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Diallo-Cravate : un milliardaire en dollars sans… ressources !

Amadou Sadio Diallo (Diallo-Cravate)

Beaucoup de guinéens ne l’ont jamais connu, mais rares sont ceux qui n’ont pas entendu son sobriquet : « Diallo-Cravate ». Assis ce matin devant le cireur de chaussures d’un grand hôtel de Conakry, Amadou Sadio Diallo de son vrai nom, astique pour la énième fois ses souliers, tout en réajustant le nœud de son « éternelle » cravate ! Même à 64 ans, les cheveux grisonnants, Diallo-Cravate est un maniaque de la propreté .

Sous cette apparence ordinaire , cet homme traine pourtant la République Démocrate du Congo (RDC) devant la Cour Internationale de Justice pour la somme de 36 milliards de dollars américains ! Une somme qu’il a amassée pendant 17 années de vie au Congo-Léopoldville, devenu République Démocratique du Congo (RDC). Mais comment en est-il arrivé là ?

Né le 03 janvier 1946 à Binani dans la préfecture de Gaoual dans une famille de huit frères et sœurs, Amadou « Sadio » Diallo est frère cadet de jumeaux . Il fréquente surplace l’école coranique, avant d’arriver en 1955 à Conakry. Déscolarisé, il finit par atterrir dans une forge où on lui découvre de talents de joaillier. Il trouve ensuite du travail chez des cultivateurs blancs qui lui permet d’acheter son premier vélomoteur qu’il réussira à revendre à 40 000francs ! Une belle somme à l’époque. Il se découvre ainsi de nouveaux talents de vendeur et se lance dans le commerce. Amadou Sadio Diallo devient « Petit Sadio Gaoual », sa célébrité au sein de la « jet-set » monte en flèche.

Après une succession des hauts et des bas, Sadio fait cap sur Dakar, chez son beau-frère, chef du personnel à la Présidence de la République. A Dakar, Amadou passe pour un dandy qui chausse des souliers de 4800 F CFA. Mais le top, c’est quand il s’arrache une cravate à la veille d’une fête à 15 000 F CFA, alors que même les expatriés blancs achètent la leur à 300F. D’où son surnom de « Diallo-Cravate » !

De retour en Guinée, Diallo-Cravate se trempe dans une sale affaire de convoyage de Whisky bloqué au port de Conakry. Le problème arrive au sommet de l’Etat ! Le numéro deux du régime, Saïfoulaye Diallo, menace de mort « Petit Sadio Gaoual ». Ce dernier est obligé de faire sa valise, direction le Congo-Léopoldville devenu République Démocratique du Congo (RDC). Après les troubles au Katanga, avec Moïse Tchombé, Mobutu accède au pouvoir . Les affaires reprennent pour « Petit Sadio Gaoual » qui se lance dans la vente des catalogues. Son carnet d’adresse s’étoffe des noms comme U Thant, Cheikh Anta Diop, Diallo Telly, et même le Roi Belge ! Quand L’UNITA de Jonas Savimbi (Angola) empêche l’acheminement des mines, Diallo-Cravate propose de les transporter dans des conteneurs ! La proposition reçoit l’aval des autorités congolaises . Amadou Sadio crée la société « Afrique Contenai r » et achète 600 unités !

En 1995, sa vie bascule. L’enfant de Gaoual traine devant les tribunaux les principales sociétés d’hydrocarbures du pays : Mobil, Fina et Shell ! Il gagne le procès et obtient la saisie de leurs biens. Tout le pays est en crise de carburant. Le Premier Ministre, Kengo Wadondo, ordonne l’arrestation du guinéen. Kengo aurait été corrompu par les pétroliers pour 13 millions de dollars ! Pourtant Mobutu demande sa libération. Kengo, s’énerve et expulse Sadio de Kinshasa.

Depuis 15 ans donc, Diallo-Cravate vivote à Conakry où il n’a ni femme, ni enfant, ni bâtiment ! Il gagne sa vie grâce à l’assistance de certains opérateurs économiques. Toutefois, depuis près d’une année, il est logé dans un grand hôtel de Conakry aux frais « des français », comme il l’affirme. Sur le coup, il pointe sa tête aux tempes grisonnantes et lance : « c’est la galère qui m’a donné cet air de vieux » .

Cette descente aux enfers a rendu Diallo-Cravate particulièrement amer contre les autorités guinéennes. Pourtant, le Ministre guinéen de la Justice, a obtenu en mai 2007 la « recevabilité » du dossier « Affaire Diallo-Cravate contre Etat Congolais » à la CIJ. D’éminents avocats français (auxquels on aurait promis 7% des 36 milliards de dollars), sont sur le coup. L’affaire est toujours pendante ; pendant ce temps Diallo-Cravate, sans ressources, ronge son frein et « vieillit », au point d’être inconstant et incohérent dans ses propos.

Alimou Sow


Labé, la plus indienne des villes guinéennes !

les vaches dans les rues de labé
Si Labé, la cité de Karamökö Alpha ( du nom de son fondateur) est réputée être un foyer islamique traditionnel par excellence, un autre phénomène est en passe de lui ravir cette célébrité : la divagation des animaux !

En effet, très souvent, les rues de la ville de Labé ressemblent à s’y méprendre à des véritables pâturages. Des troupeaux entiers de vaches se partagent la chaussée avec les voitures et les motos. A Kouroula, le Quartier Administratif, les ronds-points de la BCRG, de L’Hôpital Régional ou encore celui du Tinkisso sont littéralement envahis par ces bovins à certaines heures de la journée. Plus généralement dans la ville, piétons, vaches, moutons, chèvres, chiens et engins roulants s’entremêlent sur des routes exiguës et cahoteuses générant une cohue indescriptible. Crottes de chien et bouse de vaches tapissent les rares tracés du goudron encore en bon état, vous obligeant à essuyer fréquemment les chaussures. L’on se croirait en Inde par endroit !

Cette situation, pour le moins insolite, provoque très souvent des accidents de la circulation, parfois mortels, au grand dam des usagers de la route ; des dizaines de personnes sont, de près ou de loin, affectées par un accident impliquant un animal dans la Commune Urbaine !

Face à ce problème devenu inquiétant, les autorités communales semblent avoir tout simplement capitulé ! L’actuel Maire, Elhadj Amadou Thiam, aborde le sujet en ces termes « la divagation des animaux dans la ville de Labé est un problème que moi j’ai trouvé ici. Je n’ai pas réussi à l’éradiquer et tous les Maires qui se sont succédés n’ont pas pu l’enrayer » !
Cette attitude des Autorités Communales, quoique très curieuse, trouve son explication ailleurs ! En effet, selon plusieurs témoignages, les propriétaires de ces animaux sont des influents et vénérables sages, à la fois craints et respectés par tout le monde. De par leur influence, ces notables constituent un poids non négligeable en période électorale, et apparaissent ainsi comme des véritables faiseurs de Roi ! C’est donc dans le souci de préserver leur fauteuil que les Maires évitent soigneusement de contrarier ces éleveurs citadins, se bornant à prendre des mesures de contentement et de complaisance quand la situation devient dramatique !

Les Brâhmanes Indous, n’ont pas de souci à se faire quant au traitement des vaches à Labé !

Alimou Sow