Mamadou Alimou SOW

RFI, cuisine interne

« Quand tu arrives à RFI, on te fait avaler une horloge » me souffle Laurent Sadoux. L’homme d’Afrique Midi à la voix caverneuse, « une voix qui me fait un terrible effet » de l’avis d’une fidèle auditrice de Guinée, esquisse un sourire victorieux en sortant du studio 158 de la Maison de la Radio. Trente minutes, montre en… tripes, pour annoncer la tombée de Bani-Walid aux mains des combattants du CNT, le ralliement à Ellen Sirleaf de Prince Johnson, le charcutier de Samul Doe, le procès de Malick Noël Seck, le « pourfendeur » de la candidature du « Vieux » Wade, etc. Le tout entrecoupé de jingles, courtes pauses et petites pubs dosées à la seconde près.

A RFI Laurent Sadoux et Afrique Midi, c’est un peu comme du fonio et la sauce gombo. Ça va forcément ensemble. Difficile d’avaler l’un sans l’autre. Eh oui, j’ai toujours été frappé par l’image de ces vieux cultivateurs accrochés aux flancs d’une colline quelque part au Foutah Djallon (Guinée) prenant une pause pour écouter Afrique Midi sur un vieux transistor balançant au bout d’un rameau. « Afrique Midi, c’est doux avec Sadoux », poétisait l’un d’eux, devenu Laurent-dépendant.

C’est entendu que RFI est très écoutée en Guinée et en Afrique en général. C’est, de toute façon, le vivier de l’auditoire de la radio… Les voix de RFI résonnant dans l’habitacle d’une vieille Peugeot 505, dans un salon huppé, ou à l’intérieur d’une masure en palissade sont devenues familières. Combien de fois j’ai dormi à Labé, un poste radio chinois collé à l’oreille, avec le rythme de la voix d’Emmanuelle Bastide à l’époque de son émission l’Ecole des Savoirs ? Combien de jeunes filles sont tombées sous le charme du « Bonjour, très heureux de vous retrouver » guttural de Juan Gomez d’Appels sur l’actu ?  Combien de patients trouvent du réconfort en écoutant simplement le générique de Priorité Santé que pilote délicatement Claire Hédon? Tiens, l’autre jour à sa sortie du studio,  je l’ai appelée « Docteur » en assistant à son émission en compagnie de Docteur Catherine Solano qui anime la chronique que vous savez. Le lapsus était trop juste !

Maison de la Radio

Et quand Mamane me malmène avec : « tu es Peulh du Foutah toi, vous ne pouvez pas le cacher», j’ai souri. Puisque physiquement, lui et moi, on a tellement des similitudes que je n’ai pas manqué de lui faire la remarque : «tiens Mamane, tu ressembles à un Peulh toi aussi ». Et il révèle : « c’est vrai, du côté de ma mère je suis Peulh ». Quoi qu’il en soit un Nigérien est un Peulh, morphologiquement…

A l’autre bout du monde sur un poste radio, un baladeur numérique ou un téléphone portable on n’entend que la voix de l’animateur à laquelle on finit par s’habituer. On ignore souvent qu’il y a tout une équipe derrière. En effet, de l’autre côté de la baie vitrée s’activent de petits diables incroyablement agiles. Dans leur jargon, ces virtuoses de la technique ne jurent que par console, mic, boutons, enregistrement, etc. J’ai même entendu une expression assez originale avec Didier Bleu de l’équipe de Priorité santé : « ça ré-pisse partout !». Traduisez : « il y a de l’écho partout ». Enfin, c’est ce que j’ai cru comprendre en entendant le crachotement discret que faisaient les haut-parleurs.

Au Service Afrique où « je  stage » depuis un peu plus d’une semaine, tout est normal jusqu’à ce qu’un ponte de type Kadhafi décide de se faire capturer et massacrer.  Alors là c’est le rush (ruée).  Tous les journalistes deviennent des athlètes à forcer de sprinter entre le bureau et la cabine d’enregistrement des interviews. Hussein Bolt apparaitrait ainsi comme un piètre coureur devant les performances d’une Charlotte Idrac par exemple!

Je suis loin d’avoir tout découvert dans ces interminables labyrinthes circulaires de la Maison de la Radio qui abrite RFI. Henry Bernard, l’architecte de ce « véritable temple du monde de la radio en France » devait être payé au kilomètre des couloirs! Un bémol tout de même : après deux semaines de fréquentation, je m’y perds de moins en moins. CQFD !


Paris, RFI : pari réussi !

Au pied de la Tour Eiffel

Bintou, d’origine burkinabée, est sans-papiers. Venue à Paris à la recherche d’une vie meilleure, elle est tombée sur un os. Pas de toit, pas de boulot, elle erre dans les rues de la ville au bord de la dépression. Pareil pour Shabat le Sénégalais, réduit à bidouiller de petits bracelets pour des touristes cassants… Les personnages de « Paris mon paradis » de la jeune cinéaste Burknabée, Eléonore Yaméogo, ont tous déchanté en émigrant à Mbengué (France) qu’ils prenaient pour un Paradis… Au lendemain de mon arrivée à Paris, je ne pouvais tomber sur mieux comme film! Le message est capté.

Trois jours donc depuis que je suis à Paris. Et déjà vacciné par « Paris mon Paradis ». Pardi ! Olivier ma tuer* ! Je sais déjà prendre le RER (ligne C) pour descendre à Vitry Sur Seine (94)  ou Avenue du Président Kennedy (16ème) ; le métro à force des : « s’il vous plaît, c’est cette ligne qui va à X ? ». Contrairement à ce qu’on me disait, mes sollicitations sont jusqu’ici toujours satisfaites. Avec plaisir. Mais suis pas dupe, Paris est une ville touristique. Les Franciliens se montrent « hospitaliers ».

Des « Ouf » de soulagement, j’arrête pas d’en pousser! Comme pour un accouchement, j’ai travaillé, poussé, poussé, et finalement je l’ai eu mon visa. Dégoter le fameux sésame Schengen en Guinée est un véritable truc de Ouf. Trois mois de galère dans mon cas pour me voir débouté une première fois. Et j’ai remis ça pendant un mois. Cette fois a été la bonne. Ça a marché, grâce à RFI. C’est pour mon stage. Merci Ziad, Bernard et Alicia.

Des coups de pouce, j’en ai reçus. De partout. A la pelle. Y en qui sont vraiment sympas pour pistonner. Je me garde de citer des noms, pour l’instant. Ça viendra.

J’ai été donc «visé » le 7 octobre. Contrairement à beaucoup, je n’ai ni sautillé, ni crié, ni pleuré en recevant mon VISA ! Alhamdullilahi (Dieu Soit Loué), avais-je prononcé, comme toute réaction. Et j’ai filé dare-dare acheter mon billet d’avion à l’agence de Brussels Airlines, à Kaloum dans l’espoir de partir pour Paris le lendemain. Chaque seconde m’était précieuse. Mais c’était  une grosse erreur de prendre Brussels Airlines. Vous comprendrez pourquoi.

Le lendemain, 8 octobre, c’était le jour du départ. A 17 heures. Comme pour mon premier voyage en avion sur Dakar, je suis arrivé en avance. L’avion se pointe à 17 heures, on embarque quelque temps plus tard. Surprise, pas de carburant pour ravitailler le vol ! Une des spécialités de Conakry : les surprises insolites. L’équipage se démerde pendant une bonne heure et finit par en trouver en déplaçant le Boeing sur plusieurs mètres.

On décolle finalement à 21 heures, direction Banjul (Gambie) pour une brève escale. A l’atterrissage à l’aéroport de Yundum (Banjul), l’un des réacteurs de l’avion bouffe un malheureux oiseau cru ! On a frôlé la cata ! Mais personne ne l’a ressenti. C’est à l’arrêt que le commandant de bord et compagnie l’ont annoncé. Reflux des images du crash du vol Rio-Paris dans ma tête. Je reste zen à grands renforts de « Ayattalkoursiou » (versets coraniques), en rafales. On consacre deux heures pour chercher les restes de l’oiseau et pour tout nettoyer. Je continuais à prier pour que le réacteur soit complètement clean et qu’une patte, une aile, où même le bec ne reste pas caché dans l’appareil.

Deux heures de retard, on finit par décoller pour Brussels Airport (Belgique)  où l’on arrive après six heures de vol. Comme pour l’autre voyage sur Dakar, je jouais les téléspectateurs à l’hublot en découvrant les villes électrifiées d’Afrique. La réalité défilait sous mes yeux : l’Afrique blanche (Magrheb) est éclairée, l’Afrique noire reste dans le noir!

7 H à Brussels Airport. On dirait que tout le monde est atteint de la diarrhée. Ça coure dans tous les sens, personne ne s’arrête sinon pour lever les yeux sur un écran. Je me mets dans la danse. Alors là un conseil : ne jamais venir à Brussels Airport avec un bagage à main lourd, sans roulette. L’aéroport est un véritable circuit de Formule 1 compliqué par de longs couloirs, des Escalators à n’en plus finir. Même les habitués s’y perdent. Au poste de contrôle, un plastic mal collé sur mon passeport me vaut 30 minutes de retard pour contrôle approfondi ! Interview, appels téléphoniques tous azimuts, lecture, relecture de mes dossiers. Le mec va jusqu’à dégoter un de mes articles sur Internet pour vérifier que je suis bien journaliste! C’est bon, je peux passer. J’attrape le vol de correspondance pour Paris, in extremis.

A l’aéroport de Paris Charles De Gaule (CDG), il n’y avait personne pour m’accueillir. Mais dans le vol Bruxelles-Paris, j’ai sympathisé avec un Guinéen habitué des lieux, quoique illettré. Il me guide pour les trajets, je le guide pour les panneaux lumineux. Belle solidarité. On finit par se séparer à l’aéroport. Lui s’embarque pour la Province, moi je prends le RER (Réseau Express Régional) pour arriver à Massy-Palaiseau (Essone) où je passe ma première nuit parisienne.

Là je viens de commencer mon stage à RFI d’où je poste ce billet. Pari réussi! Peace and love!!!

* Faute d’orthographe admise, faisant référence à un crime avec la célèbre formule: « Omar m’a tuer »

 


L’homme est un loup pour…l’animal !

web3u2free.com

« Zen mon chat de 4 ans, s’est fait renversé [r] par une voiture hier après-midi. Le voisin nous a prévenu[s]. Je suis si malheureuse. Une partie de moi est partie avec lui. Je l’aimais tellement. Il me manque ». Ce commentaire de Céline posté sur chien.com laisse deviner  que la vie de Zen, son chat, était épanouie. En dépit du destin tragique qu’il a rencontré. Une existence pleine de tendresse et de câlins. Loin de la vie de chien que mène Dick, le chien galeux et mal-aimé qu’a voulu élever mon cousin.

Il y a de cela quelques mois, mon petit cousin, Bobo, ramenait à la maison, sourire aux lèvres, un chiot qu’il s’empressa de nommer Dick. Un nom qu’il a sûrement pioché dans un documentaire de la chaine de télé Animaux dont il se régale. Dick, un bel animal je l’avoue, était devenu son meilleur pote qu’il nourrissait et dont il offrait le plus grand soin qu’il pût.

Dick a eu le malheur d’attraper une gale. Il se grattait, sa peau foutait le camp de façon lamentable. Il perdait ainsi de sa superbe réduisant son allure d’avant en peau de chagrin. On s’est mis à le haïr. Toute la maisonnée, moi y compris, pressait Bobo de jeter son Dick. Personnellement, je n’aimais pas le voir souffrir et redoutais de choper une maladie qu’il pourrait transmettre. Bobo ne l’entendait évidemment pas de cette oreille. Jusqu’au retour au bercail de son père « diaspo ». Celui-ci a immédiatement développé une Dick-phobie transformant la vie du petit chien en cauchemar. Il est cravaché, battu à coups de pied, de bâtons, enchainé, mis en quarantaine… Chacune de ses escapades nocturnes à la recherche d’une partenaire est sanctionnée tôt le matin par une séance de bastonnade anthologique. Une, deux, trois fois il a été jeté, toujours plus loin, trois fois il est revenu, la queue entre les jambes, préférant l’enfer de la maison à la vie-de-chien-errant-de-Conakry.

Les animaux de compagnie, ce n’est pas du tout mon fort. J’ai le défaut de ne pas aimer les élever. C’est toujours étonné, parfois répugné, que je vois, à la télé bien sûr, des chiens et des chats chouchoutés comme de véritables bébés humains par leur maître. Mais c’est toujours triste, la rage au ventre que je vois mon oncle maltraiter ce chien qui n’a de tort que d’être un chien et de tomber entre ses mains. Un paradoxe, puisque ce même oncle se plait à nourrir depuis 1998 matin et soir un essaim de tisserins qui peuplent les alentours de la concession ! Plus aviculteur que canin donc…

Le sort de Dick est peu différent de celui réservé à ces autres animaux de production que sont notamment les bœufs. Elevés principalement dans la région de la Moyenne Guinée, c’est dans des conditions… « inanimales » qu’ils sont transportés à Conakry où ils finissent dans l’assiette d’un « Grand Quelqu’un » – avec un kilo à 28 000 GNF (près de 3 €), ne mange pas de la viande qui le veut! Entassés dans des camions-remorques, enchainés les uns aux autre, ils passent ainsi plusieurs jours sans boire ni manger avant d’arriver à destination. Ils sont ensuite débarqués sans ménagement, battus, torturés, ligotés et jetés dans le coffre d’une Renault 12 à l’agonie ou suspendus sur le toit d’une épave de Magbana. Des bouchers sans pitié les achèvent enfin avec une rare bestialité dans des endroits répugnants nommés boucheries.

L’adoption d’un animal de compagnie auquel on s’attache tendrement est un phénomène de société ailleurs, au pays de Céline. A Conakry, les chiens sont dressés pour dissuader les bandits qui sèment la terreur dans la cité (sans succès), les chats contre les souris et autres rats, les pigeons pour être revendus, les chèvres et moutons pour finir en barbecue chez le « dibitier » d’à côté.

On ne prend soin de ces animaux qu’en les engraissant dans le but de se faire plus d’argent sur eux. Dans le silence complice des textes de lois guinéennes pour leur protection, ils font les frais de leurs loups de maitres. Haro sur vous !

 


Le jargon des officiels guinéens

Depuis l’indépendance de la Guinée voici 53 ans, les officiels guinéens, à travers leur langage emblématique, ont écrit un véritable bréviaire d’expressions imagées. Extraits.

–      Nous ne ménagerons aucun effort pour… : De Touré à Condé, cette expression a traversé les âges. C’est le leitmotiv de rares inaugurations d’édifices publics par les gouvernants, de remise de dons (encore plus rares, sauf en période électorale), de réception de doléances ou de lancement de programmes de développement foireux tous azimuts. Les ministres en sont les dépositaires agréés ; ils ne ménagent aucun effort pour sa perpétuation en maintenant le pays dans…l’ornière.

–      La Guinée est une famille : C’est manifestement la plus populaire et la plus controversée. Un certain Néné Moussa Maléya y a consacré un bouquin à forts relents d’ethnologie et d’anthropologie. Des critiques ne manquent pas de lui remonter régulièrement les bretelles par médias interposés. En temps de paix, le concept est jeté aux oubliettes. Dès qu’une crise survient on le ressort, le dépoussière. Des officiels embouchent alors le Vuvuzela de la paix, se relayant à la Radio Télévision Guinéenne (RTG), véritable caisse de résonnance de baratins, pour s’époumoner : « La Guinée est une famille ». Mon œil !

–      Sortir le pays de l’ornière : C’est le refrain en temps de crise. Et Dieu sait que la Guinée en connait des crises. Depuis pratiquement six ans, chaque fin d’année est synonyme de cassage de gueules en règle. Et  à chaque fois, des acteurs qui ont justement contribué à foutre le pays dans le pétrin font feu de tout bois, jouent les bons samaritains clamant que c’est pour sortir le pays de l’ornière ! Avec la dernière crise en date entre pouvoir et opposition au sujet des législatives, l’expression est plus que jamais en vogue.

–      Aller de l’avant : celle-ci a surtout fait fureur en 2007.  C’est Rabiatou Serah Diallo, l’actuelle présidente du CNT (Conseil National de la Transition, un machin qui fait office d’Assemblée Nationale) qui détiendrait le brevet d’invention. Lors de la crise insurrectionnelle qu’a connue la Guinée en 2007, Rabiatou qui était à la tête du Syndicat, ne ratait aucune occasion pour claironner qu’on doit « aller de l’avant, pour que le pays aille de l’avant,…». En 2011, nous sommes arrivés à ce « avant » : elle est passée du Syndicat au CNT et le pays a fait du surplace côté crises.

–      L’Etat c’est moi, la Justice c’est moi : Son auteur, le Général Conté, a tiré sa révérence fin 2008. Il l’avait lancée deux ans plus tôt, en décembre 2006 en sortant de taule son ami Mamadou Sylla. L’effarante formule a servi de détonateur aux insurrections qui ont suivi cette libération faisant plusieurs morts et blessés parmi les civils et des destructions d’édifices publics et privés sans précédent. Même si aucun officiel ne reprend cette expression à son compte, les gens ordinaires l’emploient souvent pour se marrer ou pour rappeler la confiscation du pouvoir par l’Exécutif dans ce p’tit bout de territoire de 245 857 km2. A l’époque, le pays était allé très loin !

–      Le pays vient de loin : Autre rengaine en temps de guerre. Cette formule, en guise de dissuasion, est utilisée par les « en-haut-de-en-haut » pour rappeler les pages sombres de l’histoire du pays. En clair, les différents complots de Sékou Touré (1971), le pogrom contre les officiers Malinkés en 1985 par Lansana Conté, les évènements « douloureux » de 1993, 1996, 2006, 2007, 2010 et la boucherie de Dadis du 28 septembre 2009, entre autres. La liste est longue ; à chaque fois le sang coule et le pays continue à aller de l’avant en (re)venant de loin !

–      Guinea is back : c’est la toute dernière née. Elle est signée Alpha Condé, l’actuel locataire du palais Sékoutouréyah. « Guinea is back » a-t-il lancé le 21 décembre 2010 lors de son investiture devant un parterre d’homologues africains. Son sens est flou et se prête à toutes les interprétations. Pour les pro-Alpha, c’est le retour de la Guinée dans le concert des nations. C’est une simple démagogie rétorquent ses détracteurs. Soit. En tout cas, la formule continue à faire des émules. Ministre, secrétaires, généraux, commis de l’Etat, simples courtisans se sont mis à l’anglais pour sa répétition. Entre Guinée et Guinea (prononcez Guinéya), c’est chacun comme il peut dans la prononciation. L’expression est souvent associée au concept de « changement », un autre fourre-tout ronflant, cheval de bataille d’Alpha Condé. Elle a même accouché une ONG ! S’il est opportuniste le Guinéen ?

–      Le Président de la République, … : Après ces mots, on ajoute simplement le nom du président dans bien d’Etats démocratiques. Chez nous ce serait de l’indécence. Les prédicats présidentiels prennent ici des allures d’épilogue. Ainsi, avec le premier président, Sékou Touré, c’était : Son Excellence le Président Ahmed Sékou Touré, l’Ami du Peuple, le Responsable Suprême de la Révolution. Le 2ème,  Conté, se faisait appeler : Son Excellence le Président de la République, Commandant en Chef des Forces Armées, le Général Lansana Conté. L’actuel, Condé, élu et civil, s’adjuge un modeste: Son Excellence, le Président de la République le Professeur Alpha Condé. C’est le bouillant capitaine Dadis qui s’est emparé du pouvoir en décembre 2008 à la mort de Conté qui détient le record. Il faut dire qu’il est recordman dans beaucoup de domaines lui. Prenez une longue inspiration pour lire : Son Excellence Monsieur le Président de la République, Président du Conseil National pour la Démocratie et le Développement, Commandant en Chef des Forces Armées Guinéennes, le Capitaine Moussa Dadis Camara ! Excusez du peu. Ces prédicats, quoique kilométriques, étaient systématiquement répétés à chaque fois que l’on faisait référence à lui. Jusqu’à un soir de 3 décembre 2009 où un certain Diakité « Toumba » Dadis. Comme le titrait, dans ce subtil jeu de mots, l’hebdo satirique Le Lynx, consacré à sa tentative d’assassinat de la part de on aide de camp Touma Diakité.

Et vous, connaissez-vous d’autres expressions de nos officiels ? 

 


Les 10 commandements de la drague made in Conakry

La pratique de la drague à Conakry, comme partout ailleurs, obéit à des codes qui évoluent avec le temps. Voici 10 de ces codes tirés d’une petite enquête étoffée par mon expérience perso. A votre galanterie, prêt? Draguez!

  1. De la poésie, tu t’en passeras! C’est assez curieux de virer la poésie dans les relations amoureuses, mais y a bien longtemps que les meufs de notre capitale sont devenues imperméables aux : « je me noie dans le bleu des tes yeux » et autres « mon ange », style Roméo et Juliette. Tu peux mémoriser comme un disque dur toute l’œuvre de Shakespeare, tu risques de passer pour un minable rigolo en débitant vers et proses devant des minettes qui ont un cœur d’artichaut ! Elles préférent les entendre dans les chansons, les séries télé ou les lire dans un Harlequin.
  2. Des fleurs, tu te méfieras. Ce commandement fait suite au précédent pour coller à la logique : les fleurs flirtent avec la poésie. En homme galant tu trimballes une belle rose qui tu veux offrir à une nouvelle cible, tu es vite catalogué « débutant ». « C’est pas fleur on mange », on te dira. Les fleuristes le savent tous : en dehors de la nuit du 14 février (Saint-Valentin), de celle du 31 décembre (Saint-Sylvestre) ou lors la Foire Internationale de Conakry (FIC), personne ne leur demande combien coûte une fleur ; à part les nouvelles mariées qui veulent transformer le salon en verger pour mieux appâter leur « diaspo » de mari de retour au bercail !
  3. Du m’as-tu-vu, tu useras. Tu veux passer pour « Monsieur Réglo » qui boit du Fanta et hait le tabac ? Et bien tu en prendras pour ton grade. C’est pas exclu que tu dégotes une copine à la fin, mais tu auras sué sang et eau. Si tu veux aller droit au but, passe plutôt pour une star débordée : des gars t’embêtent pour une histoire de sous ou de véhicule, t’as une rencontre avec des personnalités, ton grand frère veux t’amener au Canada, etc., alors que « ta » montre-bracelet Rolex (contrefaçon), la voiture que t’as et même les baskets et le costard que tu portes sont du « Yeffoussé » (empruntés). Tu deviens ainsi un « Kambéremba » (fanfaron), mais c’est pour la bonne cause et ça paye…si la biche ne le découvre pas tout de suite !
  4. Des cartes de recharge, tu achèteras. Pour toi d’abord bien sûr, mais aussi et surtout pour elle. Si vous êtes abonnés chez le même Opérateur, tu es sauvé. Tu souscris à un plan tarifaire. Les SMS et transferts de crédit s’en trouvent facilités. Sinon, bonjour la galère. Chacun de ses bips signifie une carte de recharge ou un transfert de crédit vers son téléphone. Les montants inférieurs à 5000 GNF s’abstenir. Pour un début, faudra mettre le paquet pour espérer toucher le…Graal !
  5. Au resto, tu l’amèneras. C’est classique le resto, donc quasiment incontournable. La bouffe à Conakry est sacrée et même… sucrée pour les filles ! Si tu n’invites pas au resto, c’est que t’es un pommé, un vulgaire étudiant. Repérer le restaurant en question et se renseigner sur les prix du menu avant le jour J est une bonne précaution, même si elle est insuffisante. Il faut avoir la poche remplie plus qu’il n’en faut car la cible est capable de débarquer avec sa « meilleure copine », histoire de tester ta solidité financière ! Sans parler du prix du transport que les taximen sans pitié majorent en cas de déplacement si tu n’es pas « véhiculé ».
  6. Bien sapé et parfumé, tu seras. Il ne s’agit pas d’avoir forcément Gucci ou Puma de la tête aux pattes (même si ce serait un avantage). Mais les gos d’ici détestent les gars mal fringués. « Etre présentable », c’est leur crédo. Jean, chemise et baskets « Old School » feront l’affaire, le tout accompagné par un bon déo (un Nivea Homme acheté à Madina). Y en a qui parachèvent la collection par un morceau de sparadrap collé à lobe de l’oreille, à défaut d’une vis. C’est désavantageux des fois ! Tout comme le smoking qui fait trop Bill Clinton. Certaines ne kiffent pas cet excès de « sérieux » ! Le style Jay Z et compagnie fait encore du tabac par ici.
  7. Trop sérieux, tu n’en seras point. S’emballer en inondant sa messagerie de SMS ou transformer son téléphone en standard de Call Center dès le premier jour est contreproductif. Si tu persistes, tu es vite étiqueté « emmerdeur » avec comme réponses à tes jérémiades : « je te rappelle, je suis avec ma mère », « mon téléphone était sur silencieux », « je dormais », et pititi et patata ! Le mieux c’est de pratiquer ce que des « experts » qualifient ici de désintéressement intéressé. C’est-à-dire, sans l’ignorer trop longtemps, réduire le contact au strict nécessaire, passant ainsi pour un homme occupé. Se faire important, grosso modo (Confer Commandement 3).
  8. Sur Facebook, tu t’inscriras. C’est la tendance. Sinon de quoi veux-tu que vous causiez autour du plat au resto ? Comment veux-tu qu’elle te montre ses dernières tofs (le jargon compte hein), puisque sortir son album photo classique se ringardise petit à petit ? Comment pourras-tu répondre quand elle te demandera si t’as du taf ? Il convient donc d’être un Facebookeur. Par contre parler de Twitter, de « Hashtag », de « RT », etc. peut apparaitre élitiste et la faire passer pour une « Bala » (Niaise), ce qui serait une erreur fatale pour un premier rencart.
  9. Ses copines, tu convaincras. Beaucoup de nanas vivent en solo, évitant le groupe de filles comme de la peste. Mais en milieux scolaire et estudiantin, c’est rarement le cas. Elles évoluent en petits groupes et les mecs sont systématiquement notés par les copines intimes. Le « être présentable » apparait ici plus que jamais important. Il est donc vital de faire bonne impression aux copines de la cible : paroles, gestes, fringues, petits présents (les recharges !). C’est auprès d’elles qu’il faut sortir l’arsenal Bling-Bling. Si la note est favorable, la copine-cible, même réticente, sera convaincue. Mais le jour où ses colistières se transformeront en Standard and Poor’s, t’es dégradé, dépôt de bilan assuré !
  10. Du courage, tu t’armeras. C’est vrai qu’en dépit de l’application correcte des 9 précédents commandements, il arrive que la proie ne morde pas à l’hameçon. Ou pas tout de suite, comme tu l’espérais. Alors que reste-t-il à faire ? Redoubler de courage et prendre ton mal en patience. Parfois ça dure, se complique mais finit par se concrétiser. Il est important de savoir que la fille la plus consentante affiche toujours une attitude de refus pour se faire désirer et importante. C’est humain. Savoir déceler cela à temps est capital pour ne pas tomber dans le panneau. Et si ça ne marche pas du tout, malgré tout, le prendre avec philosophie. Elle joue probablement le même jeu avec 5 autres protagonistes ! Tout comme toi…

 


En chair ou en os ?

«Qui diable est mieux qu’une demoiselle taille de guêpe, leste et effilée avec une poitrine modérée ? Une fille au corps débarrassé de graisse inutile et mortelle dont tu raffoles, une gazelle au regard perçant, à la démarche angélique,…? Je suis tout simplement abasourdi par ton manque de goût et de raffinement », réplique Amara 29 ans, plein de dépit face aux affirmations de son ami et voisin.

«  Une femme qui a du poids, qui possède un tour de taille grand comme ça. Une femme fessue, aux formes généreuses, aux lèvres pulpeuses, qui possède une poitrine ensorcelante,…Une femme qui, quand elle marche, te donne envie de solliciter des jours de bonus auprès du Seigneur pour rallonger ton existence ! Et bien, ce genre de femmes, j’adore tout simplement », venait de bégayer son ami Alpha, trentenaire, les yeux mi-clos tel un bouddhiste en plein méditation pour mieux se représenter « sa » femme idéale.

« Comment préférez-vous les femmes : grosses ou minces » ? J’ignorais totalement qu’en posant cette question à des jeunes diplômés chômeurs qui diluent leurs soucis dans un thé à l’ombre du manguier, j’allais toucher la corde sensible du poète caché en eux. Tout un programme…

Au milieu des années 1990 dans les pays au sud du Sahara, comme la Guinée, la Sierra Léone ou la Côte d’Ivoire, l’image d’une certaine femme modèle de beauté a été instillée dans les esprits. Un corps svelte, une chevelure abondante, une démarche gracieuse. C’est la belle femme occidentale valorisée par la pénétration massive dans les foyers des chaines de télé du bouquet satellitaire. Les feuilletons télévisés ont fait le reste. Il ne fallait pas plus pour que fleurissent un peu partout dans nos coins noirs des Naomi Campbell pas belles. Les adeptes de ce modèle se sont vite imposées un régime alimentaire très strict pour avoir un corps de mannequin qui cachait mal une anorexie sévère. Au grand dam des parents qui n’y voyaient que perversion et mimétisme…

Plus au Nord dans certains pays du Sahel comme le Niger et la Mauritanie des peuplades avaient recours au gavage pour embellir les demoiselles en âge de se marier. Cette pratique ancestrale consistait à faire ingurgiter des quantités phénoménales de nourritures à une gonzesse pour lui donner un physique de rêve, débarrassé de tout aspect squelettique signe de laideur et de pauvreté. Le tout était minutieusement préparé et chapeauté pour une nurse obéie au doigt et l’œil. La pratique, dans sa forme achevée, est quasiment tombée en désuétude, l’émancipation de la femme aidant…

De nos jours on assiste de plus en plus dans les villes guinéennes, notamment à Conakry la capitale, à la résurgence de l’image de la femme grosse comme modèle de beauté. Un corps adipeux, une poitrine généreuse, un fessier dégoulinant de cholestérol. Ce sont des « Boul-Boul », des bulldozers qualifiés de « rondes » pour faire élégant. Une surcharge pondérale due à des facteurs divers et variés.

Tout d’abord une alimentation incontrôlée, trop riche en sucre, féculents et graisse. Ensuite, la sédentarité aggravée par le manque de pratique de sports. Le moindre déplacement est motorisé, l’habitude aidant, la paresse s’est installée. Enfin, la propension de plus en plus grande des hommes à préférer celles qui sont grosses dans les relations amoureuses.

« Quelle que soit la beauté d’une femme, si elle n’est pas grosse je m’en tape moi », s’est écrié un taximan l’autre jour. Pour remplir ce critère de beauté, certaines filles n’hésitent pas à faire appel à des méthodes plutôt…musclées. Leur menu est constitué des recettes qui rappellent les gavages au Sahel. D’autres poussent l’aplomb jusqu’à recourir à une automédication réputées efficace, infligeant ainsi une cure d’austérité (tiens, tiens !) à leur bourse frappée de cachexie (Re-tiens, tiens) ! Elles se gavent d’une mystérieuse pilule au nom bizarre de « Guéckédou » qui ne tarde pas de les expédier six pieds sous terre.

J’ai connu une de ces filles au physique merveilleusement bien dessiné (pour moi) et qui du jour au lendemain, a pris la décision fatale de consommer du Guéckédou. En moins d’un mois elle est devenue gonflée comme une montgolfière. On aurait dû que tout son corps était parcouru d’œdèmes. Trois mois de sursis et elle est partie les pieds devant !

Les conséquences de ce phénomène «d’obésité sollicité » est catastrophique. Sur le plan sanitaire, les maladies cardiovasculaires, avec en filigrane l’hypertension artérielle, se promènent entre de jeunes femmes d’à peine quarante ans. Y en a qui disent que pour être belle, il faut souffrir. Sans vouloir trop généraliser, mais je suis étonnamment frappé par l’inclinaison des femmes contemporaines à martyriser leur corps: cure d’amaigrissement, gavage, bronzage, gommage, tatouage, piercing, dépigmentation,… Tout ça pour le paraitre, pour les yeux des autres, des mecs que nous sommes, puisqu’il s’agit bien de nous !

Et vous, comment les préférez-vous : en chair ou en os ?


Célébration de la fête du ramadan en deux temps !

Officiellement la Guinée a célébré l’Aïd-el-fitr, la fête marquant la fin du mois saint de ramadan, ce mardi 30 août 2011. A l’instar d’autres pays comme la France, l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Seulement voilà, beaucoup de fidèles musulmans observaient encore le jeûne ce même mardi ! Au grand dam du communiqué du Secrétariat Général aux Affaires Religieuses annonçant solennellement la veille la fin du ramadan de l’an 1432 Hégire. Où se trouve le hic ?

C’est tard ce lundi 29 aout que les autorités religieuses se sont fendues d’un communiqué appelant à célébrer l’Aïd-el-fitr mardi à 9 heures. Communiqué saupoudré d’une répartition des imams de la capitale invités à diriger la prière dans des lieux définis. La nouvelle est tombée comme un couperet ; bien après l’accomplissement de la Nafila (Tarâwih) dans les différentes mosquées. Bonjour la pagaille ! Le téléphone arabe aura tourné à plein régime.

En fait, beaucoup estimaient que la fête devait avoir lieu le mercredi 31 aout. D’autant plus que personne n’a aperçu le croissant lunaire le 29ème jour appelé « la nuit du doute ». Un doute hideusement renforcé par des gros et méchants nuages qui sont venus obscurcir le ciel de Conakry au moment où tous les regards étaient braqués vers le couchant.

C’est donc à l’improviste que les musulmans et musulmanes ont été conviés ce mardi aux aires de prière que beaucoup ont préféré bouder. C’est le cas de ce trentenaire croisé dans un taxi qui garde une sacrée dent contre La Ligue Islamique Nationale et le Secrétariat, l’instance politique. « Ce sont »…engage-t-il, « …des zélés à la solde du pouvoir. Pourquoi ne pas prévenir les gens assez tôt afin qu’on prenne des dispositions ? », s’interroge-t-il, vêtu d’une simple chemise pour marquer sa démarcation. Un discours que balaye cet autre d’un revers de la main : « nous avons commencé en même tempes que la Mecque, il n’ya pas de raison que l’on continue alors qu’eux ils ont prié », argumente-il, fringué d’un basin Bamako flambant neuf. Il est vrai que les musulmans de Guinée ont entamé le jeûne du ramadan de cette année en même temps que l’Arabie Saoudite, terre de l’islam. Sans que là aussi, l’apparition du croissant lunaire, marquant le début du jeûne, ne soit formellement établie sur le plan local.

Et c’est bien là le problème ! Depuis plus d’une décade, la fixation du début et de la fin du mois de ramadan est sujette à polémique en Guinée. A chaque fois, les autorités religieuses font dans le mimétisme ou procèdent par empirisme pour déterminer le début ou la fin du mois saint. Pourtant, un Guinéen bardé de diplômes de théologie islamique, Dr Alhoussein Diallo, a réussi à mettre au point un calendrier du mois lunaire jugé « infaillible » pour l’observation du ramadan. Celui-ci annonçait la fête le mercredi 31.

La Ligue islamique en fait fi. Ses décisions portent souvent l’empreinte du pouvoir politique. Les sermons qu’elles rédigent pour les imams en font foi. Aussi, une superstition veut ici que la coïncidence entre un vendredi et un jour de fête est maléfique pour le président de la République. Alors une fête qui tombe normalement un vendredi est systématiquement décalée samedi ou jeudi. En leur temps, les Présidents Sékou Touré et Lansana Conté ont abondamment usé de ce mystérieux subterfuge.

Cette énième cacophonie a sacrément gâché la fête pour les musulmans qui n’ont pas eu le temps de la préparer. La couture de la tenue de fête a été bâclée par les tailleurs submergés, les femmes n’ont pas eu le temps de se rendre méconnaissables en se greffant de nouveaux ongles, de nouveaux chevaux et se tatouer pieds et mains au henné. Pire, bien de fêtards ont passé la moitié de la journée du mardi sans manger, les femmes n’ayant pu se rendre au marché la veille comme d’habitude.

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, ceux qui ont tiré profit de cette impréparation sont les enfants qui ont bénéficié d’un jour supplémentaire pour réclamer leur Salimafö (aumône) et les vaches qui ont échappé au rituel génocide !

 


La chasse à l’écureuil

Un souvenir réveille un autre. En lisant le billet de René Jackson sur la chasse au rat qu’il pratiquait lors de ses vacances de « braconnier » au village, mes souvenirs d’enfance me sont remontés par flots entiers. Celui en particulier de la chasse à l’écureuil.

C’était au village, bien sûr ! Je devais avoir 8 ou 10 piges. L’âge des canailleries, des batifolages, des chapardages, d’apprentissage du Coran mais aussi des…braconnages. Disons de chasse plutôt, car personne ne l’interdisait. Qui oserait y songer d’ailleurs ? L’écureuil, le malheureux animal, était notre proie préférée, le gibier qui souffrait le martyre de notre cruauté infantile.

Mes amis d’enfance et moi prenions les cours de l’école coranique dans un village (Missidé) distant de trois kilomètres du mien. Une forêt luxuriante séparait les deux hameaux. C’était le repaire des écureuils, leur habitat de prédilection. La planche qui servait d’ardoise en bandoulière, nous étions constamment armés de lance-pierres parés à tout bout de champ. A l’époque, être un Söly (celui qui n’est pas circoncis) et ne pas posséder un lance-pierre équivaut actuellement à vivre en ville sans téléphone portable ! Ce serait « vintage ».

Dans cette forêt, nous organisions régulièrement des battues funestes pour les écureuils. Armés de nos lance-pierres, des cailloux, des bâtons et épaulés par des chiens squelettiques, on rabattait l’animal dans le but de le coincer soit dans un trou, soit  au faite d’un Kouratier (essence végétale locale). Dans le premier cas, nous nous empressions de l’enfumer à l’aide des branchages et des brindilles hâtivement arrachés aux flancs des coteaux. Si, par contre, l’écureuil choisissait de se camoufler au sommet d’un arbre, nous nous en donnions à cœur joie de le lapider avec tout ce qui est objet contondant jusqu’à c’est que mort s’en suive ou jusqu’à ce qu’il décide de se sauver par un vol plané suicidaire. C’est dans ce dernier cas qu’intervenaient les chiens qui, souvent, déchiquetaient le pauvre écureuil avant notre intervention à coup des « Hey Médor, arrête ! ». S’il arrivait qu’il ne soit pas mort sous les crocs des clébards (les écureuils sont résistants), l’un d’entre nous se chargait de l’euthanasier en lui tranchant la gorge par un canif dangereusement aiguisé !

Le raffut était indescriptible. Nous nous délections à raconter les moindres détails de la capture du rongeur arboricole dans un style digne d’un roman de Camara Laye. L’animal ainsi supplicié, sa fin était encore plus pathétique.

Dès après la capture, les plus petits d’entre nous étaient chargés, sans ménagement, par les « grands » de trouver des cacahuètes grillées et de la poudre de manioc. L’écureuil doit finir en boulettes. Une commission spécialement constituée le dépeçait habilement. Une autre devait chercher des bois morts pour la cuisson. Ensuite, une troisième commission le pilait dans un mortier en ajoutant une quantité incroyable de poudre de manioc et de piment. Ceux qui se chargeaient de la cuisson étaient les grands, avec en tête, celui dont la pierre a atteint la bête le premier ou le propriétaire du chien qui l’a attrapé. L’animal de quelques grammes pouvait banalement générer entre 80 et 120 boulettes !

C’était pour les besoins du partage. Car nous étions à la fois nombreux (quelques fois 25) et affamés ! Pourtant les plus petits, ou ceux qui n’ont pas participé à la battue, se contentaient du bouillon. Véritable lavasse épicée qu’ils avalaient goulument en laissant ruisseler sur leurs bedaines crasseuses des gouttelettes qui formaient des rayures zébrées. Les grands se tapaient la part belle et personne n’osait rouspéter au risque de se voir infligé l’épreuve de ramener un autre écureuil tout seul. Tout un programme puisque les rongeurs, à force d’être traqués, s’en fuyaient à la moindre alerte. Nous étions devenus leur bête noire.

Ces chasses à l’écureuil étaient terriblement chronophages ! Nous passions toute la journée à monter et démonter des plans pour trouver et tuer les rongeurs. Nous payions souvent ce temps perdu par des fessées d’anthologie que nous infligeait notre Karamökö (Maître coranique) pour avoir séché un cours. Les parents qui s’percevaient du chapardage de la poudre de manioc et des arachides, distribuaient d’éblouissantes paires de claques aux auteurs. Pourtant, tout cela ne nous dissuadait guère de traquer, de tuer et de manger de l’écureuil. Souvenirs, souvenirs…