Violence contre les enfants, une spirale meurtrière

Crédit photo: http://www.droitsenfant.org

Les échos de la célébration, le 20 novembre, de la Journée Internationale des droits de l’enfant ne sont certainement pas tombés dans les oreilles de cette femme-là. Ce genre d’évènement ne fait pas partie de son univers glauque. Les droits de l’enfant, en tout cas, de cette enfant-là, elle n’en a rien à foutre. Je suis encore sous le choc.

Un weekend, au petit matin, dans un quartier de la banlieue de Conakry, une femme enragée s’acharnait sur une petite fille qu’elle battait avec une rare violence. L’une après l’autre, elle écrasait des tiges de bois qui laissaient d’hideuses traces sur le corps frêle de la petite fille. La violence des coups résonnait plus que les pleurs étouffés de la fillette qui tentait de se protéger en croisant les bras sur la tête. Imperturbable, la femme continuait à lui asséner des coups sans discernement. Il a fallu notre intervention énergique, mes amis et moi qui étions de passage, pour délivrer la victime. Juste un répit, à en juger par la détermination du bourreau. La mégère obligeait la fillette, âgée d’une dizaine d’années, à laver une pile de linge sale presque de sa taille !

Une scène comme une autre. Ordinaire. Banale. Presque normale. Une simple «correction», comme on dit ici. On s’en accommode. Que dis-je, on s’en fout !

Deux semaines plus tôt, j’enrageais dans un taxi aux côtés d’une dame qui n’arrêtait pas de blâmer et d’insulter haut et fort une toute petite fille, sous prétexte que celle-ci la piétinait et ne savait pas se bien conduire en public ! A peine je descendais du taxi pour entrer dans un salon de coiffure, j’entendais un homme se plaindre que le maître coranique de sa petite fille de huit ans a  fracassé la planchette d’écriture sur la tête de celle-ci. La veille, une radio privée se faisait l’écho d’une horrible scène à Labé où une femme a ébouillanté à l’huile une jeune fille qu’elle élevait !

Dieu merci, je ne suis pas  cardiaque. Sinon mon cœur n’aurait pas pu résister à toutes ces horribles scènes de maltraitance d’enfants dont j’ai été souvent témoin oculaire, à mon corps défendant. Les exemples sont innombrables et choquants, les uns que les autres.  Et l’on en vient à ce terrible constat : en Guinée, la violence contre les enfants est multiforme et omniprésente.

Une femme (cela peut aussi être un homme) en charge d’un (e) enfant (e) dont elle n’est pas la mère se transforme en bourreau pour lui faire subir les pires sévices et humiliations. En général, ça se passe dans la même famille. Famille africaine, j’entends. Une femme stérile sollicite de sa sœur ou de son frère l’adoption de l’une de ses filles. Devant ses parents biologiques, la future tutrice promet qu’elle prendra «Aïcha», son homonyme de surcroit, comme sa propre fille. Petits cadeaux et paroles mielleuses jusqu’à ce qu’elle tourne le dos. La petite fille, une fois arrivée dans son antre, se retrouve dans l’enfer.

Déscolarisée, elle devient la bonne qui se tape toutes les corvées : vaisselle, marché, cuisine, tout le linge sale de la famille, les commissions, etc. Aïcha devient la «voleuse», la «menteuse du quartier», une «sorcière», une «pestiférée». Gare à elle de toucher à un cheveu d’un enfant de sa tutrice si celle-ci en possède. C’est le punching-ball de toute la maisonnée : bastonnée, humiliée, elle est soumise parfois à des privations de nourriture. Un scénario souvent maladroitement porté à l’écran à travers des vidéos amateurs (Péssé). On s’en émeut le temps du film, et le cauchemar reprend son cours normal dans la vraie vie.

A la maison comme dans la rue, c’est pareil. Un chauffard qui manque d’écraser un enfant, il descend de son véhicule et lui administre une paire de gifles en guise de «correction». Un enfant qui ne comprend pas une opération de calcul, c’est un cancre sur la tête duquel on brise règles et compas. Victimes de violence de tout genre mais aussi astreints à des travaux forcés.

En zone rurale, jusque dans un passé très récent,  les enfants passaient parfois autant de temps en classe que dans les champs du maitre ou de ses clients. Ils sont laboureurs, dockers, manutentionnaires, puisatiers, etc. Et l’on s’étonne que leur niveau scolaire soit catastrophique; pour ceux qui ont la chance d’être à l’école.

Cette culture de la violence à l’égard des enfants a pris racine dans le terreau de la mauvaise éducation, d’abord, du laxisme des autorités et de l’impunité, ensuite. On prétend éduquer dans la violence. Le résultat est là, terrifiant. Les coutumes et mœurs se dégradent, la morale et la courtoisie sont des notions abstraites. La violence s’est emparée de toute la société. Dans les villes, notamment à Conakry la capitale, délinquance et grand banditisme ont atteint un niveau hallucinant. Au grand dam de l’Etat, pourtant signataire de nombreux traités et  conventions internationales de défense des droits de l’enfant. Les organismes de protection de l’enfance (Unicef, Save The Children, etc.) sont réduits à dresser des rapports et à lancer des alertes qui se brisent sur les flancs de l’indifférence.

Alors les enfants maltraités et traumatisés, devenant des bandits de grand chemin, prennent leur revanche. Ils ont troqué le pistolet en jouet plastique qu’on leur offrait en guise de cadeau, contre des kalachnikovs en vrai. Maintenant, ils rendent les coups qui pleuvaient sur eux jadis. Cette fois, avec du plomb.  

6 Commentaires

  1. I think it’s true. In my 12 months in Guinea I saw many examples of extreme physical violence meted out to children and teenagers – punishments way out of proportion to their perceived misdeeds or contraventions. It was truly distressing, even to witness, let alone for the poor defenceless children. I guess adults take this tack at least partially through lack of education. But the hierarchical social order supports and condones vicious punishments inflicted on those lower down the ranks as a kind of reward to those who have managed to advance to higher levels.

  2. Y a t-il encore un peu d’humanité en chacun de nous pour rester insensible au sort d’une petite fille innoçente.Elle ne demande qu’à vivre sa vie d’enfant.Je constate que la VIOLENCE des adultes n’a aucune limite.Cette photo de maltraitance en est la preuve vivante,pauvre fillette…

  3. merci mon frère d’avoir pensé a tous ces enfants, dans les doudhès c’est encore pire actuellement il y a un enfant hospitalisé à labé pour famine alors que l’enfant était parti étudié le coran sa tutrice lui priva de nourriture il est entre la vie et la mort. c triste

  4. Cet article mérite d’être publié dans la presse écrite afin que ces mauvais comportements puissent, petit à petit, changer …

    Honte à tous ceux qui maltraitent les enfants!

  5. « le maître coranique de sa petite fille de huit ans a fracassé la planchette d’écriture sur la tête ». Ce passage m’a laissé mort de rire (mdr comme dirait tout le monde). La cause, ça me rappelle mes belles années à l’école coranique. Coup de fouet et de planchette contre la tête ou les jambes, étaient mon quotidien enfin le quotidien de tout les élèves…ça fait marrer puisque je me revois dns ton billet sur ce passage. Bravo une fois encore.
    Je ne me prononcerai pas sur le fond du billet parce que voir la photo de ton billet est révoltant…C dommage, surtout quand tu vois comment son traiter d’autres enfants dans d’autres horizons du monde. il nous faut une prise de conscience et beaucoup d’éducation dans se sens!!!

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