Mosquée Fayçal de Conakry, le vrai visage de l’indigence

Crédit photo: aminata.com

Crédit photo: aminata.com

[Mise à jour: cet article a été publié en aout 2012. Fin novembre 2013, les autorités ont lancé une opération de dégurepissement aux alentours de la Mosquée Fayçal en prélude à la tenue à Conakyr du somme de l’OCI.]

Fin de la prière du troisième vendredi du mois saint de ramadan 2012 à la mosquée Fayaçal de Conakry. L’immense esplanade de l’édifice est noire de monde qui se disperse dans un grand brouhaha.

Coincée entre les vendeurs à la criée qui battent le rappel des clients et la longue procession de véhicules rutilants des officiels, Aïssatou Diallo, 23 ans, – on lui donnerait 40 – fait la manche à grand renfort de lamentations. Assise à même le sol, sa main droite suspendue en l’air happe des billets de 500 francs guinéens, tandis qu’avec la gauche, elle tend un sein ratatiné à son bébé de quelques mois.

Elle implore la pitié, elle inspire la pitié.

Un peu plus loin, sous le regard bienveillant de leur frère Abdoulaye,  Rougui et Amizo, deux jumelles de huit ans, tiennent à bout de bras un plateau quasi-vide. Seuls quelques billets de 100 francs y sont jetés par les passants boudeurs.

En dépit de la coïncidence du vendredi et du mois de ramadan, tous deux saints, la générosité des fidèles musulmans à l’égard des indigents est timide. Une générosité qui se mesure à l’aune de la pauvreté qui frappe la majorité des Guinéens.

En effet, selon une récente étude rendue publique par l’Institut national de la statistique, 55% de la population guinéenne vit avec moins d’un dollar américain (6000 GNF) par jour, c’est-à-dire en dessous du seuil de pauvreté ! Les salaires sont maigres, les poches trouées. Mendicité ne fait plus recette.

Pour toucher du doigt la véracité de cette étude, il n’y pas meilleur endroit que les alentours de la Grande mosquée Fayçal de Conakry. Charriés par la misère extrême et la faim, des dizaines de gueux, pour la plupart infirmes, venus des quatre coins de la Guinée ont échoué-là, espérant trouver une âme charitable pour nourrir leur ventre vide. Certains comme Aïssatou Diallo viennent temporairement, le temps d’un vendredi, d’autres ont carrément élu domicile dans les parages (…).

C’est le cas de Daouda Yansané, 28 ans, qui traine une plaie purulente à la cheville droite. Venu de Kindia (135 km de Conakry) il y a deux mois pour rendre visite à son frère Fodé Camara, paraplégique, Daouda a fini par se sédentariser. Comme son frère, il squatte les fondations de la passerelle qui enjambe l’Autoroute Fidel Castro au niveau de la mosquée, dans un abri de fortune fait d’épaves de congélateurs et des restes de bâche. Sans eau, nitoilettes.

Pour faire leurs besoins, ces SDF sont obligés de traverser la cour de la mosquée pour rejoindre la forêt classée du cimetière de Cameroun, à environ un kilomètre de là. Mais ça, c’est pendant la journée. A la nuit tombée, chaque mètre carré à l’alentour du campement est une toilette par excellence. Résultat : une odeur âcre empeste l’atmosphère.

Avec parfois un revenu de 5.000 francs par jour, Daouda et Fodé mangent de façon aléatoire. Une à deux fois quand la journée a été bonne, rien dans le cas contraire. Dans de telles conditions, l’observation du ramadan c’est pour les autres. Daouda avoue ne pas jeûner.

Parmi la centaine de personnes qui squatte les lieux, dont des femmes enceintes, il y a aussi Fatoumata Camara. Une mère-poule de 40 ans qui vit dans un taudis avec ses huit poussins (filles et garçons) dont un seul va à l’école. Ce depuis deux ans ! Frappée de cécité, elle a fui son Forécariah natal, abandonnant son époux malade, pour se réfugier sous cette passerelle à la merci des intempéries. Certains jours, comme ce vendredi, la famille mange «trois fois comme en temps normal», sourit Fatoumata, enchantée, qui fait la comptabilité du jour, aidée de l’un de ses garçons. Elle a récolté 70.000 GNF depuis le matin. Une belle moisson, comparée aux jours ordinaires où c’est souvent le ventre vide, les moustiques et la pluie pour toute la nuit.

Comme Aïssatou Diallo, Fodé Camara et Daouda Yasané, Fatoumata Camara implore les autorités guinéennes pour lui trouver un abri plus décent et de quoi manger et nourrir sa marmaille. Tous espèrent ainsi, avec l’aide de Dieu, retrouver la santé, un minimum de protection et de dignité humaine. Leur appel étouffé par le bruit des véhicules qui roulent sous la passerelle sans s’arrêter sera-t-il entendu ?

1 Commentaire

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *