La chasse à l’écureuil

Un souvenir réveille un autre. En lisant le billet de René Jackson sur la chasse au rat qu’il pratiquait lors de ses vacances de « braconnier » au village, mes souvenirs d’enfance me sont remontés par flots entiers. Celui en particulier de la chasse à l’écureuil.

C’était au village, bien sûr ! Je devais avoir 8 ou 10 piges. L’âge des canailleries, des batifolages, des chapardages, d’apprentissage du Coran mais aussi des…braconnages. Disons de chasse plutôt, car personne ne l’interdisait. Qui oserait y songer d’ailleurs ? L’écureuil, le malheureux animal, était notre proie préférée, le gibier qui souffrait le martyre de notre cruauté infantile.

Mes amis d’enfance et moi prenions les cours de l’école coranique dans un village (Missidé) distant de trois kilomètres du mien. Une forêt luxuriante séparait les deux hameaux. C’était le repaire des écureuils, leur habitat de prédilection. La planche qui servait d’ardoise en bandoulière, nous étions constamment armés de lance-pierres parés à tout bout de champ. A l’époque, être un Söly (celui qui n’est pas circoncis) et ne pas posséder un lance-pierre équivaut actuellement à vivre en ville sans téléphone portable ! Ce serait « vintage ».

Dans cette forêt, nous organisions régulièrement des battues funestes pour les écureuils. Armés de nos lance-pierres, des cailloux, des bâtons et épaulés par des chiens squelettiques, on rabattait l’animal dans le but de le coincer soit dans un trou, soit  au faite d’un Kouratier (essence végétale locale). Dans le premier cas, nous nous empressions de l’enfumer à l’aide des branchages et des brindilles hâtivement arrachés aux flancs des coteaux. Si, par contre, l’écureuil choisissait de se camoufler au sommet d’un arbre, nous nous en donnions à cœur joie de le lapider avec tout ce qui est objet contondant jusqu’à c’est que mort s’en suive ou jusqu’à ce qu’il décide de se sauver par un vol plané suicidaire. C’est dans ce dernier cas qu’intervenaient les chiens qui, souvent, déchiquetaient le pauvre écureuil avant notre intervention à coup des « Hey Médor, arrête ! ». S’il arrivait qu’il ne soit pas mort sous les crocs des clébards (les écureuils sont résistants), l’un d’entre nous se chargait de l’euthanasier en lui tranchant la gorge par un canif dangereusement aiguisé !

Le raffut était indescriptible. Nous nous délections à raconter les moindres détails de la capture du rongeur arboricole dans un style digne d’un roman de Camara Laye. L’animal ainsi supplicié, sa fin était encore plus pathétique.

Dès après la capture, les plus petits d’entre nous étaient chargés, sans ménagement, par les « grands » de trouver des cacahuètes grillées et de la poudre de manioc. L’écureuil doit finir en boulettes. Une commission spécialement constituée le dépeçait habilement. Une autre devait chercher des bois morts pour la cuisson. Ensuite, une troisième commission le pilait dans un mortier en ajoutant une quantité incroyable de poudre de manioc et de piment. Ceux qui se chargeaient de la cuisson étaient les grands, avec en tête, celui dont la pierre a atteint la bête le premier ou le propriétaire du chien qui l’a attrapé. L’animal de quelques grammes pouvait banalement générer entre 80 et 120 boulettes !

C’était pour les besoins du partage. Car nous étions à la fois nombreux (quelques fois 25) et affamés ! Pourtant les plus petits, ou ceux qui n’ont pas participé à la battue, se contentaient du bouillon. Véritable lavasse épicée qu’ils avalaient goulument en laissant ruisseler sur leurs bedaines crasseuses des gouttelettes qui formaient des rayures zébrées. Les grands se tapaient la part belle et personne n’osait rouspéter au risque de se voir infligé l’épreuve de ramener un autre écureuil tout seul. Tout un programme puisque les rongeurs, à force d’être traqués, s’en fuyaient à la moindre alerte. Nous étions devenus leur bête noire.

Ces chasses à l’écureuil étaient terriblement chronophages ! Nous passions toute la journée à monter et démonter des plans pour trouver et tuer les rongeurs. Nous payions souvent ce temps perdu par des fessées d’anthologie que nous infligeait notre Karamökö (Maître coranique) pour avoir séché un cours. Les parents qui s’percevaient du chapardage de la poudre de manioc et des arachides, distribuaient d’éblouissantes paires de claques aux auteurs. Pourtant, tout cela ne nous dissuadait guère de traquer, de tuer et de manger de l’écureuil. Souvenirs, souvenirs…

 

4 Commentaires

  1. Attends on est encore « Söly » à 8 ans ou ai-je mal compris? 😉
    Ici les gosses utilisent les lance-pierres pour les oiseaux (et y a pas d’écureuils je crois)
    Ça fait toujours plaisir de lire tes anecdotes 🙂

  2. Merci Andri. Oui Söly à 8 ans! Mais regarde un peu du côté de l’Afrique australe avec tous ces ministres qu’on circoncit à 60 ans pour certains!!! Au Mali on les appelerait des Gros Bilakrös! mdr.

  3. Ganre tu nik un ékureuil avec une frondde en boi ? Moi avek la karabine a plon 24 minimetre je l’habime a paine et toi tu faix kelkes choses avek ta frondde !

    allez, tchao les boulettes =)

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