La Guinée, vue du ciel

Dans le ciel de Conakry

Siège 20C Classe commerciale d’un vol de Sénégal Airlines Dakar-Conakry. A l’aller, j’occupais le 14C, au beau milieu d’une rangée de trois sièges. A ma gauche, côté hublot, y avait mon ami Fodé en proie  au  « mal de l’air ». Devant, une calvitie sur laquelle dansaient les lumières internes de l’avion et, à ma droite,  l’incessant va-et-vient des hôtesses de l’air hyper maquillées.  C’est tout ce qui m’était donné à voir. Spectacle affligeant même pour une première (sauf pour les hôtesses) ! Dieu merci, ça n’avait duré qu’une heure et quelques minutes. Cette fois, au retour, avec le 20 C, je m’offre l’hublot tout seul ! C’est le pied pour mater les paysages célestes par cette belle journée de fin avril.

Jusqu’à ce jour j’ignorais complètement que l’hublot d’un avion qui traverse une partie de l’Afrique est aussi bon que National Geographic Channel. Je l’ai senti dès que l’avion a pris de l’altitude. Tout de suite, la ville de Dakar devenait de  plus en plus petite au fur et à mesure que l’on montait et s’éloignait. Puis l’océan. Quelques îles. Dans le grand bleu, les bateaux laissaient dans leur sillage une trainée blanche semblable à celle que je j’observais, étant gosse, derrière les avions dans mon village natal.

Après quelque chose comme un quart d’heure de vol, le paysage change d’aspect. L’océan cède la place à une infinie verdure. Sans en être sûr, je pense que c’est ma Guinée. D’innombrables cours d’eau.  De petits ruisseaux se rencontrent, s’allient avant de rejoindre un grand fleuve tortueux qui se jette à la mer dans un énorme delta. Le « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest » se matérialise. C’est le moment de sortir l’artillerie : mon Pentax Optio H90. Mince! Il se trouve dans la poche de mon petit sac rangé dans les entrailles de l’avion ! Mon Samsung Galaxy, vade-mecum des Mondoblogueurs, fera l’affaire. Mais il faut ruser pour pouvoir s’en servir.

Les hôtesses ont déjà prévenu que les téléphones sont interdits d’utilisation durant le voyage. Discrètement, je l’allume pour jouer au paparazzo. Ça aurait été du « deux poids deux mesures » si elles me l’interdisaient.  La passagère à me droite, une belle maigrichonne, avait tout un arsenal de gadgets électroniques qu’elle manipulait ostensiblement. Elle ne levait le regard de son BlackBerry que pour le replonger sur son iPod ou son laptop. A un moment, elle s’offrait même un film sur ce dernier. « Une vraie geek (mordue d’informatique)», pensais-je !

Un instant distrait par la p’tite, je renoue avec mon « hublot-télé ». Sur mon écran défilaient à présent des pistes rurales, couleur marron, qui serpentent des plaines, enjambent des ruisseaux avant de disparaitre dans une bourgade.  Cette fois c’est certain: nous sommes dans le ciel guinéen. Au milieu de nulle part, nichées sur ce qui me semble être des montagnes ou de hauts plateaux, des maisons en tôles blanches me rappellent que ces contrées ultra enclavées sont habitées. Autre paradoxe guinéen. Les citoyens suent sang et eau pour se taper un bel abri dans un no-man’s-land, souvent au prix de longues années d’exil, alors que l’Etat ne leur offre quasiment aucun service social de base. Pas de route, peu ou pas de téléphone, pas d’électricité, pas d’eau. Pendant ce temps, le Sénégal, un pays semi-désertique, l’eau n’est absente dans la nature que pour être présente dans les habitations.

« Mesdames et Messieurs, dans quelques instants nous allons atterrir à l’aéroport international de Conakry, veuillez attachez vos ceintures de sécurité… ». La douce voix de l’hôtesse me tire de mes rêveries comparatives. Les quartiers de la banlieue de Conakry apparaissent à mon « écran ». Même routes poussiéreuses que tout à l’heure. Une sorte d’écran de fumée qui s’étale au-dessus de la ville empêche le regard de porter plus loin. Pas étonnant, y a un volcan en dessous !

Quand l’avion a amorcé sa descente, j’ai reconnu l’Usine de Ciments de Guinée dans le quartier de la Cimenterie. Quelques instants plus tard  (qui m’ont paru une éternité), je ne voyais que la mangrove à ma gauche, pensant que l’Airbus a dépassé la piste d’atterrissage. Alors là, d’horribles images ont commencé à défiler non pas à l’hublot mais dans mon cerveau : le vol Rio-Paris, le crash de La Concorde et surtout un avion d’Air Mauritanie qui avait raté son atterrissage ici-même…J’ai tout de suite entamé l’Ayattal Koursiou (versets du Coran). On conseille de le réciter une à trois fois en cas de danger. En l’espace d’une poignée de minutes, je l’ai déroulé une bonne dizaine de fois, en coupant parfois au milieu avant de reprendre…Finalement, l’avion s’immobilise en douceur sur le tarmac de l’aéroport. Bouffée d’oxygène ! Je remercie le Ciel.

 

9 Commentaires

  1. oh ton texte est bien écrit ah les mondoblogueurs vous êtes bons . A la longue je ne fais que lire ? j’aime bien la chute de l’article qui rejoint le titre même avec le mot ciel illustrant les nuages la couleur bleu,

  2. Interessant !

    Petite remarque non des moindres ! as tu remarqué que les frontières n’existent que vue de terre ? vue du ciel tout semble si homogène ! un contraste dont seul le créateur dispose de l’ingéniosité !!

  3. hey guy: cool ton texto! t’a remarqué les rues comme elle sont petites? on aurai dit les sentiers que tu arpentai avec une lance-pierre au cou labas à pountougouré( son village natale) !

  4. Laisse toute cette histoire de hublot et de Dakar qui devient petit-là; mon vieux. Tu sais ce qu’il y a de plus intéressant quand tu voyages en avion? Eh bien, quand tu es à côté d’une petite nana qui te la miaule pour oublier le mal de l’air. Essaie d’en faire l’expérience à ton prochain voyage.
    Amitiés!
    Euh, ouais, et ta cousine, hein!

    1. Merci à tous pour les compliments; c’est super sympa! @Abdoul t’as raison pour les frontières, on ne les remarques pas physiquement, mais on peut noter la différence à travers le changement du décor!
      @Salim, ton titre irait bien à cet article..;mais bon, il est venu un peu tard!
      @Saliou tendre souvenir pour mon village natal! t’as pas besoin de l’expliquer. Il est déjà dans ce blog:http://lims.mondoblog.org/?p=270
      @Merci François pour cette belle appréciation! It’s kind of you!
      @David, t’auras pas ma cousine! De la même manière que Ruth a chassé la bonne Bonne, c’est de la même manière qu’elle le fera avec ma jolie cousine Mariétou et ça, je ne le permettrai jamais! A bon entendeur…chahut!!!

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