoire…

Le reste de l’exposition montre la stratification de la société au Fouta-Djalon, multiculturelle, multi-ethnique avec les divers corps de métiers : chasseurs, forgerons, cordonniers, tisserands, apiculteurs, potiers, griots.

L’enrichissante visite se termine sur un espace politico-militaire montrant les figures de la révolution islamique de la théocratie et la résistance à la pénétration coloniale.

On sort toujours moins bête d’une visite au Musée du Fouta qui survit grâce à ses propres ressources (maigres) et à quelques appuis comme ceux de l’Ambassade de France en Guinée pour les locaux et l’Ecole du Patrimoine africain pour le renforcement de capacité du personnel. Mais les défis restent à la dimension des ambitions du Musée : élargir et moderniser les locaux, collecter plus de pièces et les conserver dans de meilleurs conditions. Chiche !

Intérieur Musée – crédit photo: Alimou Sow

The post Le « Musée du Fouta », mémoire vivante du patrimoine culturel peul appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/musee-fouta-memoire-vivante-patrimoine-culturel-peul/feed/ 12
Conakry – Labé – Conakry : retour sur un voyage éreintant ! http://lims.mondoblog.org/conakry-labe-conakry-retour-voyage-ereintant/ http://lims.mondoblog.org/conakry-labe-conakry-retour-voyage-ereintant/#comments Mon, 26 Dec 2016 09:37:15 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1174 Du trajet Conakry-Labé-Conakry que je viens de boucler au bout d’un voyage de cinq jours, j’en connais un rayon. Je le pratique en moyenne une fois par an depuis douze ans; depuis mon premier voyage à Labé en février 2004 à la faveur d’un cycle universitaire qui aura duré cinq ans… J’ai parcouru ce trajet, de jour comme de nuit, des dizaines de fois en Peugeot 505 – mulets de nos routes déglinguées -, une fois en autocar (caprice d’une ex-copine d’université qui a failli nous expédier six pieds sous terre sur la montagne de Yombokhouré) et une fois par [...]

The post Conakry – Labé – Conakry : retour sur un voyage éreintant ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>

Sur la route de Labé (crédit photo: Alimou Sow)

Du trajet Conakry-Labé-Conakry que je viens de boucler au bout d’un voyage de cinq jours, j’en connais un rayon. Je le pratique en moyenne une fois par an depuis douze ans; depuis mon premier voyage à Labé en février 2004 à la faveur d’un cycle universitaire qui aura duré cinq ans…

J’ai parcouru ce trajet, de jour comme de nuit, des dizaines de fois en Peugeot 505 – mulets de nos routes déglinguées -, une fois en autocar (caprice d’une ex-copine d’université qui a failli nous expédier six pieds sous terre sur la montagne de Yombokhouré) et une fois par avion, en 2015, dans le cadre d’un voyage professionnel.

Quel que soit le type de véhicule utilisé, le voyageur Conakry-Labé s’en sort toujours avec un sentiment mitigé : la beauté d’un paysage à couper le souffle sur une route chaotique qui flanque à vos reins un formidable coup de vieux.

Cette fois, c’est moi qui suis aux commandes. Ma troisième expérience de « long voyage » après un « Conakry-Télimélé » et un « Conakry-Boké » réussis au volant du même tacot: une Nissan Almera 2006, « occasion Bruxelles », plutôt correcte. Mais, comme « qui voyage loin ménage sa monture », je la soumets à un check-up complet la veille du départ. Les récits épiques, quelquefois tragiques, sur cette route de 400 km au bout de l’enfer, laissent peu de place à l’improvisation pour s’y engager.

Je suis débout dès potron-minet pour affronter, en solitaire, le tronçon jugé le plus difficile, Conakry-Kindia. 135 km que l’on accomplissait, il y a quelques années, en un peu moins de deux heures montre en main. Maintenant, il faut rajouter deux heures supplémentaires pour crapahuter sur la même distance devenue un parcours de rêve pour un rallye raid de type « Paris-Dakar », tant la route est en piteux état.

Sous le poids de l’âge et surtout des poids lourds chargés à tout casser, le goudron s’est effrité au fil des saisons, formant des nids de poule devenus progressivement de larges cratères qu’on aurait dit provoquées par un puissant séisme. Des bulldozers s’activent à niveler ces trous géants dans un nuage de poussière permanent, interrompant intempestivement le trafic. Le capharnaüm ressemble à un paysage lunaire balayé par une puissante tempête extraterrestre.

C’est dans ce chaos indescriptible qu’on tente d’appliquer les règles de la sécurité routière. Entre rigueur et excès de zèle.

En plus de l’inamovible barrage de Kaka, à la sortie de Coyah, des checkpoints filtrants sont érigés tout le long de la route jusqu’à Labé. Les gendarmes veillent au grain.  Pour passer, il faut montrer patte blanche. Les documents classiques du véhicule : permis de conduire, carte-grise, certificat d’assurance, vignette (Taxe Unique sur les Véhicules) sont passés au peigne fin. Fait nouveau : il faut également disposer du triangle de pré-signalisation (triangle rouge), la trousse médicale de secours et un extincteur, décliné en « essinter » ou « egzinter » par certains agents, y compris à l’écrit sur les PV de contravention (100. 000 GNF pour une pièce manquante) ! Il faut donc tendre l’oreille et être bon en …anagrammes pour s’en tirer !

En règle sur toute la ligne, je franchis les chekcpoints sans coup férir. A l’aller comme au retour, aucun agent ne m’a sorti « on est là pour vous »  ou bien «  levée de barrage », les fameuses formules pour abouler le bakchich de la corruption. A mon grand étonnement …et soulagement !

En dépit de cette attitude correcte (même si certains gendarmes me prenaient de haut), ce contrôle strict se heurte à un triple paradoxe.

Premièrement, il est partial. Il concerne, paradoxalement, les véhicules personnels relativement en bon état et qui offrent plus de sécurité ; tandis qu’on ferme les yeux sur les défaillances des poids lourds et les véhicules de transport en commun (taxi-brousses, bus et minibus), des épaves en mouvement, dangereusement surchargées au point d’être flanquées de porte-bagages en extension, non prévus par le constructeur.

Deuxièmement, dans une situation normale, il est indispensable de disposer des documents légaux du véhicule et les autres accessoires pour la sécurité des voyageurs. Mais, ici, la situation est tout sauf normale avec une route complètement défoncée et muette (pas l’ombre d’un panneau de signalisation), constituant le plus grand danger pour les usagers. En attestent les innombrables carcasses de véhicules gisant sur le bas-côtés de la route, témoins d’autant d’accidents de circulation mortels.

Enfin, la présence de ces nombreux barrages de contrôle contraste fort bien avec l’insécurité qui règne sur les axes routiers en province où des coupeurs de route sèment la terreur à la nuit tombée. On ne compte plus le nombre d’attaques à main armée souvent fatales aux voyageurs nocturnes.

Première conséquence de la baisse du trafic la nuit : l’économie de la petite localité de Tamagali, sur l’axe Kindia – Mamou, est à terre. Cette espèce de caravansérail naguère prospère où l’on s’arrêtait manger de la chèvre au milieu de la nuit, affiche une image pâle en cette fin décembre 2016. Contrairement à sa sœur, Linsan, où l’on continue de faire halte la journée pour manger : lait caillé, fonio, riz, brochettes de viande, tarot… C’est au choix.

C’est ce magnifique exemple d’entente et de solidarité entre deux localités voisines sur le fonctionnement de leur économie que les bandits sont en train de démolir, au nez et à la barbe des autorités …

Ma Nissan ne bronche pas pour la montée harassante de Yombokhouré, dernier rempart avant d’accéder aux hauts plateaux du Fouta Djallon. Les villes défilent. Kindia est déjà loin derrière.

Voici Mamou, ville-carrefour, bâtie sur un confettis de petites collines abruptes que dévalent des moto-taxis à tombeau ouvert.

Puis Dalaba, haut perchée sur le massif montagneux de Tamgué. Au loin, les minarets de la majestueuses mosquée de la ville se détachent dans la brume qui enveloppe la cité surnommée « la Suisse de l’Afrique » du fait d’un climat frais, particulièrement en cette fin d’année où l’harmattan sévit. Plus près, des pins verdoyants défilent à gauche dans un virage serré avant d’arriver au centre-ville qui n’a rien d’extraordinaire. Mais Dalaba reste cet exceptionnel mirador pour contempler, par beau temps, des magnifiques paysages aux plateaux encaissés.

Pita est à une cinquantaine de kilomètres de là. Des virages en épingle de cheveux. Sébhory, Mitty, … Brouwal Tappé pour, enfin, entrer à Pita-centre. Moins de 5 minutes pour traverser la ville. Toujours la « Tappa-lappa », la fameuse miche de pain locale proposée sur des planches alignées sur le trottoir de la route principale. Je franchis le Koubiwol, la rivière qui ceint le côté ouest de la ville pour entrer dans « le Labé ».

Pour railler la ruse supposée (ou réelle) des gens de Labé, la légende raconte que  pour fixer la frontière entre Pita et Labé, les habitants des deux cités rivales s’étaient entendus de se lever aux aurores pour marcher les uns en direction des autres. La frontière serait établie pile au point de leur rencontre. Les habitants de Pita ont eu la désagréable surprise de rencontrer ceux de Labé juste à la sortie de leur ville. Comme convenu, ils s’étaient levés tôt le matin alors que les Labékas avaient marché toute la nuit !

Au bout de 12 heures de voyage (avec une pause d’une heure et demie), je fais mon entrée dans la cité de Karmoko Alpha Mo Labé, du nom de son fondateur. La ville est en pleine expansion où poussent des buildings élancés et des demeures cossues. La voirie urbaine en lambeaux, – comme à Conakry – la  ville est écrasée par une chape de poussière ocre et salissante qui irrite les voies respiratoires. C’est à croire qu’un astéroïde est tombé sur la ville !

Quatre jours de séjour pour revoir de vieilles connaissances, parents et anciens amis de l’Université de Labé.

Beaucoup de nouveautés pour le loisir et la gastronomie comme le dîner « Chez Kamal », un restaurant sympa où l’on mange bien au quartier Safatou. Mais aussi des adresses intactes comme l’éternel petit déjeuner au rond-point Tinkisso chez Dian Kadiatou. Au menu : riz ou fonio à la soupe de poulet/ viande, ou au velouté « mafé nama ». ça ne désemplit jamais le matin, surtout en ce matin frisquet de décembre, la rigueur de l’harmattan se lisant sur la peau squamée et les lèvres gercées des clients, écharpes autour du cou, les mains dans les poches des jackets.

Au bout de quatre jours, je reprends le chemin inverse pour rentrer à Conakry avec une halte à Dalaba, pour une nuit au somptueux hôtel du Foutah, fondé dans les années 1930. Les bâtons de frites qu’on y mange ont des allures de pilons vigoureux. La pomme de terre sent la fraicheur locale.

Une fraicheur que distribue également à l’état naturel le fameux « Kouratier » de l’hôtel du Foutah, le figuier sauvage de Guinée devenu carte postale de Dalaba.

Je rentre à Conakry éreinté, mais plein de bons souvenirs foutaniens. Comme à chaque fois. Depuis 12 ans !

The post Conakry – Labé – Conakry : retour sur un voyage éreintant ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/conakry-labe-conakry-retour-voyage-ereintant/feed/ 14
Tayaki, un village de Conakry écartelé entre beauté et précarité http://lims.mondoblog.org/tayaki-village-de-conakry-ecartele-entre-beaute-precarite/ http://lims.mondoblog.org/tayaki-village-de-conakry-ecartele-entre-beaute-precarite/#comments Tue, 06 Dec 2016 12:18:17 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1155 Son nom à 6 lettres évoque une île perdue sur l’archipel du Japon. Pourtant, ce village est l’un des quartiers nord de l’agglomération de Conakry.

The post Tayaki, un village de Conakry écartelé entre beauté et précarité appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Plage de Tayaki (Alimou Sow)

Plage de Tayaki (Alimou Sow)

La pression écrasante que Conakry exerce sur ses habitants pris en étau entre des déchets éternels, des embouteillages légendaires, des moustiques mutants et une chaleur de fournaise, pousse les Conakrykas hors les murs à la quête d’air pur et d’un peu d’exotisme.

Les weekends, il n’est pas rare de croiser de petites bandes de copains en partance pour les îles de Loos, au large de la capitale, pour aller recycler l’air de leurs poumons pollués. Au point qu’un micro-phénomène de tourisme de proximité est en train de se mettre doucement en place autour de Conakry dans un rayon de 150 km.

Ce dimanche, j’ai sauté le pas pour suivre un groupe de 13 filles dont 10 de l’Association Africaine des Professionnelles de la Communication (APAC). Destination ? Tayaki !

Son nom à six lettres évoque une île perdue sur l’archipel du Japon, y compris pour les habitants de la capitale dont la plupart n’ont jamais entendu parler de Tayaki. Pourtant, ce village relève de Kobaya, l’un des quartiers nord de la commune urbaine de Ratoma dans l’agglomération de Conakry.

Pour se rendre à Tayaki, il faut mouiller le maillot, au sens propre comme au figuré. Aucun moyen de déplacements hormis la marche à pieds !

Tayaki n’est pas une île à vrai dire. C’est une espèce d’immense radeau flottant au milieu des marécages à près de quatre kilomètres des côtes de Kobaya. On y a accède en suivant un chemin fait des digues de protections de carrés rizicoles formant un vaste réseau de boyaux à travers les marais.

Bien que nous soyons à la fin de la saison des pluies, il vaut mieux être chaussé de bottes, le pantalon retroussé au-dessus des genoux, pour patauger dans la boue. A défaut, se mettre carrément pieds nus. Attention aux chutes ! La terre dégorgeant d’eau est particulièrement glissante.

C’est la saison de la moisson. Armés des faucilles, des paysans récoltent le riz en coupant les tiges d’un geste vif. A notre passage, l’un d’eux se redresse pour se plaindre d’une mauvaise récolte, l’eau de mer ayant franchi les digues et envahi les rizières. Un autre, travaillant en solo, enchaîne des refrains de reggae pour se donner du courage.

La senteur du riz mûr embaume les champs tout le long de notre chemin. Un instant, je me sens transporté dans mon enfance villageoise à Télimélé

Après une heure de marche et plusieurs bouteilles d’eau vidées, surgit Tayaki. Une poignée de maisons rustiques négligemment disloquées sur une langue de sable : murs en banco, toitures en tôle ou en chaume. La plage, bande de sable d’une dizaine de mètres de large, s’étire en ligne droite à perte de vue. Une flopée de pirogues mouille au large, bercée par le clapotis des vagues. C’est le port de pêche de Tayaki.

Assis dans une pirogue, un groupe de pêcheurs brûlés par le soleil et l’eau de mer démêle un filet, tandis que des gamins jouent dans le sable à attraper des crabes vivants aux pinces acérées.

Premier constat : la plage est sale près du village. Pour dénicher un endroit propre et ombragé, il faut pousser un à deux kilomètres plus loin.

Nous installons notre camp de base à l’ombre bénie d’un palmier isolé. L’endroit est magnifique. Les filles font la cuisine, je les berce avec des blagues plus ou moins inspirées.

13H. Les gros morceaux de viande du barbecue sont charriés par des litres de jus de fruit en brique. Je me fais même damer le pion par les… dames en matière de rapidité pour avaler ! Petit tour de… sable pour recueillir les avis sur la sortie. Toutes les 13 filles se montrent élogieuses et en redemandent, tressant des lauriers à l’initiatrice de la sortie, Asmaou Barry, présidente d’APAC.

15H. Partie de jeux, puis marée basse qui laisse découvrir un sol noir, boueux. On aurait dit des pierres volcaniques disposées régulièrement. C’est l’heure du retour.

Mais Tayaki ce n’est pas seulement la plage au sable fin. C’est aussi et surtout une population à dominance Baga qui lutte pour sa survie et à qui il faut parler. Le village, de près d’un millier d’habitants, est dépourvu de tout. Aucune infrastructure digne de ce nom : pas de route (on l’a vu), pas d’eau, pas d’électricité, pas de service de santé, pas même une école sérieuse.

C’est en pirogue que les villageois partent à Lambanyi ou à Kobaya pour chercher de l’eau potable. Pour l’école, ce sont deux âmes charitables (dont une femme expatriée) qui se battent pour les enfants : déjà un hangar couvert de tôles et protégé par des bâches, deux tableaux noirs, quelques tables-bancs pour un effectif total de 42 élèves de la première à la troisième année. M. Camara, le seul instituteur du village, fait comme il peut.

Les parents d’élèves également. Ils cultivent le riz pour nourrir la famille, pêchent et revendent une partie du produit afin de subvenir aux autres besoins. Ce sont eux qui rémunèrent le maître d’école à hauteur de 5.000 francs par enfant le mois.

A côté de ces deux activités principales, il y a la production de vin de palme, une filière tenue visiblement par d’anciens réfugiés sierra léonais. Des gaillards qui ravitaillent Conakry du liquide blanc laiteux qu’ils transportent en packs de trois bidons de 10 et 20 litres accrochés à chaque extrémité d’un bâton calé entre les deux épaules. Sur 4km de marche, voire plus. Un boulot de malade !

Au coucher du soleil, un petit  marché forain de vin de palme se crée à l’orée du quartier Kobaya. Un vin que l’on soupçonne frelaté si l’on en juge par le nombre de sachets de bières vides qui jonchent le chemin de Tayaki. Un cocktail qui rougit les yeux et échauffe les esprits.

De par la beauté de sa plage et son emplacement idéal, Tayaki possède tous les atouts pour être un village touristique non pollué, soupape de la capitale. En attendant, Tayaki est une bourgade à la marge de Conakry, perdue dans des marécages aux eaux troubles !

 

The post Tayaki, un village de Conakry écartelé entre beauté et précarité appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/tayaki-village-de-conakry-ecartele-entre-beaute-precarite/feed/ 16
Du bon temps à Clermont – Ferrand après un voyage éreintant http://lims.mondoblog.org/temps-a-clermont-ferrand-apres-voyage-ereintant/ http://lims.mondoblog.org/temps-a-clermont-ferrand-apres-voyage-ereintant/#comments Sun, 21 Aug 2016 11:09:31 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1143 Je savoure le bon temps que je passe actuellement à Clermont-Ferrand, je le vois comme la récompense suprême de mon exécrable voyage Conakry – Paris via Casablanca, qui a failli transformer mes vacances d’été en pétard mouillé. Vingt-quatre heures de retard au départ de Conakry à cause d’une avarie technique de l’avion avec pour conséquence directe la perte – non remboursée – de ma réservation d’hôtel prépayée à Paris. S’y ajoute la torture psychologique de voler dans un avion dont la roue crevée a été remplacée. « L’avionphobe » qui habite en moi, gavé d’horribles images de catastrophes aériennes sur National Geographic [...]

The post Du bon temps à Clermont – Ferrand après un voyage éreintant appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Vue sur Clermont-Ferrand - crédit photo: Alimou Sow

Vue sur Clermont-Ferrand – crédit photo: Alimou Sow

Je savoure le bon temps que je passe actuellement à Clermont-Ferrand, je le vois comme la récompense suprême de mon exécrable voyage Conakry – Paris via Casablanca, qui a failli transformer mes vacances d’été en pétard mouillé. Vingt-quatre heures de retard au départ de Conakry à cause d’une avarie technique de l’avion avec pour conséquence directe la perte – non remboursée – de ma réservation d’hôtel prépayée à Paris. S’y ajoute la torture psychologique de voler dans un avion dont la roue crevée a été remplacée. « L’avionphobe » qui habite en moi, gavé d’horribles images de catastrophes aériennes sur National Geographic Channel, a failli péter un câble à 11 mille pieds d’altitude ! La perte de ma valise (retrouvée et rendue après quatre jours) fut la cerise sur le gâteau que m’a servi Royal Air Maroc. Shoukran !

Mais les choses ont commencé à partir en vrille bien avant mon arrivée à l’aéroport de Gbessia Conakry. Quelque temps avant mon départ de la maison, ma cheville droite est victime d’une entorse après un violent coup de porte. Un incident qui aurait dû me pousser à annuler mon voyage si j’avais été superstitieux (comme le sont la plupart de mes compatriotes), mais je suis plutôt d’un esprit cartésien.

Mon incrédulité face à certaines croyances populaires est-elle à la base de ma mésaventure ? Possible.

Adolescent, au village, j’ai vu des voyageurs rebrousser chemin après plusieurs kilomètres de marche et annuler ou reporter leur voyage, simplement parce qu’ils avaient croisé un individu soupçonné de sorcellerie ou parce qu’ils avaient buté sur une pierre du pied gauche (ou droit) !

Pour conjurer le mauvais sort du voyage, certains consultaient le Marabout pour savoir quel jour partir, à quelle heure et quelle direction prendre au départ. D’autres avaient recours à un drôle de GPS : la poule couveuse ! On devait surprendre une poule entrain de couver ses œufs pour suivre impérativement la position de celle-ci en sortant de la maison, quitte à foncer, tête baissée, directement dans la broussaille si le chemin y menait !

Hélas, je n’ai pas de poule couveuse pour savoir quelle est la bonne direction à prendre. Ce qui est certain, c’est qu’un billet d’avion de plus de mille dollars était en jeu si je décidais d’annuler délibérément mon voyage. Je préfère affronter un sorcier ayant des cornes que de laisser partir en fumée une telle somme…

Mais c’est de l’histoire ancienne.  Les charmes de l’Auvergne sont en train de poncer tous les mauvais souvenirs de cette mésaventure…

Ce qui frappe le voyageur qui arrive pour la première fois à Clermont-Ferrand par la route du nord, c’est le relief. La monotonie des plaines du centre est brusquement cassée par la chaîne des volcans du Massif Central qui surgit à l’horizon. La ville, capitale de l’Auvergne, se trouve confinée dans une sorte de cuvette cernée par un chapelet de volcans éteints (nommés les Puys) dominés par le très célèbre Puy-de-Dôme.

Le spectacle est plus parlant depuis le toit de la majestueuse Cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption de Clermont. Pour deux euros, l’effort de l’ascension des 245 marches de l’une des tours du monument est récompensé par une vue panoramique à 360 degrés sur la cité. Au premier plan, des maisons aux toitures en tuile rouge flammé, au second, les HLM des quartiers périphériques (avec la « Muraille de Chine » qui se détache nettement) et, à l’arrière-plan, des demeures cossues, accrochées au flanc des montagnes, complètent le décor de carte postale qui s’offre à mes yeux sous un ciel bleu azur.

L’église, comme la plupart des édifices environnants, est bâtie avec la Pierre de Volvic, une roche volcanique noirâtre qui confère un aspect sombre et un tantinet triste à la vieille ville de Clermont. Une tristesse accentuée par des rues quasi-désertes, l’été ayant charrié les Clermontois actifs vers les plages du Sud de la France. Je descends de la Cathédrale pour monter encore plus haut : au Puy-de-Dôme.

Sous la conduite d’un ami guinéen, aventurier dans l’âme, et qui connait Clermont-Ferrand comme sa poche, nous décidons, en compagnie de deux Auvergnats et d’un couple d’amis compatriotes, de gravir la montagne à la marche. Après trois quart d’heure d’une montée éreintante, nous voilà au sommet du volcan qui culmine à 1.465 m d’altitude. Pas de bol, le temps est couvert rendant la visibilité nulle. On m’explique rapidement que, par beau temps, la vue serait imprenable sur la ville de Clermont et la plaine de la Limagne. Je reviendrai, c’est décidé…

On dévale le flanc nord de la montagne par le Chemin des chèvres pour traverser une plaine qui rappelle les paysages irlandais magnifiés dans la série « Game of Thrones ». Notre « game » à nous, c’est l’ascension du Pariou, l’autre volcan éteint de la chaine. Il est moins abrupt que le Puy-de-Dôme, surtout grâce à un immense escalier en bois de 528 marches qui mènent jusqu’au cratère en forme d’entonnoir. Le temps est devenu plus clément pour admirer Clermont. Et pour pique-niquer. On redescend pour rentrer à la maison après 17 km de randonnée, les muscles en feu.

Depuis, je suis retourné au sommet du Puy-de-Dôme, mais cette fois par le Panoramique des Dômes, le magnifique train électrique à crémaillère qui déverse des fournées de touristes au sommet de la montagne, toutes les 20 minutes en été. J’ai pu admirer tout ce que le brouillard masquait lors de la première visite : au sommet, les vestiges du Temple de Mercure (édifice construit à l’époque gallo-romaine), la ville de Clermont-Ferrand, la plaine de la Limagne et des paysages montagneux entrecoupés de vallées à couper le souffle. Sur les dômes des petits volcans éteints, se sont formés au gré du temps de magnifiques lacs à l’eau d’un bleu profond : Gour de Tazanat, lac Aydat, lac de la Cassière, etc. Des hauts lieux du tourisme auvergnat, intelligemment mis en valeur pour la baignade, le vélo ou pour de somptueuses randonnées pédestres.

Sur le flanc nord du Puy-de-Dôme, des casse-cous s’élancent dans le vide depuis le sommet, accrochés à de minuscules cordes de parapente. A chaque décollage, un frisson me parcourt la colonne vertébrale !

C5

 

J’ai pourtant eu ma dose d’adrénaline au parc d’attraction et animalier du Pal, situé dans la commune de Saint-Pourçain-sur-Besbre, à un peu plus de 100 km de Clermont. Vingt-six attractions et un parc zoologique de 700 animaux. La nature est partout. A l’attraction Azteka, on a pris un train fou qui dévale des pentes raides et des virages serrés à une vitesse vertigineuse, à vomir toutes ses tripes ! A l’arrêt, je sentais la terre se dérober sous mes pieds. Un truc de ouf !

Clermont-Ferrand, c’est le relief et la nature, on l’a vu, mais c’est bien sûr aussi les fromages (l’ADN de la région) : le Bleu d’Auvergne, la Fourme d’Ambert, le Rocamadour, le Saint-Nectaire, le Gaperon… La liste est longue. Je me suis limité au Saint-Nectaire, pris seul ou avec du pain, et au Bleu d’Auvergne fondu dans un savoureux Hamburger dont mes papilles se souviendront longtemps. J’avoue que mes pressentiments sur les formages français, endurcis par le rebutant Camembert, commencent à s’émousser.

Clermont, c’est aussi la ville de la roue. Celle de Michelin dont on aperçoit les sites de la société un peu partout dans la cité. C’est un peu l’âme de Clermont-Ferrand. C’est ici que le fameux pneu Michelin est fabriqué depuis 1891. Plus d’un siècle après, Clermont et Michelin roulent toujours ensemble !

Enfin, c’est également ici, dans la commune voisine de Chamalières, que les fameux billets de Franc CFA sont imprimés avant d’être expédiés en Afrique dans les zones UMOA (Union monétaire ouest-africaine) et CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale).

Clermont-Ferrand, ville des volcans, de la roue et des fromages, mais également ville du savoir où est né Blaise Pascal, mathématicien, physicien, philosophe, inventeur de la calculette et auteur de « Les Pensées » où il affirme : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie ». A propos de l’Auvergne, je reprends la citation à mon compte.

The post Du bon temps à Clermont – Ferrand après un voyage éreintant appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/temps-a-clermont-ferrand-apres-voyage-ereintant/feed/ 1
Parlez-vous le « guinéen » ? top 10 des mots et expressions français aux couleurs locales http://lims.mondoblog.org/parlez-vous-le-guineen-top-10-des-mots-et-expressions-francais-aux-couleurs-locales/ http://lims.mondoblog.org/parlez-vous-le-guineen-top-10-des-mots-et-expressions-francais-aux-couleurs-locales/#comments Fri, 27 May 2016 12:48:56 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1122 D’emblée, je préfère lever tout équivoque : de manière générale, les Guinéens s’expriment très bien en français. Certains intellectuels ont un niveau irréprochable, surtout les fonctionnaires à la retraite vivant en zone rurale, qui parlent encore un français raffiné d’inspiration coloniale. Ce constat m’a été confirmé par de nombreux amis étrangers qui séjournent ou ont séjourné en Guinée. Mais comme partout ailleurs où le français, langue étrangère, s’est imposé comme langue officielle au détriment des dialectes locaux, les Guinéens, au fil des générations, ont acquis leurs « tics » de langage, leur façon de parler. Le résultat est éloquent. Des mots ordinaires ont fini par [...]

The post Parlez-vous le « guinéen » ? top 10 des mots et expressions français aux couleurs locales appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
wordle 2D’emblée, je préfère lever tout équivoque : de manière générale, les Guinéens s’expriment très bien en français. Certains intellectuels ont un niveau irréprochable, surtout les fonctionnaires à la retraite vivant en zone rurale, qui parlent encore un français raffiné d’inspiration coloniale. Ce constat m’a été confirmé par de nombreux amis étrangers qui séjournent ou ont séjourné en Guinée.

Mais comme partout ailleurs où le français, langue étrangère, s’est imposé comme langue officielle au détriment des dialectes locaux, les Guinéens, au fil des générations, ont acquis leurs « tics » de langage, leur façon de parler. Le résultat est éloquent. Des mots ordinaires ont fini par revêtir un sens qui peut soit dérouter, choquer ou faire sourire l’expatrié qui débarque pour la première fois à Conakry et qui engage la conversation.

Voici, en toute subjectivité, un « top 10 » des mots et expressions français du jargon guinéen.

  • Chose : Le mot qui choque l’étranger. Dans la bouche d’un Guinéen ayant un mot au bout de la langue, « chose » est l’équivalent de « truc » ou « machin ». Quelqu’un qui a un trou de mémoire et qui cherche à se rappeler le nom de quelque chose voire de quelqu’un, utilise « chose ». Les plus embêtés les alignent comme des perles qu’on enfile en se donnant de violents coups de poing à la tête : « euh … chose, chose » Pan ! « euh … chose-là » tchipp. Ceux-là ont poussé l’audace jusqu’à créer le verbe « choser » qui ne veut absolument rien dire !
  • L’autre-là : C’est la version de « chose » se rapportant au nom d’une personne. Un individu dont on oublie le nom ou le prénom devient « l’autre-là ». Ce qui a le don d’agacer certains expatriés qui peuvent l’assimiler à du mépris, pire : à la chosification. Alors qu’il n’en est rien. C’est juste une panne sèche de vocabulaire qu’on essaie de compenser par une traduction directe d’un concept de sa langue maternelle en français. Évitez donc de blâmer l’autre.
  • C’est mesquin : Dans le dictionnaire français, le mesquin est celui qui manque de générosité, l’avare. En Guinée, on dit souvent d’un travail qu’il est mesquin lorsqu’il demande de la concentration et de beaucoup de temps. C’est-à-dire un travail complexe, voire compliqué. Un problème mathématique : « c’est mesquin ». Un tableau croisé dynamique en Excel : c’est mesquin ». Pour souligner la complexité de la tâche, on tire sur la dernière syllabe du mot : « c’est mesquiiinnn » !
  • Escroc : Le Larousse définit l’escroc comme quelqu’un qui commet une escroquerie, c’est-à-dire qui trompe la confiance de quelqu’un en vue de le voler. Chez nous, dans le langage courant, un escroc c’est quelqu’un qui manque de franchise, qui rapporte, c’est-à-dire un hypocrite, un fourbe, un menteur. Et le pire des hypocrites est appelé ici par le nom bizarre de « Escroc-di-menteur ». Allez savoir d’où ça vient.
  • En cas de cas : Cette expression guinéo – guinéenne signifie en bon français « le cas échéant », c’est-à-dire si le cas se présente. Je m’excuse d’être aussi simpliste mais il faut préciser également que dans l’entendement de beaucoup de mes compatriotes l’expression « le cas échéant » signifie « le cas contraire » ! Vous ne trouvez pas que c’est mesquin tout ça ?
  • Moins un / moins cinq : Chez nous, ces deux expression servent à souligner la très forte probabilité de la survenue d’un évènement ou d’une action. Elles sont l’équivalent de « il a fallu de peu », « in extrémis », etc. Un joueur qui rate un penalty, c’est moins un il n’a pas marqué. Un camion qui manque d’écraser un piéton, c’est moins cinq le camion ne l’a pas tué. J’ignore si ces deux entiers négatifs sont utilisés puisque se rapprochant de zéro. D’ailleurs pourquoi ne dit-on pas par exemple moins trois ou moins sept… ?
  • Missionnaire : En réalité, nous ne donnons pas un sens très différent de ce mot de celui qu’il a dans le dictionnaire. Mais son emploi est si galvaudé en Guinée qu’il rappelle les Missions évangéliques en Afrique dans la période pré-coloniale. Il est très courant et désigne quelqu’un investi d’une mission officielle. Ainsi, un professeur qui se rend dans une université de province pour dispenser un cours en quelque temps est un missionnaire (Étudiants, nous disions que le prof balance le cours par la fenêtre). Des hôtes venus de l’étranger en mission dans le pays sont des missionnaires. Ce sens du mot est sans doute une survivance d’un vieux vocabulaire colonial.
  • C’est doux : Pour apprécier la saveur d’un mets, les Français s’exclament : « c’est bon » ! En Guinée, nous disons « c’est doux ». Le riz est doux, la sauce est douce, etc. En stage dans une rédaction parisienne fin 2011, cette expression faisait marrer mes collègues stagiaires qui ont fini par l’adopter pour me vanner régulièrement.
  • (Petit) plat : Attention, dans les foyers en Guinée, préparer un plat signifie faire la cuisine à l’occidentale. Ou en tout cas, cuisiner un aliment autre que ce qu’on mange habituellement à la maison, à savoir le riz et ses différentes variétés de sauces dont la débauche de couleurs rivaliserait un arc-en-ciel de fin de saison. Donc, un plat ou un petit plat c’est soit du poulet rôti, de la grillade, des spaghettis façon-façon ou quelque chose dans le genre un peu exotique. Dans les couples analphabètes, les possibles déclinaisons de l’expression sont « petit pilâ », chez les femmes peules, ou « petit pilan » chez les Soussou.
  • Pagaille : C’est bizarre, mais pagaille n’a pas toujours le sens de « désordre » ou de « confusion » dans la bouche de nos élèves et étudiants. Au contraire. En milieu scolaire, pagaille est assimilée à la plaisanterie. Le verbe « pagailler » made in Guinea désigne donc le fait de s’amuser, de faire de plaisanteries ou de se moquer gentiment.

Bon, j’arrête de pagailler. Mais j’ai une question: vous retrouvez-vous dans cette belle pagaille de mots et expressions ? En connaissez-vous d’autres ? En cas de cas, partagez-les ci-dessous dans les commentaires. Ce n’est vraiment pas mesquin ça !

The post Parlez-vous le « guinéen » ? top 10 des mots et expressions français aux couleurs locales appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/parlez-vous-le-guineen-top-10-des-mots-et-expressions-francais-aux-couleurs-locales/feed/ 25
Ces femmes au « métier d’homme » : Solange Bamba, mécanicienne http://lims.mondoblog.org/ces-femmes-au-metier-dhomme-solange-bamba-mecanicienne/ http://lims.mondoblog.org/ces-femmes-au-metier-dhomme-solange-bamba-mecanicienne/#respond Wed, 09 Mar 2016 12:27:00 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1103 Sa tenue, simple, est caractéristique : un pantalon quelconque assorti d’un t-shirt maculé d’huile moteur et une cagoule repliée sur la tête pour protéger ses cheveux. Un morceau de carton en guise de tapis, Solange Bamba glisse avec agilité sous une voiture, armée d’une clé plate et d’un testeur électrique. Ses gestes coordonnés sont rapides, précis et bien huilés. Quelques minutes plus tard elle ressort avec un diagnostic sans appel : il faut remplacer la douille des feux de brouillard avant, et au moins quatre ampoules grillées. Dans le service « électricité » de ce grand garage mécanique de Conakry écrasé par le [...]

The post Ces femmes au « métier d’homme » : Solange Bamba, mécanicienne appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Solange Bamba, crédit photo: Alimou Sow

Solange Bamba, crédit photo: Alimou Sow

Sa tenue, simple, est caractéristique : un pantalon quelconque assorti d’un t-shirt maculé d’huile moteur et une cagoule repliée sur la tête pour protéger ses cheveux. Un morceau de carton en guise de tapis, Solange Bamba glisse avec agilité sous une voiture, armée d’une clé plate et d’un testeur électrique. Ses gestes coordonnés sont rapides, précis et bien huilés. Quelques minutes plus tard elle ressort avec un diagnostic sans appel : il faut remplacer la douille des feux de brouillard avant, et au moins quatre ampoules grillées.

Dans le service « électricité » de ce grand garage mécanique de Conakry écrasé par le soleil de mars, Solange Bamba fait figure d’exception : elle est l’unique fille du garage parmi la cinquantaine de travailleurs. Elle fait la fierté du chef de service, Maitre Sagno, qui supervise le travail de six apprentis mécaniciens plus ou moins qualifiés.

C’est à l’été 2014 que Maitre Sagno a reçu Solange, accompagnée d’un oncle paternel. Il avoue avoir été un peu surpris à l’époque d’accueillir une fille, mais surtout frappé par la flamme qui brulait dans les yeux de la jeune demoiselle amoureuse, non pas d’un quelconque prince charmant, mais de la mécanique. Les choses se sont passées en règle, c’est-à-dire dans la pure tradition guinéenne : dix noix de colas et quelques billets de banque pour sceller officiellement l’inscription de l’aspirante mécanicienne.

Deux ans plus tard, le maitre se dit « très satisfait » des performances de son élève. Le courage et l’intelligence de Solange sont reconnus et salués par tous ses collègues et même par certains clients, comme ce Monsieur rencontré surplace qui a tenu à le signifier directement au chef de service. « Elle est plus solide que les garçons » s’est réjoui l’homme.

Pourtant, rien ne prédestinait Solange au métier d’électricienne auto. Quatrième d’une fratrie de six frères et sœurs, Solange Bamba est née en 1993 à Lola, à l’extrême sud de la Guinée, d’un père médecin à la retraite et d’une mère vendeuse de céréales. Inscrite à l’école, comme ses autres frères et sœurs, son père voulait faire d’elle une intellectuelle. Mais le rêve de la petite fille était loin de porter une blouse et de se farcir le Serment d’Hippocrate comme son géniteur de père.

Sans pouvoir l’expliquer aujourd’hui, le cœur de Solange battait pour la mécanique auto. Elle ne se sentait pas « à l’aise » sur les bancs de l’école, d’où quelques difficultés scolaires. D’une santé fragile, elle est obligée d’abandonner ses études en classe de 9ème année du collège lorsqu’une maladie a failli la rendre paralytique. Son vœu secret de « quitter les bancs » est exaucé.

La jeune fille débarque alors à Conakry chez un frère étudiant diplômé à qui elle fait immédiatement part de sa volonté : apprendre à réparer les voitures, et particulièrement le système électrique ! « Un choix de garçon » qui étonne, mais Solange tient bon.

Elle balaie d’un revers de main les propositions de ses proches d’intégrer un salon de couture ou de coiffure, traditionnels points de chute pour filles déscolarisées. Elle ne veut pas faire comme les « autres » et déteste ces deux métiers « où tu n’apprends rien de concret, en dehors de commérages oiseux ». Le frère et l’oncle se plient à ses desiderata.

Gentille et souriante, elle s’intègre assez rapidement dans ce milieu exclusivement masculin bien qu’au début c’était un peu « gênant » se remémore-t-elle. Solange apprend vite, son maitre appliquant les mêmes règles à tous ses apprentis sans distinction de sexe. Cette façon de faire la réconforte au point de la pousser à relever de grands défis dans la réparation des pannes.

Elle a désormais trouvé toute sa place dans ce garage où elle se sent appréciée et respectée par ses collègues hommes, sans harcèlement. Le jeune apprenti, Maxime, reconnait volontiers que Solange est sa supérieure hiérarchique, lui qui est arrivé ici il y a à peine une année.

solange_2En dehors de son travail, qui l’absorbe tout de même six jours sur sept, cette Chrétienne pratiquante consacre une partie du dimanche à l’église, l’autre aux affaires sociales en rendant visite notamment à des parents établis à Conakry et à quelques copines de son Lola natal.

Pour l’instant le travail de Solange ne lui permet pas de s’auto-prendre en charge, étant encore en phase d’apprentissage. Son frère qui l’héberge, l’habille et la nourrit gracieusement également. Quand elle peut, les dimanches, elle lui donne un coup de main dans le bar que gère celui-ci. Elle vit modestement et cela lui suffit largement.

Du haut de ses 23 ans, cette belle Forestière de l’ethnie Kono au sourire éclatant, n’est pas du tout portée sur le matériel. Solange est de l’espèce, ô combien rare, de jeunes femmes aux ambitions mesurées.

Celle qui a parfaitement connaissance de l’existence de Facebook, mais feint n’avoir pas un « téléphone adapté » pour s’y connecter, ne se considère pas pour autant différente des autres filles. Mais quand on lui pose la question de savoir de quoi a-t-elle le plus besoin en ce moment, la réponse, inattendue, tombe comme un couperet : « je rêve de posséder pour moi-même une mallette entière d’outils où il y a toutes sortes de clés »!

Elle est consciente de sa condition féminine mais, à court terme, le mariage n’est pas une priorité pour Solange. A moyen et long terme, elle voudrait terminer son apprentissage et créer son propre garage de réparation de système électrique des véhicules, se donnant deux à trois années supplémentaires pour obtenir son « certificat ». A ce moment-là peut-être, elle se mariera.

« Ce qui est sûr, rassure Solange, je laisserai le libre choix à mes enfants pour leur orientation professionnelle mais je ferai en sorte de leur léguer mon métier de mécanicienne » conclut-elle.

Bon vent à Solange et bonne fête du 8 mars à toutes les femmes du monde.

PS: le garage où travaille Solange à l’écriture de ce billet se trouve à Kapporo-rails (Conakry), non loin de l’Ambassade des Eats-Unis.

The post Ces femmes au « métier d’homme » : Solange Bamba, mécanicienne appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/ces-femmes-au-metier-dhomme-solange-bamba-mecanicienne/feed/ 0
Ces femmes au « métier d’homme » : Jeannette Haba, chauffeur professionnel http://lims.mondoblog.org/ces-femmes-au-metier-dhomme-jeannette-haba-chauffeur-professionnel/ http://lims.mondoblog.org/ces-femmes-au-metier-dhomme-jeannette-haba-chauffeur-professionnel/#comments Tue, 08 Mar 2016 09:23:56 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1109 D’une fille, comme Jeannette, qui s’adonne à des activités habituellement réalisées par les hommes, on dit souvent qu’il s’agit d’un garçon manqué. Mais Jeannette Haba n’est pas un garçon manqué : elle fait nettement mieux que les garçons normaux ! Chauffeur professionnel en service au Bureau des Natio​​ns Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), à N’Zérékoré, cette mère de famille de 40 ans cumule une expérience professionnelle à faire pâlir de jalousie le plus courageux des mecs. Dans un mois, Jeannette Haba fêtera son premier anniversaire à UNOPS dont elle a rejoint les équipes en avril 2015 après une courte [...]

The post Ces femmes au « métier d’homme » : Jeannette Haba, chauffeur professionnel appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Jeannette HABA - Crédit photo: Sidate

Jeannette HABA – Crédit photo: Sidate

D’une fille, comme Jeannette, qui s’adonne à des activités habituellement réalisées par les hommes, on dit souvent qu’il s’agit d’un garçon manqué. Mais Jeannette Haba n’est pas un garçon manqué : elle fait nettement mieux que les garçons normaux ! Chauffeur professionnel en service au Bureau des Natio​​ns Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), à N’Zérékoré, cette mère de famille de 40 ans cumule une expérience professionnelle à faire pâlir de jalousie le plus courageux des mecs.

Dans un mois, Jeannette Haba fêtera son premier anniversaire à UNOPS dont elle a rejoint les équipes en avril 2015 après une courte période d’inactivité due à la crise Ebola qui a durement frappé la Guinée forestière obligeant la société minière où elle travaillait à s’arrêter. Une consécration pour cette battante « partie de rien » pour tutoyer aujourd’hui les sommets dans sa profession.

Femme de défis

Comme la plupart des chemins conduisant au succès, celui qu’a suivi Jeannette Haba a été sinueux et semé d’embûches. Mais qu’importe pour cette amoureuse de défis et du riz sauce feuilles de patate ?

Son premier défi sur le plan professionnel, elle l’a relevé, haut la main, en 2002. A l’époque, le Bureau du Fonds international de développement agricole (FIDA) basé à N’Zérékoré lance un appel à candidature pour le recrutement de cinq (5) chauffeurs. Un ami, animé a priori d’une bonne intention, suggère à Jeannette de mettre en avant son statut de femme pour bénéficier d’un traitement de faveur de la part des recruteurs. Elle rejette poliment mais fermement la proposition.

« Je voulais concourir au même titre que les hommes, sans bénéficier d’aucun traitement de faveur lié à mon statut de femme », se rappelle-t-elle.

La suite lui donne largement raison. Le coup d’essai se transforme en coup de maitre. A l’issue des épreuves théorique et pratique, Jeannette, l’unique femme candidate, se classe quatrième sur les 320 dossiers déposés. Elle travaillera pendant cinq ans au FIDA.

Pour le poste suivant, dans une Mutuelle de santé, elle fera mieux en surclassant tous les candidats hommes : 1ère sur 25 candidatures.

Après plus de six ans d’expérience dans le privé, Jeannette change de secteur et de lieu de travail. Elle est recrutée par le Gouvernement et rejoint, en 2009, le ministère de l’Energie et de l’Hydraulique à Conakry. Au plus fort de la campagne électorale de 2010 dans l’équipe du candidat Papa Koly Kourouma (ancien ministre de l’Energie), Jeannette accomplissait jusqu’à deux allers-retours Conakry – N’Zérékoré dans la semaine.

Elle travaillera près de deux ans et demi au compte du ministère avant de regagner sa ville natale de N’Zérékoré à la suite du décès brutal de son mari. Un épisode difficile à surmonter. Mais son moral est à l’image du physique imposant de cette femme Guerzé qui fait crisser la balance. Solide.

Self-made-woman

Jeannette est une self-made-woman pure sang. Elle doit sa réussite en grande partie à une philosophie de vie toute simple : « tout ce qu’un homme est capable de faire, une femme peut le faire également si elle le désire ».

Son désir à elle d’embrasser le métier de chauffeur remonte de très longtemps. Devenue orpheline de père à l’âge de 17 ans, cette fille d’un couple de paysans du village de Gbowo (N’Zérékoré) s’est responsabilisée très tôt, bien que troisième d’une famille de 4 frères et sœurs. Ayant abandonné l’école en classe de 4ème année de l’élémentaire, Jeannette a rapidement pris conscience que sa vie ne sera pas un conte de fée.

Sa mère veut qu’elle soit coiffeuse ou couturière de talent. Jeannette rêve de conduire une voiture. Son sens d’observation inné lui a déjà fait comprendre que pour émerger et réussir dans son milieu, il faut faire un métier diffèrent, un « métier d’homme ». Par deux fois elle oblige sa maman d’aller reprendre la caution versée pour son inscription dans un salon de coiffure. Jeannette remporte le bras de fer.

Désireuse de faire le métier de chauffeur par la pratique du terrain, elle n’hésite pas un seul instant à rejoindre le conducteur d’un vieux camion pour faire l’apprenti-chauffeur ! Nous sommes en 1997. Oui, comme les jeunes hommes Jeannette s’accrochait sur les arceaux du camion qui sillonne les petits villages de N’Zérékoré pour alimenter les marchés hebdomadaires en produits locaux et manufacturés.

Au bout de trois ans d’apprentissage, la jeune femme était non seulement capable de jauger le niveau d’huile d’un camion, monter la crique pour changer une roue crevée, poser la cale sur les pentes glissantes mais aussi et surtout conduire un poids lourd ! Forte de cette expérience pratique acquise à la sueur de son front, Jeannette peut passer à l’étape suivante.

En l’an 2.000 elle s’inscrit à l’auto-école et obtient son permis de conduire au bout de trois mois. Elle commence immédiatement à travailler pour son propre compte. Son mari, également chauffeur, lui achète une Toyota Pick-up grâce à laquelle elle fait le transport en commun pendant deux ans sur le même parcours que durant ses années d’apprentissage en camion. C’est le piédestal pour grimper au FIDA…

Près de deux décennies plus tard, Jeannette habite sa propre maison au quartier Boma de N’Zérékoré où cette veuve élève tranquillement son petit garçon et ses deux jeunes filles. Ces derniers sont également futurs héritiers de plusieurs parcelles de terrain grâce à leur mère, brave femme jouissant auprès de sa petite famille du fruit mûr de ses efforts dix fois bien mérités.

Bien qu’ayant abandonné l’école à l’élémentaire, Jeannette Haba parle un français d’un niveau correct acquis aux côtés des centaines de cadres qu’elle a côtoyés et transportés. Elle s’enorgueillit également d’un bon niveau d’anglais parlé grâce à un court séjour à Monrovia, au Libéria.

Mais de tous les succès de Jeannette, il existe un dont elle est particulièrement fière : en 20 ans de carrière au volant, Jeannette n’a jamais fait d’accident de circulation !

A toutes les jeunes filles guinéennes, Jeannette Haba a un message qui tient en neuf mots: « le premier mari d’une femme est son métier ». Venant d’elle, on ne peut que respecter.

Bonne fête du 8 mars à Jeannette Haba et à toutes les femmes du monde.

Jeannette 3

The post Ces femmes au « métier d’homme » : Jeannette Haba, chauffeur professionnel appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/ces-femmes-au-metier-dhomme-jeannette-haba-chauffeur-professionnel/feed/ 4
Lectures déambulatoires dans les rues de Conakry http://lims.mondoblog.org/lectures-deambulatoires-dans-les-rues-de-conakry/ http://lims.mondoblog.org/lectures-deambulatoires-dans-les-rues-de-conakry/#comments Thu, 31 Dec 2015 09:30:22 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1092 Matin frisquet de fin décembre. Le klaxon strident du train minéralier, faisant écho à la voix amplifiée du muezzin, déchire l’aube naissante dans une chorale sublime. Une ombre en haillons faufile entre deux murs, une planche garnie de baguettes de pain en équilibre sur la tête. A l’est, le soleil, l’air timide, entame l’ascension harassante du mont Kakoulima. Conakry émerge progressivement de son lit, drapée d’un épais voile formé par les volutes de poussière et de fumée s’échappant des vieilles guimbardes devenues le décor de la ville. Comme à l’accoutumée, je suis débout dès potron-minet. Baskets aux pieds, maillot de [...]

The post Lectures déambulatoires dans les rues de Conakry appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
20151220_102441Matin frisquet de fin décembre. Le klaxon strident du train minéralier, faisant écho à la voix amplifiée du muezzin, déchire l’aube naissante dans une chorale sublime. Une ombre en haillons faufile entre deux murs, une planche garnie de baguettes de pain en équilibre sur la tête. A l’est, le soleil, l’air timide, entame l’ascension harassante du mont Kakoulima. Conakry émerge progressivement de son lit, drapée d’un épais voile formé par les volutes de poussière et de fumée s’échappant des vieilles guimbardes devenues le décor de la ville.

Comme à l’accoutumée, je suis débout dès potron-minet. Baskets aux pieds, maillot de jogging au dos, je mets à profit quelques jours de congé de fin d’année pour dégonfler une petite bedaine qui commence à s’installer sournoisement me flanquant un aspect d’officier des douanes africain. La pente raide sur la route qui traverse notre quartier est une sacrée aubaine. Je vous en dirai des nouvelles, l’année prochaine…

Cette activité sportive, sporadique, est également une aubaine pour redécouvrir Conakry sous un autre jour : celui de l’écriture et des inscriptions urbaines.

Ça a l’air totalement badin mais ma curiosité innée et mon amour acquis pour la lecture m’ont permis de comprendre que Conakry est un véritable livre ouvert. On peut y lire les transformations continues de la ville, son essor économique, ses fantasmes et ses codes mais aussi ses douleurs et ses plaies cicatrisées ou encore ouvertes. Pour peu qu’on y prête attention, Conakry parle à celui qui écoute, instruit celui qui lit.

Pour s’en rendre compte, le meilleur moyen est de déambuler dans les quartiers, de préférence à pied.

Sur les deux principaux axes routiers de la capitale, les autoroutes Fidel Castro et Leprince, le florilège des affiches publicitaires géantes témoigne de l’entrée de la ville de plein pied dans la société de consommation qui s’universalise. Ici, un panneau d’opérateur de téléphonie mobile annonce des tarifs mirobolants, là une société de paris incite à miser gros pour toucher le jackpot. Miroir aux alouettes pour une jeunesse en proie au chômage, déchirée entre espoir de rester et rêve de partir.

Entre les deux affiches, brusque changement de thème : un Alpha Condé candidat, costume-cravate, étale sur 18 mètres carrés de vinyle un sourire photoshopé. Le slogan de campagne qui barre le panneau est sans appel : « Le progrès en marche ». Ma curiosité également, Monsieur le président. En avant.

Plus loin, sur les hauteurs de Bambéto, une main anonyme a tracé à la chaux sur un pan de mur branlant : « Vive l’UFDG ». A côté, on distingue le dessin maladroit d’un lance-pierres. Mieux que quiconque un gendarme de Conakry sait interpréter ce « message » dans ce  quartier qualifié, à tort ou à raison, de « contestataire ». Le « combat » politique s’étale à ciel ouvert.

Redescente dans cet autre quartier de banlieue : Sangoyah. Une épaisse couche de poussière ocre tapisse les toitures des maisons en taules ondulées. Quand les ruelles sont bitumées, elles mènent généralement chez un ancien dignitaire du pouvoir. Mais shiitt, mieux vaut se taire car comme partout ailleurs, les murs ont des oreilles. Mieux, ici ils parlent !

Justement à l’angle des deux rues, on peut lire au mur, écrit par un riverain dans un français approximatif, « interdit de jeter des ordures ici, amende 150.000 FG ». Une interdiction que portent quasiment tous les murs de Conakry. Elle matérialise le conflit entre voisins autour de la gestion des déchets que l’on balance où l’on peut, faute de collecte et de circuits de ramassages organisés et efficaces.« Interdit d’uriner ici » est l’autre inscription qui décore les murs des quartiers ; baromètre de l’absence de toilettes publiques.

20151220_102424

Au-delà du montant de l’amende qui varie suivant la courbe de l’inflation (dans le années 90, elle tournait autour de 5.000 francs), les deux formules sont souvent complétées par une menace de sévices corporels auxquels s’exposent les contrevenants. Ainsi, on retrouve les variantes : « interdit d’uriner ici, amende 100.000 francs, plus 50 coups de fouet », «amende 200.000, plus bastonnade », « amende 50.000, plus 2 heures de combat ». La meilleure que j’ai trouvée, est celle qui, pour souligner la rigueur de la punition, était illustrée d’une image montrant une paire de ciseaux qui coupent un pénis urinant. Aïe !

Douloureux aussi est le pari fou de ce… malade mental qui prend les fondations de l’échangeur de l’aéroport Gbessia pour un tableau qu’il s’acharne à peindre à la craie ou au charbon de bois. Des bouts de phrase sortis des méandres de son imagination alternent avec des célèbres proverbes et des citations d’auteurs connus. Un monologue en écriture, le temps que l’impitoyable flotte de Conakry lave les murs du pont. Puis, notre artiste se remet à l’œuvre, et le cycle recommence.

Les taxis, eux, ont choisi l’encre indélébile pour faire parler leurs engins sans âge. Si à Dakar, les taxis-ville arborent une queue de vache à l’arrière-train, ceux de Conakry sont porteurs de messages. Messages de gratitude à l’endroit du Seigneur, « Grâce à Dieu », aux parents, « Grâce à ma mère », ou à un obscur bienfaiteur, « merci maitre ». Ces bout de phrase peints sur les véhicules en disent long sur la traversée du désert de leurs propriétaires qui ne cachent point leur joie d’en sortir. Sur un taxi inter-urbain au décor exubérant, l’on précise que c’est la réussite de « l’enfant de Horé-Fello ». Un Magbana suranné porte, lui, tout « l’espoir de Banamorydougou ».

Un poids lourd au moteur fatigué ploie sous des tonnes de bananes plantain en provenance du sud du pays. Si l’on se fie à l’inscription haut placée sur la cabine, c’est « Jack Bauer » qui est au volant. En réalité, Maitre Niankoye, éreinté par le trajet difficile et brulé par le soleil de Faranah puise dans ces dernières réserves d’énergie pour livrer sa cargaison fragile au marché forestier de Tanéné à Conakry.

« Bonne chance », en lettres capitales, barre tout le flanc gauche d’un «School bus surchargé en route pour Kankan. De la chance, en a vraiment besoin la centaine de passagers de cet ancien autocar américain dans lequel pétaient, jadis sur les routes du Mississipi, une trentaine d’écoliers américains. On continue, certes, à péter dans cette épave d’autocar sur les virages en épingle de Yombokouré, mais pour d’autres raisons…

De l’Amérique, nous vient également Madonna, en posture lascive sur un poster qui colonise les taxis. On se croirait à la veille d’un concert de la superstar à Conakry, ville qu’elle ne saurait même pas géolocaliser sur son Google Earth.

Ce sont des banderoles en percale, tendues entre deux poteaux, qui annoncent les concerts à Conakry. Fantaisies d’écritures et fautes d’orthographe se disputent la vedette sur ces bouts de tissus qui inondent les axes routiers. Les enseignes d’échoppes de quartier, d’atelier de couture et de coiffure, sont le porte-étendard de ce massacre organisé de l’orthographe. Ici, la prononciation d’un mot passe avant le respect des règles d’écriture. Qu’importe ! « Pouleh rauty » ou « poulet rôti » ne change pas la saveur de votre plat dans ce resto de banlieue.

Conakry est dépourvue de graffitis, excepté quelques inscriptions murales que l’on rencontre par exemple au quartier Wanindara, inspirées par le lointain hip-hop américain des années 90 que de petits délinquants tentent de perpétuer. A Kaloum, au centre administratif, les murs témoignent de la guerre des factions de jeunes manipulés par les politiques locaux.

Désignée capitale mondiale du livre en 2017, Conakry offre d’ores et déjà une littérature murale riche et diversifiée. Un livre dont chaque coin de rue est une page ouverte. Il suffit de lever le regard pour en saisir le sens. Bonne lecture et bonne année 2016.

The post Lectures déambulatoires dans les rues de Conakry appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/lectures-deambulatoires-dans-les-rues-de-conakry/feed/ 11
Conakry, le règne de la télécommande http://lims.mondoblog.org/conakry-le-regne-de-la-telecommande/ http://lims.mondoblog.org/conakry-le-regne-de-la-telecommande/#comments Sun, 13 Dec 2015 10:15:35 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1085 Kaléta commence à mettre toute la lumière sur la vie des foyers à Conakry bercés par une obscurité permanente, 57 ans après l’indépendance de la Guinée. Depuis le lancement, fin septembre 2015, de ce barrage hydroélectrique de 240 MW qui fournit jusqu’ici régulièrement du courant électrique à la capitale et à quelques villes de province, les habitants de Conakry émergent progressivement de l’ignorantisme sous lequel ils étaient ensevelis. Mais ils n’échappent pas à la règle de l’éblouissement, effet d’optique qui frappe celui qui passe de l’ombre à la lumière éclatante. Les Conakrykas usent et abusent du courant, aveuglés par la [...]

The post Conakry, le règne de la télécommande appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Photo: www.ssofast.com

Photo: www.ssofast.com

Kaléta commence à mettre toute la lumière sur la vie des foyers à Conakry bercés par une obscurité permanente, 57 ans après l’indépendance de la Guinée. Depuis le lancement, fin septembre 2015, de ce barrage hydroélectrique de 240 MW qui fournit jusqu’ici régulièrement du courant électrique à la capitale et à quelques villes de province, les habitants de Conakry émergent progressivement de l’ignorantisme sous lequel ils étaient ensevelis.

Mais ils n’échappent pas à la règle de l’éblouissement, effet d’optique qui frappe celui qui passe de l’ombre à la lumière éclatante. Les Conakrykas usent et abusent du courant, aveuglés par la découverte presque inattendue de cette denrée rare. Plusieurs fois désabusés, ils sont sans doute sceptiques sur la pérennité de ce service social de base dont la fourniture a toujours été un enjeu électoral majeur.

Alors on en « profite ». Et pas qu’un peu ! En attendant la pose systématique des compteurs électriques dans les foyers pour l’établissement correct des factures de consommation, c’est la course à l’armement… électroménager. Fers à repasser énergivores, réfrigérateurs grabataires, thermoplongeurs antédiluviens, four à micro-ondes, climatiseurs, téléviseurs, cuiseurs…Conakry est littéralement noyée sous un déluge de matériels électriques souvent de seconde main importés de l’Occident.

Au grand dam de la sécurité des consommateurs et de la protection de l’environnement. A ce rythme, il faut espérer que la COP22 sera organisée à Conakry pour sauver ce qui aura survécu… En attendant, la petite classe moyenne émergente entend bien profiter de l’opportunité pour améliorer sa qualité de vie. Grand, risque d’être le désenchantement quand le courant sera facturé à sa juste valeur.

Sans surprise, la télé occupe la tête de la longue liste d’appareils électriques achetés. Elle trône au salon dans pratiquement tous les foyers urbains électrifiés. Au sein des jeunes couples, les femmes la désirent aussi plate et large que possible. La longueur de la diagonale de l’écran est un étalon de mesure de leur satisfaction. C’est à croire que, physiquement, elles s’identifient à cet objet devenu leur second miroir après Facebook.

Passé ce détail esthétique, l’inévitable débat sur les programmes à suivre s’impose. Et c’est là que, toujours au sein des couples, la télécommande prend toute son importance. Discrète habituellement, elle savoure sa revanche suscitant l’envie de chacun au point de semer la zizanie entre mari et femme. Pour mieux régner, la télécommande divise les chaînes de télé en nombre, mais surtout en genre. Jeux et sports pour le mâle, musique et feuilletons pour la femelle.

Et c’est parti pour la « guerre » alimentée par les distributeurs d’images satellites qui jettent régulièrement de l’huile sur le feu en proposant de nouvelles chaines dans chaque catégorie.

Si pour les hommes le sport se résume aux championnats de football européens et les compétitions internationales, pour les femmes, en revanche, les sujets sont plus complexes et variés.

La passion de nos femmes pour les feuilletons est un véritable sujet d’étude sociologique. Elles sont insatiables de ces histoires d’amour à l’eau de rose déclinées en un chapelet interminable d’épisodes quasi-identiques. Et c’est là que ça devient vraiment intriguant, puisque voir un seul de ces feuillons, c’est voir tous les autres.

Le scénario est généralement construit autour de l’amour, la gloire, la beauté, l’argent, le mensonges et les trahisons. Des thèmes que les scénaristes, selon leur imagination, mixent et remixent à l’envie en y ajoutant quelques ingrédients : de l’eau et du sable fin saupoudrés de musique exotique.

C’est au milieu des années 1990, selon mes souvenirs, que notre télévision nationale a commencé à diffuser ces télénovelas à travers le feuilleton Mari Mar. Par la suite, on a vu fleurir dans les rues de Conakry des Rosa et des Léopoldina étrangement fagotées. Le Cercle de feu et Femmes de sable allaient enfoncer le clou. Depuis l’arrivée des bouquets, c’est le déferlement : Amour Océan, Cœur Brisé, Vaidehi, Main Teri, Paloma, La Patrona, …

En dehors du plaisir de voir la fin du film, qui se termine toujours par  un « happy end », l’apport culturel de ces télénovelas est fort discutable. Y en a qui pensent qu’elles contribuent tout simplement à abêtir davantage celles qui en sont accros. Au regard de la culture générale de nos braves étudiantes, je suis tenté d’y croire. Inversement, nul ne peut affirmer que le foot à la télé favorise l’émergence des Senghors dans les universités…

En tout cas, ni la bizarrerie des titres, ni les réalités socio-culturelles éloignées, ni le doublage de piètre qualité de ces feuilletons latino-américains ou indiens ne constituent un frein pour leur succès fulgurant chez nous. Au contraire.

Les fournisseurs d’images sont ceux qui ont le mieux compris ce phénomène, multipliant l’offre sur les bouquets satellitaires. En mars dernier, le groupe THEMA a sauté le pas pour créer carrément la chaine bien nommée NOVELAS TV sur le bouquet CanalSat. Désormais, dans les foyers, il faut engager des pourparlers même pour voir le Journal sur la chaine nationale ! On ne respire plus.

Quand la tension monte gravement dans les couples pour le contrôle de la télécommande, certaines femmes n’hésitent pas à proposer à leur mari d’acheter un second téléviseur. Quitte à chasser définitivement le très peu de quiétude qu’on trouve dans un appartement à Conakry ou à saler un peu plus la facture d’électricité et d’abonnement aux chaines de télé. Aux frais du Monsieur, bien sûr.

Mais ne dit-on pas que ce que femme veut, Dieu le Veut ? Reste à savoir si l’inverse est valable.

The post Conakry, le règne de la télécommande appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/conakry-le-regne-de-la-telecommande/feed/ 1
Conakry by night, version 2015 http://lims.mondoblog.org/conakry-by-night-version-2015/ http://lims.mondoblog.org/conakry-by-night-version-2015/#comments Sun, 08 Nov 2015 20:12:44 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1062 J’ai craqué pour une sortie en boîte de nuit organisée par un ami de Facebook à l’humour vif et tranchant. Une première depuis mes années d’adolescent timide.

The post Conakry by night, version 2015 appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Au Crisber - Photo: Alimou Sow

Au Crisber – Photo: Alimou Sow

Conakry est ineffable. C’est une ville bouillonnante qui vit à 100 à l’heure. Agressive et stressante le jour, elle est calme et apaisante la nuit en cette fin d’année 2015. Quand le soleil incandescent décline derrière l’archipel des îles de Loos, la cité vous rend au centuple ce qu’elle vous aura pris la journée. Une équité que les noctambules ont bien comprise. Je suis un des leurs ce samedi soir-là.

J’ai craqué pour une sortie en boîte de nuit organisée par un ami de Facebook à l’humour vif et tranchant. Une première depuis quasiment mes années d’adolescent timide que les potes du quartier étaient obligés de traîner pour aller danser à l’occasion de grandes fêtes de fin d’année.

J’ai toujours préféré potasser un bouquin de 500 pages que d’aller me défoncer les tympans et les chevilles dans une discothèque surchauffée de Conakry. J’abhorre danser. L’idée de serrer une fille sur un air de zouk était pour moi la pire torture psychologique qui soit. Peur de danser faux, peur de piétiner ma cavalière ou de lui faire sentir la dureté de mes tibias d’enfant berger des montagnes

Du temps a passé. J’ai également plus d’assurance avec ma cavalière de ce soir (ma femme).

Au volant, je suis bluffé par le contraste de la circulation entre le jour et la nuit. Les voies de circulation de la capitale, éternels parkings géants et marchés le jour, retrouvent leur raison d’être la nuit. Tout est dégagé, faisant apparaitre la largeur réelle des routes, inimaginable aux heures de pointe. A 2H du mat’, on peut se taper un tour complet de la capitale et sa banlieue tentaculaire en moins d’une heure d’horloge !

Routes dégagées mais aussi éclairées. Du moins, les deux principales qui desservent la presqu’île de Kaloum : les autoroutes Fidel Castro et Leprince, tracées en parallèle  et reliées entre elles par des « transversales » à la manière d’un chemin de fer.

Les noctambules, excités par la fluidité de la circulation, écrasent le champignon sous la lumière blafarde des centaines de lampadaires solaires plantés en rang d’oignons entre les deux voies autoroutières. Le malheur est vite arrivé. Un motard a été écrasé à Koloma, près du siège de la télévision nationale. Preuve, s’il en était besoin, que les nombreux check-points installés aux principaux ronds-points ont d’autres objectifs que de décourager les chauffards roulant à tombeau ouvert.

Au niveau de l’un de ces « barrages routiers », au quartier « Cité Enco5 », deux garçons sont soumis à une séance humiliante de pompes verticales devant leurs petites amies qui en rigolent (ah les meufs !). De jeunes gens paisibles, sans moyens de déplacement, qui profitaient simplement de la fin des vacances pour s’amuser . Les autoroutes sont peut-être éclairées, mais les idées sont encore obscurantistes dans ce pays…

Malgré l’heure tardive, les abords des routes sont animés. Le courant du barrage de Kaléta fait monter la tension tous les soirs chez les fêtards des cabarets. Dans presque chaque quartier, des spectacles folkloriques (pôodha) très populaires réunissent des nostalgiques qui noient leurs soucis dans le Skool et la cigarette, esquissant des pas de danse mal assurés. Rendez-vous incontournables des ouvriers, manœuvres, petits commerçants et femmes divorcées.

Pour danser, les étudiants et les diplômés, eux, préfèrent les discothèques. Les plus huppées sont concentrées le long des deux corniches, nord et sud, de Conakry dans la proche banlieue de la capitale, notamment dans les quartiers de Kipé, Taouyah et La Camayenne.

Mon ami « organise » au « Crisber », à Kipé, l’une des discothèques les plus populaires de Conakry. La seule fois que j’ai dansé ici, ça s’appelait le « Climax ». C’est peu de dire que ça a changé depuis. Côté décor et installations, tout a été revu et corrigé : pistes de danses modernes, reposoirs propres, éclairages au top, espaces mieux insonorisés et surtout bien climatisés. Il faut vraiment épuiser un album entier de techno ou du reggae pour sentir ses aisselles humides. La sécurité est également omniprésente. Des videurs trainant des quintaux de muscles veillent au grain.

La seule fausse note (partagé avec d’autres lieux), c’est l’absence d’aire de parking. Les véhicules s’alignent le long de la route générant un petit bouchon alentour. Je doute également que la boîte soit équipée des issues de secours et de plan d’évacuation en cas de sinistre.

Pour l’animation, je suis un peu déçu. Trop de Dancehall et de hip-hop américains ultra saturés (Dj Quick, Patoranking, Wandecoal, etc.). J’ai certes eu du Korede Bello avec son captivant « Godwin » mais pas assez de guinéen. Enfin, j’étais choqué de voir les petites filles, à l’accoutrement aux effets Viagra, se déchaîner sur le très vulgaire clip  « Coller la petite » du  Camerounais Franko (Kinguè Franck Junior).

La nuit s’étire. Les articulations sont fatiguées, les ventres vides. La faim étant la plus fidèle compagne des sortants de soirée de danse, des vendeurs de viande sont stratégiquement installés à l’affût aux alentours du rond-point « Centre Emetteur » à Kipé. Chèvre et poulet grillés au menu.

Des noctambules affamés, assis à califourchon sur des bancs en bois, démembrent impitoyablement des poulets braisés sous les néons du centre Plazza Diamon situé de l’autre côté de la route. Ça dévisse bruyamment entre deux bouchées de chèvre ou de poulet entrecoupées de longues lampées de breuvage. Il est déjà 3 heures du matin. Personne ne semble se soucier de l’heure.

Conakry est définitivement une capitale qui ne dort jamais.

The post Conakry by night, version 2015 appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/conakry-by-night-version-2015/feed/ 5
Leur histoire d’amour née sur Facebook se termine au village au premier rendez-vous ! http://lims.mondoblog.org/leur-histoire-damour-nee-sur-facebook-se-termine-au-village-au-premier-rendez-vous/ http://lims.mondoblog.org/leur-histoire-damour-nee-sur-facebook-se-termine-au-village-au-premier-rendez-vous/#comments Sun, 16 Aug 2015 13:18:24 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1047 Personne dans leur entourage n’a la moindre idée de ce que fricotent les deux amants virtuels. Mais début août, comme par miracle F.D, disparaît.

The post Leur histoire d’amour née sur Facebook se termine au village au premier rendez-vous ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
crédit photo: lecontrarien.com

crédit photo: lecontrarien.com

C’est l’épilogue d’une histoire d’amour tout droit sortie d’un roman de Yasmina Khadra qui s’est joué, jeudi 13 août 2015, à Brouwal Sounki, un village de Télimélé perché sur les contreforts du Fouta Djallon. Sur place, elle fait la « Une » des potins des chaumières, amusant les jeunes gens, horripilant les vieilles personnes qui découvrent Facebook pour la première fois. Hélas, sous le plus mauvais jour du réseau social de Mark Zuckerberg.

Tout, a priori, séparait A.B et F.D, la vingtaine révolue. D’abord la distance, l’un vivant à Abidjan en Côte d’Ivoire, l’autre à Ziguinchor, dans la région de la Casamance au sud du Sénégal. Ensuite la disponibilité, tous deux étant mariés, chacun de son côté.

Il n’y a que la magie de Facebook qui soit capable de rapprocher de tels extrêmes au point de favoriser l’éclosion d’une incroyable histoire d’amour virtuelle entre deux jeunes gens dont la naïveté et l’imprudence feront la honte.

A.B est ce qu’on appelle un aventurier. Le jeune homme affable a roulé sa bosse dans plusieurs pays ouest-africains à la recherche d’un travail rémunérateur. Il a même tenté l’aventure périlleuse en Angola avant de revenir poser ses valises à Abidjan. Marié, sa femme vit au village, en Guinée, aux côtés de ses parents.

F.D quant à elle est femme au foyer. Calme et effacée. Elle est mariée à un commerçant guinéen établi depuis plus d’une décennie à Ziguinchor en Casamance où leurs affaires prospèrent. Elle élève paisiblement ses deux enfants aux côtés de son mari à qui elle donne un coup de main à l’épicerie familiale de temps en temps.

C’est cette harmonie que Facebook a à jamais bouleversée.

A.B et F.D se sont donc rencontrés sur ce réseau social il y a de cela plusieurs mois. Ils se lient d’amitié qui glisse progressivement en amour, consolidé par des sulfureux messages privés qu’ils s’échangent dans l’intimité de l’application Messenger.

Personne dans leur entourage n’a la moindre idée de ce que fricotent les deux amants virtuels. Jusqu’à ce que disparaît miraculeusement F.D, début août, laissant derrière elle ses deux enfants et une énorme angoisse à son mari et à ses parents. On la cherche partout à Ziguinchor. Introuvable. Une alerte disparition est lancée, les forces de sécurité sénégalaises sont mises au courant.

Deux jours après sa disparition, la famille de la jeune femme retrouve un téléphone de F.D sur lequel elle avait oublié de se déconnecter de son compte Facebook toujours actif. Très vite, l’application livre les secrets de sa fugue. A la stupéfaction générale, on découvre que derrière la timidité feinte de la jeune mère se cachait une malice très discrète. Elle est amoureuse d’un homme vivant à des milliers de kilomètres de là qu’elle n’a jamais rencontré dans la vraie vie. Ils se sont donné rendez-vous en Guinée !

Les messages privés révèlent la véritable identité de A.B qu’il avait réussi à dissimuler en utilisant un pseudonyme sur son compte Facebook. Le lieu de leur rendez-vous, l’itinéraire que F. D devait suivre pour y arriver, les complicités… tout avait été orchestré via Facebook. Pire, ils avaient un projet de taille :  se marier !

Coups de fil en Guinée pour prévenir les autorités et les parents. Les informations sont rapidement recoupées. A.B a effectivement quitté Abidjan. Il est repéré à Conakry, puis dans son village natal où il arrive le lendemain.

Il n’a pas le temps de déposer son sac. Une unité de la gendarmerie de Brouwal alertée, fait irruption dans son village et le met immédiatement aux arrêts. Transféré à la sous-préfecture, il nie dans un premier temps être à l’origine de la disparition de F.D. Mais ses échanges Facebook le trahissent. Il finit par tout avouer révélant par la même occasion que la femme disparue se trouve quelque part à Télimélé ville où ils ont passé la nuit ensemble la veille.

Elle est retrouvée par les gendarmes qui la conduisent aux côtés de son amant pour s’expliquer.

Voici l’explication : le jeune homme était spécialement revenu au village, qu’il a quitté depuis plus de trois ans, pour trouver un prétexte de divorce avec son épouse légitime afin d’épouser la femme du commerçant. Cette dernière s’était financièrement préparée à cette issue en dérobant une importante somme d’argent à son mari avant de prendre la tangente.

Comme souvent au village, l’affaire a été réglée à l’amiable et comme toujours à la grande satisfaction des forces de sécurité qui ne se déplacent jamais pour rien.

Cette histoire est révélatrice du danger des réseaux sociaux quand ils sont utilisés à mauvais escient. Malheureusement, elle est loin d’être un cas isolé.

On ne dira jamais assez qu’il faut se méfier des inconnus et de l’apparence, surtout sur Internet.

The post Leur histoire d’amour née sur Facebook se termine au village au premier rendez-vous ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/leur-histoire-damour-nee-sur-facebook-se-termine-au-village-au-premier-rendez-vous/feed/ 3
Ces catastrophes qui ont ôté le cache-sexe de Conakry http://lims.mondoblog.org/ces-catastrophes-qui-ont-ote-le-cache-sexe-de-conakry/ http://lims.mondoblog.org/ces-catastrophes-qui-ont-ote-le-cache-sexe-de-conakry/#comments Wed, 29 Jul 2015 16:32:42 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1026 La scène, filmée avec un portable, est digne d’un documentaire de National Geographic Channel tourné à l’archipel des Bissagos.

The post Ces catastrophes qui ont ôté le cache-sexe de Conakry appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Une rue de Conakry sous la pluie - crédit photo: Alimou sow

Une rue de Conakry sous la pluie – crédit photo: Alimou sow

La scène, filmée avec un téléphone portable, est digne d’un documentaire de National Geographic Channel tourné à l’archipel des Bissagos. On y voit  trois personnes juchées sur l’épave d’un congélateur traversant les deux voies de l’autoroute Fidel Castro de Conakry à la nage ! Cela s’est passé au quartier Bonfi où le temps s’est arrêté ce samedi 25 juillet 2015 en fin d’après-midi.

De mémoire d’homme, rarement la capitale guinéenne n’a été autant lessivée que pendant les 10 derniers jours de ce mois de juillet 2015. Une semaine, quasiment sans interruption, les vannes du ciel sont grandes ouvertes déversant des mètres cubes d’eau sur chaque millimètre carré du sol de Conakry.

Puis arriva ce qui devait arriver.

Des catastrophes en cascade : inondations, éboulements, accidents de circulation. Au moins quatre personnes ont perdu la vie depuis le début du déluge, selon les médias.

Sur les principaux axes routiers, les caniveaux ont recraché sur la chaussée tout ce qu’ils avaient dans le ventre offrant un spectacle dégueu.

Dans les anciens quartiers de Conakry, comme celui au nom évocateur de Tombo, les vieilles maisons ont l’air d’être bâties sur des pilotis, certaines n’étant accessibles qu’en radeau de fortune de type vieux congélateur. Plusieurs citoyens sont courbaturés à force d’évacuer les eaux pour déblayer leur … Tombo.

Les nouveaux quartiers, en haute banlieue, n’ont pas été épargnés. Evidemment pas dans les mêmes proportions que pour « la vieille ville ». Les intempéries savent, elles aussi, distinguer le riche du pauvre.

Décidément, 2015 est un millésime poisseux pour les habitants de Conakry déjà éprouvés par des décennies de malaria et près de deux ans d’Ebola.

Dans la nuit du 13 au 14 juin dernier, une tornade accompagnée des vents violents avait balayé la ville provoquant des dégâts matériels et humains considérables. Au moins un mort et des centaines de maisons détruites ou endommagées. De ces dégâts, l’opinion publique n’avait choisi de retenir qu’une histoire à dormir debout selon laquelle un manguier arraché par le vent se serait replanté tout seul dans un quartier de la capitale ! Œuvre signée des épiciers de la rumeur.

Cette banalisation des drames humains est caractéristique de Conakry, cité ineffable. Elle est révélatrice de la haute idée qu’ont les habitants et leurs dirigeants de la vie humaine. Ici tout est banal, puisque tout est banalisé.

Le citoyen qui balance des ordures dans les caniveaux destinés à drainer les eaux de ruissellement, c’est une banalité.

Les commis de l’Etat qui vendent des parcelles à des citoyens dans des zones réservées, le même Etat qui revient casser les constructions, c’est anodin.

Les femmes qui mangent et pataugent dans les détritus des marchés à longueur de journée, c’est banal.

Le taxi et ses passagers qui se tuent en s’encastrant dans la carcasse d’un camion-remorque garé au beau milieu de la chaussée, c’est un non-événement.

Les jeunes qui barrent la route pour jouer au foot et qui cassent les pare-brise des conducteurs, on s’en fout c’est banal.

Les militaires qui fendent les files de véhicules, roulant à tombeau ouvert dans les embouteillages, c’est vicinal.

Les petits délinquants de Madina qui font pleurer des femmes tous les jours en volant leur téléphone portable au nez et à la barbe des forces de sécurité, c’est rien.

Bref, en attendant d’être la capitale mondiale du livre en 2017, Conakry est la capitale de l’insouciance et du laisser-aller. Chacun fait ce qu’il veut en s’asseyant sur le droit des autres.

Le résultat est une anarchie à ciel ouvert qui règne sur une presqu’île de près de 50 km de long. Et quand les éléments de la nature se déchaînent comme cette fois, ils balaient tout sur leur passage ôtant par la même occasion le cache-sexe de notre invulnérabilité supposée.

A bien observer Conakry, la réalité saute aux yeux. C’est une ville qui a chassé un village. On le sent à travers la flore essentiellement constituée d’arbres fruitiers, plantés non pas pour embellir une quelconque rue, mais pour répondre à un besoin primaire : calmer la faim. Ce sont ces manguiers, avocatiers, et palmiers qui ont causé les plus gros dégâts dans la nuit du 13 au 14 juin dernier.

La « ville-village » continue pourtant de s’étendre sauvagement se livrant chaque jour à la férocité de la force destructrice de la nature.

Bien que la Guinée tout entière soit exposée constamment à des vents violents, à des inondations et à des séismes, le pays ne dispose d’aucun moyen sérieux pour prévenir ces catastrophes naturelles. Encore moins de plan d’évacuation de la ville de Conakry, cette bande de « Gaza » guinéenne à la merci des intempéries.

Notre plan Vigipirate ? Euh… Vigi quoi ? Et pour l’organisation des secours, revenez le 14 février pour en parler.

Samedi, 20 juillet 2013 (encore en juillet!) un séisme a frappé une bonne partie du pays et notamment la capitale Conakry. Il a fallu attendre plusieurs jours pour qu’un responsable de la Direction nationale de la géologie prenne la parole pour annoncer fièrement que selon ses collègues du Centre sismique de Mbour, au Sénégal, la magnitude du tremblement de terre était de 2,5 sur l’échelle de Richter (sic). Quelle prouesse !

Cette fois, c’est après une semaine de déluge que la Direction nationale de la météorologie (DNM) s’est fendue d’un communiqué pour nous dire quelle quantité de pluie nous avons prise dans la gueule durant les sept derniers jours. Je rappelle également qu’après la violente tornade de juin, ils ont eu la gentillesse de nous révéler la vitesse du vent qui nous a secoués : 90 km/h ! Merci chef.

A la décharge de ces services, il faut reconnaître qu’ils végètent dans un dénuement complet. Matériels obsolètes, vieillissement du personnel, manque d’investissement et de motivation. La DNM ne dispose même pas d’un  site web ou d’une page Facebook (c’est gratuit non ?) pour publier ses communiqués post-dégâts !

Avez-vous croisé un élève guinéen qui aspire à devenir un Texan Camara, euh… pardon, un météorologue ? Ou bien un sismologue ? Ou encore un océanographe ? Tout le monde veut être journaliste, juriste, informaticien, banquier, minier, diamantaire, argentier, président, etc. Et on en est là.

En tout état de cause si vous attendez le bulletin météo d’avant le journal TV pour décider ou non de prendre votre parapluie à Conakry, c’est que vous êtes vraiment, mais alors vraiment mal barré !

The post Ces catastrophes qui ont ôté le cache-sexe de Conakry appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/ces-catastrophes-qui-ont-ote-le-cache-sexe-de-conakry/feed/ 6
Au cœur de la forêt guinéenne, les trésors du Ziama http://lims.mondoblog.org/au-coeur-de-la-foret-guineenne-les-tresors-du-ziama/ http://lims.mondoblog.org/au-coeur-de-la-foret-guineenne-les-tresors-du-ziama/#comments Thu, 18 Jun 2015 12:26:45 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=1019 Dans ma tête, le massif du Ziama a toujours été cette tache baveuse que nous montrait notre Instituteur, Monsieur Diallo, sur une carte de la Guinée quelque part dans le sud du pays près d’une encoignure qui évoque le bec du perroquet. Vingt-et-un ans plus tard, j’ai la chance de toucher le Ziama du doigt, d’écouter ses multiples gazouillis, d’humer ses mille et une senteurs, de sentir sa fraicheur équatoriale. Mais le confort est au bout de l’effort. Pour arriver au Ziama à partir de Guéckédou, le voyageur doit affronter le fameux tronçon de « l’enfer » Guéckédou – Kondébadou. Trente-cinq kilomètres [...]

The post Au cœur de la forêt guinéenne, les trésors du Ziama appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Vue du massif de Ziama à Sérédou - crédit photo: Alimou Sow

Vue du massif de Ziama à Sérédou – crédit photo: Alimou Sow

Dans ma tête, le massif du Ziama a toujours été cette tache baveuse que nous montrait notre Instituteur, Monsieur Diallo, sur une carte de la Guinée quelque part dans le sud du pays près d’une encoignure qui évoque le bec du perroquet. Vingt-et-un ans plus tard, j’ai la chance de toucher le Ziama du doigt, d’écouter ses multiples gazouillis, d’humer ses mille et une senteurs, de sentir sa fraicheur équatoriale.

Mais le confort est au bout de l’effort. Pour arriver au Ziama à partir de Guéckédou, le voyageur doit affronter le fameux tronçon de « l’enfer » Guéckédou – Kondébadou. Trente-cinq kilomètres parsemés de nids de poule, de crevasses et de véritables cratères, par endroits, dans lesquels pataugent des poids lourds surchargés au moteur fatigué. Des morceaux de goudron s’accrochant désespérément au sol argileux rappellent que la route était bitumée jadis.

Le soulagement s’appelle Kondébadou (Macenta) où, au milieu de nulle part, surgit un ruban de bitume en parfait état qui serpente à travers la forêt et illumine les visages d’un sourire presque involontaire. L’habitat est très dispersé à travers un relief vallonné. Des hameaux défilent à intervalle irrégulier d’un côté et de l’autre de la route ; puis apparait la ville de Macenta encastrée dans une cuvette cernée de montagnes granitiques.

A 30 km de Macenta, changement de décor. Les clairières et les montagnes chauves font place à une forêt dense et humide. C’est le massif du Ziama avec son micro-climat exceptionnel. Des arbres au tronc démesuré s’élancent dans le ciel formant une canopée céleste. La route franchit un col donnant accès à la cuvette de Sérédou située à 37 bornes de Macenta-centre. Nous sommes au cœur du Ziama.

Le Ziama est un massif montagneux de la dorsale guinéenne, mais c’est aussi et surtout une réserve forestière de près de 120.000 hectares à cheval entre la Guinée et le Libéria voisin. Erigé en forêt classée depuis 1942, le site compterait plus de 1.300 espèces végétales. Un havre de paix pour pas moins de 547 espèces animales, dont 22 espèces protégées par la convention CITES pour le respect de laquelle la Guinée est un mauvais élève. Selon un vieux recensement daté de 2004, on dénombrait 214 éléphant, y compris le fameux éléphant nain d’Afrique. Ziama est classé patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1980.

Sa biosphère est si attractive que l’ancien gouverneur de l’Afrique occidentale française (AOF), qui avait pour résidence Dakar, venait se la couler douce ici-même pendant ses vacances. Il s’était tapé une coquette cabane dans la montagne, à Quinadou, à 15 km de Sérédou-centre. La maison est aujourd’hui en ruines, au grand dam du maire de la commune rurale.

Grâce à la fameuses forêt de quinquinas du Ziama, la Guinée disposait de l’un des premiers laboratoires de production de la quinine en Afrique. Les quinquinas sont toujours là, mais le labo lui est mort enterré. Un sort identique a frappé la célèbre scierie de Sérédou aux immenses hangars qui meurent à petit feu, rongés par la rouille sous le regard attendrissant du massif montagneux.

Le défi de la préservation des trésors de biodiversité du Ziama s’est toujours posé avec acuité. La majorité de la population riveraine dépend de la forêt d’où elle tire l’essentiel de sa nourriture à travers l’agriculture, la chasse et l’exploitation du bois. Les métiers les plus courants à Sérédou ? La menuiserie et le braconnage. Et si l’on lorgne de plus près, on ne sera pas surpris de découvrir un petit trafic d’animaux protégés.

Depuis près d’un demi-siècle, différents projets ont été mis en œuvre pour préserver les richesses fauniques et floristiques de la réserve, avec plus ou moins de succès. Pour décourager les braconniers et les trafiquants des produits ligneux et animaliers, une unité d’une centaine de gardes forestiers non armés veille au grain. Autant dire, une goutte d’eau dans l’océan de verdure du Ziama.

Pour préserver toutes ses richesses et espérer en tirer profit à travers l’éco-tourisme par exemple, il faut plus que des mesures coercitives. Il est impératif de développer des activités génératrices de revenus en faveur des riverains afin qu’ils fassent la substitution.

Cela pourrait passer par le café car le terrain est très propice. Quelques producteurs locaux, réunis en coopératives, essaient de perpétuer une culture domestique du caféier sur flanc de montagne. Leur combat consiste également à labéliser le café du Ziama aux saveurs exceptionnelles selon les connaisseurs.

En tout cas, siroter une tasse de café du Ziama dans la maison réhabilitée de l’ancien gouverneur, à Quinadou, est un rêve que je caresse avec tendresse…

 

The post Au cœur de la forêt guinéenne, les trésors du Ziama appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/au-coeur-de-la-foret-guineenne-les-tresors-du-ziama/feed/ 4
Cinq choses que les célibataires (hommes) devraient savoir sur le mariage en milieu peul http://lims.mondoblog.org/cinq-choses-que-les-celibataires-hommes-devraient-savoir-sur-le-mariage-en-milieu-peul/ http://lims.mondoblog.org/cinq-choses-que-les-celibataires-hommes-devraient-savoir-sur-le-mariage-en-milieu-peul/#comments Sun, 26 Apr 2015 16:46:08 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=998 Une idée, sans doute reçue, veut qu’en Guinée la proportion de filles célibataires est nettement supérieure à celle des hommes du même état civil. Aucune étude n’existe pour étayer cette affirmation, ceux qui la colportent se fondant en général sur les données de quelques foyers où le nombre de filles domine celui des garçons. Toujours est-il que des contingents entiers de célibataires hommes sont convaincus qu’il existe tellement de princesses au cœur à prendre qu’ils auront l’embarras du choix le jour où ils se décideront de convoler en noces et qu’avec un peu de chance ce sont ces princesses qui viendront demander carrément leur main !

The post Cinq choses que les célibataires (hommes) devraient savoir sur le mariage en milieu peul appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
couple marié, la fille en habit traditionnel

Couple marié, la fille en habit traditionnel – crédit photo: Cellou

Une idée, sans doute reçue, veut qu’en Guinée la proportion de filles célibataires soit nettement supérieure à celle des hommes du même état civil. Aucune étude n’existe pour étayer cette affirmation, ceux qui la colportent se fondant en général sur les données de quelques foyers où le nombre de filles domine celui des garçons. Toujours est-il que des contingents entiers de célibataires hommes sont convaincus qu’il existe tellement de princesses au cœur à prendre qu’ils auront l’embarras du choix le jour où ils se décideront de convoler en noces et qu’avec un peu de chance ce sont ces princesses qui viendront demander carrément leur main !

Seulement, il y a cet impitoyable proverbe peul qui enseigne que « Mö yawi kouthioun ö souwâki » que l’on pourrait traduire littéralement par « celui qui minimise un morceau de viande n’est pas circoncis ». Autrement dit, sous-estimer un défi que l’on n’a pas affronté relève de l’imprudence ou de l’ignorance. Et, en dépit des apparences, le défi du mariage en milieu peul (de Guinée) n’est pas une mince affaire… Preuve par cinq.

  1. Le choix de l’épouse : En fait de choix, c’est à une véritable quête que le mâle sera soumis. Vous ne le saurez que quand vous y serez confronté. On a beau supputer que les filles célibataires sont à ramasser à la pelle, parvenir à dégoter l’une d’elles peut se révéler un réel parcours du combattant. Trois raisons à cela : la religion (l’islam) qui interdit d’avoir une relation avec sa future épouse avant le mariage, la famille qui détient le vrai pouvoir décisionnel et l’endogamie quasiment érigée en règle. A la fac, ton cœur d’étudiant célibataire s’emballe pour une belle fille que tu as vu faire mijoter des dizaines de marmites de mangues. Tu en parles au « vieux », qui en parle à son frère et voilà ton oncle qui te soupçonne de velléité d’épouser ton ex-copine et t’impose l’une de ses boutonneuses filles. Si tu n’as pas de charisme, c’est-à-dire pauvre comme un étudiant de province, l’affaire est pliée. Si au contraire, tu as voix au chapitre, on passe par les liens familiaux pour te flanquer une pression qui t’oblige à accepter « Binta », ta cousine, comme femme. Les parents font les démarches nécessaires et on passe à l’étape suivante.

 

  1. Le mariage religieux : C’est l’affaire des sages. Le mariage religieux est généralement scellé à la mosquée entre les deux familles devant les notables. Il précède obligatoirement celui civil. La présence des mariés n’est pas requise, celle de la fille étant même proscrite dans certains cas. La procédure, d’une durée variable, est un mélange de questions-réponses ponctuées d’une litanie de bénédictions extraites du Coran. Des enveloppes font la navette. Le minimum de la dot tourne autour de 500.000 GNF, sans maximum. Elle peut grimper suivant la richesse de l’homme ou la beauté de la femme ! Presque toutes les femmes peules étant belles, 500.000 GNF c’est prix de l’eau. La dot est accompagnée d’un lot de noix de cola au nombre impair (généralement 101), artistiquement emballé dans de larges feuilles sauvages nouées à l’aide des ficelles artisanales, le tout formant une longue tige verticale qui évoque un phallus en érection gorgé de Viagra. Tout un symbole.

 

  1. La cérémonie traditionnelle : Le rite traditionnel du mariage chez les Peuls a fortement subi l’influence de la modernité et s’est enrichi d’autres cultures. Il n’est pas homogène et peut différer d’un clan à un autre, voire d’une famille à une autre. On retrouve cependant quelques traits communs dans la couleur : « Diomba » (la mariée) est d’abord drapée dans une toile blanche non cousue qu’elle remplace ensuite par un joli complet de couleur rouge. Pour accentuer la beauté de ce complet, la modernité veut qu’il soit recouvert d’un tapis de billets de banque neufs, tout comme le parapluie, également rouge, que tient la mariée. Comptez entre 200.000 et 500.000 GNF pour cette opération esthétique. A ce niveau, je me permets de commettre un délit d’initié : mettez le montant le plus élevé et faites en sorte que le complet soit cousu le maximum de gros billets. Achetez une lame et attendez le lendemain de la cérémonie, où vous serez plus fauché qu’un rat d’église, pour vous attaquer sans scrupule au complet de Mme. Ça s’appelle du « donnant donnant ».

 

  1. La cérémonie civile : Elle représente tout ce qu’il y a de brillant, de bruyant et d’abondant. Un mariage civil en milieu peul, c’est d’abord de la bectance à foison. On ne lésine pas sur les moyens pour nourrir les invités dont on ne connaît jamais le nombre exact. Ce sont des mètres cubes de fonio et de Latsri-et-Kossan, les deux plats traditionnels, qui sont engloutis en quelques heures. Du début à la fin, il faut que les gens mangent, boivent et s’amusent. Pour la brillance, la mariée est au centre du soleil. Avant de se présenter devant l’officier de l’état civil pour la signature de l’acte du mariage, votre princesse passe de longues heures dans un salon de coiffure où elle doit subir une opération chimique esthétique qui la transformera de fond en comble. Le saupoudrage peut la rendre méconnaissable (parfois de beauté, parfois de quelque chose d’indéfinissable). Puis, la miss factice est escortée dans un vacarme assourdissant de motos et de voitures. Destination, la « Réception ». Avant, au village, les femmes se réunissaient autour de « Diomba » et chantaient de belles mélodies traditionnelles. Ça, c’était avant. Maintenant, ce sont des artistes, facturant leur prestation à prix d’or, qui prennent possession de l’arène. Ils enchaînent les dédicaces et dépouillent tout le monde jusqu’à épuisement.

 

  1. Le budget : Combien coûte un mariage chez nous ? Nul ne le sait avec précision. Tu fais l’intello, tu consultes et crées un tableur Excel sophistiqué pour inscrire toutes les lignes des dépenses. Le jour du mariage, on te sort des charges insoupçonnables qui rendent totalement caduques tes prévisions. Entre les entrées, faites des contributions des proches, parents et amis, et les sorties incontrôlées qui coulent de tes poches, difficile d’appliquer une quelconque opération comptable. De toute façon pour espérer s’en sortir, débrouillez-vous pour que le montant de la ligne des imprévus soit égal ou supérieur au total du budget. Si après tout ça tu râles, on a une formule couperet pour te recadrer : « Fâaladho djwö bhé haylaymbha». Son équivalent en français serait « l’homme en quête d’épouse doit mouiller le maillot ». En Poular, le sens de l’expression est un peu plus ambigu et pourrait signifier : « L’homme en quête d’épouse doit secouer (sous-entendu le pantalon, ou bien les bijoux que cache celui-ci) ». Vous voilà avertis, chers célibataires.

The post Cinq choses que les célibataires (hommes) devraient savoir sur le mariage en milieu peul appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/cinq-choses-que-les-celibataires-hommes-devraient-savoir-sur-le-mariage-en-milieu-peul/feed/ 13
Conakry, côté pile http://lims.mondoblog.org/conakry-cote-pile/ http://lims.mondoblog.org/conakry-cote-pile/#comments Mon, 23 Feb 2015 15:52:37 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=977 Dans le palmarès des villes propres où il fait bon vivre, Conakry est en queue de peloton. Les habitants de la capitale guinéenne sont sempiternellement pressés, stressés et cassants. A bien regarder leur habitat sur une carte, on comprend leur situation : ce n’est pas facile de vivre dans un cigare !

The post Conakry, côté pile appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Une vue au large de Room - crédit photo: Alimou Sow

Une vue au large de Room – crédit photo: Alimou Sow

Dans le palmarès des villes propres où il fait bon vivre, Conakry est en queue de peloton. Les habitants de la capitale guinéenne sont sempiternellement pressés, stressés et cassants. A bien regarder leur habitat sur une carte, on comprend leur situation : ce n’est pas facile de vivre dans un cigare !

Plus de deux millions de personnes sont entassées sur une bande de terre en forme de cigare géant qui plonge dans l’océan sur 40 km de long, avec en moyenne 8 km de large. Deux routes parallèles servent de voies de circulation qu’empruntent chaque jour des dizaines de milliers de véhicules presque toujours au même moment et dans le même sens. Même au cinéma on ne saurait récréer un capharnaüm plus abouti.

La promiscuité, les frustrations, la galère et les rancœurs, entretenues par des discours politiques ravageurs font que, durant les 20 dernières années, la cité est devenue un volcan en ébullition où la moindre humeur s’exprime dans une violente éruption : les ordures quittent, un temps, les fossés pour la chaussée, des pare-brises volent en éclats avant que les écœurés n’hument du lacrymogène pour se calmer.

Pour échapper à ce chaudron incandescent à la quête d’un bol d’air frais, il faut gagner les terres de l’intérieur du pays ou prendre le large. Mon choix porte sur la seconde option.

Mais 20 ans de vie à Conakry n’ont pas effacé mes souvenirs d’enfance de petit berger peul sur les hauts plateaux de la partie occidentale de la région du Fouta Djallon. Je sais faire le Tarzan en balançant au bout d’une liane entre deux rochers, mais pas accrocher un appât sur une ligne pour aller à la pêche. Bref, la phobie de l’océan a fini de me convaincre que je pourrais me noyer dans un verre d’eau.

Pourtant, je me jette à corps perdu pour l’archipel des îles de Loos. Le 14 février est en effet une occasion plus que… romantique pour rendre visite à mes insulaires compatriotes ou sombrer dans l’Atlantique façon Jacques Dawson dans Titanic.

Notre Titanic à nous sera une pirogue, longue d’une quinzaine de mètres, à l’arrière de laquelle est flanqué un moteur Yamaha aux vrombissements pas très rassurants. Pas rassurants non plus le matelot occupé à vider l’eau de mer infiltrée dans la coque… Pour 50 000 francs la traversée, une vingtaine de personnes prennent place à bord, serrées en rang d’oignons. Gilets de sauvetage enfilés, on met le cap sur les îles de Loos. L’image n’est pas sans rappeler les embarcations de fortune des immigrés clandestins qui affrontent la Méditerranée. Je me tape l’Ayatal Koursiou en rafale pour chasser l’idée maléfique de ma tête.

L’archipel des îles de Loos, situé à une dizaine de km à l’ouest du port de Conakry, est composé de trois îles principales : Kasa, Tamara et Room par ordre de distance de la terre ferme. Elles forment une sorte de demi-cercle autour duquel sont parsemés des îlots inhabités de faible importance. L’ensemble représente un certain havre de paix particulièrement prisé par les expats en quête d’exotisme et de loisir.

Kasa, l’île la plus proche de Conakry est également la plus grande et la plus peuplée. Elle a été récemment érigée en sous-préfecture dans une certaine confusion des textes … A l’exception de quelques endroits, Kasa a la réputation d’être envahie et polluée ; donc moins attrayante. Ce n’est pas trop à mon goût.

Tamara a un côté sauvage avec très peu d’habitations et d’hôtels. C’est encore une île vierge, toutes proportions gardées. Pour les amateurs de randonnées à la découverte d’endroits inédits, c’est la destination privilégiée. J’adore la randonnée, mais ce sera pour une autre fois.

Je suis plutôt en quête de calme, d’air frais, d’eau turquoise et de sable fin, bref du romantisme en ce 14 février. Tout ce qu’offre Room, à 11 km des côtes de Conakry.

Il est 10 heures tapantes. Le moteur de la pirogue pétarade de plus en plus fort. L’embarcation prend son élan et s’élance sur les commandes d’un mec baraqué à la peau en écailles, brulée par le soleil de Guinée. Un genou plié, il tient une barre de fer verticale en guise de gouvernail. De furtives images de « Dents de la mer » défilent dans ma tête. Dieu, sauve tes créatures…

Pas sûr que le Seigneur m’entende puisqu’un groupe d’expatriés d’origine russe pèchent juste devant moi en buvant de la vodka à grandes lampées. Ils fument, nous enfument et dévissent bruyamment. Dans leurs conversations désarticulées reviennent pêle-mêle, la guerre à l’est de l’Ukraine, le statut de la Turquie en tant que pays européen ou non. Le tout noyé dans des effluves de vodka russe et de Marlboro.

Une scène moins amusante que les plongées spectaculaires à la verticale des sternes qui capturent des petits poissons qu’ils emportent manger sur les berges du port de Conakry. La technique de pêche de ces oiseaux est bluffante !

Voici Kasa qui défile à notre gauche. Sur les côtes rocheuses aux allures de falaises, des femmes sèchent de petites crevettes sur des pagnes colorés. Plus loin apparaît un hôtel en cases rondes surmontées d’un toit conique de tôle ondulée. Tout autour de l’île, des vieux pêcheurs solitaires, torse nu, bravent le soleil de midi et la mer à la recherche de quelques capitaines et de langoustes.

Au bout d’une heure de voyage surgit l’île Room. A gauche de la petite bande de terre en forme de « 8 », une enfilade de résidences privées sur la plage, à droite le village de l’île. Au milieu de deux, entre une langue de sable et des rochers basaltiques, les pirogues déversent autochtones, touristes et randonneurs.

Mon hôtel est situé sur l’autre versant auquel on accède par une ruelle rocailleuse qui serpente à travers une forêt de palmiers qui dandinent sous le vent. Ici, la plage est immaculée, quoique parcimonieuse. Le ressac des vagues sur les falaises, la pureté de l’eau et de l’air font oublier le tumulte de Conakry et vous plongent dans un calme romantique.

En parlant de romantisme, beaucoup ignorent que la beauté de Room donna autrefois à l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson le décor pour son roman mythique « L’Ile au trésor »! En tout cas, de petits malins ont flairé le trésor caché de l’île en y faisant pousser des hôtels aux tarifs qui frisent le scandale pour un service et un confort minimalistes. La chambre à 100 euros et un vague petit déjeuner qui dope votre appétit au maxi.

Au resto de l’hôtel, le menu tracé sur un tableau noir annonce la couleur : deux tranches de filet de capitaine à 130 000 GNF. Je me suis sauvé pour retrouver les pêcheurs au village en contrebas. Au bout de quelques minutes de conciliabules, Naz, un grand gaillard, prend sa pirogue pour me ramener deux gros capitaines qui frétillent encore. Deux heures plus tard, ma femme et moi nous avions écaillé, vidé et grillé le poisson. Installés à l’ombre d’un baobab, le regard rivé sur l’île de Tamara de l’autre côté de la mer nous avons dégusté ces délicieux capitaines.

Ça fait partie des bons plans de Room où je reviendrai plus souvent pour humer l’air pur et manger du poisson frais, les pieds dans l’eau. J’aime ce Conakry-ci.

The post Conakry, côté pile appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/conakry-cote-pile/feed/ 8
Covoiturage Bruxelles-Paris : quand les fraudeurs prennent le volant http://lims.mondoblog.org/covoiturage-bruxelles-paris-les-fraudeurs-prennent-volant/ http://lims.mondoblog.org/covoiturage-bruxelles-paris-les-fraudeurs-prennent-volant/#comments Tue, 20 Jan 2015 13:51:30 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=958 Le « covoiturage ». Joli néologisme désignant l'utilisation d'une même voiture particulière par plusieurs personnes effectuant le même trajet. Ce mode de transport permet d'alléger le trafic routier et de partager les frais. Trouvaille à la fois économique et écologique. Désormais, des applications mobiles rendent la pratique ludique. Il est possible de choisir son trajet, réserver une place et même payer son frais de transport en quelques clics.

The post Covoiturage Bruxelles-Paris : quand les fraudeurs prennent le volant appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Dans la Ford - crédit photo: Alimou Sow

Dans la Ford – crédit photo: Alimou Sow

Le « covoiturage ». Joli néologisme désignant l’utilisation d’une même voiture particulière par plusieurs personnes effectuant le même trajet. Ce mode de transport permet d’alléger le trafic routier et de partager les frais. Trouvaille à la fois économique et écologique. Désormais, des applications mobiles rendent la pratique ludique. Il est possible de choisir son trajet, réserver une place et même payer son frais de transport en quelques clics.

A l’occasion d’un voyage Paris – Bruxelles, j’ai voulu tester le covoiturage. Manque de pot, je suis tombé sur des magouilleurs durs à cuire.

Dimanche 10 h 30, gare du Midi au cœur de Bruxelles. Le thermomètre affiche zéro degré. Ressenti : -2, à cause du vent qui souffle. J’ai des acouphènes dans les oreilles et les mains transies. Un colosse de près de deux mètres, la tête à moitié enfoncée dans un bonnet rayé, m’intercepte.

« Paris ?

–          Oui.

–          C’est par ici, venez. Donnez-moi votre sac. »

Aidé d’un autre gaillard, mon interlocuteur – j’apprendrai plus tard qu’il se fait appeler Adolphe – entrepose mon sac à l’arrière d’un véhicule garé à l’angle des deux rues. Il m’annonce qu’il ne reste que trois personnes et que nous allons bientôt bouger pour Paris. Génial, je vais pouvoir voyager en dépit du fait que le covoitureur que j’ai réservé via l’application mobile a annulé son voyage in extremis. Ici, pas la peine de faire de réservation en ligne. Les gars sont prêts à tout moment. En somme, la « solution gare du midi » est tout bénef. Enfin, a priori.

Première déception : le tarif : 30 euros le trajet Paris – Bruxelles ! Contre 20 euros à travers l’application, y compris les frais de réservations (on peut trouver même moins cher). Devant mon étonnement, Adolphe se montre ferme, mais joue les gentils. Il nous offre un café, mon accompagnateur et moi, en attendant le départ.

Dix minutes plus tard, le véhicule est complet. Une, deux, trois, quatre…  neuf personnes y compris le conducteur Adolphe ! La porte coulissante de la Ford Transit se referme sur nous. Cap sur Paris. Personne ne semble être choqué de notre inconfort accentué par l’intérieur de la camionnette complètement en rade. Pas plus que moi ; j’ai vu pire sur les routes d’Afrique. Tant pis. Chacun fourre son nez sur son mobile. Ce n’est pas ce matin qu’on va socialiser…

Ma voisine de siège est pendue au téléphone depuis une heure. Elle roucoule, sans doute avec un mec qui passe son dimanche sous la couette.  Le conducteur a la bonne idée de détendre l’atmosphère avec de la musique congolaise (RDC). Soukouss. Roumba. Il maîtrise les refrains de toutes les chansons qu’il imite en avalant des gâteaux roulés dans une feuille d’aluminium posée sur le tableau de bord à portée de main.

J’ai compris que notre voyage risquait de partir en couille lorsque, à la première station d’essence, Adolphe demande à trois passagers de le régler afin qu’il puisse faire le plein de carburant. C’est pas bon signe ça, me dis-je intérieurement. Mais bon, comme on est en Europe…

Après une heure et demie de trajet, le chauffeur annonce une pause pipi de 5 minutes à une station-service en territoire français. Il en profite pour demander aux autres passagers de s’acquitter de leurs frais de transport en toute discrétion. Il empoche 150 euros. On remet les gaz.

L’autoroute du Nord est fluide. Le regard rivé sur l’asphalte, notre Adolphe siffle les refrains en dodelinant de la tête. Deux kilomètres après le second péage, un bruit bizarre se fait entendre de la voiture. Adolphe se rabat et se gare pour vérifier. Lui et moi mettons pied à terre. Un tour et mes soupçons se confirment : crevaison de la roue arrière gauche.

« Tu as au moins une roue de secours ?

Non, je n’en ai pas » ! J’ai d’abord pensé qu’il ironisait sur ma question débile jusqu’à ce que je l’entende pousser un juron en Lingala, « Mama nan ngaï », les deux mains croisées sur la tête. On est mal barré. La nouvelle fait l’effet d’une bombe dans la Ford d’où l’on s’extirpe l’air hébété. Les reproches pleuvent sur Adolphe qui encaisse sans broncher.

Pour notre sécurité, le chauffard est prié de traîner le véhicule jusqu’à la bande d’arrêt d’urgence située quelques mètres plus loin et de poser le triangle de présignalisation. L’Adolphe n’a pas de triangle de présignalisation! Pas même de crique pour soulever le véhicule, encore moins de clé de roue pour démonter celle-ci. Et quelqu’un de sortir cette comparaison : « Même les charrettes tirées par un âne en Afrique valent mieux que ça », en désignant du menton notre vaisseau amiral Ford Transit. Nous sommes à exactement 42 kilomètres de Paris, bloqués sur l’autoroute A2 sans solution en vue.

La tension monte. Le conducteur indélicat est sommée de nous trouver une solution dare-dare. Le gars est tellement imprudent qu’il n’a même pas de crédit sur son téléphone pour joindre ses comparses. On lui prête main forte. « Allô Pépé… Okenda Wapi… Bruxelles ? Oh là là !!! » Il raccroche le téléphone, le visage déconfit, et répète sans cesse : « Matata, Matata ».

L’angoisse d’Adolphe grimpait à mesure que le temps passait. Huit passagers dans un véhicule déglingué et dépourvu de tout, faisant du transport illégal de personnes… il avait bien des raisons de s’inquiéter avec toutes ces forces de l’ordre qui se promènent, un couteau entre les dents, après les attentats contre Charlie Hebdo.

Après une heure trente minutes d’attente, un de ses copains vient nous transbahuter à Paris, Porte de la Chapelle. Entre-temps, d’autres covoitureurs avaient déjà appelé des proches pour venir les chercher.

Le covoiturage est un bon plan pour voyager à moindres frais. Malheureusement, des fraudeurs se sont engouffrés dans la brèche, profitant des failles du système. Au détriment des usagers. En France la loi punit lourdement le transport illégal des personnes (trois ans de prison et 45 000 € d’amende), mais rien n’empêche quelqu’un de transporter des personnes dans sa voiture. Ce qui est interdit, c’est de les faire payer au-delà des droits de péage et des frais de carburant.

Bon bref, c’est assez flou pour décourager des types comme Adolphe qui peuvent se taper jusqu’à deux aller-retour Paris-Bruxelles par jour, à raison de 240 euros par voyage. Sortez vos calculettes pour voir combien ils peuvent gagner par mois.

 

The post Covoiturage Bruxelles-Paris : quand les fraudeurs prennent le volant appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/covoiturage-bruxelles-paris-les-fraudeurs-prennent-volant/feed/ 6
Guinée, un an d’Ebola : la cata ! http://lims.mondoblog.org/guinee-an-debola-cata/ http://lims.mondoblog.org/guinee-an-debola-cata/#comments Wed, 31 Dec 2014 10:20:12 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=952 A l’heure des bilans et des rétrospective des faits marquants de l’année écoulée, je voudrais revenir sur l’évènement qui m’a le plus sonné au cours des 12 derniers mois. Il s’agit, sans suspense, de la tragédie Ebola. 2014 aura été l’année la plus désastreuse dans l’histoire de la Guinée indépendante. C’est un peu notre année zéro. Personne, ici, ne risque de regretter ce millésime durant lequel un malheur nommé Ebola s’est abattu sur le pays, faisant de ses habitants, du jour au lendemain, d’indésirables pestiférés dans les quatre coins du globe. Tout est parti du sud du pays. En début [...]

The post Guinée, un an d’Ebola : la cata ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Centre de traitement Ebola à Donka - crédit photo: Alimou Sow

Centre de traitement Ebola à Donka – crédit photo: Alimou Sow

A l’heure des bilans et des rétrospective des faits marquants de l’année écoulée, je voudrais revenir sur l’évènement qui m’a le plus sonné au cours des 12 derniers mois. Il s’agit, sans suspense, de la tragédie Ebola.

2014 aura été l’année la plus désastreuse dans l’histoire de la Guinée indépendante. C’est un peu notre année zéro. Personne, ici, ne risque de regretter ce millésime durant lequel un malheur nommé Ebola s’est abattu sur le pays, faisant de ses habitants, du jour au lendemain, d’indésirables pestiférés dans les quatre coins du globe.

Tout est parti du sud du pays. En début d’année, la presse locale rapporte des cas de décès attribués à « une maladie mystérieuse » en Guinée forestière, notamment à Guéckédou et à Macenta. Cela dure environ deux mois (janvier et février). Le 21 mars, les autorités annoncent que la « maladie mystérieuse » en question n’est autre que la fièvre hémorragique à virus Ebola. Stupeur. Puis interrogations. Qu’est-ce qu’Ebola ? Quels sont ses modes des transmission ? Peut-on en guérir ? Comment la maladie est-elle arrivée en Guinée ? Face à l’absence ou au retard des réponses à ces questions, que chacun se posait dans son for intérieur, les populations ont fini par tomber dans le déni.

Des rumeurs, relayées par téléphone arabe, ont commencé à courir niant l’existence d’Ebola en Guinée. Certains analystes de bar-cafés de Conakry ont vite fait d’attribuer l’origine de la rumeur au pouvoir en place pour des « fins politiques » selon eux. Vérités et contrevérités se mêlent et s’entrechoquent. De la cacophonie, commence à naitre le doute. Tergiversations jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Quelle attitude faut-il adopter ? On nage dans le flou total.

Médecins Sans Frontières (MSF) est la première organisation à sonner le tocsin. Elle déclare que la maladie est très dangereuse et que si rien n’est fait, elle pourrait se propager et causer d’énormes dégâts. Une sorte de prémonition, puisque c’est ce qui est arrivé finalement après que le Libéria et la Sierra Léone aient déclaré des cas. Panique générale. La presse étrangère se mêle dans la danse et réoriente ses projecteurs sur les trois pays « ébolatés » après la guerre de Gaza. Le 13 aout, l’état d’urgence sanitaire est décrété après moult hésitations.

La Guinée devient ostracisée. Les expatriés plient bagages, laissant derrière eux des hôtels déserts. Les Etats voisins, pris de frilosité, ferment leurs frontières en cascade. L’isolement culmine quand l’Arabie Saoudite déclare les pèlerins guinéens indésirables pour le Hadj 2014. C’est l’apocalypse chez les candidats au départ. Jamais cela n’était arrivé en Guinée, pays à nette dominance musulmane. Même avant la naissance de l’aviation, nos fidèles musulmans avaient accompli ce pilier de l’islam en se rendant aux Lieux Saints de l’Islam à pieds ou à dos de cheval…

Les réticences d’admettre la maladie et l’hostilité contre les personnels soignants se multiplient à la vitesse de propagation de l’épidémie qui touche désormais l’ensemble des quatre régions naturelles du pays. Un pas est franchi mi-septembre avec le massacre d’une équipe de huit personnes parties sensibiliser à Womey, un village de N’Zérékoré perdu dans la forêt. L’indignation et la honte dépassent les frontières guinéennes.

Fin septembre, les fêtes de l’indépendance prévues à Mamou, le 2 octobre, sont reportées sans surprise au mois de décembre. La rentrée scolaire et universitaire, elle, est renvoyée sine die. Ebola fait comprendre qu’elle ne joue pas. Ce que confirment les économistes de la Banque mondiale qui annoncent une baisse  de 2,1% du PIB de la Guinée en 2014.

Sur le plan humain, l’épidémie continue à faire des ravages : 1.697 décès sur 2.695 cas au 29 décembre 2014, selon l’Organisation mondiale de la santé ! Et l’on continue à égrainer les macabres statistiques.

Mais satané Ebola n’a pas que refroidi les relations avec nos voisins, détruit l’économie et surtout enlevé de précieuses vies humaines. La maladie nous oblige également à modifier nos comportements, les plus naturels : serrer la main du voisin, accueillir et prendre soin d’un proche malade, laver et enterrer nos morts selon nos traditions et religion.

Personnellement, Ebola a rendu dingue l’hypocondriaque qui m’habite. Un mal de tête passager, la moindre fièvre, un léger gargouillement ventral me font systématiquement penser à Ebola, sans raison. Impossible de tomber normalement malade à cause de ce maudit virus.

Pourtant, nous vivions presque harmonieusement avec notre cher paludisme, notre fidèle fièvre typhoïde et nos inséparables dysenteries amibiennes.  Ebola est venu casser tous ces liens d’affection séculaires. En 2014, il nous a même privés du choléra saisonnier de l’hivernage à Conakry. Avant, nous amenions ces maladies dans nos centres de santé pour les tuer. Maintenant, elles nous tuent à la maison de peur d’aller choper Ebola dans les hôpitaux délabrés. Voyez combien ce virus est sadique…

Ebola nous a également prouvé nos carences en matière d’organisation et d’équipement. On pensait pouvoir venir à bout de l’épidémie en six mois. Un an plus tard, on ne voit toujours pas le bout du tunnel ; et sans l’aide de la communauté internationale, les ravages auraient été sans doute plus catastrophiques.

2015 est une année pleine d’espoir pour nous donc même si l’horizon est loin d’être dégagé: rentrée scolaire et universitaire incertaine, menace de grève générale des syndicats, meeting à hauts risques de l’opposition, élections locales et présidentielle, en principe, et bien sûr la cata Ebola et son cortège de dégâts. Dieu sauve nous !

The post Guinée, un an d’Ebola : la cata ! appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/guinee-an-debola-cata/feed/ 4
La Case de l’oncle … Touré* http://lims.mondoblog.org/case-loncle-toure/ http://lims.mondoblog.org/case-loncle-toure/#comments Fri, 19 Dec 2014 18:15:16 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=936 Question pour un champion : où se trouve la tombe de Sékou Touré ? Trente ans après la disparition de l’ancien président guinéen, ses compatriotes ne savent toujours pas avec certitude où il est enterré.

The post La Case de l’oncle … Touré* appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Case de naissance de Sékou Touré, à Sidakoro - crédit photo: Alimou Sow

Case de naissance de Sékou Touré, à Sidakoro – crédit photo: Alimou Sow

Question pour un champion : où se trouve la tombe de Sékou Touré ? Trente ans après la disparition de l’ancien président guinéen, ses compatriotes ne savent toujours pas avec certitude où il est enterré. Nos historiens contemporains n’ont jamais réussi à se mettre d’accord pour nous prouver de façon irréfutable que la dépouille mortelle du président Touré repose bien au cimetière de Camayenne, à Conakry, comme le prétend la version officielle.

Le 26 mars 1984, le premier président de la Guinée indépendante, Ahmed Sékou Touré (AST), meurt d’une crise cardiaque dans une clinique de la ville de Cleveland, aux Etats-Unis. Le 28 mars, ce qui est présenté comme son « corps » est rapatrié à Conakry pour des funérailles grandioses, mobilisant des dizaines de chefs d’Etat et de gouvernement venus du monde entier pour assister à l’inhumation le 30 mars.

A peine les délégations réparties qu’une folle rumeur s’empare du pays. Ce ne serait pas la dépouille mortelle du président Sékou Touré qui a été enterrée à Conakry ! Les tenants de cette version s’appuient sur plusieurs hypothèses, des plus crédibles (AST serait enterré à  Médine, en Arabie) aux plus farfelues (les médecins américains l’auraient décapité pour étudier son crâne…).

Dans le troisième tome du hors-série de Jeune Afrique, « Dossiers secrets de l’Afrique contemporaine », publié en 1991, l’historien guinéen, Ibrahima Baba Kaké, conclut l’enquête qu’il consacre à cette mystérieuse affaire par la phrase suivante : « Espérons qu’un gouvernement prendra un jour la décision courageuse d’ouvrir le cercueil de la Camayenne pour résoudre définitivement l’énigme que nous a léguée le grand Syli ».

Aucun gouvernement n’a encore eu ce courage et le « grand Syli » reste endormi probablement dans son sarcophage. Y songe-t-on d’ailleurs ?

Bref, les Guinéens ignorent où est enterré leur premier président. Mais pas où est né celui-ci.  

Sur la page Wikipédia consacrée au très controversé Sékou Touré, il est mentionné qu’il est né dans la préfecture de Faranah, sans plus de détails. A la faveur d’une récente virée dans cette localité, j’ai pu  mettre pied à l’intérieur de la case de naissance de l’ancien Responsable suprême de la Révolution, au village de Sidakoro.

Pour arriver à Sidakoro, il est préférable de se lever de bon matin. A l’est de la ville de Faranah,  au centre de la Guinée, une piste poussiéreuse s’enfonce dans la savane qui devient forêt au fur et à mesure que l’on s’avance. Le paysage est agréable, quoique brumeux en cette fin d’année. De gros baobabs chauves dominent la végétation et servent des repères aux voyageurs étrangers. Des rizières de mi-décembre jaunissent la campagne aux mille senteurs. Les vaches paissent tranquillement au milieu des champs. Nous sommes dans la vallée du Djoliba (Niger).

Au bout d’une heure et trente minutes en 4×4 pour parcourir la cinquantaine de kilomètres, surgit Sidakoro. Le village, qui ne paie pas de mine, se dresse à la lisière de l’immense Parc du Haut-Niger (1,2 million d’hectares) abritant diverses espèces animales et végétales. Des jeunes garçons vêtus de haillons et couverts de poussière accourent pour intercepter notre cortège de véhicules. Quelques vieilles personnes à la démarche soutenue par une canne nous souhaitent la bienvenue. Un vieil homme s’avance et tend l’index vers une case qui attire l’attention : « C’est la maison de Sékou » annonce-t-il, laissant découvrir des dents jaunies par la noix de cola.

La maison en question est une case dans la case ! (voir photo). Une construction en ciment surmontée d’un toit conique de tôle ondulée protège un muret en banco d’environ deux mètres de hauteur. Le mur circulaire est ouvert de deux portes opposées. A l’intérieur, on distingue un rebord qui devait servir de lit en terre. C’est en ce lieu rustique qu’est né Sékou Touré, premier président de Guinée, le lundi 9 janvier 1922. Son portrait est accroché à l’entrée, à droite, aux côtés de celui de Sékouba Konaté, ancien président de la transition (2009-2010), auteur de la construction de protection de la case en ruine.

Le vieil homme improvisé guide demande à chaque visiteur de faire des invocations à l’intérieur de la case. Il est le seul à se déchausser avant d’y pénétrer avec déférence.

Un majestueux baobab (Sida en langue locale malinké) se dresse devant la maison de naissance. Il est à l’origine du nom du village Sidakoro qui signifie littéralement « sous le baobab ». Les sages de Sidakoro, intarissables d’anecdotes, racontent à qui veut les entendre qu’à sa naissance, le bébé Sékou a été lavé non pas à l’eau de canari, mais à celle puisée dans le creux du baobab d’en face. Pas de creux visible sur le tronc de l’arbre, mais on veut bien les croire sur parole…

Ce que l’on sait avec certitude c’est que Sékou Touré est l’aîné des trois fils d’Alpha Touré, boucher à Sidakoro. Il est également descendant de Samory Touré par la lignée de sa mère, Aminata Fadiga, fille de Bagbè Ramata Touré elle-même fille du grand Almamy Samory Touré (1830-1900).

L’enfance de Sékou Touré à Faranah et à Kissidougou est caractérisée par des défis envers l’autorité, y compris pendant ses études. Devenu syndicaliste, puis président de la République à l’indépendance du pays, en 1958, Sékou Touré, « le père de l’indépendance », se mue peu à peu en un redoutable dictateur et fait périr des milliers de Guinéens, notamment dans le tristement célèbre Camp Boiro de Conakry (rebaptisé camp Camayenne).

Devant sa case de naissance, dans le paisible village de Sidakoro, on imagine mal comment le fils prodige de la contrée a pu devenir un président si impitoyable et à la fin si énigmatique.

Arrière-petit fils du sanguinaire Samory Touré et fils de boucher, n’était-il pas naïf de s’attendre à ce que Sékou Touré soit un enfant de chœur ?  

* parodie du titre « la Case de l’oncle Tom »,  roman de l’écrivaine américaine Harriet Beecher Stowe

The post La Case de l’oncle … Touré* appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/case-loncle-toure/feed/ 9
Conakry-Boké : les écueils d’un voyage de deuil http://lims.mondoblog.org/conakry-boke-les-ecueils-dun-voyage-deuil/ http://lims.mondoblog.org/conakry-boke-les-ecueils-dun-voyage-deuil/#comments Sat, 29 Nov 2014 20:54:58 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=921 J’ai de la famille, en deuil, du côté de Boké. Au siècle dernier, un arrière-grand-père maternel qui en avait marre de vivre de l’agriculture sur brûlis et d’un rudimentaire élevage domestique, dévala les montagnes de son Télimélé occidental pour s’essayer au petit commerce de noix de colas sur les terres de la Basse-Guinée.

The post Conakry-Boké : les écueils d’un voyage de deuil appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Pont de Tanéné - Crédit photo: Alimou Sow

Pont de Tanéné – Crédit photo: Alimou Sow

J’ai de la famille, en deuil, du côté de Boké. Au siècle dernier, un arrière-grand-père maternel qui en avait marre de vivre de l’agriculture sur brûlis et d’un rudimentaire élevage domestique, dévala les montagnes de son Télimélé occidental pour s’essayer au petit commerce de noix de colas sur les terres de la Basse-Guinée. Les pérégrinations du vieux Sinny l’amenèrent à Boké où il déposa son baluchon au lieu-dit Kolia Sanamato, à une soixantaine de km du centre-ville, sur la Nationale Boffa-Boké. Il y fonda une grande famille. Un descendant de cet aïeul, un cousin, vient de mourir m’obligeant à effectuer le déplacement depuis Conakry pour présenter les condoléances.

Une semaine entière je tente de savoir, discrètement, de quoi est mort mon cousin. Satané Ebola n’est pas que mortel, il souille également l’intimité des morts. Bref, je finis par me rassurer sur la cause de son décès. Paré au voyage.

J’ai beau chasser l’idée superstitieuse de mon esprit cartésien – de plus en plus poreux -, elle persiste. En Guinée, il se raconte qu’un voyage de présentation de condoléances est périlleux, puisque comportant de graves risques d’accidents de circulation. Ou au mieux, à de nombreuses tracasseries sur la route. Aucune explication rationnelle, mais les sinistres exemples sont légion.

Durant mes cinq années d’études universitaires à Labé, j’ai pu compter, sur la route de Conakry, des dizaines d’accidents graves impliquant des personnes en voyage de présentation de condoléances ou qui transportaient une dépouille mortelle. Je l’ai moi-même échappé belle en septembre 2013 de retour de cette même ville où je m’étais rendu avec des amis pour saluer la mère de mon regretté ami, Boubacar Diallo. Un dérapage nous avait violemment projetés dans le décor. Plus de peur que de mal, mais ma malheureuse Peugeot 306 ne s’en est jamais remise m’obligeant à m’en débarrasser.

Je refuse évidemment de croire à cette superstition mettant tous ces accidents sur le dos du mauvais état des véhicules et des routes, ainsi que sur la conduite plus que suicidaire des chauffeurs.

Pour le présent voyage, trois éléments jouent en ma faveur : ma voiture est en parfait état (ce qui ne m’empêche pas de faire un checkup la veille), je serai au volant (bien que novice sur les longues distances) et surtout j’emprunterai la meilleure route actuellement en Guinée : la Route Nationale N°3 (RN3).

Cap sur Boké, à quelque 300 km au nord-ouest de Conakry, en compagnie de trois proches.

Je m’extirpe du capharnaüm de la capitale à grand renfort de klaxons et de furieux coups de volant. Contrairement à ce safari de mars 2013 sur Koba, sur la même route, j’ai le regard rivé sur la bande d’asphalte qui serpente à travers la végétation. Je ne puis profiter de toute la splendeur de la nature de la Basse-Guinée en ce mois de novembre finissant.

Tout baigne jusqu’à l’entrée de la localité de Tanéné, près de Boffa, où la fameuse superstition me flanque un premier frisson. A Tanéné, quatre ponts métalliques successifs, hauts d’une quinzaine de mètres, enjambent le fleuve Konkouré en forme de nœud à ce niveau. Les ouvrages datent des années 1960 à la faveur de la construction de la première usine d’alumine en Afrique dans la ville de Fria, aujourd’hui à l’agonie à cause de l’arrêt de l’unité industrielle.

Quelques jours plus tôt, un poids lourd fou chargé de fer à béton et de ciment s’est fracassé sur le premier pont ébranlant dangereusement sa structure. Le conducteur du camion-remorque aurait été coupé en deux par la violence de l’impact qui a réduit sa cabine en une bouillie de métal. A l’aide d’énormes barres de fer, des ouvriers s’échinent à remettre le pont en état. Aucun camion ne passe. Un énorme bouchon s’est formé en travers et de part et d’autre des trois autres ponts. Des vendeuses de Mâalé Gâteau sillonnent la file de véhicules usant leurs cordes vocales pour écouler leurs beignets.

L’arrêt forcé me permet de faire un terrible constat : les messages de prévention et de sensibilisation contre Ebola s’arrêtent aux portes de Conakry ! Ici, on se mêle et s’entremêle dans des étreintes insouciantes, aux antipodes des mesures préventives ressassées à travers les médias dans la capitale. Femmes et enfants, jeunes et vieux sont entassés avec des poules et autres ballots dans des cadavres de minibus qui ahanent sur les pistes rurales. Pourtant Boffa a connu Ebola ! Devant un tel spectacle, mon tube de gel antibactérien parait bien dérisoire…

Après une heure et demie d’embouteillage, nous réussissons à traverser. La route est de plus en plus rectiligne. Je me permets même un 120km/h au compteur avant que, tel un radar, l’image d’une carcasse de véhicule quatre roues en l’air sur le bas-côté de la chaussée ne vienne me rappeler à l’ordre.

Quelques kilomètres après Boffa, un panneau indique, à gauche, la direction de la magnifique plage de Bel-air. Au beau milieu de l’embranchement, le cadavre d’une biche balance en l’air sur un piquet. Elle est à vendre. Un de mes compagnons, l’eau dans la bouche, veut l’acheter contre vents et marées. J’oppose un refus catégorique. Tout le monde dans la voiture m’en veut et dément l’explication selon laquelle la viande de brousse pourrait véhiculer le virus Ebola. A court d’argument sur ce point précis, je fais observer que de toutes les façons j’entends respecter la mesure interdisant la vente, l’achat et la consommation de viande de brousse. On maugrée que je suis compliqué, que je me prends pour un Blanc. J’encaisse, mais pas de gibier dans ma bagnole. On passe.

Sur le chemin de retour après la furtive présentation des condoléances, plus de biche au carrefour. Un voyageur l’a emportée. Je pousse un discret ouf de soulagement.

A Tanéné, le bouchon s’est allongé sur près de 6 kilomètres. Une véritable opération escargot a lieu sur les ponts métalliques alors que le soleil décline à l’horizon. Des voyageurs harassés pestent sans succès.  « C’est quoi ce bordel ? Comment peut-on laisser perdurer une situation si désastreuse depuis près d’une semaine ? » lance une femme visiblement hors d’elle.

Les vendeurs à la criée et les conducteurs de taxis-motos, qui font le relais, profitent pleinement du marché improvisé qui s’est créé. Nous faisons la queue pendant trois heures d’horloge. Un chauffard nerveux vient heurter mon pare-chocs de plein fouet, y imprimant une horrible éraflure. Brusque montée d’adrénaline. J’enrage. Il s’excuse platement. On parvient à me calmer au bout de quelques minutes.

La nuit est déjà tombée depuis deux heures. La conduite devient de plus en plus dangereuse sur la route de la capitale avec les camions qui roulent à tombeau ouvert aux virages en épingle. Concentration maximale en dépit du petit énervement de tout à l’heure. Sans incident majeur, nous atteignons Conakry aux routes cahoteuses.

Sur les hauteurs du quartier de la Cimenterie, un embouteillage pire que celui de Tanéné s’est formé. Des conducteurs indisciplinés sont sortis de la file pour aller s’agglutiner sur une colline bloquant tout passage. On inhale des volutes de poussières mélangées aux gaz des pots d’échappement des heures durant avant qu’une âme charitable ne nous montre une échappatoire inespérée.

Je rentre à la maison en un morceau, certes, mais encore plus hanté par la fameuse croyance sur les voyages de condoléances.

Repose en paix cousin.

The post Conakry-Boké : les écueils d’un voyage de deuil appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/conakry-boke-les-ecueils-dun-voyage-deuil/feed/ 7
Conakry, manger une pizza par temps d’Ebola http://lims.mondoblog.org/conakry-manger-pizza-temps-debola/ http://lims.mondoblog.org/conakry-manger-pizza-temps-debola/#comments Fri, 26 Sep 2014 11:11:20 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=911 Conakry, samedi après-midi. Accoudé à la balustrade d’un balcon, je contemple et écoute les pulsions de la ville, vaste puzzle aux pièces violemment disloquées. Loin là-bas, dans le ciel pourpre de Kaloum, le soleil, d’un pas hésitant, s’en va se coucher dans une mare de métal fondu. L’ombre des cocotiers qui bordent la côte s’étire et ondoie sous l’effet de la brise marine chargée d’odeur saline.

The post Conakry, manger une pizza par temps d’Ebola appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Pizza - crédit photo: CSMB

Pizza – crédit photo: CSMB

Conakry, samedi après-midi. Accoudé à la balustrade d’un balcon, je contemple et écoute les pulsions de la ville, vaste puzzle aux pièces violemment disloquées. Loin là-bas, dans le ciel pourpre de Kaloum, le soleil, d’un pas hésitant, s’en va se coucher dans une mare de métal fondu. L’ombre des cocotiers qui bordent la côte s’étire et ondoie sous l’effet de la brise marine chargée d’odeur saline. Peu à peu, un voile noir recouvre les quartiers de la capitale qui retrouvent progressivement un calme inquiétant. Le ciel gronde, un chien aboie au loin, le klaxon tympanisant du train minéralier retentit. Pourtant, c’est décidé, ce soir j’irai manger une pizza.

Ce n’est pas tant le goût tropicalisé de cette spécialité d’origine italienne qui me manque, mais l’envie de mettre le nez dehors et rompre avec ce quotidien de plus en plus monotone se résumant en auto-boulot-dodo. C’est aussi l’occasion de briser les chaînes de ce confinement physique et mental que la tragédie Ebola nous a imposé depuis six mois, à notre corps défendant.

Justement, sur le front Ebola, les nouvelles ne sont pas bonnes. Les statistiques grimpent. L’épidémie se répand, les foyers se multiplient à travers le pays. La fièvre monte gravement. Au Sud, l’obscurantisme a pris le dessus par endroits. A N’Zérékoré, un village jusque-là inconnu du grand public, Womey, est tristement entré dans l’Histoire. Huit membres d’une équipe de sensibilisation y ont payé de leur vie l’ignorance et la bêtise humaines. Mon indignation est sans nom.

Vu de l’intérieur, le pays est comme ostracisé. Le vrombissement des avions dans le ciel de Conakry a considérablement diminué. Les étrangers ont fait leurs bagages, désertant les zones minières, les hôtels, les restos et … la bande passante sur Internet ! Depuis quelque temps, la connexion est devenue étonnamment fluide. Les téléchargements sont lénifiants.

Vu de l’extérieur, sous le prisme des médias – nouveaux et anciens – toute la Guinée n’est qu’un océan d’Ebola. Beaucoup se sont barricadés de peur d’être contaminés. L’amitié, la solidarité et la convivialité ont laissé place à la suspicion et à la stigmatisation. Ebola va certainement faire son entrée dans les cursus de formation en relations internationales. L’épidémie a ouvert un nouveau chapitre pour cette discipline.

Pourtant, nous vivons. Le cœur de Conakry palpite. Toujours le même chaos sur les deux principaux axes routiers : les mêmes taxis jaunes indélicats, les mêmes cadavres de Magbana chargés à ras bord, le même joli vacarme qui rythme la vie des habitants de ma capitale avec les klaxons qu’on pousse à fond, les invectives, les aboiements des Coxeurs qui arrondissent leur fin de journée par de petits larcins sur les passagers. Les marchés sont bondés, les cafés animés. Les rumeurs et les ragots, l’essence même des Conakrykas, vont bon train.

Mais les habitudes se bouleversent. Dans les milieux intellectuels, on se serre de moins en moins la main privilégiant les salutations à distance. Le chlore, le savon, l’eau de javel et le gel antibactérien sont devenus des compagnons de tous les jours. A chaque endroit public son seau de solution chlorée. Jamais les Guinéens ne s’étaient autant lavé les mains. Résultat : Ebola a chassé le choléra. Pour l’instant.

Dans les hôpitaux, la méfiance et la peur se sont installées. La résignation aussi, car tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.

Quand, de passage au marché de Matoto, je vois chaque jour ces femmes pataugeant dans la fange, plus préoccupées à vendre leurs fruits et légumes pour nourrir leur famille qu’à l’application d’une quelconque mesure d’hygiène, ma conviction selon laquelle c’est « Dieu qui protège » se raffermit.  S’assoir sur un tas d’immondices et tremper ses doigts dans une solution chlorée pour manger des boulettes de poisson infectes est une scène ubuesque que j’observe presque tous les jours. Une scène de théâtre délirante jouée en temps réel.

De toute façon, avec ça, on ne pouvait pas y échapper: c’était soit Ebola ou choléra. Dieu qu’on aurait préféré ce dernier si seulement on avait eu le choix …

Je décide donc d’aller manger une pizza, en compagnie de madame et de quelques amis que j’ai réussi à embarquer dans mon bateau. Direction, un petit restaurant de la haute banlieue. Le voile noir qui recouvre la ville est de plus en plus épais. Le resto, alimenté par un groupe électrogène, apparaît comme un îlot de lumière au milieu de l’océan d’obscurité.

L’endroit, fleuri, semble propret et même coquet. A l’entrée, trône le fameux seau d’eau chlorée. Lavage de mains obligatoire supervisé par un vigile baraqué. Sur des chaises en plastique, dans la pénombre des néons installés sur une terrasse, de jeunes couples murmurent au-dessus d’un poulet aux frites. Etonnamment, il y a du monde. Joyeux. En fond sonore, discrètement, des haut-parleurs distillent du zouk antillais et des airs locaux. On s’installe autour d’une longue table.

J’esquive la carte que me tend le serveur ayant une idée préméditée de ce que je suis venu manger. Au bout de quelques minutes d’attente, notre table se remplit: assiette de charwarma, poulet aux frites, brochettes de viande, brochettes de lotte … et bien sûr ma pizza ronde. Une napolitaine réadaptée, délicatement posée sur une rondelle de bois emmanchée. Classe ! Je la dévore avec boulimie, me pourléchant même les doigts trempés de la petite sauce épicée qui l’accompagne.

A côté, les cuisses de poulet sont désossées dans un macabre cliquetis de fourchettes et de couteaux. On se taille une bavette. J’évite soigneusement le sujet Ebola. On s’envoie une tonne de vannes sur des thèmes moins déprimants. Les filles rigolent aux larmes.

Deux heures après que la pizza se soit reposée dans mon estomac, un crachin vient nous rappeler que nous sommes en saison de pluies. Avant la séparation, les filles tiennent à respecter la tradition des sorties : les mecs se partagent la douloureuse pendant qu’elles sortent les smartphones et se tapent des selfies à qui mieux mieux. Le résultat ce sera demain, sur Facebook. Bonne nuit et bonne digestion.

The post Conakry, manger une pizza par temps d’Ebola appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/conakry-manger-pizza-temps-debola/feed/ 8
La Guinée ou le supplice de Tantale http://lims.mondoblog.org/guinee-supplice-tantale/ http://lims.mondoblog.org/guinee-supplice-tantale/#comments Sun, 07 Sep 2014 13:24:22 +0000 http://lims.mondoblog.org/?p=898 Tard dans la nuit quand nous veillions et que je me blottissais contre elle, glacé par les hululements du hibou perché dans les branchages du bois qui jouxtait notre village de montagne, feu ma mère me disait souvent : « Alimou, Dieu n’a pas dit que le maudit n’aura pas son basin, mais il ne le portera point ». Je mis du temps, beaucoup de temps à percer le sens de cette citation qui me paraissait à la fois énigmatique et si absurde.

The post La Guinée ou le supplice de Tantale appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
Supplice de Tantale - catimini

Supplice de Tantale – catimini

Tard dans la nuit quand nous veillions et que je me blottissais contre elle, glacé par les hululements du hibou perché dans les branchages du bois qui jouxtait notre village de montagne, feu ma mère me disait souvent : « Alimou, Dieu n’a pas dit que le maudit n’aura pas son basin, mais il ne le portera point ». Je mis du temps, beaucoup de temps à percer le sens de cette citation qui me paraissait à la fois énigmatique et si absurde.

« Comment pourrait-on avoir un joli basin et ne pas pouvoir le porter, surtout pendant les jours de fête ?», était la question qui hantait mon esprit enfantin sans que ne je n’eusse le courage de la lui poser de peur de la contrarier ou de paraître idiot à ses yeux et de compromettre ainsi notre complicité cimentée par la haute estime qu’elle avait de moi.

Ce n’est que bien plus tard, quand mon esprit a commencé à se raffermir au contact des premières sourates du Saint Coran et que les leçons de géographie basiques de M. Diallo, notre maître d’école, balayèrent ma conviction selon laquelle les limites de la Terre s’arrêtaient à Sogoroyah – le plus lointain endroit que je connaissais à l’époque -, eh bien c’est à peu près à ce moment-là que je compris tout le sens de la parole proverbiale de ma mère. « Dieu n’a pas dit que le maudit n’aura pas son basin, mais il ne le portera point ».

En personnifiant, je trouve que le pays que j’habite pourrait être ce « maudit » du dicton. Il est indéniable que la Guinée est une jolie femme à laquelle Dieu a donné un basin si riche que chaque millimètre carré de son tissu aurait été capable de faire baver d’envie Crésus en son temps. Des parures de toutes sortes qui sommeillent encore dans les tiroirs du Temps en attendant de trouver la bonne combinaison pour les ouvrir.

Les plus éloquents ont puisé dans les tréfonds de la métaphore pour affubler de la Guinée les qualificatifs les plus flamboyants : « Rivières du Sud », « Scandale géologique », « Château d’eau de l’Afrique », « l’Afrique en miniature », etc. Des titres ronflants dont on se gargarise depuis plus de 50 ans et qui laissent un gout métallique dans nos grandes gueules affamées, aphteuses et baveuses.

La réalité crève les yeux : la Guinée est tout simplement un scandale. Ni géologique, ni humain. Mais un scandale tout simple, au sens premier du terme.

Nous, habitants de ce pays dit « béni des dieux » sommes à l’image de Tantale, ce personnage cannibale de la mythologie grecque puni à souffrir un triple supplice. Placé au milieu d’un fleuve, Tantale, malgré sa soif lancinante, ne peut boire son eau qui lui arrive pourtant jusqu’au menton. A chaque fois qu’il baisse la tête pour prendre une gorgée, le niveau de l’eau baisse. Affamé, des arbres aux fruits murs l’entourent. Dès qu’il étend son bras pour en cueillir un, le vent qui souffle et qui lui rapproche les branches s’arrête. Le comble est qu’un énorme rocher tenu en équilibre au-dessus de sa tête menace de se détacher et l’écraser à tout moment.

Transposons ce mythe dans notre réalité quotidienne de Guinéens et constatons l’effroyable similitude des faits.

Le bassin fluvial guinéen constitué d’une centaine de cours d’eau mis de côté, des spécialistes affirment que l’unique nappe phréatique située dans l’agglomération de Conakry suffirait à alimenter une bonne moitié du pays en eau potable.

Pourtant certains habitants de la capitale, de moins de trois millions d’âmes selon les statistiques officielles, n’ont jamais accompli chez eux le simple geste de tourner un robinet pour faire couler de l’eau potable.

Pourtant, la nuit, j’ai souvent peur qu’un avion n’atterrisse dans mon quartier prenant les lampes chinoises des vendeuses d’Attiéké dans la rue pour les balises de la piste d’atterrissage de l’aéroport de Gbéssia.

Pourtant, dans l’épave de taxi-brousse qui s’y rend de façon hebdomadaire, il me faut 12 heures d’horloge pour rallier mon village situé à moins de 300 km de la capitale.

Depuis toujours, je vois le train minéralier transporter de la terre rouge au port de Conakry, pourtant je continue à boire la bouillie de maïs du mois de ramadan avec des louches en plastique. Le sandwich que j’achète chez l’épicier du coin est emballé dans du papier-ciment. Visiblement l’aluminium issu de notre bauxite, lui, sert à protéger les cigarettes qui défoncent les poumons de mes compatriotes fumeurs.

Je pourrais multiplier les « Pourtant » à l’infini, mais ce serait enfoncer une porte ouverte et tomber dans la tautologie. Le diagnostic des maux qui minent la Guinée est fait, reste le remède miracle pour soigner la patiente. Hélas, le plus souvent c’est un cautère qu’on pose sur une jambe de bois.

 « Travail, Justice, Solidarité », trois mots nobles qui ornent les en-têtes des papiers officiels et qui constituent notre devise nationale. Trois mots devenus des coquilles vides dans la vacuité desquels raisonne notre hypocrisie collective. Notre fierté exaltée à grand renfort de démagogie et de mensonge a viré au chauvinisme chez certains. Un terrible virus est venu balayer tout ça et nous prouver notre fragilité.

Le terrible rocher qui plane sur la tête des Tantales que nous sommes se résume en trois termes : la politique, la division et le repli identitaire. Le fil qui retient ce rocher s’effrite dangereusement, à l’approche de chaque échéance électorale.

Je laisse le soin aux sociologues, politiques et autres spécialistes d’étudier la cause de notre déliquescence. Et peut-être à en proposer des solutions. Je me borne à constater que le minimum de services me manque : l’eau, l’électricité, le transport, l’éducation de qualité, l’hygiène et la santé.

Je m’en fous du nom de famille de celui ou celle qui peut me les apporter. Je me contrefiche de savoir comment il ou elle va procéder pour me les apporter. Je les veux juste.  Puisque j’en ai le droit. Puisque je suis Guinéen et que la terre qui m’a vu naître me les a généreusement offerts.

Bref, je veux porter mon basin, je veux me délivrer du supplice de Tantale !

The post La Guinée ou le supplice de Tantale appeared first on Ma guinée plurielle.

]]>
http://lims.mondoblog.org/guinee-supplice-tantale/feed/ 14