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Ma guinée plurielle
20. juil.
2011
Non classé
12

Conakry, obscurité 2.0

Candidats révisant sous les lampadaires à l'aéroport

Quand l’astronaute belge Frank De Winne avait le mal du pays la nuit dans l’espace, il lui suffisait de chercher une zone particulièrement lumineuse sur la terre, a-t-il raconté un jour. Avec 335.000 lampes qui s’illuminent la nuit tombée, les autoroutes belges sont les plus éclairées du monde à tel point qu’elles sont visibles depuis l’espace ! Vue de Conakry, cette info a tout le don de me faire marrer. Et pour cause !

En décembre dernier, je publiais directement sur la plateforme Mondoblog un billet intitulé « Wéé, tè faa !! ». J’y décrivais alors la liesse des enfants des quartiers obscurs de Conakry quand le courant revenait dans les foyers. Ils célébraient ce retour dans une clameur bluffante avec cette rengaine de « Wéé, tè faa » qu’on peut traduire par « Youpi, la lumière » ; criée en langue vernaculaire Soussou.

A l’époque, le courant était fourni un jour sur deux dans le  meilleurs des cas. Chaque quartier attendait son tour avec impatience, l’interrupteur des ampoules invariablement placé sur « ON » pour guetter le moindre scintillement. Les enfants, tels des sirènes des temps modernes, donnaient l’alerte les premiers en sautant et gambadant partout comme des enragés. Les adultes (les femmes en tête) le visage illuminé, regagnaient  les salons pour se rincer l’œil sur des soap-opéras devenus ringards chez les autres depuis des lustres.

C’était la belle époque, le bon vieux temps comme on aime le dire ici. L’époque où le mot « délestage » avait un peu de sens. L’époque où le Yé-guilassé (eau fraiche) et autres bonbons façonnés à la six-quatre-deux se promenaient sur la tête des gamins morveux qui se la fendaient à force de crier.  Comme une coépouse, chaque quartier attendait son « tour » du courant dans un compte à rebours dont les marmots détiennent le secret. Eh bien, depuis quasiment six mois le « Wéé, tè faa !! » est devenu extrêmement rare. Le courant joue la météo à la Texan Camara (présentateur télé). Les enfants semblent avoir perdu la notion de « tour » et ont arrêté le décompte dans certains coins de la ville, à force d’être désabusés par l’Electricité de Guinée (EDG). Les femmes ont rangé la télécommande.

Dès la tombée de la nuit, le noir s’installe et règne partout en maitre absolu que n’osent lui disputer que les indélicats moustiques. Il a même  atteint une version plus évoluée : l’obscurité 2.0. Quand le soleil décline à l’horizon, un voile obscur recouvre les cinq communes de la ville les plongeant dans un océan d’obscurité où apparaissent quelques îlots de lumière formés par les maisons cossues. Cibles idéales pour les gangs armés qui terrorisent les citoyens. Même la commune de Kaloum, siège de l’Administration n’y échappe pas. Traditionnellement, Kaloum qui abrite le palais présidentiel et quelques chancelleries occidentales est toujours éclairée.

Chaque année, les candidats aux examens de fin d’année sont attirés tels des insectes, par l’éclairage des stations d’essence, l’aéroport de Gbessia-Conakry et l’ambassade des Etats-Unis à Koloma. Cette année, leur nombre a triplé. Ils sont ainsi des milliers à devenir des mendiants de lumière dans un pays aux ressources énergétiques incommensurables.

La Guinée, scandale géologique et château de l’Afrique de l’Ouest, est l’un des rares pays au monde à utiliser des centrales thermiques pour se fournir en courant électrique. Des centrales au nom évocateur de « Tombo » où repose notre électricité (suivez mon regard). En début d’année, des agents de  l’EDG avaient été accusés d’avoir administré aux groupes de cette centrale du mazout de mauvaise qualité à l’origine de la crise actuelle. Le ministre en charge de l’énergie avait fait sauter ces « fusibles », taxés d’irresponsables. Six mois plus tard, le problème a empiré devenant un casse-tête chinois. Récemment, le même ministre s’en est pris à son homologue des finances, l’accusant des lenteurs pour l’accès aux sous alloués à son département.

Une guéguerre interministérielle loin des préoccupations de ces vendeuses de bonbons glacés qui ont vu leur chiffre d’affaire fondre comme neige au soleil. Si Frank De Winne était amené à retourner dans l’espace, qu’il vise la zone particulièrement obscure de la terre, il reconnaîtra mon pays, la Guinée !

 

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11. juil.
2011
Politique
3

Le pont 8 novembre : fin d’un édifice chargé de mémoire

Pendaison du 25 janvier 71

Selon la légende, c’est au niveau du Pont 8 novembre à Conakry que « Gbassikolo », le génie protecteur de  Kaloum siège du Pouvoir politique, arrête les forces du mal. Un rempart qu’une énorme grue mécanique s’emploie à démolir petit à petit depuis quelques mois. Tels des termites, des dizaines d’ouvriers s’affairent sur le site. Le chantier avance à grands pas. Jour après jour, se dessine le squelette du futur édifice. Pont du 8 novembre, tu seras bientôt supplanté par l’Echangeur de Moussoudougou.

« Le pont 8 novembre » ! Ton nom a depuis très longtemps résonné dans mes oreilles de bambin bercé par l’insouciance du haut de mon village de Pountougouré. Ceux qui étaient charriés vers Conakry par l’exode rural ne rentraient pas bredouille du séjour. A défaut d’une valise remplie d’habits pour le futur mariage, ou d’une « Sanyo 8 piles » pour égayer le village, chacun ramenait au moins une petite histoire ou une anecdote à raconter. La plupart des histoires t’impliquaient d’une façon ou d’une autre. On ne rentre jamais bredouille de Conakry.

« Pont 8 novembre » (raccourci en « pont 8 »), combien de fois j’ai entendu ton nom dans des faits qui se déclinent parfois en histoire ou en saga, parfois en épopée ou en légende selon le narrateur? J’ai du mal à me remémorer du nombre des « cela s’est passé au niveau du pont 8 », « j’étais arrêté au pont 8 » ou encore « juste au pont 8 novembre » qui ponctuaient les escapades nocturnes, réelles ou supposées, des « héros » qui revenaient de la capitale. Je buvais littéralement leurs paroles en espérant te voir à mon tour. Je t’ai découvert, enfin, à la faveur de mon premier séjour à Conakry.

3,5 mètres de hauteur pour une largeur qui en fait à peu près le double, tu n’as rien d’impressionnant. Juste un enchevêtrement de béton et de métal à la porte de la presqu’île de Kaloum à Moussoudougou. Impossible, ou presque, d’entrer à Kaloum, le downtown de la capitale guinéenne, sans  t’emprunter. Sentinelle de l’Autoroute Fidel Castro, tu es témoin ou acteur à ton corps défendant, de haut faits ayant marqué l’Histoire des habitants de Conakry, voire de la Guinée tout entière.  Parlant de cette autoroute, Sékou Touré, le premier président guinéen, ne disait-il pas que « c’est la route infinie de l’histoire » ? Tu as traversé la période coloniale, la révolution meurtrière de Sékou Touré, les 24 ans du libéralisme sauvage de Lansana Conté, la parenthèse du bouillant capitaine Moussa Dadis Camara, pour te faire remplacer bientôt par un Echangeur, sous le regard patriarcal d’Alpha Condé.

Pont du 8 novembre

Pont du 8 novembre, tu t’appelles an réalité le Pont de Moussoudougou ! Tu tires ton surnom du « Cinéma du 8 novembre », jadis situé tout près et qui lui-même est redevenu « Cinéma Liberté ». A partir de 1971, tu seras affublé d’un autre nom : « le pont des pendus ».

Le 25 janvier 1971, quatre hauts cadres Guinéens ont passé de vie à trépas sur ton flanc par pendaison. Il s’agit de :

–          Barry Ibrahima, (dit Barry 3) : Secrétaire d’Etat aux Finances. Originaire de Bantighel (Pita, 1923), cet homme politique et grand intellectuel occupait le poste de Secrétaire d’Etat à la Présidence quand il a été kidnappé, puis embastillé au Camp Boiro avant d’être pendu ce 25 janvier 1971.

–          Magassouba Moriba : Originaire de la région de la Haute Guinée comme Sékou Touré, il a été un pionner du Parti Démocratique de Guinée (PDG). Ancien maire, il a occupé le poste de ministre délégué à l’Education.

–          Kéïta Kara de Sofiane : Ancien commissaire de Police.

–          Baldé Ousmane : Le seul à n’avoir pas été pendu en culotte parmi les quatre (voir photo). On dit qu’il avait une paralysie de jambe. Originaire de Tougué, il était Secrétaire d’Etat aux Finances. Un financier chevronné ayant mené de hautes études en France.

Barry III
Magassouba Moriba

 

 

 

 

 

 

 

Kéïta Kara
Baldé Ousmane

 

 

 

 

 

 

Victimes expiatoires de la frilosité du régime de Sékou Touré, ces quatre, comme bien d’autres, ont subi une justice expéditive avant que leurs corps ne balancent au bout d’une corde. Puis, « un cercle de voyous et de catins ont insulté [leurs] pauvres cadavres (J-P. Alata, Prison d’Afrique).

Le 22 janvier 2007, entre 10 et 20 manifestants (Human Wright Watch) ont été abattus par des Bérets Rouges postés au Pont des pendus. C’était lors des insurrections de  2007 initiées par le Syndicat contre le régime de Lansana Conté. Des dizaines de membres des forces de sécurité, comprenant des policiers, des gendarmes, et des membres de la garde présidentielle, étaient stationnés en rang en travers du pont, formant une barrière pour empêcher toute avancée au-delà. Avec des kalachnikovs, ils étaient plus forts que « Gbassikolo » pour protéger le pouvoir de Conté contre les « forces du mal » qu’étaient les jeunes assoiffés de liberté, de démocratie et de bien-être.

Le jeudi 28 septembre 2010, c’est également au niveau du Pont 8 qu’une scène ubuesque s’est déroulée. De féticheurs Donzo armés de sabres et vêtus de haillons ont voulu rallier la résidence de Sékouba Konaté, président intérimaire. Les forces de sécurité l’ayant appris sont venues les bloquer là. Un face-à-face tendu entre une armée « moderne » et une horde bardée d’armes blanches, sans doute sous le regard moqueur du Génie. Plus de peur que de  mal, la partie s’était terminée sans heurts, sans que les Donzo ne franchissent le rempart !

Une autre légende veut que le Colonel Kaman Diaby, ancien Officier de l’Armée française pouvait passer sous le pont du 8 novembre à bord de son avion furtif. Personne ne m’a confirmé cette prouesse mais vu ta hauteur, je reste dubitatif. J’imagine que l’aéronef du colonel Kaman Diaby aurait pu rester surplace, comme le conteneur de ce camionneur cinglé, le jeudi 2 décembre 2010.

Je ne saurais restituer exhaustivement tout ce dont tu as été témoin, Pont du 8. J’aurais pu compter en partie sur le personnage hideux de la statue de la liberté érigée tout près par l’ex-Premier ministre Lansana Kouyaté en 2007 et qui veillait sur toi. Fort malheureusement, un autre camion-remorque a fauché cette statue, le jeudi 14 octobre 2010 !

Normalement au bout de 30 mois de travaux, le Groupement SOGEA-SATOM t’aura remplacé par l’Echangeur de Moussoudougou. Portera-t-il ce nom ? Je le doute fort, vu ton influence.  Physiquement, tu t’en iras définitivement tout de même. Personnellement, je ne te regretterai point. Je formule toutefois le vœu que ton successeur ne sera pas autant chargé de mémoire, couleur de sang. Quant à Gbassikolo il aura plus de confort, s’il décide de rester…

Plan de l'Echangeur de Moussoudougou
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04. juil.
2011
société
1

Attraper « un Ronaldo » à Conakry !

J’étais tranquillement assis dans la cour de notre maison, les yeux rivés sur le volume 2 de « Le Comte de Montecristo » quand mon attention fut troublée par l’irruption d’un homme. Celui-ci était tendu comme un arc, le visage défait par un rictus qui en disait long sur la terrible souffrance qu’il endurait. La démarche mal assurée, de grosses gouttes de sueur perlaient sur son visage. Sans m’adresser la moindre salutation d’usage, il me lança d’une voix chevrotante : « où sont les toilettes » ?

Dans notre culture, cette question sonne comme un ordre qu’il faut immédiatement exécuter. Les bénédictions qu’il me couvrit après sa sortie des WC suffirent pour me permettre de deviner ce qu’il endurait.

« Un Ronaldo ». Voilà ce qui torturait cet homme. « Ronaldo » ! Drôle de façon d’appeler la diarrhée ici à Conakry. « J’ai attrapé Ronaldo » entend-t-on dire, surtout entre jeunes. Au début, c’était un nom de code qui, depuis un certain temps, est tombé dans le domaine public. C’est devenu un Open Source dont tout le monde se sert. Une métaphore sportive qui semble avoir évolué pour coller à l’actualité. « J’ai Usain Bolt», m’a-t-on expliqué tout récemment.

Pourquoi associe-t-on les noms des sportifs de haut niveau à la diarrhée ?  je sais pas trop, mais j’imagine que c’est à cause de la vitesse qui caractérise cette méchanceté intestinale. Une de ces bizarreries d’appellations dont les habitants de Conakry sont prompts à inventer.

Mon Dieu ! Tous ceux et toutes celles qui ont une fois attrapé un « Ronaldo » dans leur vie savent que c’est un supplice. Vous ne pouvez ni courir au risque de précipiter les choses, ni marcher doucement comme si vous vouliez le narguer. Un vilain truc qui vous inflige une espèce d’attitude d’équilibriste comparable à marcher sur une corde raide.

Que ce soit Ronaldo, Usain Bolt ou tout autre nom pour désigner la diarrhée, il faut prier Dieu  de la façon la plus pieuse pour ne pas  que cela vous arrive subitement loin de votre maison ou de votre lieu de travail à Conakry. Sinon ça risque de vous foutre un cauchemar inoubliable. Sinon, comme cet homme qui avait interrompu ma lecture, vous transpirerez, serrez les dents en puisant toute l’énergie  qui vous reste et implorerez Allah intérieurement pour trouver le « petit coin ».  Un « petit coin » public qui fait terriblement défaut dans la capitale guinéenne. A Conakry, il n’y a tout simplement pas de toilettes publiques dignes de ce nom. Et encore !

Le plus grand marché de la capitale est Madina. Des dizaines de milliers de personnes s’y rencontrent chaque jour pour échanger. Madina est pourtant quasiment dépourvu de toilettes. Un besoin urgent ressenti et vous êtes obligé de prendre votre mal en patience jusqu’au retour à la maison si possible. Scénario inimaginable dans le cas d’une diarrhée carabinée de type choléra. Ou alors prendre son courage à deux mains, toute honte bue, pour pousser la porte d’un domicile privé au hasard. La dernière solution consisterait à se résoudre à affronter ces insupportables « trous » que l’on trouve à certains endroits du marché et qu’on qualifie de toilettes. De véritables cloaques capables de vous faire gerber le dernier mets avalé. Beurk !

A Madina comme partout ailleurs dans les quartiers de la ville, c’est du pareil au même. L’absence criarde de toilettes publiques fait que chaque angle droit formé par deux murs, derrière chaque poteau et chaque terrain vague est une pissotière par excellence.

Les hommes pris d’un besoin urgent de pisser s’y tournent pour ouvrir la braguette. Les femmes se montrent plus pudiques. Même les fondations des échangeurs de l’Autoroute ne sont pas épargnées. Les bordures de mère itou. Il n’est pas rare d’apercevoir, à partir des étages du Novotel – le plus grand hôtel du pays –, des grands gaillards accroupis dans une posture douteuse sur les rochers bercés par le vent marin.

A l’intérieur des quartiers, les murs portent des inscriptions du genre : « interdit d’uriner ici, amende 5 000F ». Souvent dans un français très approximatif. Des graffitis qui se multiplient et qui ne dissuadent personne, visiblement. Qui a une fois payé pour avoir pissé contre un mur, hein ? Seul le montant de l’amende varie suivant le taux de l’inflation monétaire avec laquelle la Guinée semble avoir signé un pacte inviolable. On est passé de 5000FG dans les années 1998 à 50 000FG en 2011.

« Pourquoi votre capitale Conakry est si sale » ? La question m’a été posée tout récemment au cours d’une entrevue éclair par un ancien journaliste du New York Times. Je n’avais pas meilleure réponse que de  lui dire que je n’en sais rien. L’hygiène semble être le cadet des soucis des Conakrykas. Leur cadre de vie en témoigne éloquemment. Les routes, les fossés, les marchés, les écoles et même l’intérieur des concessions sont sales. Le gouverneur de la ville, les maires des communes et les chefs de quartier n’en ont cure. « Mangez, buvez et baissez votre froc où vous voulez » ; semblent nous suggérer nos braves gouvernants. Pov’ de nous !

 

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27. juin
2011
Fêtes
1

Un poème pour son anniversaire

Il y a quelques années, par une belle fin de journée de janvier, je l’avais rencontrée. Elle m’a immédiatement emballé ! Et comme souvent dans pareil cas, le poète qui sommeille en chaque dragueur se réveille. Le mien, en guise de cadeau d’anniversaire, s’était fendu de cet acrostiche que je partage avec vous.

 

Ravissante et

Aimable

Magnifique dans ta démarche

Angélique

Ton sourire éclatant

Offre à mon cœur

Une

Lumière magique

Abysse où se noient mes

Yeux

Eblouis !


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17. juin
2011
Insolites
22

Lettre post-mortem à mon ami Boubacar Diallo

Boubacar DialloMon très cher ami Boubacar Diallo,

Tu m’obliges à t’écrire cette lettre posthume en utilisant le passé ; exercice bouleversant pour moi. C’est dans mes larmes que je trempe mon stylo pour tracer ces lignes. Je tente d’exorcise le mal qui me ronge. De chasser cette boule de feu coincée dans ma gorge. J’essaie, en vain, de combler le grand vide que tu me laisses.

« Man » (c’est comme ça on s’appelait non ?), tu es parti ! Oui, tu es parti à jamais ! Nous venons de t’accompagner à ta dernière demeure ce vendredi 17 juin 2011. Tu reposes désormais, et pour l’éternité, au cimetière de Sangoyah-Marché à Conakry. Loin de Tougué de tes parents, loin du Sénégal de ta naissance et de ton enfance, loin de Labé  de ton adolescence et de tes études scolaires et universitaires. J’ai du mal à le croire ! Pourtant c’est vrai, tu t’en es allé définitivement. Grande est ma tristesse, immense est mon chagrin en ce jour !

Une foule compacte à la mosquée de mon quartier où tu es arrivé ce vendredi dans une caisse recouverte des couleurs nationales. Signe de  respect et de reconnaissance. Nos amis de l’Université sont venus, les yeux perlés. Tes parents sont là. Ta mère, entourée de tes sœurs, Binta et Maïmouna, tente d’encaisser le coup avec peine. Ta fiancée Halimatou Baldé est également présente. Elle a le regard perdu, les yeux gonflés. Elle est inconsolable depuis deux jours. Tes compagnons d’armes sont également venus en nombre. Ils ont déployé des gros moyens. L’hommage qu’ils viennent de te rendre à l’Etat Major de la Gendarmerie est digne de celui d’un Colonel ou d’un Général. Le cortège funèbre s’est ébranlé pour le cimetière sous la mélodie déchirante des pleurs et de la trompette.

Mais « Man », pourquoi tu m’as fait ça ? Pourquoi t’es parti sans me prévenir ? Pourtant, on avait un programme toi et moi. Je devais éditer la carte de faire-part de ton mariage prévu pour ce vendredi 24 juin. « Man, je compte sur toi » ! N’est-ce pas ce que tu m’avais dit au téléphone à ce propos le jeudi 9 juin à 20 heures ? J’avais promis de faire la carte, mais j’étais loin d’imaginer que tu ne la recevras jamais.  Que tu n’auras pas besoin d’elle. J’ignorais que c’était là notre dernière conversation…

Ce mercredi 15 juin au matin, je m’apprêtais justement à t’appeler pour quelques détails concernant la carte. C’est alors que j’ai reçu le terrible coup de fil de Binta Diallo : « Alimou, notre ami Boubacar est décédé dans un accident » ! Tout de suite je ne l’ai évidemment pas crue. Je ne comprenais pas bien ce qu’elle me disait. Quel Boubacar ? Suis-je parvenu à articuler. Binta ne pouvait plus parler. Elle a juste pu dire « appelle son numéro ». Eût-elle parlé davantage, je ne l’aurais pas comprise, tétanisé que j’étais à mon tour. Machinalement, j’ai composé ton numéro. Au bout du fil, ton cousin Mamadou Alpha Baldé m’a répondu avec les pleurs et lamentations des femmes en fond sonore.  J’ai chancelé puis la brume a couvert mes yeux.

C’est à Sangoyah chez ton oncle Elhadj Kenda que les salutations d’usage ont été organisées. Beaucoup de monde. Des femmes qui se lamentent, des hommes aux yeux humides. Ta mère, que dis-je, NOTRE chère mère, Nénan Aïssatou Diallo était là. Elle avait précipitamment quitté Labé en apprenant ton accident de moto le mardi aux environs de 20 heures. « Voici mon fils Alimou » a-t-elle crié d’une voix étouffée en m’apercevant. La phrase m’a littéralement transpercé. Je n’ai pas pu soutenir son regard. Ta fiancée Halimatou Baldé était également là. Celle-là même dont tu me parlais la dernière fois qu’on s’est vu. « Man, je l’aime et je crois qu’elle me convient comme femme » m’avais-tu confié. Je lui avais alors parlé au téléphone par ton entremise. Je l’avais trouvée aimable.  Halimatou est inconsolable depuis que t’es parti, Boubacar.

Tristes sont aussi nos amis de l’Université. Informés par téléphone de ton « départ », ils ont immédiatement rallié Sangoyah. Maouloud, Douah et Rahim sont venus presque ensemble. Les deux Binta, Diallo et Seck, puis Aminata et Abass nous ont rejoints un peu plus tard. Retrouvailles émouvantes, spectacle déchirant ! Les autres ont tous été tenus au courant soit par téléphone, soit par Internet à travers notamment le Groupe CAECUL sur Facebook. J’avais aussi pris  le soin d’envoyer un SMS à Saliou Dian qui est au village à Satina. Elle est désemparée.

« Boubcar » (ainsi t’appelait notre prof d’anglais, Meghan Gallagher), c’est en février 2004 que nos chemins se sont croisés au Centre Universitaire de Labé à Hafia. Je me rappelle comme si c’était hier le jour où l’on a échangé pour la première fois. T’avais, comme à ton habitude à l’époque, une casquette grise vissée sur la tête. A ton accent, j’ai vite compris que tu venais du Sénégal. « Boubacar sénégalais », se plaisaient à t’appeler nos amis de MIAGE. Souvent, tu tentais de les rectifier en voulant cacher ton accent  Ouolof sans le réussir. Notre amitié a commencé là. Nous l’avons définitivement scellée lorsque tu es venu habiter avec moi  à « La Cité Parisienne » après le départ de Saïdou qui avait choisi de rejoindre ses potes à l’hôtel.

Cherif, Lamine (Grand Frère), Mamady et moi-même avions trouvé en toi un compagnon de rêve. Ton calme, ta docilité et ta gentillesse nous avaient tous emballés. Nous avions surtout trouvé en toi un véritable cordon bleu. Tu avais professionnellement modifié le goût fade de nos sauces en apportant ton savoir-faire culinaire. J’étais le plus maladroit parmi tous et tu te moquais gentiment de moi quand je me vantais d’être un « spécialiste en omelette » ! Pendant ce temps, la préparation du mafé Hako (sauce feuille), du mafé Tiga (arachide), la soupe…n’avait pas de secret pour toi. Nous te faisions des remarques du genre : « ta femme aura des problèmes pour te nourrir mon ami ». Tu répondais en riant que tu lui apprendrais la cuisine s’il le faut.  Même Saliou Dian (Zal Dian pour toi) et Batoma qui nous donnaient régulièrement un coup de main respectaient « ta marmite ».

Mon cher ami Boubacar, à Hafia nous nous étions vite trouvés des affinités, des points communs comme l’amour de la radio et la lecture. Nous discutions sans cesse des sujets d’actualité couchés sur nos lits superposés, dans les nuits glaciales de décembre. Tu occupais le Numérateur, moi le Dénominateur. Nous rations rarement une édition de « Journal du Proche et du Moyen-Orient » sur RFI avec Kamel Jaïder. Tu es le premier à me  révéler en 2005 l’existence d’un certain Barack Obama, Sénateur américain d’origine kenyane.  Nous reprochions ensemble à Saliou Dian de ne pas s’intéresser à l’actu. Elle finira, sous la pression,  par acheter un transistor à Labé.

Après notre transfert à Labé-ville (à cause de Jet Lee), nos journées étaient rythmées par la navette, à pied, entre Daka, Pounthioun et l’Ecole d’Application où nous recevions les cours. Toi, moi et Saliou Dian formions un groupe très soudé et complice. Te souviens-tu des « pique-niques de mangues » que nous organisions à trois chez moi à Pounthioun? Des virées que nous faisions chez ta mère à Daka ? La maman nous obligeait à rester pour manger, se montrant soucieuse de notre situation d’étudiants. Elle nous défendait de nous promener sous le soleil, se préoccupant de nos moindres faits et gestes. Enfin, elle aimait à nous répéter : « cherchez à épouser une femme mes enfants, l’espérance de vie de votre génération est trop courte » ! Parole prémonitoire d’une mère. Tu es parti à une dizaine de jours de ton mariage !

Man, c’est toi qui as développé mon goût pour le cinéma. T’étais un cinéphile indécrottable qui me résumait des dizaines de films, de la passion à l’action : Man On the Fire, Enough, j’en passe…La série 24 heures chrono faisait partie de nos favoris. Un seul épisode manqué équivalait à une journée entière de dépit. Les prouesses de Jack Bauer et le génie de Chloé O’Brian nous fascinaient.  Je n’osais résister à tes invitations au cinéma Daka pour voir un film. Des noms d’acteurs comme Denzel  Washington, Samul L. Jackson ou Will Smith me sont devenus familiers grâce à toi.

Côté études, t’avais une inclinaison pour les Maths, bien que nous fassions Anglais-Bureautique au début. C’est tout naturellement que tu décrochais souvent la plus haute note en Statistique et Comptabilité. Lors des grèves récurrentes que nous organisions pour dénoncer nos conditions de vie et d’études, tu as toujours été à mes côtés. Galvanisés que nous étions par les grèves générales de janvier-février 2007 qui avaient secoué toute la Guinée, les esprits s’échauffaient assez souvent entre étudiants concernant la marche à suivre. Tes conseils m’ont été précieux alors que j’assumais le poste de porte-parole du Conseil des Etudiants.

Mon cher ami, c’est ensemble que nous critiquions le comportement néfaste de l’Armée guinéenne. Surtout après les évènements de 2006 et 2007. Pourtant, tu viens de nous quitter avec le grade de margis-chef en service au Ministère de la Défense Nationale. Là, était ton destin. A l’Université, on avait tenté, toi et moi, plusieurs fois de décrocher un visa d’étudiant pour la France. Nous obtenions à chaque fois des inscriptions dans les universités. Toi à Valenciennes en AES, moi à Caen en Langues.  Nous finissions toujours par nous heurter à la barrière financière. On abandonnait pour reprendre l’année suivante. Même chose pour la DV Lottery. Tu m’encourageais à jouer : « Man, tant que je vis je jouerai à la loterie américaine», me disais-tu. Cette année encore t’avais joué, je sais, mais même si tu gagnes tu n’iras pas en Amérique ! Le Tout Puissant Allah, t’a choisi une autre destination. Comme notre amie, la regrettée Kindy Diallo en décembre 2009.

Notre diplôme de Maitrise en Administration Générale en poche, l’armée était donc la cadette de tes pensées. Mais tu as fini par te plier aux jonctions répétées de ton oncle maternel, Ibrahima Diogo Diallo, pour intégrer la Gendarmerie en 2008. Les vibrant succès que tu n’as cessé d’y collectionner ne m’ont guère étonné, te connaissant. Ton nom est connu dans toutes les unités de la Gendarmerie. Récemment, tu me soufflais prudemment que tu étais pressenti « gagnant » d’un concours pour l’école militaire de Melun en France…

Personne ne peut échapper à son destin, nous dit-on. Tu n’aimais ni la moto, ni l’Armée (au début). Pourtant, tu as quasiment succombé au champ de bataille sur une moto ! Après le flou qui a régné sur les circonstances exactes de l’accident qui t’a emporté, des témoignages concordants affirment que tu as heurté un piéton à Sonfonia T6. Tu revenais à l’Ecole Nationale de la Gendarmerie dans la nuit du 14 juin 2011, après une permission dans le cadre de préparation de ton mariage. C’est dans la matinée du 15 juin, à 7 heures, que tu as rendu l’âme au CHU de Donka. Le piéton en est sorti, lui, avec une fracture de la mâchoire et des contusions aux hanches, m’a-t-on rapporté.

Mon cher Boubacar, j’ai mille et une choses à te rappeler, mais cette lettre commence à être longue. Je sais que là où tu es, tu as tout le temps devant toi ! Je garderai de toi l’image d’un ami fidèle, généreux, honnête et sincère qui a su être mon confident des années durant. Je n’oublierai jamais ton sourire éclatant et ton esprit fertile. Notre religion, l’islam, nous défend de verser des larmes sur le mort, mais honnêtement j’ai du mal à sécher les miens. C’est trop pesant pour moi.

Je m’associe à notre chère mère, Nénan Aïssatou, à tes petites sœurs, Ramatou et Binta, à Saliou Dian ainsi qu’à tous nos autres amis pour prier pour toi. Comme pour mon petit neveu Abdoulaye à côté de qui tu reposes désormais, j’érige une stèle dans mon cœur pour ne jamais t’oublier. Man,  à la vie à la mort, je te garderai en mémoire jusqu’au jour où jour où je te rejoindrai.  Que ton âme repose en paix.

A dieu mon cher ami !

Alimou

 

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13. juin
2011
société
6

Le Latsiri-et-Kossan ou l’art culinaire Peulh

Couscous (Latsiri)

Latsiri-et-Kossan ! Certains (les connaisseurs) ont déjà l’eau à la bouche à la simple évocation du nom de ce mythique plat guinéen dont les femmes Peulhs détiennent les secrets d’alcôve de la préparation. Pas une cérémonie de mariage digne de ce nom sans du Latsiri (couscous) que l’on mange goulument avec le Kossan (lait caillé). Moi qui viens d’être cocu par une troisième cousine en moins de deux ans (snif), j’ai les dents de fond qui baignent.

C’est devenu une tradition en Guinée. A l’approche du mois saint de Ramadan, les jeunes filles trouvent preneurs par centaines. Les mariages se succèdent, se chevauchent à un rythme infernal. C’est la traite. Une sorte de casting où les plus belles – ou les plus chanceuses à ce qu’on dit – passent sans coup férir. Comme à Bamako, les dimanches à Conakry c’est le jour des mariages. Amadou et Mariam ne trouveraient rien à redire. Le mois qui précède le Ramadan est rebaptisé « mois des filles » pour la circonstance.

En dehors du fait que ces cérémonies de mariage pompeux à souhait aient le don de conférer à nos villes une allure carnavalesque, c’est aussi et surtout une occasion de se régaler. La bouffe foisonne en dépit de la crise économique qui mine le pays. Les parents des mariés, soucieux de sauver l’honneur, se saignent des quatre veines pour remplir des panses béantes en cette période dite de « soudure ». Une aubaine particulièrement visée par les Niamakalas (Troubadours) et autres mendiants qui écument les quartiers pauvres de Conakry pour se gaver.

Au menu : du riz et de la viande pour l’essentiel. Le riz c’est le caviar du Guinéen moyen ; pourvu que ce soit en grandes quantités. Pour les plus nantis, en plus du jus, on rajoute des plats un peu plus traditionnels. Le fonio et l’incontournable Latsiri-et-Kossan chez les Peulhs arrivent en tête de liste. Il est impensable d’organiser une cérémonie qui se respecte sans prévoir du Latsiri-et-Kossan au  goût onctueux et succulent. Ce serait fade, mesquin, voire iconoclaste. Baptême, sacrifice, mariage, veuvage, inauguration de mosquée,…il trône partout, c’est le « plat du jour » et de résistance.  Selon ses moyens et le cachet que l’on souhaite imprimer à l’évènement, il arrive que ce soit des quantités énormes de maïs et des mètres cubes de lait qui sont engloutis en une journée.

Le Latsiri est principalement fait à base de semoule de maïs. Sa préparation obéit à un processus laborieux que nous détaille Safi Baldé, une experte en la matière : « les grains de maïs sont tout d’abord concassés pour obtenir la farine. Celle-ci est ensuite finement tamisée. Puis commence une longue cuisson à la vapeur en utilisant un linge immaculé. Avant, nos grand-mères dans les villages le préparaient dans des canaris en terre cuite ; maintenant notre génération recourt à des moyens plus techniques comme l’emploi de la grille d’un vieux ventilateur qu’on pose sur une marmite d’eau bouillante en guise de support ».

Préparation

Même « modernité » dans la fabrication du lait caillé appelé Kossan qui, invariablement, accompagne le Latsiri. On fait dissoudre du lait en poudre dans de l’eau puis on ajoute du yaourt pour le cailler par fermentation. Le lait de vache « naturel » est de plus en plus boudé. « Cela se justifie par les grandes quantité de lait requises pour les grandes cérémonies », explique Safi.

Lait (Kossan)

Une modernisation de la préparation de cette spécialité séculaire du peuple Peulh qui m’a peu à peu ôté son goût. Aussi loin que remontent mes souvenirs de petit villageois, j’ai toujours mangé le Latsiri-et-Kossan préparé dans des poteries et accompagné du lait naturel de nos propres vaches. Au besoin, nous rehaussions le goût avec du sel de cuisine. Maintenant,  on le sucre. A l’occasion du Touppal (abreuvage des animaux de vase salée), on mettait du beurre de vache dans le couscous avant d’y ajouter du lait non écrémé. Ce qui donnait au plat une saveur à la fois exquise et d’une rare onctuosité. J’en garde encore des images et des senteurs gastronomiquement impérissables. Enfin, la sobriété du plat et la solennité de sa dégustation (on le mangeait à la main) lui conféraient un symbole de prestige et d’identité. Des valeurs qu’une certaine « société de consommation » commence à travestir.

De nos jours, le prestige s’exprime en gaspillage pour le m’as-tu-vu. Récemment, il arrivait que des quantités astronomiques de couscous soient préparées pour finir dans la poubelle. Toutefois, la galère qui gangrène la Guinée constitue une véritable industrie d’affamés. Ceux-là sont capables de venir à bout  de n’importe quelle montagne de Latsiri, traditionnellement préparé ou pas, eut-elle été aussi haute que La Dame du Mali.

 

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08. juin
2011
Portrait
3

Mon portrait

Alimou Sow

Chers lectrices et lecteurs de ce blog, voilà pratiquement huit mois que bien d’entre vous viennent ici régulièrement pour lire, parfois rire, et réagir de temps à autre.  Au fil du temps, ma tronche vous est devenue familière en trônant à droite de cet écran. Je sais, pas de quoi être trop fier, elle ne paie pas de mine…pour certains ! Et puis quoi ?

Lors de mon séjour de formation à Dakar avec d’autres jeunes venus des quatre coins du monde, nous avions été soumis à l’exercice du portrait croisé. Je ne pouvais pas tomber mieux qu’entre les mains d’une « Gringa » française du nom de Christelle Bittner. Elle m’avait cuisiné pendant trois quart d’heures pour dresser mon portrait qui s’affiche sur son blog, Un autre Pérou. Ça date déjà, mais mieux vaut tard que jamais pour celles et ceux qui désirent savoir davantage à mon propos. C’est ici.

 

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02. juin
2011
Non classé
3

La Guinée a-t-elle un Président ou une Présidente de la République ?

Il y a, au fil de nos lectures, des textes qui ne nous laissent jamais indifférents. Telle de l’encre indélébile ils nous collent à la… mémoire, ne nous quittent jamais ou presque. C’est le cas – en tout cas   pour ce qui me concerne – de l’article ci-dessous, pêché sur un site web guinéen, comme il en existe des vertes et des pas mûres, au nom évocateur de guineelive.com.


Hadja Rabiatou Serah Diallo promet de dire la vérité au président Alpha Condé

MERCREDI, 01 JUIN 2011 22:12

La présidente de la république a reçu en audience ce mercredi la présidente du conseil national de  transition et certains membres de l’institution.

Au menu de la rencontre, parler de la coopération entre le législatif et l’exécutif.
Et pour la présidente du CNT, certains guinéens peuvent créer des problèmes là où il en existe pas. En opposant les gens ou encore en dressant les uns contre les autres. Pour cela  elle a demandé à la présidente de faire attention a son entourage.
Par ailleurs, tout en rassurant la présidente de la république de l’accompagner dans sa mission de redressement et de changement du pays, la présidente du conseil national de la transition, Hadja Rabiatou Serah Diallo a promis de dire la vérité au président Alpha Condé sans complaisance s’il le faut.
Pour sa part, Alpha Condé a étalé de long en large  ce qu’il a hérité de la Guinée qui est plutôt un pays et non un ETAT. Il a en outre promis d’honorer ses engagements quelque soit les difficultés.  C’est pourquoi, il dit avoir payé les arriérés de salaires des diplomates guinéens et les contributions de la Guinée au niveau des instances internationales.
Mais au cours de cette audience, il faut dire que le conseiller diplomatique du président Alpha Condé était présent a la rencontre et assis en face de la présidente du CT.
Alpha Ibrahima Keira  est  ancien secrétaire général du ministère de la fonction publique, ministre de la fonction publique, des transports et secrétaire général à la présidence de la république. Il  n’est pas un inconnu de la  présidente du conseil national de  transition, Hadja Rabiatou Serah Diallo. En 2006, ils se sont accrochés puis en 2007. D’où le mouvement social de janvier et février  2007 et les événements malheureux qui s’en sont suivis. La suite est connue. Est-ce les vieilles rivalités qui reviennent ? Rien n’est moins évident.

Mohamed Soumah

Si vous disposez encore assez d’énergie pour continuer à lire Mohamed Soumah, rendez-vous à la source. Si c’était pour un coup de pub gratos, en voilà un!

 

 

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27. mai
2011
Vie urbaine
5

Quand l’affaire DSK ravive les relents ethno des Guinéens

Bullshit ! Ai-je dit en découvrant cette satanée interview d’une certaine Doussou Condé sur YouTube, brocardant comme une possédée Nafissatou Diallo, à grand renfort de supputations.  Bullshit, ai-je lancé en parcourant la ribambelle de commentaires qui accompagnent la vidéo vue plus de 8000 fois ! Bullshit, ai-je dégainé quand, au détour d’une conversation dans les rues dégueu de Conakry, des piques du genre « ah, c’est une p…celle-là, elle l’a bien mérité » ont ricoché dans mes oreilles. Du coup, mon « Bullshitomètre » est en passe d’imploser à force de répéter le mot de Cambronne à l’américaine.

En plus de faire entrer pour la postérité l’étrange mot de « Tchakoulé » ainsi que le nom « Nafissatou Diallo » dans les serveurs de Google, l’autre effet collatéral de l’affaire DSK est de réveiller les vieux-jeunes démons de l’ethnocentrisme des Guinéens.  Depuis le 14 mai dernier – date de l’éclatement de l’affaire ­– et surtout depuis qu’il est établi que Nafissatou Diallo est une Peule de Guinée, ses compatriotes d’ici et d’ailleurs ont renoué avec les réflexes communautaristes.

Je vous le dit tout de go : il s’agit des Peuls et des Malinkés, les deux plus grandes ethnies de la Guinée. Respectivement 40  et 30 % du reste de la population (1996). Ils s’en veulent depuis les premières heures de notre pseudo-indépendance.  Sékou Touré, le Premier Président (Malinké)  a zigouillé des milliers de personnes au camp Mamadou Boiro de Conakry (on parle de 50 000). Des Peuls pour la plupart avec notamment une velléité de décapiter  leur élite comme l’assassinat de Diallo Tély, premier Secrétaire Général de l’OUA.  La dernière élection présidentielle opposant au second tour Cellou Dalein Diallo (Peul) et Alpha Condé (Malinké) a complètement déchiqueté le tissu social déjà fissuré. Maintenant, les deux communautés se regardent en chiens de faïence, se balancent des quolibets à chaque occasion. L’affaire DSK en est, malheureusement, une autre !

Même s’il y a des incertitudes dans les deux camps concernant cette affaire, ce que je constate surtout est que l’on supporte ou vilipende Nafissatou  selon qu’on est Peul ou Malinké dans la plupart des cas. Dans les marchés, au bureau, à l’école, dans les transports publics, on ne parle que de ça. Bonjour les supputations, les accusations, les menaces et les insultes. Analphabètes et intellectuels jouent le même jeu, fument le même calumet, bouffent dans la même gamelle ethno.

Comme avant et après l’élection présidentielle, la guerre s’est propagée sur Internet. En première lignes, les réseaux sociaux. Sur le front Facebook, les murs sont inondés des propos malsains. Les Condé et les Diallo s’envoient des obus par Nafissatou interposée. Les uns (pas tous) la discréditent à cause de son origine ethnique, les autres (pas tous non plus), essaient de la défendre par affinité, que dis-je, par parenté. Le tout avec Cellou Dalein et Alpha Condé en filigrane. Purée !

Avec 383 amis sur Facebook, dont un groupe politique sulfureux, et un compte Twitter où je suis la plupart des médias internationaux, je prends le tout en pleine gueule. Depuis que j’ai découvert et installé TweetDeck sur mon Galaxy, rien ne m’échappe, le matraquage devient plus intensif, plus violent. C’est un peu comme se positionner sur une guérite pour observer des prisonniers qui s’étripent en bas.

La Justice américaine, libre et indépendante n’a pas hésité de mettre aux arrêts, puis d’inculper l’une des personnalités les plus influentes de la planète, soupçonnée d’agression sexuelle. Vu d’ici, cela est d’autant plus ahurissant que des dizaines de femmes, publiquement et horriblement violées le 28 septembre 2009, se murent dans le silence en attendant une hypothétique justice. Ici, personne ne moufte alors que des Associations féminines françaises ont manifesté la semaine dernière pour dénoncer les dérives sexistes de certains hommes politiques.  Plus près de chez nous, au Sénégal, la société civile et les défenseurs des droits de l’homme prennent fait et cause de l’affaire DSK pour soutenir Nafissatou. Pendant ce temps, mes compatriotes se cyber-attaquent à propos d’une de leur compatriote sous le silence coupable des autorités pour qui la « réconciliation » est une farce.

Ainsi va la Guinée, pays immensément riche mais réduit à tendre la sébile à cause de l’incapacité de ses dirigeants à faire taire les rancœurs en rendant justice, à extirper les mesquineries et les bassesses ethniques pour amorcer le développement tant espéré. On est descendus trop bas.  Bullshit!

 

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Un clic sur les réalités socio-culturelles de ma Guinée dans sa diversité

Auteur·e

L'auteur: Mamadou Alimou SOW
Blogueur guinéen de Conakry, je suis passionné de réseaux sociaux et de nouvelles technologies. L'humour est mon compagnon, la sérendipité ma valise. #Blog #Blagues #Tweet

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