Mamadou Alimou SOW

Mondoblog et moi : un an après

Presqu’un an déjà ! C’est l’âge de la maturité pour un blog. Petite précision : il manque à ce blog lui-même un mois et quelques jours pour célébrer son premier anniv’. Mais mon contact avec le projet Mondoblog, lui, a fêté le sien depuis le 31 juillet dernier. Pour ce soixantième billet, rien de mieux qu’un flash-back; une sorte de bilan pour analyser les hauts et les bas et se projeter dans le futur. Attachez votre ceinture !

A l’origine

C’était à Labé. Par une belle fin de soirée de 31 juillet 2010, jour ultime, je postais ma candidature pour le projet Mondoblog. Un CV, un formulaire à remplir et un article de 2500 caractères. Le projet Mondoblog porté par l’émission l’Atelier des Médias de Radio France Internationale en collaboration avec la Francophonie, le CESTI de Dakar, l’ESSTIC de Yaoundé, la Fondation Varenne et l’Ambassade de France à Dakar, visait le recrutement de 100 jeunes (moins de 30 ans) blogueurs francophones. Au final, les 20 meilleurs seront sélectionnés pour une dotation matérielle et une formation d’une semaine à Dakar ou à Yaoundé.

350 dépôts de dossiers pour finalement 100 sélectionnés, dont le mien. C’était la joie. Le 12 octobre 2010 je mets en orbite Ma Guinée Plurielle. C’est la concrétisation d’un rêve que je ruminais depuis un bon bout de temps. Ma passion de communicateur et mon envie de partager m’incitaient à créer un blog. Techniquement, j’étais limité. Mondoblog a résolu le problème.

Les hauts

Les premiers mois, c’était l’euphorie. Tout le monde semblait super excité. Une émulation s’est insidieusement instaurée entre nous. De Dakar à Yaoundé, de Lima à Moscou, les billets fleurissaient sur les blogs à un rythme soutenu. De l’autre côté à Paris, Ziad Maalouf, Simon Decreuze et Cédric Kalonji, le trio encadreur, nous abreuvaient des tutoriels.  « Etre clair, précis et concis ». Et même : « répondez au mieux à ces questions : qui, quand, où, comment et pourquoi ». Le classique du journalisme quoi. Merci les gars !

J’avais démarré avec les vaches de Labé, l’article qui m’a permis de gagner le concours. Puis Diallo-Cravate, notre pseudo-milliardaire en dollar. C’était vraiment bien parti. Un billet par semaine. Parfois deux, voire trois. J’ai gardé le rythme. Pour être honnête, je voulais être short-listé parmi les 20 meilleurs. Et c’est arrivé. Le 3 avril 2011 en effet, je m’envolais pour Dakar avec mon compatriote Fodé Kouyaté. Un voyage mémorable.

Côté formation, franchement je m’attendais à mieux. Mais c’était hyper sympa de rencontrer, enfin et pour de vrai, tous ses amis virtuels. S’y ajoutent mon premier voyage en avion, le fun de visiter Dakar, les perdiems et surtout un magnifique smartphone sur lequel je me rince l’œil comme pas permis. C’était ça la moisson.

En 11 mois d’existence ce blog a relativement réussi à se faire connaitre. Surtout hors des frontières de la Guinée. L’essentiel du lectorat est constitué de la diaspora guinéenne : Maroc, France, Etats-Unis notamment. Le feedback fait état de quelque 422 commentaires pour 60 articles (dont celui-ci), une citation de France 24 et quelques billets plagiés par d’autres sites. La fidélité de certains lecteurs, leurs compliments et encouragements sont un réel motif de satisfaction pour moi. Leur appui aussi. Une lectrice, Kadiatou Bah (de la France), m’a offert un superbe APN, le Pentax Optio H90. Une autre, Aïssatou Barry (de la Suisse), m’a dépanné avec trois moi de connexion mobile. Une troisième, Oumou Sow (des USA), m’a récemment connecté à des médias locaux pour une pub fabuleuse. Grand MERCI à elles et à toi qui lis ces lignes.

Pour les autres amis Mondoblogueurs, c’est la sympathie. La plateforme Mondoblog, le Groupe, la Page Facebook et les blogs sont des lieux d’échange et d’apprentissage pour moi. Certains ont réussi à me fidéliser, plus ou moins : David Kpelly, Florian Ngimbis, René Jackson Nkowa, Christelle Bittner, Kahofi Suy, Arouna Ba, Manon Heugel, Boukary Konaté, Assani Salim Azim, Assaleck Ag Tita, Charles Le Bon Vaudounon, Nelson Deshommes, Jean Paul Lwesso, Basile Niane, Abdoul Cissokho, Amara Soumah, Lala Ariniania, Andriamihaja, etc.

Groupe Mondoblog de Dakar

Les bas

A côté de ce relatif succès, il y a le revers de la médaille. Tout d’abord, il faut reconnaitre que les chiffres des visites sont un tout petit peu maigres par rapport à la période de 11 mois. C’est probablement dû au problème d’Internet en Guinée.

En effet, selon le site Internetworldstats, la Guinée ne compte que 95 000 internautes (Juin2010, soit 0,9% de la population). Contre 923 000 internautes (7,3%) pour son voisin le Sénégal ! Le pays est affublé d’une connexion internet basique qui bat tous les records de lenteur. Quand vous y ajoutez le sempiternel problème de courant électrique, Bloguer avec de la 3G dans ces conditions est loin d’être une partie de plaisir. Jusqu’à une journée entière pour rédiger un article, corriger, uploader des images et dispatcher le tout sur les réseaux sociaux ! Y en a qui me demande « t’as pas encore de boulot ? » Je réponds que non, sachant pertinemment que j’en ai un : bloguer !

Il y a, ensuite, le coût. Ma connexion mobile (de la daube) me revient à 450 000 francs guinéens par mois (46 €). Financièrement, c’est une saignée pour quelqu’un comme moi qui « travaillote ». Enfin, les difficultés sur le terrain. Parfois tu veux recouper des infos et quand tu dis : « je suis blogueur », t’es vite pris pour un « blagueur », un « extraterrestre » ! De ce point de vue, je m’en sors bien avec ma carte professionnelle de journaliste freelance. Heureusement !

Perspectives

Quel avenir pour ce blog ? Pour Mondoblog ? Je ne saurais y répondre avec précision. Pour ce qui me concerne, j’ai pas encore publié mon dernier billet. Le « pacte » que j’ai implicitement signé avec vous lecteurs et ma passion de bloguer, encore vivace, me poussent à continuer. En dépit des difficultés. Le partage est un vrai bonheur.

J’ambitionne de mieux référencer le blog sur la galaxie Internet, lui apporter un lifting aux couleurs locales et puis en faire…un Blook! Oui, j’ai envie de le transformer en livre électronique pour les résidents dont l’accès à Internet reste un casse-tête. C’est un projet, je pense que ça arrivera…

Pour ce qui est de la plateforme, c’est sûr que son avenir dépend de celui des blogs. Il faut reconnaitre que l’engouement initial s’est quelque peu émoussé. Il y a une espèce d’essoufflement. Sur les 100 blogueurs retenus, seule une petite quarantaine reste active et encore ! Sur le Mur du Groupe Mondoblog, certains annonçaient récemment leur retrait temporaire à cause des problèmes d’accès à Internet (le coût). Ceci semble être un problème général !

Pour pallier à cela, pourquoi ne pas penser à la monétisation du site, ne serait-ce que pour un temps limité? Des revenus publicitaires pourraient aider certains à remonter la pente pour être mieux actifs, donc plus productifs. D’autres solutions, comme faire du publireportage sur un thème commun, comme nous le faisons régulièrement, est également envisageable pour assurer la gestion pérenniser le projet; tout comme une meilleure implication de l’OIF…Des pistes de solution en droite ligne de l’interrogation de Ziad Maalouf sur l’avenir de Mondoblog.org, « fasciné par l’énergie qui anime la plateforme, la coopération entre les membres, la diversité des sujets, la qualité de nombreux billets ».

Quoi qu’il en soit, c’est une vraie école pour tous. Des encadreurs dévoués et super cools, des échanges fructueux entre blogueurs, une ambiance fun et jeune. La pérennisation de tout cela est un défi. Saura-t-on le relever ?

 


Le ramdam du Ramadan

douar-nevez.fr

« Quand débute le Ramadan, les portes célestes s’ouvrent, les portes de l’enfer se ferment et les démons sont enchainés ». Cette parole prophétique (Mohamad, paix et salut sur lui), rapportée par Abou Horaïra se vérifie plus que jamais dans la capitale guinéenne, Conakry, par les temps qui  courent. Au 10ème jour du 9ème mois de Ramadan de l’an 1432 Hégire, les démons qui hantent habituellement Conakry ploient sous le poids des chaines divines.

Depuis le début du mois saint, le changement est perceptible dans les rues de la ville. Comme celles de l’enfer, les portes des gargotes habituellement prises d’assaut le matin par d’indécrottables mangeurs de riz, restent closes. Leurs tenancières se sont occasionnellement reconverties en vendeuses de pain ou de chinoiseries au marché de Madina. Pareil pour les portes d’innombrables débits de boisson, surnommées maquis par les « connaisseurs » de Conakry, capitale d’un pays à 95% musulman. Les brasseries tournent au ralenti, côté consommation. Idem pour les restos et les discothèques.

Un cure-dent dans le coin de la bouche, on se livre à un véritable festival de crachat. C’est comme dans une compète. Sur le plan vestimentaire, les garçons s’affublent de caftans circonstanciels pour les heures de prière. Les jeans et autres chemises « Kem’s » ont rejoint la garde robe pour les 30 jours de pénitence. Quant aux jeunes filles aguichantes, bizarrement appelées « guinguettes », elles ont troqué leurs collants, leurs hauts, leurs bodys DVD (Dos et Ventre Dehors) et leurs pantalons « slim » contre d’amples habits taillés dans du tissu local ou importés des pays arabo-musulmans. Leur tête à la Rihana ou au style Singleton est désormais coiffée de jolis foulards ou d’un hijab iranien. La belle voix de l’imam Abderrahaman Soudais a temporairement remplacé celles de Takana Zion ou de Justin Bieber pour les sonneries des téléphones portables. Le Coran est omniprésent.

Les mosquées, surmontées de puissants haut-parleurs, affichent plein. A toute heure. Les prières surérogatoires de la Nafila (Tarâwih) le soir, battent des records de participation. La circulation routière est bloquée aux alentours des lieux de culte. Qu’il pleuve ou qu’il vente des jeûneurs qui boudaient en temps normal les cinq prières quotidiennes obligatoires, affichent leur pitié à fleur de peau. Le ramdam est indescriptible. Certains imams se prêtent au jeu. Ils dirigent les dix raka’as (prières) traditionnelles de la Nafila avec une célérité qui flanque le tournis. Tout s’enchaine en rafale. Derrière eux, beaucoup de fidèles éprouvent de la peine, en position courbée, à retenir les morceaux de ou la bouillie de maïs avalés à la six-quatre-deux pour la rupture. On les appelle les imams « Yoni-Yoni ». En 10 ou 15 minutes maxi, ils vous libèrent!

Du tô

L’autre catégorie, ce sont les imams « Saoudiens ». Ne s’alignent derrière eux que ceux qui ont une patience à toute épreuve. Et une santé de fer. Vous sentez la tournure des évènements dès l’entame avec la Fatiha (1ère sourate du Coran).  La récitation est nonchalante, tatillonne, mélodieuse. Les syllabes se détachent nettement et s’allongent comme de l’élastique. Les dix raka’as peuvent banalement prendre une heure trente minutes, voire deux heures. Pire que Soudais sur la télévision de la Mecque.

Entre ces deux extrémités, difficile de trouver un juste milieu. J’en ai trouvé moi. Je suis veinard. L’imam de notre mosquée de quartier est vraiment génial. Sans tomber dans le système Yoni-Yoni, il ne nous entraine pas non plus dans le mimétisme mecquois. Seul le Salli (muezzin) est prompt. En dehors du Ramadan il est accusé d’être trop rapide dans son appel à la prière. Alors je ne vous dit pas quand il le fait pour la prière du Maghrib annonçant la rupture du jeûne! Sacré Salli Bella !

En marge de cette piété de façade pour certains, et réelle pour d’autres, les musulmans de Conakry sont confrontés à d’interminables bouchons. Faire un tour au centre ville (Kaloum) par exemple relève d’une gageure. L’obscurité, l’insécurité et la précarité viennent noircir le tableau. Le résultat est une tension ambiante à couper au couteau. Les rixes entre apprentis Magbana et voyageurs harassés et colériques sont monnaie courante.

De tout cela, ce qui me tape personnellement dans le système, ce sont ces SMS intempestifs du genre : « tu as X minutes pour envoyer blabla à 15 personnes… » ou « le Foutouro a fait un accident machin…. » qui atterrissent dans ma boite de messagerie aux alentours de 17 heures ! J’ai souvent envie de faire la peau à leurs auteurs. Mais,…« les portes célestes sont ouvertes ».

Et vous, comment ça passe dans votre ville ?

 


Familia et Renaissance Fm : « je t’aime, moi non plus »

Contenu Renaissance URL Familia

« Il n’y a jamais eu en Guinée un jugement aussi équitable que celui qui a concerné la crise au sein de Familia Fm aboutissant à la création de Renaissance Fm », fait valoir un fidèle auditeur à qui je demande son avis. Entre Familia et Renaissance, c’est un peu comme une histoire de « je t’aime, moi non plus » à la Gainsbourg. Deux radios communautaires du paysage médiatique de Conakry au passé commun avec des similitudes déroutantes et dont les dirigeants actuels se détestent cordialement. Qu’en est-il réellement, que sont devenus ces deux médias ? J’y ai fourré le museau pour essayer de savoir davantage.

Au troisième étage d’un immeuble engoncé dans le quartier de Cosa dans la banlieue chaude de Conakry, Caleb Kolié le Directeur Général de Familia Fm 105.3 me reçoit dans son nouveau bureau, l’air détendu. D’amples rideaux tapissent les murs. Des photos, notamment une sur laquelle il pose avec le capitaine Dadis Camara, l’ex-chef de la junte qui a pris le pouvoir après la mort de Conté. A mon entrée, il lève les yeux sur un écran d’ordinateur où défilent les images des caméras de surveillance qui scrutent l’intérieur et l’extérieur du bâtiment.

« Monsieur Kaleb, à quand remonte la création de Familia Fm nouvelle version » ? La réponse de l’animateur fulgurant de l’émission « Société débat », est un  rectificatif : « écoutez, il n’y pas de Familia nouvelle version ; Familia existe depuis le 15 décembre 2006 ». Avant de préciser : « c’est vrai qu’en début 2011 il y a eu une crise à la radio qui a entrainé sa suspension par le CNC [Conseil National de la Communication].

En effet, le 3 mars 2011 le CNC a percé l’abcès. Après une crise à rebondissements qui empoisonnait depuis quelque temps les relations entre Caleb Kolié et Colette Bodais, une expatriée canadienne vivant en Guinée, au sujet de la paternité de Familia Fm, l’Institution de régulation de la presse a décidé de couper la poire en deux. Caleb Kolié hérite du nom de la radio Familia ainsi que de la fréquence 105.3, tandis que Colette Baudais garde le matériel et les locaux. Familia dépecée, prenait ainsi fin un contentieux qui avait résulté par le fractionnement du personnel de la radio en deux clans, paralysant complètement son fonctionnement.

L’origine du problème ? Ben, c’est selon l’auteur des explications ou du clan auquel il appartient. C’est l’émission Société débat qui « dénaturait » le caractère communautaire de Familia en prenant des accents trop politiques et faisait ainsi ombrage aux autres émissions, explique-t-on du côté de Mme Colette.

« Y avait un problème de leadership » rétorque Caleb. « Elle [Madame Colette, NDLR) voulait diriger seule, elle ne voulait plus supporter mon leadership parce qu’à côté de moi elle se sentait petite ; donc il fallait créer quelque chose pour quitter la radio. Heureusement elle a sa propre radio maintenant, elle peut évoluer… », explique Caleb Kolié, visiblement amer. Il se souvient que c’est « un complot organisé contre moi alors que j’étais en Suisse. Des gens que j’ai recrutés voulaient coûte que coûte m’évincer oubliant que c’est moi qui ai créé cette radio ».

M. Kolié explique qu’à travers ses nombreuses relations, il œuvre à présent pour redonner à sa nouvelle Familia son statut d’antan : « la radio communautaire la plus écoutée de Conakry ». Pour cela il compte selon lui sur l’ancien noyau de Familia Fm, étoffé par quelques recrutements pour un personnel « d’environ 70 travailleurs ». L’émission phare  Société débat « continue et innove ». Et M. Kolié d’exulter : « nous allons bientôt lancer la chaine Familia TV et un projet de distribution d’images ».

Visant son regard sur celui sur sa photo en compagnie de Dadis, j’observe: « vous parlez de relations et je vous vois aux côtés du président Dadis,….» ? Sa réponse est cinglante : « Le capitaine Dadis, j’ai de très bonnes relations avec lui. Mais même le Capitaine Dadis ne m’a pas donné un seul franc, s’il a son argent qu’il appelle pour témoigner ». Je fais la même observation concernant une rumeur selon laquelle l’actuel ministre de l’Energie Papa Koly Kouroumah aurait financé la nouvelle Familia. « Pas du tout, Papa Koly n’a pas un franc dans cette radio, aucune personne n’a son argent dans cette radio ; tout est mon argent », assène-t-il. Puis il révèle « j’ai dépensé  570 millions [francs guinéens] pour  mettre la radio en place, j’ai commandé le matériel depuis Paris qui m’a coûté 18 000 euros ».

Caleb Kolié, DG Familia Fm

« J’estime alors que vous avez des activités auxiliaires en dehors du journalisme, M. Kolié » hasarde-je. Celui qui se fait appeler « L’enfant de Galakpaye » du nom d’une petite bourgade située à 17 km de la préfecture de N’Zérékoré, insiste sur son réseau de relations et précise qu’il « ne peut pas avoir de problème sans trouver de solution» avant de concéder qu’il fait aussi de la « consultation » pour les autres.

Avant de dire au revoir, je fais un tour dans les studios. Ils sont parfaitement insonorisés. Du matériel neuf. Sur un pupitre paresse une journaliste bercée par des rythmes de la forêt. Je m’extirpe enfin des locaux de la radio pour m’engouffrer dans le grouillant carrefour de Cosa dont les images défilent en live sur l’écran de Caleb Kolié.

A quelque trois kilomètres de là, à Koloma-marché, le siège de Renaissance Fm 95.9 sur la route Le Prince. L’ancien siège de Familia Fm donc. Renaissance a été lancée le 20 mai 2011. J’ai rendez-vous avec la Directrice-adjointe de la radio, Anne Marie Camara. Belle mise, elle se montre accueillante. « Prenez place Monsieur Sow ». Bureau bien ciré. Je décline mon identité et l’objet de ma visite. Je suis redirigé vers le Directeur de l’info, Salomon Yédidya Dopavogui. Ici, on veut afficher profil bas et se montrer procédurier. Devant M. Dopavogui, je répète la même chanson que tout à l’heure avec  sa supérieure hiérarchique. « Je vous propose de faire une demande, là je suis pris par le temps Monsieur Sow », s’excuse-t-il. J’argumente pour que l’entretien ait lieu, on finit par trouver un consensus sur le facteur temps. Procédurier et méfiant donc, suspicieux à la limite.

« Comme vous le savez, Renaissance Fm est née d’un contentieux » engage le dirlo de l’info sur un ton teinté de dépit. Saisissant la perche, je veux justement surfer sur cette vague. Il avertit : « si c’est vraiment pour le contentieux, je ne peux pas en parler, pour nous c’est de l’histoire ancienne ». Puis il lâche « nous ne faisons pas de l’animosité contre quelqu’un ». Qui le fait alors, relance-je ? « Ecoutez, je ne sais pas mais y en a qui le font ».

Le reste de l’entretien tourne essentiellement autour du personnel et de la grille des programmes. J’apprends qu’ils ont gardé « 95% de l’effectif» des journalistes de l’ancienne Familia et que Renaissance Fm compte une trentaine d’employés et s’appuie sur un réseau de 28 correspondants. Elle émet, en plus du Français langue officielle, dans les principaux dialectes du pays. Sa grille couvre les questions sociales, communautaires, de santé et de l’environnement. Je laisse échapper la question qui me titillait : « Monsieur Salomon, honnêtement, n’avez-vous pas perdu votre audimat après le changement de nom et de fréquence » ? Il se veut rassurant : « renseignez-vous, je vous assure que nos auditeurs nous sont fidèles. Ils connaissent les animateurs et les émissions qu’ils ont l’habitude d’écouter ».

Avant de quitter, j’ai envie de faire un tour dans les studios pour fixer une image. « Non, désolé il faut faire une demande écrite pour ça » me rétorque M. Salomon ! Pareil pour rencontrer Madame Colette la Directrice Générale, il pense d’ailleurs que « ce n’est pas nécessaire ». Procédurier dans l’âme je vous ai dit.

Une crise au sein d’une radio qui donne naissance à une autre, enrichissant ainsi la bande FM de Conakry. Les biologistes appelleraient cela une reproduction par scissiparité. Apparemment, l’une comme l’autre font le bonheur des auditeurs à l’image de celui-ci qui affirme : « je garde la fréquence 105.3 et le nom Familia Fm et j’adore les émissions et les journalistes de Renaissance Fm ». Cet auditeur résume bien la situation car en tapant l’URL de l’adresse web de l’une ou l’autre des deux radios dans votre navigateur vous êtes redirigé vers https://www.familiafm.com avec du contenu signé Renaissance FM ! Comment les webmasters appelleraient ça eux ?

 


Le portrait d’Ada Camara n’aura pas lieu !

Ada Camara

« Personne n’est inaccessible à personne. La possession des sublimes n’est fermée qu’à ceux qui préfèrent les livres à la vie et la mort aux baignades ». Cette citation du réalisateur Français, Yann Moix, est, au détour d’une lecture, restée accrochée comme une feuille de chêne dans un coin de mon cerveau. J’en ai fait un sacerdoce dans la construction de mes relations amicales et professionnelles. J’y croyais ferme. Je viens de l’apprendre à mes dépens en voulant dresser le portrait d’Ada Camara, célèbre animatrice radio de Conakry.

Tout a commencé avec ce nouveau thème : « qu’entendez-vous à la radio », proposé aux Mondoblogueurs par l’Ivoirien Kahofi Suy. Nous avons le choix entre : décrire l’univers de la radio dans nos villes respectives, parler de nouveaux projets et de nouvelles initiatives concernant la radio, montrer le rôle de la radio dans l’information et l’éducation de la population ou encore faire le portrait des animateurs (trices) de ces radios.

J’ai choisi  l’option du portrait. Le portrait d’UNE journaliste serait cool, pensais-je. Pour faire les choses  « à la bien », j’ai opéré une espèce de casting pour retenir cinq noms parmi les célèbres animatrices radio à Conakry : Delphine 2 (Espace Fm), Mariame Baldé (Renaissance Fm), Ada Camara (Espace Fm), Hawa Touré (RKS) et Rougui Cissé (Sabari Fm). J’ai ensuite lancé un sondage sur mon Mur Facebook à l’intention de mes lecteurs pour choisir une parmi elles.  A l’issue d’un vote quelque peu timide, le nom d’Ada Camara s’est retrouvé en tête.

N’ayant pas son contact téléphonique, j’ai alors entrepris de lui griffonner le message suivant  que je lui ai balancé en MP via Facebook (nous sommes amis) et sur son mail ( je l’ai pêché sur ses infos Facebook) :

Bonjour Ada,

Je suis Alimou Sow, journaliste freelance et blogueur guinéen vivant à Conakry. Mon blog, Ma Guinée Plurielle, fait partie du réseau Mondoblog de RFI. Cette semaine nous avons comme thème: la radio. Dans mon cas spécifique, j’ai décidé de faire le portrait d’UNE journaliste guinéenne. Pour ce faire j’ai lancé une espèce de sondage sur mon profil FB en sélectionnant cinq noms dont le tien. Le vote est encore en cours mais à cette date tu arrives en tête.

Je souhaite donc faire ton portrait qui sera publié sur mon blog et sur la plateforme Mondoblog ainsi que sur le site de l’émission l’atelier des médias de RFI. Si tu es d’accord, fais-moi savoir ici ou en m’appelant au 68 48 15 00. Le plus tôt sera le mieux car les publications doivent se faire la semaine prochaine.

Pour te donner une idée de ce que je voudrais comme infos, je te prie de faire un tour sur le blog (https://lims.mondoblog.org). Tu pourras y découvrir des portraits que j’ai déjà rédigés, notamment celui de OSCAR le caricaturiste du lynx. C’est dans la catégorie portrait ou fais une petite recherche.

Je sais compter sur toi et sache que mes lecteurs (qui semblent être également tes fans) qui ont voté pour toi attendent impatiemment de lire ton portrait.

Bien à toi.

Alimou

Deux jours, trois, puis six,…pas de réponse. Je me suis dit qu’il faut passer à la vitesse supérieure pour obtenir son numéro de téléphone et l’appeler. Dans la quête, je me souviens avoir récemment croisé une ancienne connaissance, devenue technicien à Espace Fm. Lui-même je n’ai pas son numéro, mais je connais quelqu’un qui pourrait le connaitre. Je joins ce « quelqu’un » qui me le file. Je le compose : « Allô, c’est Alimou Sow, on s’est connu à Sabari Fm alors que j’étais correspondant à Labé. L’autre fois on s’est rencontré à Planète Fm ». Au bout du fil j’entends : « Ah ok, je vois. Comment ça va ? »

-« ça va. En fait, je voudrais avoir le numéro d’Ada Camara ». Petit silence, des grésillements, la ligne se coupe. Je recompose le numéro et répète la dernière phrase.

– « Non écoute, c’est interdit de donner les numéros ici », lâche le technicien.

– « Mais je suis un confrère, je veux juste des informations avec elle, pas autre chose », fais-je.

-OK, rappelle-moi dans deux minutes, je vais voir ». Je lui donne trois minutes supplémentaires et au bout de cinq minutes je rappelle. Je suis accueilli par ce message : « votre correspondant est injoignable ». Après une troisième tentative, je me rends à l’évidence : le téléphone de mon correspondant est off ! Vous pensez qu’il l’a éteint ? Non, les enfants de son quartier n’ont certainement pas crié « wéé té fa !! » la veille…

Après ce bide, je dégote le contact d’un ancien collègue qui bosse pour Espace Fm. Je l’appelle et lui dis que j’ai besoin du numéro d’Ada Camara. « Oh, je ne l’ai pas, elle change constamment de numéros. Celui qu’elle m’a donné la dernière fois ne passe pas ». Le ton de mon ami paraissait sincère. Avant de raccrocher, il me suggère de le demander à un autre ami du même cercle, comme sur Google +. Ce que je fais hic et nunc. Cet ami commun a la gentillesse de me dicter, enfin, le numéro de téléphone de la super star Ada Camara. Je pousse un ouf de soulagement…prématuré ! Avant de mettre fin à notre conversation, mon ami me dit : « je vais la prévenir que tu l’appelleras ». Je lui décroche un « merci beaucoup » plein de zèle.

15 minutes plus tard – le temps qu’il la prévienne – je pianote les huit chiffres du numéro d’Ada Camara suivi de OK ! Je suis gratifié par un premier « tou » long au bout de la ligne. Puis, deux, trois, quatre….jusqu’à ce que le répondeur veuille prendre le relais. Je coupe ! Elle est occupée, probablement. 10 à 15 minutes plus tard, je rebelote. La même histoire de « tou, tou » se répète. Pareil pour le lendemain ! C’est pile à cet instant que me revient cette phrase d’un ami à qui j’avais confié mon projet de portrait : « tu vas batailler ferme pour accéder aux journalistes d’Espace Fm, ce sont des vedettes». De peur d’être accusé de harcèlement, je décide d’abandonner mon projet de portrait avec la consolation habituelle du « loser » : « j’ai tout de même essayé ».

Inaccessible, Adama Camara ? Pour moi oui ! Pourtant, je ne préfère ni les livres à la vie, ni la mort aux baignades. Mais est-ce que Ada Camara, qui a pour devise « le mal d’une déception demeure pour les faibles » appartient aux « sublimes » ? Dites-moi ce que vous en pensez ci-dessous dans vos commentaires !

P-S : mon billet sur le thème à traiter vient derrière.

 


Conakry, obscurité 2.0

Candidats révisant sous les lampadaires à l'aéroport

Quand l’astronaute belge Frank De Winne avait le mal du pays la nuit dans l’espace, il lui suffisait de chercher une zone particulièrement lumineuse sur la terre, a-t-il raconté un jour. Avec 335.000 lampes qui s’illuminent la nuit tombée, les autoroutes belges sont les plus éclairées du monde à tel point qu’elles sont visibles depuis l’espace ! Vue de Conakry, cette info a tout le don de me faire marrer. Et pour cause !

En décembre dernier, je publiais directement sur la plateforme Mondoblog un billet intitulé « Wéé, tè faa !! ». J’y décrivais alors la liesse des enfants des quartiers obscurs de Conakry quand le courant revenait dans les foyers. Ils célébraient ce retour dans une clameur bluffante avec cette rengaine de « Wéé, tè faa » qu’on peut traduire par « Youpi, la lumière » ; criée en langue vernaculaire Soussou.

A l’époque, le courant était fourni un jour sur deux dans le  meilleurs des cas. Chaque quartier attendait son tour avec impatience, l’interrupteur des ampoules invariablement placé sur « ON » pour guetter le moindre scintillement. Les enfants, tels des sirènes des temps modernes, donnaient l’alerte les premiers en sautant et gambadant partout comme des enragés. Les adultes (les femmes en tête) le visage illuminé, regagnaient  les salons pour se rincer l’œil sur des soap-opéras devenus ringards chez les autres depuis des lustres.

C’était la belle époque, le bon vieux temps comme on aime le dire ici. L’époque où le mot « délestage » avait un peu de sens. L’époque où le Yé-guilassé (eau fraiche) et autres bonbons façonnés à la six-quatre-deux se promenaient sur la tête des gamins morveux qui se la fendaient à force de crier.  Comme une coépouse, chaque quartier attendait son « tour » du courant dans un compte à rebours dont les marmots détiennent le secret. Eh bien, depuis quasiment six mois le « Wéé, tè faa !! » est devenu extrêmement rare. Le courant joue la météo à la Texan Camara (présentateur télé). Les enfants semblent avoir perdu la notion de « tour » et ont arrêté le décompte dans certains coins de la ville, à force d’être désabusés par l’Electricité de Guinée (EDG). Les femmes ont rangé la télécommande.

Dès la tombée de la nuit, le noir s’installe et règne partout en maitre absolu que n’osent lui disputer que les indélicats moustiques. Il a même  atteint une version plus évoluée : l’obscurité 2.0. Quand le soleil décline à l’horizon, un voile obscur recouvre les cinq communes de la ville les plongeant dans un océan d’obscurité où apparaissent quelques îlots de lumière formés par les maisons cossues. Cibles idéales pour les gangs armés qui terrorisent les citoyens. Même la commune de Kaloum, siège de l’Administration n’y échappe pas. Traditionnellement, Kaloum qui abrite le palais présidentiel et quelques chancelleries occidentales est toujours éclairée.

Chaque année, les candidats aux examens de fin d’année sont attirés tels des insectes, par l’éclairage des stations d’essence, l’aéroport de Gbessia-Conakry et l’ambassade des Etats-Unis à Koloma. Cette année, leur nombre a triplé. Ils sont ainsi des milliers à devenir des mendiants de lumière dans un pays aux ressources énergétiques incommensurables.

La Guinée, scandale géologique et château de l’Afrique de l’Ouest, est l’un des rares pays au monde à utiliser des centrales thermiques pour se fournir en courant électrique. Des centrales au nom évocateur de « Tombo » où repose notre électricité (suivez mon regard). En début d’année, des agents de  l’EDG avaient été accusés d’avoir administré aux groupes de cette centrale du mazout de mauvaise qualité à l’origine de la crise actuelle. Le ministre en charge de l’énergie avait fait sauter ces « fusibles », taxés d’irresponsables. Six mois plus tard, le problème a empiré devenant un casse-tête chinois. Récemment, le même ministre s’en est pris à son homologue des finances, l’accusant des lenteurs pour l’accès aux sous alloués à son département.

Une guéguerre interministérielle loin des préoccupations de ces vendeuses de bonbons glacés qui ont vu leur chiffre d’affaire fondre comme neige au soleil. Si Frank De Winne était amené à retourner dans l’espace, qu’il vise la zone particulièrement obscure de la terre, il reconnaîtra mon pays, la Guinée !

 


Le pont 8 novembre : fin d’un édifice chargé de mémoire

Pendaison du 25 janvier 71

Selon la légende, c’est au niveau du Pont 8 novembre à Conakry que « Gbassikolo », le génie protecteur de  Kaloum siège du Pouvoir politique, arrête les forces du mal. Un rempart qu’une énorme grue mécanique s’emploie à démolir petit à petit depuis quelques mois. Tels des termites, des dizaines d’ouvriers s’affairent sur le site. Le chantier avance à grands pas. Jour après jour, se dessine le squelette du futur édifice. Pont du 8 novembre, tu seras bientôt supplanté par l’Echangeur de Moussoudougou.

« Le pont 8 novembre » ! Ton nom a depuis très longtemps résonné dans mes oreilles de bambin bercé par l’insouciance du haut de mon village de Pountougouré. Ceux qui étaient charriés vers Conakry par l’exode rural ne rentraient pas bredouille du séjour. A défaut d’une valise remplie d’habits pour le futur mariage, ou d’une « Sanyo 8 piles » pour égayer le village, chacun ramenait au moins une petite histoire ou une anecdote à raconter. La plupart des histoires t’impliquaient d’une façon ou d’une autre. On ne rentre jamais bredouille de Conakry.

« Pont 8 novembre » (raccourci en « pont 8 »), combien de fois j’ai entendu ton nom dans des faits qui se déclinent parfois en histoire ou en saga, parfois en épopée ou en légende selon le narrateur? J’ai du mal à me remémorer du nombre des « cela s’est passé au niveau du pont 8 », « j’étais arrêté au pont 8 » ou encore « juste au pont 8 novembre » qui ponctuaient les escapades nocturnes, réelles ou supposées, des « héros » qui revenaient de la capitale. Je buvais littéralement leurs paroles en espérant te voir à mon tour. Je t’ai découvert, enfin, à la faveur de mon premier séjour à Conakry.

3,5 mètres de hauteur pour une largeur qui en fait à peu près le double, tu n’as rien d’impressionnant. Juste un enchevêtrement de béton et de métal à la porte de la presqu’île de Kaloum à Moussoudougou. Impossible, ou presque, d’entrer à Kaloum, le downtown de la capitale guinéenne, sans  t’emprunter. Sentinelle de l’Autoroute Fidel Castro, tu es témoin ou acteur à ton corps défendant, de haut faits ayant marqué l’Histoire des habitants de Conakry, voire de la Guinée tout entière.  Parlant de cette autoroute, Sékou Touré, le premier président guinéen, ne disait-il pas que « c’est la route infinie de l’histoire » ? Tu as traversé la période coloniale, la révolution meurtrière de Sékou Touré, les 24 ans du libéralisme sauvage de Lansana Conté, la parenthèse du bouillant capitaine Moussa Dadis Camara, pour te faire remplacer bientôt par un Echangeur, sous le regard patriarcal d’Alpha Condé.

Pont du 8 novembre

Pont du 8 novembre, tu t’appelles an réalité le Pont de Moussoudougou ! Tu tires ton surnom du « Cinéma du 8 novembre », jadis situé tout près et qui lui-même est redevenu « Cinéma Liberté ». A partir de 1971, tu seras affublé d’un autre nom : « le pont des pendus ».

Le 25 janvier 1971, quatre hauts cadres Guinéens ont passé de vie à trépas sur ton flanc par pendaison. Il s’agit de :

–          Barry Ibrahima, (dit Barry 3) : Secrétaire d’Etat aux Finances. Originaire de Bantighel (Pita, 1923), cet homme politique et grand intellectuel occupait le poste de Secrétaire d’Etat à la Présidence quand il a été kidnappé, puis embastillé au Camp Boiro avant d’être pendu ce 25 janvier 1971.

–          Magassouba Moriba : Originaire de la région de la Haute Guinée comme Sékou Touré, il a été un pionner du Parti Démocratique de Guinée (PDG). Ancien maire, il a occupé le poste de ministre délégué à l’Education.

–          Kéïta Kara de Sofiane : Ancien commissaire de Police.

–          Baldé Ousmane : Le seul à n’avoir pas été pendu en culotte parmi les quatre (voir photo). On dit qu’il avait une paralysie de jambe. Originaire de Tougué, il était Secrétaire d’Etat aux Finances. Un financier chevronné ayant mené de hautes études en France.

Barry III
Magassouba Moriba

 

 

 

 

 

 

 

Kéïta Kara
Baldé Ousmane

 

 

 

 

 

 

Victimes expiatoires de la frilosité du régime de Sékou Touré, ces quatre, comme bien d’autres, ont subi une justice expéditive avant que leurs corps ne balancent au bout d’une corde. Puis, « un cercle de voyous et de catins ont insulté [leurs] pauvres cadavres (J-P. Alata, Prison d’Afrique).

Le 22 janvier 2007, entre 10 et 20 manifestants (Human Wright Watch) ont été abattus par des Bérets Rouges postés au Pont des pendus. C’était lors des insurrections de  2007 initiées par le Syndicat contre le régime de Lansana Conté. Des dizaines de membres des forces de sécurité, comprenant des policiers, des gendarmes, et des membres de la garde présidentielle, étaient stationnés en rang en travers du pont, formant une barrière pour empêcher toute avancée au-delà. Avec des kalachnikovs, ils étaient plus forts que « Gbassikolo » pour protéger le pouvoir de Conté contre les « forces du mal » qu’étaient les jeunes assoiffés de liberté, de démocratie et de bien-être.

Le jeudi 28 septembre 2010, c’est également au niveau du Pont 8 qu’une scène ubuesque s’est déroulée. De féticheurs Donzo armés de sabres et vêtus de haillons ont voulu rallier la résidence de Sékouba Konaté, président intérimaire. Les forces de sécurité l’ayant appris sont venues les bloquer là. Un face-à-face tendu entre une armée « moderne » et une horde bardée d’armes blanches, sans doute sous le regard moqueur du Génie. Plus de peur que de  mal, la partie s’était terminée sans heurts, sans que les Donzo ne franchissent le rempart !

Une autre légende veut que le Colonel Kaman Diaby, ancien Officier de l’Armée française pouvait passer sous le pont du 8 novembre à bord de son avion furtif. Personne ne m’a confirmé cette prouesse mais vu ta hauteur, je reste dubitatif. J’imagine que l’aéronef du colonel Kaman Diaby aurait pu rester surplace, comme le conteneur de ce camionneur cinglé, le jeudi 2 décembre 2010.

Je ne saurais restituer exhaustivement tout ce dont tu as été témoin, Pont du 8. J’aurais pu compter en partie sur le personnage hideux de la statue de la liberté érigée tout près par l’ex-Premier ministre Lansana Kouyaté en 2007 et qui veillait sur toi. Fort malheureusement, un autre camion-remorque a fauché cette statue, le jeudi 14 octobre 2010 !

Normalement au bout de 30 mois de travaux, le Groupement SOGEA-SATOM t’aura remplacé par l’Echangeur de Moussoudougou. Portera-t-il ce nom ? Je le doute fort, vu ton influence.  Physiquement, tu t’en iras définitivement tout de même. Personnellement, je ne te regretterai point. Je formule toutefois le vœu que ton successeur ne sera pas autant chargé de mémoire, couleur de sang. Quant à Gbassikolo il aura plus de confort, s’il décide de rester…

Plan de l'Echangeur de Moussoudougou


Attraper « un Ronaldo » à Conakry !

J’étais tranquillement assis dans la cour de notre maison, les yeux rivés sur le volume 2 de « Le Comte de Montecristo » quand mon attention fut troublée par l’irruption d’un homme. Celui-ci était tendu comme un arc, le visage défait par un rictus qui en disait long sur la terrible souffrance qu’il endurait. La démarche mal assurée, de grosses gouttes de sueur perlaient sur son visage. Sans m’adresser la moindre salutation d’usage, il me lança d’une voix chevrotante : « où sont les toilettes » ?

Dans notre culture, cette question sonne comme un ordre qu’il faut immédiatement exécuter. Les bénédictions qu’il me couvrit après sa sortie des WC suffirent pour me permettre de deviner ce qu’il endurait.

« Un Ronaldo ». Voilà ce qui torturait cet homme. « Ronaldo » ! Drôle de façon d’appeler la diarrhée ici à Conakry. « J’ai attrapé Ronaldo » entend-t-on dire, surtout entre jeunes. Au début, c’était un nom de code qui, depuis un certain temps, est tombé dans le domaine public. C’est devenu un Open Source dont tout le monde se sert. Une métaphore sportive qui semble avoir évolué pour coller à l’actualité. « J’ai Usain Bolt», m’a-t-on expliqué tout récemment.

Pourquoi associe-t-on les noms des sportifs de haut niveau à la diarrhée ?  je sais pas trop, mais j’imagine que c’est à cause de la vitesse qui caractérise cette méchanceté intestinale. Une de ces bizarreries d’appellations dont les habitants de Conakry sont prompts à inventer.

Mon Dieu ! Tous ceux et toutes celles qui ont une fois attrapé un « Ronaldo » dans leur vie savent que c’est un supplice. Vous ne pouvez ni courir au risque de précipiter les choses, ni marcher doucement comme si vous vouliez le narguer. Un vilain truc qui vous inflige une espèce d’attitude d’équilibriste comparable à marcher sur une corde raide.

Que ce soit Ronaldo, Usain Bolt ou tout autre nom pour désigner la diarrhée, il faut prier Dieu  de la façon la plus pieuse pour ne pas  que cela vous arrive subitement loin de votre maison ou de votre lieu de travail à Conakry. Sinon ça risque de vous foutre un cauchemar inoubliable. Sinon, comme cet homme qui avait interrompu ma lecture, vous transpirerez, serrez les dents en puisant toute l’énergie  qui vous reste et implorerez Allah intérieurement pour trouver le « petit coin ».  Un « petit coin » public qui fait terriblement défaut dans la capitale guinéenne. A Conakry, il n’y a tout simplement pas de toilettes publiques dignes de ce nom. Et encore !

Le plus grand marché de la capitale est Madina. Des dizaines de milliers de personnes s’y rencontrent chaque jour pour échanger. Madina est pourtant quasiment dépourvu de toilettes. Un besoin urgent ressenti et vous êtes obligé de prendre votre mal en patience jusqu’au retour à la maison si possible. Scénario inimaginable dans le cas d’une diarrhée carabinée de type choléra. Ou alors prendre son courage à deux mains, toute honte bue, pour pousser la porte d’un domicile privé au hasard. La dernière solution consisterait à se résoudre à affronter ces insupportables « trous » que l’on trouve à certains endroits du marché et qu’on qualifie de toilettes. De véritables cloaques capables de vous faire gerber le dernier mets avalé. Beurk !

A Madina comme partout ailleurs dans les quartiers de la ville, c’est du pareil au même. L’absence criarde de toilettes publiques fait que chaque angle droit formé par deux murs, derrière chaque poteau et chaque terrain vague est une pissotière par excellence.

Les hommes pris d’un besoin urgent de pisser s’y tournent pour ouvrir la braguette. Les femmes se montrent plus pudiques. Même les fondations des échangeurs de l’Autoroute ne sont pas épargnées. Les bordures de mère itou. Il n’est pas rare d’apercevoir, à partir des étages du Novotel – le plus grand hôtel du pays –, des grands gaillards accroupis dans une posture douteuse sur les rochers bercés par le vent marin.

A l’intérieur des quartiers, les murs portent des inscriptions du genre : « interdit d’uriner ici, amende 5 000F ». Souvent dans un français très approximatif. Des graffitis qui se multiplient et qui ne dissuadent personne, visiblement. Qui a une fois payé pour avoir pissé contre un mur, hein ? Seul le montant de l’amende varie suivant le taux de l’inflation monétaire avec laquelle la Guinée semble avoir signé un pacte inviolable. On est passé de 5000FG dans les années 1998 à 50 000FG en 2011.

« Pourquoi votre capitale Conakry est si sale » ? La question m’a été posée tout récemment au cours d’une entrevue éclair par un ancien journaliste du New York Times. Je n’avais pas meilleure réponse que de  lui dire que je n’en sais rien. L’hygiène semble être le cadet des soucis des Conakrykas. Leur cadre de vie en témoigne éloquemment. Les routes, les fossés, les marchés, les écoles et même l’intérieur des concessions sont sales. Le gouverneur de la ville, les maires des communes et les chefs de quartier n’en ont cure. « Mangez, buvez et baissez votre froc où vous voulez » ; semblent nous suggérer nos braves gouvernants. Pov’ de nous !

 


Un poème pour son anniversaire

Il y a quelques années, par une belle fin de journée de janvier, je l’avais rencontrée. Elle m’a immédiatement emballé ! Et comme souvent dans pareil cas, le poète qui sommeille en chaque dragueur se réveille. Le mien, en guise de cadeau d’anniversaire, s’était fendu de cet acrostiche que je partage avec vous.

 

Ravissante et

Aimable

Magnifique dans ta démarche

Angélique

Ton sourire éclatant

Offre à mon cœur

Une

Lumière magique

Abysse où se noient mes

Yeux

Eblouis !