Célébration de la fête du ramadan en deux temps !

Officiellement la Guinée a célébré l’Aïd-el-fitr, la fête marquant la fin du mois saint de ramadan, ce mardi 30 août 2011. A l’instar d’autres pays comme la France, l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Seulement voilà, beaucoup de fidèles musulmans observaient encore le jeûne ce même mardi ! Au grand dam du communiqué du Secrétariat Général aux Affaires Religieuses annonçant solennellement la veille la fin du ramadan de l’an 1432 Hégire. Où se trouve le hic ?

C’est tard ce lundi 29 aout que les autorités religieuses se sont fendues d’un communiqué appelant à célébrer l’Aïd-el-fitr mardi à 9 heures. Communiqué saupoudré d’une répartition des imams de la capitale invités à diriger la prière dans des lieux définis. La nouvelle est tombée comme un couperet ; bien après l’accomplissement de la Nafila (Tarâwih) dans les différentes mosquées. Bonjour la pagaille ! Le téléphone arabe aura tourné à plein régime.

En fait, beaucoup estimaient que la fête devait avoir lieu le mercredi 31 aout. D’autant plus que personne n’a aperçu le croissant lunaire le 29ème jour appelé « la nuit du doute ». Un doute hideusement renforcé par des gros et méchants nuages qui sont venus obscurcir le ciel de Conakry au moment où tous les regards étaient braqués vers le couchant.

C’est donc à l’improviste que les musulmans et musulmanes ont été conviés ce mardi aux aires de prière que beaucoup ont préféré bouder. C’est le cas de ce trentenaire croisé dans un taxi qui garde une sacrée dent contre La Ligue Islamique Nationale et le Secrétariat, l’instance politique. « Ce sont »…engage-t-il, « …des zélés à la solde du pouvoir. Pourquoi ne pas prévenir les gens assez tôt afin qu’on prenne des dispositions ? », s’interroge-t-il, vêtu d’une simple chemise pour marquer sa démarcation. Un discours que balaye cet autre d’un revers de la main : « nous avons commencé en même tempes que la Mecque, il n’ya pas de raison que l’on continue alors qu’eux ils ont prié », argumente-il, fringué d’un basin Bamako flambant neuf. Il est vrai que les musulmans de Guinée ont entamé le jeûne du ramadan de cette année en même temps que l’Arabie Saoudite, terre de l’islam. Sans que là aussi, l’apparition du croissant lunaire, marquant le début du jeûne, ne soit formellement établie sur le plan local.

Et c’est bien là le problème ! Depuis plus d’une décade, la fixation du début et de la fin du mois de ramadan est sujette à polémique en Guinée. A chaque fois, les autorités religieuses font dans le mimétisme ou procèdent par empirisme pour déterminer le début ou la fin du mois saint. Pourtant, un Guinéen bardé de diplômes de théologie islamique, Dr Alhoussein Diallo, a réussi à mettre au point un calendrier du mois lunaire jugé « infaillible » pour l’observation du ramadan. Celui-ci annonçait la fête le mercredi 31.

La Ligue islamique en fait fi. Ses décisions portent souvent l’empreinte du pouvoir politique. Les sermons qu’elles rédigent pour les imams en font foi. Aussi, une superstition veut ici que la coïncidence entre un vendredi et un jour de fête est maléfique pour le président de la République. Alors une fête qui tombe normalement un vendredi est systématiquement décalée samedi ou jeudi. En leur temps, les Présidents Sékou Touré et Lansana Conté ont abondamment usé de ce mystérieux subterfuge.

Cette énième cacophonie a sacrément gâché la fête pour les musulmans qui n’ont pas eu le temps de la préparer. La couture de la tenue de fête a été bâclée par les tailleurs submergés, les femmes n’ont pas eu le temps de se rendre méconnaissables en se greffant de nouveaux ongles, de nouveaux chevaux et se tatouer pieds et mains au henné. Pire, bien de fêtards ont passé la moitié de la journée du mardi sans manger, les femmes n’ayant pu se rendre au marché la veille comme d’habitude.

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, ceux qui ont tiré profit de cette impréparation sont les enfants qui ont bénéficié d’un jour supplémentaire pour réclamer leur Salimafö (aumône) et les vaches qui ont échappé au rituel génocide !

 

2 Commentaires

  1. La Guinée est le seul pays que je connais où, à la fin de chaque mois de ramadan, nous assistons à deux jours de fête différents. Cela n’honore pas notre pays. A qui la faute ? le manque ou le déficit de communication de la part des autorités dont les décisions peinent à être effectives.
    Il est inadmissible que le jour de la fête soit rendu public seulement après le Tarawi. Comment est ce qu’une information de ce genre peut parvenir à l’ensemble des Fidèles à l’intérieur du pays, sachant que certaines localités n’ont ni accès aux médiats, ni couverture téléphonique.
    Inadmissible aussi de déterminer le jour de la fête sur la base de critères autres que ceux recommandés par l’Islam. Une fête aussi religieuse que celle qui marque la fin du mois sacré de ramadan ne doit tenir compte d’aucune exigence politique, au risque de créer un désordre indescriptible et un dommage considérable aux Fidèles qui ont le droit de célébrer leur fête en communauté le même jour.
    Faute de savoir qui a fêté, qui n’a pas fêté ce mardi, il a été difficile pour mois de souhaiter bonne fête à ma famille et à mes amis en Guinée.
    J’espère que cela va changer !

  2. Un très bon article Alimou, personnellement moi je pense que le manque de communication et le manque de crédibilité qu’ont connus les anciens secrétaires de la ligue islamique en Guinée sont les raisons de cette pagaille. Et c’est normale que ça fasse des mécontents comme se plain un des interview. La pauvreté est forcement la raison. Il fraudais que par la suite que le gouvernement puisse mettre à la disposition des responsables les outils météo et que la préparation morale et les gestes de bonnes volontés ce fasse tôt !

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