Labé : Les mariées du….téléphone !

Téléphoniquement-vôtre!

Appelons la Aïssatou. La vingtaine, bonne mine elle est mariée voilà trois ans. Comme très souvent, Aïssatou est dans une toilette impeccable. Basin « Bamako » ou décolleté et demi-talons ;  son parfum, véritable cocktail de déodorants,  embaume son sillage de 20 m à la ronde. Elle vit dans une « Pente-Américaine » dans un quartier au centre de Labé. En cette fin de soirée, un téléphone portable dernier cri est vissé à son oreille depuis plus d’une heure. Elle est plongée dans l’une de ses interminables conversations avec son « diaspo » de mari qu’elle n’a encore jamais vu physiquement!  Aïssatou est un prototype de ce qu’on peut appeler ici les « mariées du téléphone ».

Elles sont nombreuses ces jeunes femmes guinéennes, en général, dont le mari vit en « Occident » depuis belle lurette.  Leur mariage a été la plupart du temps célébré en l’absence de l’époux, et par le biais du téléphone ! Le seul lien qui unit ces  couples, reste donc le téléphone portable. Ce téléphone constitue un signe distinctif de très haute importance, et ce à double sens.

 D’abord sur le fond, car c’est l’unique lien entre le mari lointain et la femme. Il permet au couple de causer des heures durant. Le mari s’enquiert du banal problème de santé de sa chérie jusque dans la composition du régime alimentaire de celle-ci. « Je ne veux pas te revoir trop grosse ou trop mince », se transformant ainsi en un véritable diététicien, par téléphone interposé. La jeune femme pour sa part, profite pour décliner tous ses besoins en cosmétique et de bijouterie. Elle n’hésite pas d’arrondir les angles en évoquant des cérémonies familiales et autres petits problèmes de santé, totalement « imaginaires ». Un opérateur Mobile de la place a même créé une  promo  autour de ces sempiternels « chats » avec 500 FG « offerts » au correspondant local toutes les cinq minutes. Montant qu’il récupère bien entendu sur la communication des pauvres étudiants et fonctionnaires déflatés.

 Ensuite sur la forme. Si ce téléphone portable ne vient pas de « l’Occident », envoyé par le mari, il est choisi sophistiqué par la femme sur le marché local. Des options comme Caméra, Bluetooth, Radio et lecteur MP3 intégrés y figurent obligatoirement, à défaut d’être tout simplement un Smartphone ! Aux antipodes d’un « Bambéto-Cosa » ou un « M. Diallo » qui désignent ainsi une catégorie de portables de très basse classe. Pour l’obtention de ce précieux objet de communication, aucune pitié pour le mari qualifié de « diaspo » et qui a probablement rejoint les côtes espagnoles à bord d’une embarcation de fortune.

Ces « mariages téléphoniques » étaient très en vogue dans les années 2000 à Labé. Bien qu’ils existent jusqu’à présent, leur fréquence semble diminuer un tout petit peu. Avec le temps, beaucoup de femmes appâtées au début par la « richesse » du « diaspo » arrivent à se lasser de ce train de vie monotone. Les divorces se multiplient. Pourtant, ces jeunes femmes sont comblées en matériel et argent, et surtout en flot interminable de beaux mots. Mais, certaines avouent qu’il y a des « besoins » que le téléphone, quelle que soit sa sophistication, ne peut satisfaire !

Alimou Sow

26 Commentaires

  1. Excellent article sur une réalité dont on ne parle qu’à demi-mot. Ce que je trouve dur, c’est cette illusion de couple, pour des partenaires qui ne se connaissent pas du tout et qui ne partagent rien du tout.

    Et puis, ces époux virtuels se mentent souvent, Monsieur allant satisfaire ses besoins charnels à proximité et madame faisant de même.

    1. « Et puis, ces époux virtuels se mentent souvent, Monsieur allant satisfaire ses besoins charnels à proximité et madame faisant de même. »

      Bien dit Kalonji. C’est en effet ce qui se passe, malheureusement!

  2. Certaines pratiques doivent être révisées. C’est la vraie peinture de ces interminables mariages qui ont lieu presque tous les jours à Labé ici.
    Quant à toi Sow, j’espère que tu n’as pas été l’une de ces personnes à qui ces « phone wives» demandent SOS pour les « besoins » que le téléphone ne peut satisfaire.

  3. Bien dit frero, et ce phenomene est l’un des facteurs qui ne cessent de voir ces jeunes demoiselles pleines d’energie se livrer a tout (sèrè, mamaya, des coolgirls: talentueuses copines, etc).

  4. Si ces pratiques existent en Guinée, elles existent également au Mali et le mot que j’ai est trop lourd pour qualifier ce mariage, mon frère!!!

    Bientôt, on va ouvrir les yeux!!!

    Merci pour ton courage de toucher à ce sujet.

  5. Article vraiment magnifique et surtout bonne remarque car c’est une situation que nous vivons tous les jours. Je pense que c’est d’une importance capitale étant pour les parents d’assumer leurs part de responsabilit en vue d’éteindre le moteur de ce phénomène.

  6. Merci Alimou une fois de plus!
    Tu mets au grand jour des pratiques hélas très répandues en Guinée!
    Tu contribues ainsi à faire prendre conscience de la situation et qui sait, un changement de comportement pourrait s’ensuivre!

    Tu as une belle plume et je n’ai aucun doute que de beaux jours s’annoncent pour toi!

    Continue sur ta lancée!

    1. « Tu as une belle plume et je n’ai aucun doute que de beaux jours s’annoncent pour toi! ». Merci, ça donne envie de continuer et surtout de se perfecionner! J’aimerais partager ces « beaux jours » avec tous, particulièrement avec toi Kady!

  7. votre article est bien et vous avez eu raison de souligner cette réalité, mais je pense ke vous voulez seulement caricaturer labé et les labéka vous pensez ke cet ampleur est moindre dans les autres villes de la moyenne Guinée?

    1. Pas du tout Thierno. Je suis conscient que ce phénomène est présent un peu partout en Guinée, voire au-delà. J’ai tout simplement pris l’exemple de Labé que je connais bien pour y avoir paricipé à de nombreux mariages dont la majorité était des « mariages par téléphone ».

  8. Vous avez su bien décrire cette vogue sous une plume ironique et satirique. Il faut aussi ajouter la chute de votre article qui sous-entendu, évidemment.  » Ces besoins naturels » qu’on ne peut régler au téléphone sont infidèlement pris en charge par les gentlemen de la place.

  9. félicitations mon frère pour ton article sur ce phénomène ki es courant en guinee et ke je déplore, moi je vis en amerique et je vois ces conséquences de ce phénomène près ke tout les mois.
    j’aimerais biens ke tu vas plus loin en mettant cet article sur les sites guinéen en même temps ouvrir un groupe sur facebook si t as le temps biens sur.
    merci et du courage.

    http://www.facebook.com/soul.barry

  10. Merci Alimou,
    C’est effectivement une triste pratique, d’autant plus quand on connais la réalité économique des deux coté, celle de la Guinée et celle de l’Europe.
    J’entends par là que la vie, même en occident coute cher, on gagne généralement plus qu’en Guinée, mais il y a les taxes, les impôts le prix exorbitant des loyers, le coup de la vie, le contexte mondial de crise…
    Et le marier, (je peux en parler car je l’ai été par intermittence), dépense des sommes indécentes pour ces appels. Le système le plus économique est la carte prépayer: 7,50€ pour une moyenne de 60 minutes effectives, selon la qualité de la carte et en une fois, si on raccroche, ça dure moins longtemps.
    Avec ça, on appel un serveur, (prix d’un appel local, débité du forfait ou facturé), puis la communication du serveur vers l’international est prélevé sur la carte. Soit un coup total qui oscille ente 70 000 et 90 000 GNF/jours si l’on ne passe qu’un appel dans la journée. Donc, plus que la dépense journalière de la plupart des foyers Guinéens. Ou, multipliez par 30, et en un peut moins de 3 mois on a le prix d’un billet Paris/Conakry via Air France.
    Si cette pratique absurde était bannit elle pourrai nourrir pas mal de bouches ou permettre au époux de se rejoindre plus facilement.

    Ps: J’ai été ravis d’entendre ton belle accent à la radio, ça réchauffe. 😉
    Prend soins de toi et encore bravo et merci pour ce que tu nous fais partager.

  11. Bonjour,
    Excellent article.
    Moi je suis arrivée en France pour mes études et j’ai rencontré mon mari ici. Beaucoup d’amis de mon époux on préféré choisir des filles qui vivent au pays et de les faire venir. Dans 80% des cas cela s’est mal terminé car il y a souvent une désillusion quand ces charmantes demoiselles débarquent ici et surtout quant le mari qui leur donnait tout commence à les bousculer pour trouver du travail.
    Beaucoup d’hommes vont chercher leurs femmes au pays parce qu’ils pensent que là bas elles sont plus soumise donc c’est plus facile de les « gérer ». Mais ils oublient une chose: chacun s’adapte au milieu dans lequel il vit.

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