Jardin de la Camayenne, petit bout de paradis au cœur de Conakry

En Guinée, à Conakry, c’est à une balade de décrassage du corps et de l’âme que je vous invite à vivre à travers ce billet de blog. Pas besoin de chaussures de montagne ou de trekking pour visiter un jardin magnifique, la destination est facile d’accès et à portée de balade.

L’endroit est coincé entre le fameux cimetière de Kameroun et l’immense esplanade de la grande Mosquée Fayçal. C’est le jardin botanique de la Camayenne. Gazouillis d’oiseaux, air frais, senteurs sauvages, silence de… Cimetière … Ici, sous ces arbres centenaires dont le cime tutoie les cieux, on a du mal à croire d’être au cœur de Conakry, la capitale guinéenne. Le contraste est d’autant plus saisissant qu’à quelques centaines de mètres aux alentours, les caniveaux et les quartiers dégorgent de déchets faisant de notre ville l’une des plus sales et polluées d’Afrique.

Balade avec un spécialiste des plantes

Jardinier, spécialiste de plantes ornementales, Ousmane Bangoura, 60 ans, connait le Jardin botanique comme sa poche. Quand on demande à ce grand amoureux de la nature de parler de cet endroit, son visage osseux s’éclaire d’un large sourire aux traits débonnaires. Nous prenons place, lui et moi, sur un banc en ciment à l’ombre d’un grand acacia mangium.

J’apprends qu’en 2017 le Jardin botanique fête son 120ème anniversaire d’existence ! Créé en avril 1897 par le premier gouverneur de la Guinée française, le Docteur Noël Eugène Ballay, le « Jardin d’essai de la Camayenne », comme on l’appelait, servait à tester différentes espèces de plantes tropicales. A l’origine, il occupait un espace de 13 hectares entre le « Pont 8 novembre » et la route qui borde le CHU Donka. Aujourd’hui il n’en reste que 8 hectares, les 5 autres ayant servi à la construction de la mosquée et le cimetière de Kameroun.

Les premiers plants du Jardin furent le mangoustanier, l’eucalyptus et le caïlcédrat introduits en 1898. Très vite, les conditions édaphiques et climatiques se sont avérées favorables. Les arbres ont rapidement poussé sous la main experte et bienveillante de Louis Auguste Chevalier, premier directeur du Jardin. Le nom de ce botaniste est surtout connu à Dalaba où il a créé le jardin qui porte son nom, « jardin Chevalier », avec les fameux pins qui font encore aujourd’hui la célébrité et la fierté de cette cité aérienne.

Entre 1914 et 1945, le bananier a régné en maître dans le Jardin de la Camayenne. En cause : l’introduction de quelques rejets de bananiers en provenance de Paris s’est transformée en un succès retentissant.

L’expérience a été répliquée ailleurs, notamment à Madéguéma, une localité située au pied des montagnes entre Manéyah et Coyah donnant naissance à une importante bananeraie. Progressivement, il s’est créé ce qu’on a appelé le « triangle bananier » entre les villes de Forécariah  – Kindia – Dubréka, faisant de la Guinée durant cette période, premier pays exportateur de banane en Afrique. Un essor qui s’est poursuivi jusqu’à la rupture brutale entre la France et la Guinée lors du fameux « Non » de 1958.

A l’image du bananier, d’autres arbres fruitiers ont été testés avec succès tels que le noisetier de Cayenne (cacao sauvage), le cerisier, l’abricotier ou encore le sapotier dont les fruits sont réputés être d’un goût exquis qui ravit le palais. Une anecdote sortie du chapeau de «  l’ami des arbres », Ousmane Bangoura, raconte que les colons blancs avaient introduit six plants de sapotier au Jardin et trois devant chacune de trois églises de Conakry : Sainte-Marie de Kaloum (cathédrale), Sainte-Marie de Bellevue et Saint-Michel de Coléyah.

Le flamboyant, arbre ornemental par excellence, est également le fruit du Jardin botanique de la Camayenne. Il embellissait les principales artères de la capitale, notamment les corniches nord et sud, et est à l’origine du surnom de Conakry « Perle de l’Afrique occidentale ». Une image paradisiaque bien lointaine, face à l’état d’insalubrité désastreuse actuelle de la ville qui désole Ousmane, planteur des flamboyants aujourd’hui disparus, pour la plupart, le long des routes.

Flamboyant originaire de Madagascar, acacia mangium en provenance des forêts de l’Australie, ylang-ylang ou arbre à parfum des Iles Comores, hévéa du Brésil, tiama de l’Angola, cèdre, pimenta, terminalia catapa (fôté kansi), tek, cannelle, copalier … le jardin botanique compte actuellement plus d’une centaine d’espèces ornementales, fruitières et forestières. Au grand bonheur de petits animaux de type fourmis et oiseaux qui foisonnent.

Mais également des hommes. La Direction nationale des eaux et forêts (ministère de l’Environnement) s’est installée là, au milieu de ce formidable écosystème, havre de paix au cœur d’une ville de Conakry tumultueuse.

Le jardin botanique, principal fenêtre d’aération de Conakry

Ce jardin, en parfait état, apparaît ainsi comme la principale fenêtre d’aération de Conakry en servant de système de recyclage d’air pollué. Un rôle qu’il devait jouer de concert avec les forêts de Kakimbo, d’Enta et de Dabompa. Malheureusement, ces espaces verts ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes à cause de la pression démographique incontrôlée.

Sur les petits sentiers de terre qui courent dans le Jardin botanique, on croise quelques visiteurs charmés, mais surtout une petite armée d’une dizaine de jardiniers qui s’occupent de la reproduction des plantes. Au fond du bois, ils élèvent des pépinières dont certains plants servent à l’aménagement de jardins résidentiels.

Au bout d’une demie heure de causerie et de balade , Ousmane, l’ange-gardien du Jardin, se fait philosophe : « Dieu a créé les plantes pour accompagner l’homme sur Terre. Sans elles, l’homme n’est rien. Nous devons respecter les plantes ». C’est dit.

Ousmane Bangoura

5 Commentaires

  1. J’ai eu le plaisir de rencontrer Mr Bangoura et la dizaine de personnes en charge des pépinières au fond du jardin.. J’ai passé un agréable moment à les écouter raconter l’histoire que tu narres si bien avec gourmandise! Ça vaut vraiment le détour et oui c’est gagné tu nous as sorti un super billet positif sur notre fameuse Conakry. Merci pour ce partage et pour cette générosité entre tes lignes. Impatiente de lire tes prochains billets !

    1. Merci Nani, tes mots sont également empreints d’une sympathique générosité. Oui, avec plaisir pour le prochain billet. On garde le contact ? 😉

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