Ma première traversée en bateau !

Vous pourriez penser : « mais il est devenu touriste ce blogueur ». Oui, depuis un certain temps je suis piqué par le virus de la bougeotte, transformant ainsi ce blog en carnet du bourlingueur. Pas de souci, je retournerai très bientôt au bercail. En attendant, je compte bien partager avec vous mes émotions, mes rencontres ainsi que mes découvertes, comme celle-ci.

Ainsi, après mon premier voyage en avion, voici ma première traversée en bateau. Ou plutôt en ferry, pour être plus précis. C’est à l’occasion de ma redécouverte de la Gambie, le pays de Yaya Jammeh. J’ai pris la route à partir de Dakar pour arriver au poste frontalier de Karang. Une chaleur étouffante. D’un côté la police routière sénégalaise, de l’autre celle de  l’Immigration  gambienne. Pour chacune d’elles j’ai dû casquer 1000 FCFA pour le visa. Vivement l’intégration ouest africaine ! Puis un rapide transfèrement à Barra, quelque 20 km plus loin.

Barra est un petit port gambien à partir duquel on peut joindre Banjul la capitale, en traversant l’embouchure du fleuve Gambie. Surplace, les voyageurs sont sur le qui-vive. Le ferry s’apprête à lever l’ancre. Il faut se hâter pour acheter le ticket d’embarquement  qui coûte 10 Dalasis (200 FCFA), la monnaie gambienne. Mon ticket en poche, je perds le chemin pour quelques instants avant de me faire guider par un Francophone : « non, passe de l’autre côté, ici c’est pour ceux qui ont des bagages ». Merci Monsieur. « L’autre-côté » est un passage qui traverse le rez-de-chaussée d’un grand bâtiment aux allures de comptoir colonial. En pleine précipitation, un agent de l’Immigration ne trouve rien de mieux que de m’intercepter. En langue Ouolof il ordonne : « montrez-moi vos papiers ». J’aboule mon passeport visé. « Avez-vous la carte de vaccination ». J’opine de la tête. Il me laisse partir. Je redémarre sur le chapeau des roues. Dans le couloir qui mène au quai d’embarquement, s’engage un réel sprint. Le Niomy vient de donner son ultime klaxon pour le départ.

Pirogues

Je réussis à monter à bord in extremis. Sur le quai d’embarquement, je découvre une ambiance que j’ai toujours vue à la télé où sur une carte postale.  Des piroguiers, torses nus, embarquent ou débarquent des marchandises de toutes sortes : des sacs de riz, du sacre, des cartons de biscuit, des poissons frais qui frétillent au soleil. Ici, une femme se fait aider pour monter dans une pirogue équipée de  moteur pétaradant. De l’autre côté, un ponton armé d’une grue gigantesque pivote au-dessus des embarcations. Des vagues se fracassent sur les côtes sablonneuses générant un doux clapotis. Des pélicans au long bec voltigent, rasant l’eau à la recherche de poisson. Le bleu de l’eau donne envie de se baigner.  Barra est plus proche d’un débarcadère qu’un véritable port.

Sur le bateau, dans une espèce de salle à hublots, des hommes visiblement fatigués somnolent sur des bancs en bois. Je préfère rester sur le pont du ferry pour mieux profiter de l’ambiance et du paysage. A l’étage supérieur, des touristes, casquettes et lunettes de soleil scrutent l’horizon tentant d’apercevoir, de l’autre côté de la rive, le port de Banjul noyé dans le brouillard. En contre-bas, « 1 ; 2 ; 3 »…, je compte une dizaine de véhicules transportant des passagers et diverses sortes de marchandises dont du foin pour le bétail. Deux camions chargés des vaches que des convoyeurs tentent vainement de discipliner.  Tout autour, on bavarde, on rit. Un duo de jeunes hommes appuyés sur la rambarde rigolent avec vivacité, laissant découvrir des dents jaunes. « Ils doivent venir de Kaolack » me dis-je intérieurement. Les habitants de la ville de Kaolack, que je viens de traverser il y a à peine deux heures, auraient, selon ce que l’on m’a toujours raconté, les dents jaunes à cause de l’eau salée qu’ils boivent…

Dans le Niomy

Je finis, à mon tour, par engager la conversation avec Lamine Sinyane, un maçon gambien de 30 ans. C’est un habitué de la traversée. « J’emprunte régulièrement le Kanilai ou le Niomy pour aller chercher du boulot au Sénégal », m’explique-t-il en anglais. « Ces deux bateaux aident beaucoup les populations ». Un pont serait mieux, pensais-je. J’apprendrai plus tard que la traversée de Barra est sujette à controverse entre les autorités sénégalaises et gambiennes. Les premières exigent la construction d’un pont, les secondes rechignent à grand renfort de souveraineté. Une autre pomme de discorde dans les relations sénégambiennes aux côtés du casse-tête casamançais. Tout un programme.

Port de Banjul

Au bout de 1H 30 minutes, nous accostons. Sur une arcade c’est marqué en caractères orange: « Welcome to Banjul ». Je débarque avec Lamine, main dans la main. C’est fou ce qu’on peut sympathiser entre jeunes si vite. Sur la terre ferme, je redécouvre l’ambiance classique d’une ville africaine : des hululements de vendeurs à la sauvette, des apprentis accrochés sur les portes arrières des « Van » (Minibus), un portrait de Yaya Jammeh scotché sur le pare-brise d’un véhicule. Je me suis pas égaré. J’attrape, enfin, un taxi qui appelait pour Serrekunda, ma destination. Encore une fois, « bonne » a été le voyage.  A suivre…

 

5 Commentaires

  1. Je vois que tu a pu découvrir une anecdote sur nous autres kaolackois!!! Disons c’est notre carte d’identité; on nous reconnais facilement dès qu’on sourit!!! Ta première traversée a réveillé les souvenirs de la mienne il y a une dizaine d’année. C’était aussi pour aller à Banjul. alors est-ce que ta fièvre du bourlingueur est tombée ou bien çà continue toujours? 🙂

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