Un Conakryka chez les Gaulois

Au 2 rue Cherubini (2ème Arr.), pour un déjeuner, je me retrouve à bouffer du japonais dans un resto (Zenzoo). Une pincée de riz avec de mystérieux petits grains noirs, des émincés de bœuf nageant dans une soupe (Satay) faite d’un patchwork de légumes, le tout servi dans une petite marmite chaude déposée sur une feuille de laitue. Le couvert est simple : deux baguettes ! Un instrument que je n’avais vu jusqu’ici que dans des films où l’acteur principal est souvent Jet ou Bruce Lee.  Je vous épargne le mauvais quart d’heure que j’ai passé à me torturer pour ingurgiter cette nourriture – pourtant bonne – à l’aide de ces deux tiges métalliques !

Plus d’un mois après mon atterrissage à Paris, mon séjour prend des allures de virée touristique. Le stage à RFI tire à sa fin. Je profite pour rouler ma bosse dans Panam. Une capitale que j’avais déjà visitée, revisitée, dont j’avais arpenté les rues, comme l’Avenue des Champs-Elysées, fréquenté les grands monuments tels la Tour Eiffel ou le Louvre, reluqué les belles nanas croisées dans le métro en…rêves. Des fantasmes amplifiés par des photos postées sur Facebook de ceux qui avaient déjà fait le pèlerinage, en vrai, de ces lieux mythiques de Paris.

Un mois loin de Conakry, ça dépayse grave.  Le calvaire pour emprunter le taxi, la chaleur et les moustiques, la gaité dans les cafés et gargotes, etc. Mais des multiples particularités qui caractérisent le quotidien de ma capitale, trois choses me manquent et me marquent singulièrement.

C’est d’abord, le chant du coq au lever du soleil. Je n’en ai jamais entendu ici. Dans mon petit village de montagne, c’est pourtant la Rolex des vieux. Fidèles à l’adage qui dit « qui veut vivre cent ans aux cris du coq se lève », ils sont sur pied dès le premier cocorico.  A Conakry, la capitale, c’est pareil.  Le chant du coq est un réveil dans de nombreuses concessions qui perpétuent en milieu urbain l’élevage des oiseaux de la basse-cour. A la différence du village, le chant du coq à Conakry est étouffé par le brouhaha de la ville grouillante de Magbanas vétustes et autres Peugeots vieillots, des « au revoir la France », comme on les appelle à Ouaga (Burkina Faso).

La deuxième chose, c’est l’appel du muezzin. Chez moi, il rythme la journée. A Paris, la première fois que je l’ai entendu, c’est en allant faire le vendredi à la Grande Mosquée de Paris. J’avoue que je n’y vais pas souvent. Même ma ponctualité dans les cinq prières quotidiennes a pris un sacré coup ici.  Le train de vie, le manque d’hygiène requise pour le musulman dans les toilettes, l’extrême rareté des lieux de prière sont des facteurs explicatifs. Du coup, je fais comme le roi Sonni Ali Ber en me rattrapant par un cumul le soir après le boulot. Il l faut dire que les mosquées, ça ne court pas les rues par ici. Encore que c’est l’UMP (Union pour la Majorité Présidentielle) qui est au pouvoir. Si le Front National prend les commandes, ça risque de se raréfier davantage. Quoi que les appels de pied entre les deux partis ces derniers temps sont hallucinants… Chez moi donc, l’appel du muezzin qui annonce la prière complète le chant du coq dans une belle harmonie pour aiguillonner fidèles et travailleurs.

Le troisième élément qui me manque concerne cette fameuse rengaine de Wéé Té faa(Youpi, la lumière !) criée dans une clameur bluffante par les marmots pour annoncer le retour du courant dans les foyers. A Conakry, pas besoin d’actionner l’interrupteur pour vérifier la disponibilité du courant ; les enfants se chargent d’annoncer votre « tour » du jus servi au compte-gouttes. Les délestages sont si fréquents qu’ils sont célébrés par une chanson, « Conakry électricité » devenue tube, du reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly.  A Paris, tu es certain qu’en appuyant sur l’interrupteur, à tout moment, ton ampoule va s’allumer. Seulement, on ne le fait que quand c’est vraiment indispensable. A Conakry, lorsqu’il y a le courant dans la journée (ce qui n’arrive que les jours de fête) les Conakrykas ont le malin plaisir de laisser allumées toutes les ampoules de la maison dans un élan de célébration et de défi à l’Electricité de Guinée (EDG). Ici, les factures d’EDF (Electricité de France) sont si budgétivores pour les ménages qu’on n’ose se le permettre.

Enfin, si je ne regrette pas les sprints éreintants que je me tapais pour rattraper un taxi à Conakry, le manque de convivialité dans les transports parisiens me déprime un brin. Dans le métro, RER, tramway et bus, chacun a les yeux rivés sur 20 minutes (quotidien gratuit), sur un livre ou sur un Smartphone. Le calme n’est interrompu que par les speakers de la SNCF qui régulent le trafic ou par le bruit des bottes qui courent sur le plancher. Le langage du regard remplace la parole. Les regards furtifs intéressés échangés sur les quais se retrouvent poétisés dans la rubrique « Courrier du cœur » de Métro (autre gratuit).

A mon tour, sur la ligne C, j’ai accroché le regard d’une jeune et jolie fille armée d’un gros appareil photo ! « Vous êtes photographe », osais-je. « No, I’m a tourist », me répondit-elle. J’ai juste eu le temps d’apprendre qu’elle vient de Seattle (USA), avant que le train ne me dépose à la gare des Invalides. Je revois encore, à travers la vitre, ses yeux brillants et ses longs cheveux seyants.

 

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