Le ramdam du Ramadan

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« Quand débute le Ramadan, les portes célestes s’ouvrent, les portes de l’enfer se ferment et les démons sont enchainés ». Cette parole prophétique (Mohamad, paix et salut sur lui), rapportée par Abou Horaïra se vérifie plus que jamais dans la capitale guinéenne, Conakry, par les temps qui  courent. Au 10ème jour du 9ème mois de Ramadan de l’an 1432 Hégire, les démons qui hantent habituellement Conakry ploient sous le poids des chaines divines.

Depuis le début du mois saint, le changement est perceptible dans les rues de la ville. Comme celles de l’enfer, les portes des gargotes habituellement prises d’assaut le matin par d’indécrottables mangeurs de riz, restent closes. Leurs tenancières se sont occasionnellement reconverties en vendeuses de pain ou de chinoiseries au marché de Madina. Pareil pour les portes d’innombrables débits de boisson, surnommées maquis par les « connaisseurs » de Conakry, capitale d’un pays à 95% musulman. Les brasseries tournent au ralenti, côté consommation. Idem pour les restos et les discothèques.

Un cure-dent dans le coin de la bouche, on se livre à un véritable festival de crachat. C’est comme dans une compète. Sur le plan vestimentaire, les garçons s’affublent de caftans circonstanciels pour les heures de prière. Les jeans et autres chemises « Kem’s » ont rejoint la garde robe pour les 30 jours de pénitence. Quant aux jeunes filles aguichantes, bizarrement appelées « guinguettes », elles ont troqué leurs collants, leurs hauts, leurs bodys DVD (Dos et Ventre Dehors) et leurs pantalons « slim » contre d’amples habits taillés dans du tissu local ou importés des pays arabo-musulmans. Leur tête à la Rihana ou au style Singleton est désormais coiffée de jolis foulards ou d’un hijab iranien. La belle voix de l’imam Abderrahaman Soudais a temporairement remplacé celles de Takana Zion ou de Justin Bieber pour les sonneries des téléphones portables. Le Coran est omniprésent.

Les mosquées, surmontées de puissants haut-parleurs, affichent plein. A toute heure. Les prières surérogatoires de la Nafila (Tarâwih) le soir, battent des records de participation. La circulation routière est bloquée aux alentours des lieux de culte. Qu’il pleuve ou qu’il vente des jeûneurs qui boudaient en temps normal les cinq prières quotidiennes obligatoires, affichent leur pitié à fleur de peau. Le ramdam est indescriptible. Certains imams se prêtent au jeu. Ils dirigent les dix raka’as (prières) traditionnelles de la Nafila avec une célérité qui flanque le tournis. Tout s’enchaine en rafale. Derrière eux, beaucoup de fidèles éprouvent de la peine, en position courbée, à retenir les morceaux de ou la bouillie de maïs avalés à la six-quatre-deux pour la rupture. On les appelle les imams « Yoni-Yoni ». En 10 ou 15 minutes maxi, ils vous libèrent!

Du tô

L’autre catégorie, ce sont les imams « Saoudiens ». Ne s’alignent derrière eux que ceux qui ont une patience à toute épreuve. Et une santé de fer. Vous sentez la tournure des évènements dès l’entame avec la Fatiha (1ère sourate du Coran).  La récitation est nonchalante, tatillonne, mélodieuse. Les syllabes se détachent nettement et s’allongent comme de l’élastique. Les dix raka’as peuvent banalement prendre une heure trente minutes, voire deux heures. Pire que Soudais sur la télévision de la Mecque.

Entre ces deux extrémités, difficile de trouver un juste milieu. J’en ai trouvé moi. Je suis veinard. L’imam de notre mosquée de quartier est vraiment génial. Sans tomber dans le système Yoni-Yoni, il ne nous entraine pas non plus dans le mimétisme mecquois. Seul le Salli (muezzin) est prompt. En dehors du Ramadan il est accusé d’être trop rapide dans son appel à la prière. Alors je ne vous dit pas quand il le fait pour la prière du Maghrib annonçant la rupture du jeûne! Sacré Salli Bella !

En marge de cette piété de façade pour certains, et réelle pour d’autres, les musulmans de Conakry sont confrontés à d’interminables bouchons. Faire un tour au centre ville (Kaloum) par exemple relève d’une gageure. L’obscurité, l’insécurité et la précarité viennent noircir le tableau. Le résultat est une tension ambiante à couper au couteau. Les rixes entre apprentis Magbana et voyageurs harassés et colériques sont monnaie courante.

De tout cela, ce qui me tape personnellement dans le système, ce sont ces SMS intempestifs du genre : « tu as X minutes pour envoyer blabla à 15 personnes… » ou « le Foutouro a fait un accident machin…. » qui atterrissent dans ma boite de messagerie aux alentours de 17 heures ! J’ai souvent envie de faire la peau à leurs auteurs. Mais,…« les portes célestes sont ouvertes ».

Et vous, comment ça passe dans votre ville ?

 

4 Commentaires

  1. merci alimou pour ce texte magnique chez nous ici ca contraste avec ramadam en c temps de haute chaleure elles ns tancent en langueur de journee (les jeunes nanas bien sur ) mais on ferme les yeux lolllllllllllll dur dur de faire un bon ramadam ds c conditions lolllll

  2. Magnifique style comme à l’accoutumée! Qu’ALLAH accepte nos oeuvres et qu’Il nous guide sur le droit chemin.

  3. Yoni = j’en n’ai assay.
    Très beau récit comme à ton habitude.
    C’est exactement ça.
    Ici en Europe si tu ne le fait pas, tu peut trouver à manger partout, même dans les restos tenu par les musulmans. Mais à Conakry si tu ne fais pas le ramadan, tu fais quand même le ramadan… Ce qui n’est peut’être pas plus mal, mais tout cela relève quand même d’une certaine hypocrisie que tu décris bien 😉 Et c’est dommage, car ça décrédibilise un peut les honnette pratiquants.

  4. Juste énorme, tout ça me manque grave, j’ai adoré lire cet article une belle image de ma Guinée. Donc imagine les imams yoni yoni ça du succès pour les jeunes et autres veinard.
    C’est donne du boum au coeur d’avoir quelqu’un qui relate mieux les choses que sur ces sites guinéens pourri sans but.
    Ici Europe c’est aussi un autre combat contre les jeunes filles ou vielles presque à poil dans les rue ou à côté de la plage. Pour ceux qui vivent à Nice il s’avent de quoi je parle c’est actuellement l’été et le soleil est au zénith et c’est pleins à craquer de touriste. Et les gars sont obliger de bosser presque tous les jours.

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