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Ma guinée plurielle
25. févr.
2012
Politique
1

« Bambéto », laboratoire de la démocratie guinéenne

Longtemps abandonnés, souvent instrumentalisés, toujours violentés mais plus que jamais déterminés. « Voyous » et « suicidaires » pour les uns, « révoltés » et « assoiffés de démocratie » pour les autres. Depuis 2006, les jeunes de Bambéto, quartier populaire de la banlieue nord de Conakry, expriment leur colère dans une Guinée qui se cherche plus d’un demi-siècle après son indépendance. D’où vient  la rage de ces acteurs du changement en Guinée ?

Dimanche, 19 février 2012 plateau de Koloma au cœur de Bambéto. Sur un terrain de football couleur ocre entouré de ruines, le tourbillon qui charrie la poussière faisant voltiger des sacs plastiques en l’air ne démonte pas le jeune Hady Barry.

« Nous disons que la jeunesse de Bambéto est une et indivisible, malgré les tentatives de déstabilisation que nous constatons par les spécialistes de la  division », proclame-t-il.

Le porte-parole « circonstanciel », martèle que Bambéto n’est « pas à vendre, encore moins à corrompre ». Les jeunes du quartier recevaient Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG (principal parti de l’opposition).

Leur cinglant message s’adressait au gouvernement d’Alpha Condé. A deux jours  de la « journée ville morte » du 13 février organisée par l’opposition pour «exprimer le ras-le-bol des Guinéens face aux violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales», le président Condé avait convié les jeunes de Bambéto, et uniquement les jeunes de Bambéto, dans son palais  Sékoutouréyah à Kaloum pour dit-on « maintenir la paix ». En réalité, une manœuvre visant à couper l’herber sous le pied des opposants qui s’est transformée en pétard mouillé.

Car non seulement Alpha Condé s’est retrouvé devant une assemblée hétéroclite, désorganisée et composée de jeunes chômeurs péchés un peu partout dans les quartiers de Conakry par des ministres capables de réunir autour d’un banquet activistes du Hamas et agents du Mossad, mais aussi le mot d’ordre de la  « journée ville morte » a été observé  à …Gaza.

Bande de Gaza

Oui, la zone occupée par les quartiers de Bambéto, Hamdallaye, Cosa, Cité, Wanindara dans la commune de Ratoma,  porte les sobriquets de bande de Gaza, Bagdad ou encore le Golfe. Dans les médias, ce sont les quartiers « chauds de Conakry », le  « fief de l’opposition »  «l’Axe » (sous-entendu du mal). Une métaphore qui en dit long sur les violences et la tension quasi-permanente qui y règnent.

Les jeunes de ces quartiers dont les parents sont majoritairement originaires du Foutah Djallon (Bambéto serait le nom d’un village de Pita) sont de simples élèves, de petits cireurs de chaussures, des marchands de textile ou pour la plupart des chômeurs qui, à longueur de journée autour d’un thé, montent et démontent des plans pour sortir de la galère qui les étrangle. Des quartiers dépourvus d’infrastructures de base où le temps d’un jeu,  la chaussée se transforme en terrain de football.

Foyer de multiples contestations qui ont secoué la Guinée ces dernières années, la zone est malheureusement plus connue pour être un champ de bataille qu’un lieu de distraction. C’est de là qu’est partie l’insurrection de janvier-février 2007 qui a failli avoir raison du pouvoir de Lansana Conté. Ce sont les jeunes de Bambéto qui ont, le 28 septembre 2009, bravé la junte de Dadis Camara avec les conséquences qu’on connait. Eux qui ont tenu tête à son successeur Sékouba Konaté en 2010. C’est grâce à eux que Jean-Marie Doré sera nommé Premier Ministre de la transition à l’issue des accords de Ouagadougou. Le même Jean-Marie Doré qui les traitera de « voyous » en 2010, promettant de nettoyer la zone « coûte que coûte ».

Et comme chez nous les forces de sécurité ne font ni usage de balai encore moins de canaux à eau, le nettoyage se fait à la mitraillette qui arrose, les baïonnettes qui transpercent les corps, les matraques et brodequins qui brisent les côtes et renversent des marmites bouillantes. A Bambéto on humilie, violente, vole, viole et tue. Impunément. Gratuitement. Depuis longtemps.

Ils s’appellent Ibrahima Bah, Mamadou Barry, Zakaria Diallo, etc., plus de 400 jeunes de la zone de Bambéto ont perdu la vie depuis 2006, tués pour la plupart par balles réelles. Des milliers de blessés, des portés disparus et d’autres qui croupissent en prison ou qui continuent à faire des aller-retour dans les violons crasseux des gendarmeries qui poussent dans la zone comme des champignons. A  la place de jardins publics, de terrains de foot et de maisons de jeunes, on militarise les quartiers pour mieux faire passer la pilule du « changement».

Le Changement ! Un concept né dans le cœur des jeunes de Bambéto, rôdé sur le macadam da la route Le Prince à coups de matraques, pierres et gaz lacrymo depuis six ans. Un concept qu’on leur a volé en 2010 et qu’on veut leur imposer maintenant, avec la politique de la carotte et du bâton.

Kaporo-Rails, à l’origine du mal

Mais pourquoi cette colère, ce sempiternel esprit rebelle, cette témérité à toute épreuve de leur part ?

« Les jeunes de Bambéto ont grandi avec un sentiment d’injustice à cause de la casse du quartier de Kaporo-Rails. Ils sont habités par une volonté de changement d’autant plus grande que cette casse a été opérée par un ressortissant du Foutah », répond Solo Niaré, web-activiste et fin observateur de la politique guinéenne.

En effet, sous la direction d’Alpha Ousmane Diallo, ministre de l’urbanisme d’alors, le quartier de Kaporo-Rails situé dans la commune de Ratoma, a été rasé le 23 mars 1998. Dix mille maisons et magasins détruits, jetant dans la rue plus de 120.000 hommes, femmes et enfants. Aucun recasement, aucune indemnisation. Une décision du gouvernement Conté motivée pour dit-on, la « construction d’une autoroute et une cité administrative ». Quinze ans après, sur les ruines des duplex bâtis à la sueur du front, bandits de tout acabit se défoncent la tête à coups de haschisch pour mieux enfoncer les portes de citoyens à la nuit tombée.

Les sinistrés de Kaporo-Rails ont migré vers les quartiers plus proches de Cosa, Hamdallaye, Kobaya, Wanindara et Bambéto. Certains sont tout simplement rentrés au bercail, dans leur Foutah natal. D’autres ont pris le chemin de l’exil. Ce sont ceux-là qui, parfois par solidarité, souvent par affinité, transforment les réseaux sociaux, notamment Facebook, en Bambéto à chaque évènement politique en Guinée.

Kaporo-Rails bis?

Avec ce lourd héritage, Bambéto est devenu au fil du temps un terreau fertile pour les politiciens cherchant à expérimenter des idées réchauffées, sans aucune stratégie viable. Le terreau devenant un labo pour les forces de sécurité (sic) pour tester de nouvelles minutions et aguerrir les tirs de nouvelles recrues sur de « vraies cibles ».

Si la zone est habitée par les Peulhs, majoritairement rangés derrière l’opposant Cellou Dalein Diallo, « les jeunes de Bambéto ne se battent [pourtant] pas pour un leader, mais pour un idéal », soutient Solo. Pour lui, cet idéal est une soif de démocratie et  de justice.

En juin 2011, le gouvernement actuel a jeté un véritable pavé dans la mare, en lançant un ultimatum à une partie des habitants de Wanindara pour déguerpir. Les bulldozers devraient y faire un petit tour pour récupérer des « domaines de l’Eta », vendus aux populations par le même Etat. Les rappeurs de Bounkaya Faya apprécieront.

Avec les législatives qui refusent de se faire organiser depuis dix ans (les dernières remontent à juin 2002), la démocratie guinéenne peut toujours se faire tester dans les éprouvettes du laboratoire qu’est Bambéo. La question est juste de savoir quelle quantité de sang a-t-on encore besoin.

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20. déc.
2011
Voyage
8

Fötéta, ma foi !

On me l’avait pourtant dit, mais je n’y avais pas cru. A mon départ de Conakry pour Paris, quelqu’un m’avait discrètement soufflé qu’« une fois en Europe, tu seras obligé de tempérer ta ferveur religieuse ». Sa sentence me parut énigmatique, mais l’intéressé se borna à esquisser un sourire pudibond lorsque je lui demandai comment et pourquoi. En deux mois de séjour en France, j’ai largement pu vérifier la véracité de la confidence.

J’ai perdu le nord. Au figuré comme au propre. L’assiduité et surtout la ponctualité dans l’accomplissement des cinq prières quotidiennes obligatoires (un des cinq piliers de l’Islam) que j’observais au pays, ont pris un sacré coup de rabot ici. A Conakry où je mène une vie de blogueur-chômeur-CDDiste-à-l’occasion, seul l’appel du muezzin pouvait nous extirper, mes amis et moi, des interminables discussions au tour du thé où on tuait le temps, assassinait et ressuscitait Ben Laden, défendait où vilipendait Kadhafi, pourfendait ou soutenait le pouvoir d’Alpha Condé à longueur de journée.

Il n’y a pas plus fidèle qu’un diplômé chômeur guinéen. La fin de chaque prière est une occasion en or pour lui de se rapprocher d’Allah pour l’implorer à trouver un job. Un boulot rémunéré pour arrêter de se taper le matin un bol Big Max de Bandé-Khita (riz rassis) ou une tartine d’un demi Tappa-Lappa (pain local) rempli à ras bord de haricots préparés à grand renfort de bicarbonate de sodium. C’est le Togué, ou Kosovo pour les inconditionnels. L’élection d’Alpha Condé n’a pas changé la donne. Le chômage et la précarité sévissent de plus belle. Ils sont célébrés dans une belle formule moqueuse en langue Soussou : « Mangué Nènè, Khamé Nènè » (traduisez : Nouveau président, nouvelle famine).

Trouver donc un job ou se casser. « Flyer » comme on dit à Conakry. S’envoler pour Fötéta (Occident). Et me voilà à Fötéta, mais pas pour l’aventure bien sûr. En deux mois de séjour, la piété que je portais en bandoulière dans ma petite mosquée de quartier est devenue une courbe qui évolue en dents de scie. Dieu Sait que la foi et la volonté sont présentes. Mais la rareté des mosquées et lieux de prière dans Paris, le rythme de vie infernal, l’insuffisance de l’hygiène dans les toilettes pour le musulman (papier toilettes à la place de nos traditionnelles bouilloires en plastique) obligent à faire du Sonni Ali Ber en cumulant les prières le soir avec une bonne dose de courage et des décalitres de café.

« Ô vous qui avez cru ! Quand on appelle à la Salât du jour du Vendredi, accourez à l’invocation d’Allah et laissez tout négoce. Cela est bien meilleur pour vous, si vous saviez ! ». C’est écrit noir sur blanc dans le Saint Coran (Sourate 62 – Verset 9). Et de deux ! Ce vendredi, c’est avec joie que j’ai répondu à l’appel. J’ai pu accomplir la prière collective, hebdomadaire et obligatoire à la grande mosquée de Paris. C’était le deuxième. Oui, le deuxième vendredi en deux mois.  Soubouhânallahi ! Ne me blâmez pas, vous savez pourquoi.

La première fois que j’y suis allé, je venais d’arriver et j’étais porté par cette excitation touristique de découvrir les monuments emblématiques de Paris dont la grande mosquée. C’était l’époque où je me déplaçais dans trois zones parisiennes à l’aide de mon Passe Navigo (carte de transport électronique). Après trois semaines de rechargement à raison de près de 25 euros par semaine, je me suis aperçu que mon maigre budget était en train de fondre comme neige au soleil. Comme beaucoup d’autres resquilleurs, j’ai vite fait de niquer les tourniquets d’accès aux gares, jouant au chat et à la souris avec les contrôleurs de la SNCF, me moquant des formules poétiques tracées à l’intérieur des bus du genre « Qui saute par-dessus un tourniquet, risque de tomber sur un contrôle à quai ». Que celui qui ne l’a jamais fait me jette la première pierre.

Pour la bouffe, je fais le maxi pour éviter le porc et l’alcool. Sans être sûr de réussir. En fait, l’alcool rentre dans la composition de plusieurs aliments dont certains chocolats, à ma grande surprise. Dans la cuisine française, il est aussi à la base de préparation de certaines sauces aux noms bizarres : sauce à l’oseille, cuisse de grenouille à la crème. Beurk ! Avec ça, la gastronomie française est classée patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco. Allez en parler à ma grand-mère.

Amoureux de la viande devant l’éternel, je vise les menus comportant les mots « bœuf » et « volaille »  à la cantine de RFI sans me soucier de l’étiquette Halal. Depuis que j’ai visionné cette vidéo m’apprenant que l’entreprise française DOUX censée produire de la viande Halal a réussi à vendre des poulets électrocutés et égorgés à la chaine en Arabie Saoudite (à la Mecque !) et qu’une autre, FINI, fabrique et commercialise en France des bonbons estampillés « Halal » avec du porc, c’est avec suspicion que je regarde ces cinq lettres. Halal est une simple étiquette qu’on peut coller sur du jambon charentais.

Pour ma part, je me sers de la belle formule Bismillahi (Au nom d’Allah) pour « halaler » les aliments que j’ingurgite.  De la modération avec obligation. Dieu comprendra, Inch’Allah.

 

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05. déc.
2011
Découverte
2

Paris, en mode Noël

Retenez-le bien : ne jamais permettre l’accès à Internet, sans surveillance, pour un blogueur guinéen qui découvre le haut débit pour la première fois ! Vous risquez d’en faire un infirme. Relever la tête de cet écran de 10 pouces sur lequel je m’use la vue tous les jours, quitter ce clavier bruyant qui laisse des meurtrissures sur le bout de mes doigts, abandonner, le temps d’une soirée, ce canapé qui risque de me flanquer une lombalgie, n’a pas été une sinécure. Habitué en Guinée à un Internet haut-débile avec lequel je livre quotidiennement un Mortal Kombat pour bloguer, je me retrouve face à une connexion qui me permet de télécharger le logiciel VLC Playeren 30 secondes (contre 2 heures à Conakry, si la connexion est en fête). C’est le pied ! En 54 jours de séjour, je suis repu d’Internet.

Dieu merci, ce soir je vais pouvoir passer offline . Me déconnecte pour sortir. Sortir admirer Paris. Le jeu en vaut la chandelle. « Paris, ville lumière » ! La capitale française n’a jamais si bien porté ce slogan qu’en ce mois de décembre de l’an 2011 finissant. En prélude aux fêtes de fin d’année, Paris se pare. Telle une jeune femme guinéenne qui accueille son diaspo de mari de retour au bercail, la ville a revêtu ses plus jolis habits, mis ses plus beaux atours, endossé ses plus belles perles pour souhaiter la bienvenue à 2012.

Ici et là, des guirlandes lumineuses accrochées sur la façade des habitations, des magasins, des boutiques et autres épiceries scintillent de mille feux. Des arbres de Noël, naturels ou synthétiques, et des effigies miniaturisées du Père Noël se vendent déjà comme des petits pains dans les magasins. Les parcs municipaux de Paris et périphérie cèdent leur place à des marchés forains où vendeurs d’oignon Pakistanais côtoient des négociants Sénégalais qui proposent à des Occidentales de troisième âge (parait qu’il ne faut pas les appeler vieilles) des produits low cost. Crise oblige, les prix ont pris l’ascenseur rendant nostalgique du franc français ce couple des septuagénaires que j’ai croisé l’autre jour à l’arrêt de bus de Charenton-Wattignies (12ème Arr.) « Quand tu évalue ça en franc, tu réalises qu’ils sont fous », expliquait la mémé à son ratatiné de golden boy…

Ce soir donc je suis sorti. Une balade en compagnie de mon ami Souleymane sur lesChamps-Elysées, la plus belle avenue du monde, me laisse sur le carreau. Je suis subjugué devant le déluge de lumières. 200 arbres habillés de 600 anneaux en LED illuminent le parcours qui va de la place de la Concorde à l’Arc de Triomphe. De part et d’autre de l’Avenue ce sont 170 stands qui sont installés et proposent aux dizaines de milliers de visiteurs des vins chauds, des gâteaux, du chocolat, des sandwichs aux noms bizarres, des Tour Eiffel en miniature et autres babioles à deux pièces. L’Arc de triomphe, image de carte postale de mes années d’enfant rêveur à Télimélé, se matérialise devant moi, sublime et majestueux. Des touristes font la ronde, appareils photos en bandoulière mitraillant tout ce qui est monument. Sur la place de la Concorde, une longue queue se forme devant la Roue de Paris, qui du haut de ses 60 mètres, amène voltiger en l’air des couples qui se roulent des pelles à la …pelle.

Plus en retrait les magasins des grandes enseignes affichent un luxe insolent pour le Guinéen que je suis. Louis Vuiton, J.M Weston, Marc and Spencer,… Ils sont envahis par des chasseurs de cadeau de Noël. Attirés comme des abeilles par la senteur des parfums, mon ami et moi osons franchir les portiques de Channel, Dolce & Gabana et Hugo Boss. Les prix flanquent le tournis. Un flacon Hugo Boss d’à peine 100 ml à 67 euros me fouette. Un Allure Homme de chez Chanel me gifle avec 102 euros ! Mentalement, comme la mémé de Charenton, je procède à une rapide conversion : 102 € = 1 020 000 francs guinéens ! Soit près du double du salaire, officiel, d’un fonctionnaire. « Je me contenterais bien d’un déodorant Nivea Homme négocié de haute lutte pour 25 000 GNF (2,5 euros) au marché de Madina », me disais-je intérieurement.

De cette lèche-vitrine, envieuse par moments, on se contentera tout simplement de l’éclairage, de la fragrance des Parfumeries, de belles images des montres Swatch et des berlines allemandes exposées sur les stands. Des grandes marques qui ont participé au façonnement d’une société de consommation engluée dans un système capitaliste vorace mondialisé…

De Paris à Conakry, on se prépare à célébrer les fêtes de fin d’année dans la crise. Malgré tout, d’un côté et de l’autre l’alcool coulera à flots, des accidents il y en aura, des pétards résonneront, et… la comparaison s’arrête là. Les uns fêteront dans une lumière éblouissante, les autres dans une insondable obscurité. Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà.

Bonne année, par anticipation.

 

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01. déc.
2011
Découverte
0

Un Conakryka chez les Gaulois

Au 2 rue Cherubini (2ème Arr.), pour un déjeuner, je me retrouve à bouffer du japonais dans un resto (Zenzoo). Une pincée de riz avec de mystérieux petits grains noirs, des émincés de bœuf nageant dans une soupe (Satay) faite d’un patchwork de légumes, le tout servi dans une petite marmite chaude déposée sur une feuille de laitue. Le couvert est simple : deux baguettes ! Un instrument que je n’avais vu jusqu’ici que dans des films où l’acteur principal est souvent Jet ou Bruce Lee.  Je vous épargne le mauvais quart d’heure que j’ai passé à me torturer pour ingurgiter cette nourriture – pourtant bonne – à l’aide de ces deux tiges métalliques !

Plus d’un mois après mon atterrissage à Paris, mon séjour prend des allures de virée touristique. Le stage à RFI tire à sa fin. Je profite pour rouler ma bosse dans Panam. Une capitale que j’avais déjà visitée, revisitée, dont j’avais arpenté les rues, comme l’Avenue des Champs-Elysées, fréquenté les grands monuments tels la Tour Eiffel ou le Louvre, reluqué les belles nanas croisées dans le métro en…rêves. Des fantasmes amplifiés par des photos postées sur Facebook de ceux qui avaient déjà fait le pèlerinage, en vrai, de ces lieux mythiques de Paris.

Un mois loin de Conakry, ça dépayse grave.  Le calvaire pour emprunter le taxi, la chaleur et les moustiques, la gaité dans les cafés et gargotes, etc. Mais des multiples particularités qui caractérisent le quotidien de ma capitale, trois choses me manquent et me marquent singulièrement.

C’est d’abord, le chant du coq au lever du soleil. Je n’en ai jamais entendu ici. Dans mon petit village de montagne, c’est pourtant la Rolex des vieux. Fidèles à l’adage qui dit « qui veut vivre cent ans aux cris du coq se lève », ils sont sur pied dès le premier cocorico.  A Conakry, la capitale, c’est pareil.  Le chant du coq est un réveil dans de nombreuses concessions qui perpétuent en milieu urbain l’élevage des oiseaux de la basse-cour. A la différence du village, le chant du coq à Conakry est étouffé par le brouhaha de la ville grouillante de Magbanas vétustes et autres Peugeots vieillots, des « au revoir la France », comme on les appelle à Ouaga (Burkina Faso).

La deuxième chose, c’est l’appel du muezzin. Chez moi, il rythme la journée. A Paris, la première fois que je l’ai entendu, c’est en allant faire le vendredi à la Grande Mosquée de Paris. J’avoue que je n’y vais pas souvent. Même ma ponctualité dans les cinq prières quotidiennes a pris un sacré coup ici.  Le train de vie, le manque d’hygiène requise pour le musulman dans les toilettes, l’extrême rareté des lieux de prière sont des facteurs explicatifs. Du coup, je fais comme le roi Sonni Ali Ber en me rattrapant par un cumul le soir après le boulot. Il l faut dire que les mosquées, ça ne court pas les rues par ici. Encore que c’est l’UMP (Union pour la Majorité Présidentielle) qui est au pouvoir. Si le Front National prend les commandes, ça risque de se raréfier davantage. Quoi que les appels de pied entre les deux partis ces derniers temps sont hallucinants… Chez moi donc, l’appel du muezzin qui annonce la prière complète le chant du coq dans une belle harmonie pour aiguillonner fidèles et travailleurs.

Le troisième élément qui me manque concerne cette fameuse rengaine de Wéé Té faa(Youpi, la lumière !) criée dans une clameur bluffante par les marmots pour annoncer le retour du courant dans les foyers. A Conakry, pas besoin d’actionner l’interrupteur pour vérifier la disponibilité du courant ; les enfants se chargent d’annoncer votre « tour » du jus servi au compte-gouttes. Les délestages sont si fréquents qu’ils sont célébrés par une chanson, « Conakry électricité » devenue tube, du reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly.  A Paris, tu es certain qu’en appuyant sur l’interrupteur, à tout moment, ton ampoule va s’allumer. Seulement, on ne le fait que quand c’est vraiment indispensable. A Conakry, lorsqu’il y a le courant dans la journée (ce qui n’arrive que les jours de fête) les Conakrykas ont le malin plaisir de laisser allumées toutes les ampoules de la maison dans un élan de célébration et de défi à l’Electricité de Guinée (EDG). Ici, les factures d’EDF (Electricité de France) sont si budgétivores pour les ménages qu’on n’ose se le permettre.

Enfin, si je ne regrette pas les sprints éreintants que je me tapais pour rattraper un taxi à Conakry, le manque de convivialité dans les transports parisiens me déprime un brin. Dans le métro, RER, tramway et bus, chacun a les yeux rivés sur 20 minutes (quotidien gratuit), sur un livre ou sur un Smartphone. Le calme n’est interrompu que par les speakers de la SNCF qui régulent le trafic ou par le bruit des bottes qui courent sur le plancher. Le langage du regard remplace la parole. Les regards furtifs intéressés échangés sur les quais se retrouvent poétisés dans la rubrique « Courrier du cœur » de Métro (autre gratuit).

A mon tour, sur la ligne C, j’ai accroché le regard d’une jeune et jolie fille armée d’un gros appareil photo ! « Vous êtes photographe », osais-je. « No, I’m a tourist », me répondit-elle. J’ai juste eu le temps d’apprendre qu’elle vient de Seattle (USA), avant que le train ne me dépose à la gare des Invalides. Je revois encore, à travers la vitre, ses yeux brillants et ses longs cheveux seyants.

 

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27. nov.
2011
Voyage
9

Le Consul M’A TUER*!

cibletrade.com

Immergé dans le rythme de vie parisienne, un poil stressant, et victime du syndrome de la page blanche, je partage avec vous ce texte écrit après le refus de visa que m’a opposé le Consulat de l’ambassade de France à Conakry en aout. Je m’étais défendu de le publier à l’époque. Trois mois après, le voici déclassifié.

« Oh non, tu plaisantes » ! « Merde alors » ! « Incroyable, pourquoi ? » « C’est vraiment rageant »… Ah, qu’on peut en recevoir des réactions d’indignation des amis et des connaissances quand on se fait larguer pour un visa, même de court séjour !

Mercredi, 24 aout 2011 en début d’après-midi devant la grille d’entrée de l’Ambassade de France à Conakry. Une petite foule s’agglutine sur des bancs en bois vissés sur le carrelage pour échapper aux maraudeurs nocturnes de Kaloum (quartier administratif). Deux jeunes étudiantes trépignent. Près de moi, l’une d’elles, coiffée d’un mouchoir négligemment noué sur la tête, tremblote de la main gauche. Une autre, plus loin, prie dans le silence. La tension est palpable. Une angoisse à couper au couteau. Chacun redoute le moment fatidique d’ouvrir son passeport.

A l’intérieur, la minuscule salle qui accueille les demandeurs de visa venus retirer leur passeport affiche plein. Calme total. Tout se passe dans la tête et les cœurs. Le silence n’est interrompu que par les « au suivant » d’un vigile baraqué qui collecte les quittances du versement des 60 euros des frais non remboursables de demande du visa. Mon tour arrive. A travers une vitre, par un passe-billets, on me glisse mon passeport et une fiche à signer. « Youpi, je l’ai », me dis-je intérieurement. Dehors, j’avais ouï dire que « quand on t’invite à signer un papier, c’est que tu as le visa ». Je signe donc. Sans lire. Vous comprenez pourquoi. Le passeport en main, je le feuillette frénétiquement. Il n’est défloré que par un cachet qui indique : « visa demandé le 24/08/11 à Conakry ». Merde ! C’est le mot que je lâche. Machinalement.

Une fois hors des locaux de l’Ambassade, je déchiffre la fiche signée. C’est la notification de refus de visa. Sur une enfilade de neuf cases, la deuxième est cochée : « l’objet et les conditions du séjour envisagé n’ont pas été justifiés ». Un deuxième « Merde » s’en va, suivi d’une poussée d’adrénaline!

Pourtant, en recevant quelques jours plus tôt une lettre d’invitation de Radio France Internationale (RFI), j’étais aux anges. Deux mois de stage à la Radio du monde ! J’ai mis toutes les chances de mon côté. Pas de temps à perdre. Il faut vite mobiliser tous les dossiers nécessaires.

Je commence par renouveler ma connexion Internet mobile qui me coûte déjà une fortune que je n’ai pas (450 000 francs (46 €) par mois) ! Mais ça vaut le coup, il ne faut pas perdre contact avec Paris. Ou risquer une demi-journée de combat avec Internet Explorer 6 pour ouvrir son mail dans un cyber poussif de banlieue où le verbe « réactualiser » à l’impératif bat tous les records de conjugaison. J’écume les sites de l’Ambassade de France et de la diplomatie française. Je télécharge tout ce qui a trait à un séjour en France : fiche de renseignements, formulaires de demande de visa Schengen, tutoriels de remplissage du formulaire, etc. J’installe même sur mon Galaxy l’application Conseils aux Voyageurs, destinée pourtant aux expats français ! On ne sait jamais.

J’acquiers une assurance voyage à 453 000 GNF couvrant trois mois. Mais le gros problème, c’est comment mobiliser les ressources financières pour le voyage et le séjour. Je découvre le site ulule.fr sur lequel je m’empresse de monter un projet. Celui-ci est mis en orbite mais fait du surplace. Le système de versement des contributions via PayPal est un handicap. Les contributeurs redoutent de lier leur compte bancaire à un site Internet. Normal. Je ramène le projet donc sur le terrain familial et médiatique. Là c’est la joie. En quelques jours les promesses de dons explosent, surtout du côté des USA grâce à Guineeview et Médias d’Afrique. Je peux dormir sur mes deux oreilles. Pas pour longtemps !

Reste un autre obstacle de taille. Une attestation d’hébergement à Paris, signée par la Mairie de l’hébergeur. Je balance des messages à tour des bras. Un pote m’avait dit « fais n’importe quoi, mais ne laisse pas cette chance t’échapper ». Ça a été un super carburant pour moi. Je finis par avoir un engagement d’hébergement via mail. Ce n’était  pas mieux, mais c’était moins que rien.

Après avoir photocopié, légalisé, photocopié les légalisés à coups de dix mille, vingt mille, trente mille francs, le tout pendant l’hivernage et le ramadan dans une ville de Conakry aux allures de capharnaüm, j’étais à peu près prêt pour déposer mon dossier de demande de visa. Mais là aussi il faut prendre rendez-vous. Un véritable casse-tête chinois. Pour se décharger des appels téléphoniques qui faisaient exploser son répondeur, le service des visas de l’Ambassade a sous-traité la fixation des rendez-vous avec une startup, Africatel AVS, basée du côté de Dakar. Pour prendre rendez-vous il faut acheter pour 75 000 GNF une carte (un simple papier en réalité) comportant un numéro de téléphone dans l’une des deux agences bancaires agréées. Partout c’est la queue. C’est à croire que tous les Guinéens veulent émigrer !

Bref, je parviens, in extremis, à trouver un rendez-vous pour la comparution. Le jour J, j’ai le malheur de tomber sur une femme pas très sympa pour réceptionner mon dossier. Verbe haut, regard incandescent. « Pourquoi partez-vous en France » m’assène – t – elle avec condescendance. Pas le temps de répondre avant qu’elle enchaine : « ne me montrez pas ça, je n’en ai pas besoin » quand je veux exhiber un justificatif.

La rage au ventre, j’encaissais, stoïque, sa façon de m’infantiliser. A la sortie de l’entretien, j’ai vite fait de rétrograder ma chance d’obtenir le visa de triple « A » à un simple « A » bancal! Réflexe prémonitoire puisque, une semaine plus tard, je retirais le passeport sans visa ! Une bérézina qui enterre deux mois d’espoir déçu et de galère. Me voilà réduit à collectionner des réactions d’indignation. Aie, le consul des Français m’a tuer*!


*Cette faute d’accord (TUER), admise, est issue d’une célèbre formule, OMAR M’A TUER, suite à une affaire de meurtre à Mougins en France en 1991. Les gendarmes avaient retrouvé cette formule tracée sur les murs avec le sang de la victime.

 

 

 

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07. nov.
2011
Politique
11

Lettre ouverte à Alpha Condé

Monsieur le Président,

J’avais pris sur moi la décision de n’aborder ici que des sujets sociaux avec humour et autodérision. Je le dis sous le contrôle des habitué(e)s de cette page. Mais, comme cet autre fouineur, depuis que j’ai fait cette découverte, objet de la présente lettre, ça me démange de vous en parler. Vous excuserez donc de cette digression…politico-diplomatique !

Monsieur le Président, je vous sais occupé. Quarante ans de vie d’opposant c’est éreintant. Se retrouver après sur le fauteuil présidentiel tant rêvé à gérer les récriminations, jérémiades et cris d’orfraie des politiciens, comme vous le faisiez avec ceux qui ont précédemment occupé ce même fauteuil, doit être édifiant. J’imagine qu’en un an au pouvoir, vous en savez quelque chose. Si en plus de tout cela on doit surveiller les « manœuvres »  des voisins, tel ce Wade sénile (85 ans. Tiens, tiens) et amnésique au point d’imputer à Hitler le déclenchement de la Première Guerre Mondiale, l’agenda doit être vachement corsé…

C’est pourquoi j’ai choisi de décacheter cette lettre. Je fonde l’espoir que vous tomberez dessus. Ou dans la cinquantaine de ministres de votre gouvernement, un d’entre eux va se retrouver sur ce blog en googlisant « conseils » ou « Alpha ».  Si ça devait arriver, je prie pour que ce soit le Ministre des Affaires Etrangères ! Pourquoi lui ? C’est tout bête.

Monsieur le Président, en aout dernier, alors que j’écumais les sites Internet de la diplomatie française pour la constitution d’un dossier de demande de visa Schengen, je suis tombé sur une application: Conseils aux Voyageurs. Je précise que je surfais à partir d’un Smartphone (téléphone intelligent). Ce qui est, vous conviendrez avec moi, peu courant dans notre pays. Et surtout risqué en public. J’y reviendrai plus longuement.

L’application, labélisée, conçue par le Ministère Français des Affaires Etrangères est destinée aux expatriés français. Je l’avais tout de même installée sur mon téléphone. Curiosité de blogueur-apprenti-Geek oblige ! En explorant son contenu, je suis tout simplement tombé des nues face à la crudité des propos. C’est loin, très loin de l’habituel langage diplomatique hypocrite. Sur la fiche pays de l’appli, voici ce qu’on peut lire sur la Guinée que vous présidez, « Château d’eau de l’Afrique de l’Ouest », « Scandale géologique »:

Sécurité: « A Conakry et dans sa banlieue, les conditions de sécurité sont sensiblement dégradées avec une augmentation du nombre d’attaques à main armée. » Difficile, Monsieur le Président, de nier cette affirmation quand on vit dans notre capitale qui prend des allures de champ de tirs certaines nuits. Après ce qui s’est passé dans votre propre résidence de Kipé le 19 juillet, vous ne direz pas le contraire. Enfin…Tenez, on lève même un coin de voile sur l’identité des bandits: « Les agresseurs sont armés, souvent porteurs d’uniformes kaki ou noir type treillis, et parfois cagoulés. » Moi je vois de qui il s’agit, pas vous ?

C’est à cause d’eux que l’ambassade recommande à ses ressortissants « d’éviter de circuler la nuit ». Plus loin on conseille « de ne pas ouvrir sa porte à des policiers ou militaires qui se présenteraient à l’impromptu »! Oui, Monsieur le Président, vous avez bien lu. Pour la journée, il est écrit: « La sécurité est globalement assurée dans le centre-ville de Conakry. Il est cependant recommandé d’être très attentif dans les marchés (Niger, Madina, Taouyah) où harcèlements et vols à la tire sont fréquents ».

Pour le harcèlement, je ne sais pas. Mais pour les vols, j’ajouterai aussi dans les taxis et les…mosquées! Le taxi c’est pour moi, la mosquée pour vous, Président !

Le 4 octobre passé je circulais dans un taxi surchauffé en haute banlieue de Conakry. A la faveur d’un bouchon au niveau du quartier d’ENCO5 (à l’endroit même où, le 19 janvier 2005, votre prédécesseur, le Général Lansana Conté avait échappé à un “attentat” mené par un “commando” amateur), un voleur à la tire m’a arraché, par la portière, mon inséparable (?) Smartphone sur lequel je me rinçais l’œil depuis avril! Il s’est éclipsé dans les dédales obscurs du coin, sans aucune possibilité pour moi de le rattraper. Adieu  Samsung Galaxy!

Pour vous, c’est arrivé à l’occasion de la prière inaugurale de la mosquée de Tafory à Kindia le 11 mars dernier, n’est-ce pas? J’ignore si le vôtre était un Smartphone ou un « deux-puces » acheté à Madina, comme de mauvaises langues le supputaient…Si j’ai été impressionné par la promptitude de mon voleur, la ruse et surtout l’audace employées par le vôtre pour vous piquer votre téléphone entre tous les services de sécurité m’avaient atomisé ! Avant de revenir à nos moutons, je voudrais savoir : l’avez-vous retrouvé, le téléphone ? J’avais lu quelque part qu’un ultimatum avait été lancé au pickpocket pour qu’il le ramène, faute de quoi il allait subir un mauvais sort. Dans mon cas, il court toujours. Si le coup du mauvais sort a fonctionné chez vous, veuillez penser à moi, Monsieur le Président.

Transports : On annonce que l’infrastructure routière est en « nette amélioration ».  Mais que « Le 4×4 est indispensable pour circuler dans le pays (prévoir deux roues de secours) ». Que faire en cas d’accident ? «… La prudence invite à quitter le lieu du sinistre sans sortir de son véhicule pour éviter toute réaction agressive éventuelle de la population ». Celui qui a écrit ça devait avoir vidé deux casiers de Skol (bière locale), coup sur coup. S’asseyant sur notre moralité, il poursuit : « Disposer toujours d’au moins 50 000 FG sur soi pour proposer une compensation à l’accidenté, même s’il est responsable » ! Celle-là, par contre, me fait le même effet que le message : « Il est mort, Jim ! » que me renvoie Google Chrome quand il se plante. Horripilant !

Santé et Hygiène : pour éviter la diarrhée, « Il est conseillé de ne pas boire l’eau du robinet: préférez les eaux en bouteilles capsulées ». J’ai envie de demander : que faire de notre « Château d’eau » ? Les expats sont invités à « Evite [r] l’ingestion de glaçons, de jus de fruits frais, de légumes crus et de fruits non pelés ». En réalité de ne pas se rendre à Kindia quoi, notre ville des agrumes.

Monsieur le Président, y en a encore et encore. Je vous invite à y jeter un coup d’œil. Si certains de ces conseils apparaissent totalement farfelus, il faut reconnaitre que la plupart collent à la réalité. La triste réalité. Comme on dit chez nous, la vérité rougit les yeux mais ne les crève pas. Le contenu de cette application est à lui seul un programme de développement pour la Guinée. J’aurais aimé que vous le fassiez réécrire par ses auteurs en résolvant les tares citées. Mais j’avoue que l’orientation de votre politique de développement depuis votre accession au pouvoir en décembre 2010 manque de lisibilité pour moi. Mais ça, c’est une autre paire de manches…

En vous souhaitant bonne année 2012 par anticipation, veuillez recevoir, Monsieur le Président, les salutations d’un citoyen soucieux de l’image de son pays.

 

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25. oct.
2011
Découverte
13

RFI, cuisine interne

« Quand tu arrives à RFI, on te fait avaler une horloge » me souffle Laurent Sadoux. L’homme d’Afrique Midi à la voix caverneuse, « une voix qui me fait un terrible effet » de l’avis d’une fidèle auditrice de Guinée, esquisse un sourire victorieux en sortant du studio 158 de la Maison de la Radio. Trente minutes, montre en… tripes, pour annoncer la tombée de Bani-Walid aux mains des combattants du CNT, le ralliement à Ellen Sirleaf de Prince Johnson, le charcutier de Samul Doe, le procès de Malick Noël Seck, le « pourfendeur » de la candidature du « Vieux » Wade, etc. Le tout entrecoupé de jingles, courtes pauses et petites pubs dosées à la seconde près.

A RFI Laurent Sadoux et Afrique Midi, c’est un peu comme du fonio et la sauce gombo. Ça va forcément ensemble. Difficile d’avaler l’un sans l’autre. Eh oui, j’ai toujours été frappé par l’image de ces vieux cultivateurs accrochés aux flancs d’une colline quelque part au Foutah Djallon (Guinée) prenant une pause pour écouter Afrique Midi sur un vieux transistor balançant au bout d’un rameau. « Afrique Midi, c’est doux avec Sadoux », poétisait l’un d’eux, devenu Laurent-dépendant.

C’est entendu que RFI est très écoutée en Guinée et en Afrique en général. C’est, de toute façon, le vivier de l’auditoire de la radio… Les voix de RFI résonnant dans l’habitacle d’une vieille Peugeot 505, dans un salon huppé, ou à l’intérieur d’une masure en palissade sont devenues familières. Combien de fois j’ai dormi à Labé, un poste radio chinois collé à l’oreille, avec le rythme de la voix d’Emmanuelle Bastide à l’époque de son émission l’Ecole des Savoirs ? Combien de jeunes filles sont tombées sous le charme du « Bonjour, très heureux de vous retrouver » guttural de Juan Gomez d’Appels sur l’actu ?  Combien de patients trouvent du réconfort en écoutant simplement le générique de Priorité Santé que pilote délicatement Claire Hédon? Tiens, l’autre jour à sa sortie du studio,  je l’ai appelée « Docteur » en assistant à son émission en compagnie de Docteur Catherine Solano qui anime la chronique que vous savez. Le lapsus était trop juste !

Maison de la Radio

Et quand Mamane me malmène avec : « tu es Peulh du Foutah toi, vous ne pouvez pas le cacher», j’ai souri. Puisque physiquement, lui et moi, on a tellement des similitudes que je n’ai pas manqué de lui faire la remarque : «tiens Mamane, tu ressembles à un Peulh toi aussi ». Et il révèle : « c’est vrai, du côté de ma mère je suis Peulh ». Quoi qu’il en soit un Nigérien est un Peulh, morphologiquement…

A l’autre bout du monde sur un poste radio, un baladeur numérique ou un téléphone portable on n’entend que la voix de l’animateur à laquelle on finit par s’habituer. On ignore souvent qu’il y a tout une équipe derrière. En effet, de l’autre côté de la baie vitrée s’activent de petits diables incroyablement agiles. Dans leur jargon, ces virtuoses de la technique ne jurent que par console, mic, boutons, enregistrement, etc. J’ai même entendu une expression assez originale avec Didier Bleu de l’équipe de Priorité santé : « ça ré-pisse partout !». Traduisez : « il y a de l’écho partout ». Enfin, c’est ce que j’ai cru comprendre en entendant le crachotement discret que faisaient les haut-parleurs.

Au Service Afrique où « je  stage » depuis un peu plus d’une semaine, tout est normal jusqu’à ce qu’un ponte de type Kadhafi décide de se faire capturer et massacrer.  Alors là c’est le rush (ruée).  Tous les journalistes deviennent des athlètes à forcer de sprinter entre le bureau et la cabine d’enregistrement des interviews. Hussein Bolt apparaitrait ainsi comme un piètre coureur devant les performances d’une Charlotte Idrac par exemple!

Je suis loin d’avoir tout découvert dans ces interminables labyrinthes circulaires de la Maison de la Radio qui abrite RFI. Henry Bernard, l’architecte de ce « véritable temple du monde de la radio en France » devait être payé au kilomètre des couloirs! Un bémol tout de même : après deux semaines de fréquentation, je m’y perds de moins en moins. CQFD !

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12. oct.
2011
Voyage
14

Paris, RFI : pari réussi !

Au pied de la Tour Eiffel

Bintou, d’origine burkinabée, est sans-papiers. Venue à Paris à la recherche d’une vie meilleure, elle est tombée sur un os. Pas de toit, pas de boulot, elle erre dans les rues de la ville au bord de la dépression. Pareil pour Shabat le Sénégalais, réduit à bidouiller de petits bracelets pour des touristes cassants… Les personnages de « Paris mon paradis » de la jeune cinéaste Burknabée, Eléonore Yaméogo, ont tous déchanté en émigrant à Mbengué (France) qu’ils prenaient pour un Paradis… Au lendemain de mon arrivée à Paris, je ne pouvais tomber sur mieux comme film! Le message est capté.

Trois jours donc depuis que je suis à Paris. Et déjà vacciné par « Paris mon Paradis ». Pardi ! Olivier ma tuer* ! Je sais déjà prendre le RER (ligne C) pour descendre à Vitry Sur Seine (94)  ou Avenue du Président Kennedy (16ème) ; le métro à force des : « s’il vous plaît, c’est cette ligne qui va à X ? ». Contrairement à ce qu’on me disait, mes sollicitations sont jusqu’ici toujours satisfaites. Avec plaisir. Mais suis pas dupe, Paris est une ville touristique. Les Franciliens se montrent « hospitaliers ».

Des « Ouf » de soulagement, j’arrête pas d’en pousser! Comme pour un accouchement, j’ai travaillé, poussé, poussé, et finalement je l’ai eu mon visa. Dégoter le fameux sésame Schengen en Guinée est un véritable truc de Ouf. Trois mois de galère dans mon cas pour me voir débouté une première fois. Et j’ai remis ça pendant un mois. Cette fois a été la bonne. Ça a marché, grâce à RFI. C’est pour mon stage. Merci Ziad, Bernard et Alicia.

Des coups de pouce, j’en ai reçus. De partout. A la pelle. Y en qui sont vraiment sympas pour pistonner. Je me garde de citer des noms, pour l’instant. Ça viendra.

J’ai été donc «visé » le 7 octobre. Contrairement à beaucoup, je n’ai ni sautillé, ni crié, ni pleuré en recevant mon VISA ! Alhamdullilahi (Dieu Soit Loué), avais-je prononcé, comme toute réaction. Et j’ai filé dare-dare acheter mon billet d’avion à l’agence de Brussels Airlines, à Kaloum dans l’espoir de partir pour Paris le lendemain. Chaque seconde m’était précieuse. Mais c’était  une grosse erreur de prendre Brussels Airlines. Vous comprendrez pourquoi.

Le lendemain, 8 octobre, c’était le jour du départ. A 17 heures. Comme pour mon premier voyage en avion sur Dakar, je suis arrivé en avance. L’avion se pointe à 17 heures, on embarque quelque temps plus tard. Surprise, pas de carburant pour ravitailler le vol ! Une des spécialités de Conakry : les surprises insolites. L’équipage se démerde pendant une bonne heure et finit par en trouver en déplaçant le Boeing sur plusieurs mètres.

On décolle finalement à 21 heures, direction Banjul (Gambie) pour une brève escale. A l’atterrissage à l’aéroport de Yundum (Banjul), l’un des réacteurs de l’avion bouffe un malheureux oiseau cru ! On a frôlé la cata ! Mais personne ne l’a ressenti. C’est à l’arrêt que le commandant de bord et compagnie l’ont annoncé. Reflux des images du crash du vol Rio-Paris dans ma tête. Je reste zen à grands renforts de « Ayattalkoursiou » (versets coraniques), en rafales. On consacre deux heures pour chercher les restes de l’oiseau et pour tout nettoyer. Je continuais à prier pour que le réacteur soit complètement clean et qu’une patte, une aile, où même le bec ne reste pas caché dans l’appareil.

Deux heures de retard, on finit par décoller pour Brussels Airport (Belgique)  où l’on arrive après six heures de vol. Comme pour l’autre voyage sur Dakar, je jouais les téléspectateurs à l’hublot en découvrant les villes électrifiées d’Afrique. La réalité défilait sous mes yeux : l’Afrique blanche (Magrheb) est éclairée, l’Afrique noire reste dans le noir!

7 H à Brussels Airport. On dirait que tout le monde est atteint de la diarrhée. Ça coure dans tous les sens, personne ne s’arrête sinon pour lever les yeux sur un écran. Je me mets dans la danse. Alors là un conseil : ne jamais venir à Brussels Airport avec un bagage à main lourd, sans roulette. L’aéroport est un véritable circuit de Formule 1 compliqué par de longs couloirs, des Escalators à n’en plus finir. Même les habitués s’y perdent. Au poste de contrôle, un plastic mal collé sur mon passeport me vaut 30 minutes de retard pour contrôle approfondi ! Interview, appels téléphoniques tous azimuts, lecture, relecture de mes dossiers. Le mec va jusqu’à dégoter un de mes articles sur Internet pour vérifier que je suis bien journaliste! C’est bon, je peux passer. J’attrape le vol de correspondance pour Paris, in extremis.

A l’aéroport de Paris Charles De Gaule (CDG), il n’y avait personne pour m’accueillir. Mais dans le vol Bruxelles-Paris, j’ai sympathisé avec un Guinéen habitué des lieux, quoique illettré. Il me guide pour les trajets, je le guide pour les panneaux lumineux. Belle solidarité. On finit par se séparer à l’aéroport. Lui s’embarque pour la Province, moi je prends le RER (Réseau Express Régional) pour arriver à Massy-Palaiseau (Essone) où je passe ma première nuit parisienne.

Là je viens de commencer mon stage à RFI d’où je poste ce billet. Pari réussi! Peace and love!!!

* Faute d’orthographe admise, faisant référence à un crime avec la célèbre formule: « Omar m’a tuer »

 

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05. oct.
2011
Insolites
7

L’homme est un loup pour…l’animal !

web3u2free.com

« Zen mon chat de 4 ans, s’est fait renversé [r] par une voiture hier après-midi. Le voisin nous a prévenu[s]. Je suis si malheureuse. Une partie de moi est partie avec lui. Je l’aimais tellement. Il me manque ». Ce commentaire de Céline posté sur chien.com laisse deviner  que la vie de Zen, son chat, était épanouie. En dépit du destin tragique qu’il a rencontré. Une existence pleine de tendresse et de câlins. Loin de la vie de chien que mène Dick, le chien galeux et mal-aimé qu’a voulu élever mon cousin.

Il y a de cela quelques mois, mon petit cousin, Bobo, ramenait à la maison, sourire aux lèvres, un chiot qu’il s’empressa de nommer Dick. Un nom qu’il a sûrement pioché dans un documentaire de la chaine de télé Animaux dont il se régale. Dick, un bel animal je l’avoue, était devenu son meilleur pote qu’il nourrissait et dont il offrait le plus grand soin qu’il pût.

Dick a eu le malheur d’attraper une gale. Il se grattait, sa peau foutait le camp de façon lamentable. Il perdait ainsi de sa superbe réduisant son allure d’avant en peau de chagrin. On s’est mis à le haïr. Toute la maisonnée, moi y compris, pressait Bobo de jeter son Dick. Personnellement, je n’aimais pas le voir souffrir et redoutais de choper une maladie qu’il pourrait transmettre. Bobo ne l’entendait évidemment pas de cette oreille. Jusqu’au retour au bercail de son père « diaspo ». Celui-ci a immédiatement développé une Dick-phobie transformant la vie du petit chien en cauchemar. Il est cravaché, battu à coups de pied, de bâtons, enchainé, mis en quarantaine… Chacune de ses escapades nocturnes à la recherche d’une partenaire est sanctionnée tôt le matin par une séance de bastonnade anthologique. Une, deux, trois fois il a été jeté, toujours plus loin, trois fois il est revenu, la queue entre les jambes, préférant l’enfer de la maison à la vie-de-chien-errant-de-Conakry.

Les animaux de compagnie, ce n’est pas du tout mon fort. J’ai le défaut de ne pas aimer les élever. C’est toujours étonné, parfois répugné, que je vois, à la télé bien sûr, des chiens et des chats chouchoutés comme de véritables bébés humains par leur maître. Mais c’est toujours triste, la rage au ventre que je vois mon oncle maltraiter ce chien qui n’a de tort que d’être un chien et de tomber entre ses mains. Un paradoxe, puisque ce même oncle se plait à nourrir depuis 1998 matin et soir un essaim de tisserins qui peuplent les alentours de la concession ! Plus aviculteur que canin donc…

Le sort de Dick est peu différent de celui réservé à ces autres animaux de production que sont notamment les bœufs. Elevés principalement dans la région de la Moyenne Guinée, c’est dans des conditions… « inanimales » qu’ils sont transportés à Conakry où ils finissent dans l’assiette d’un « Grand Quelqu’un » – avec un kilo à 28 000 GNF (près de 3 €), ne mange pas de la viande qui le veut! Entassés dans des camions-remorques, enchainés les uns aux autre, ils passent ainsi plusieurs jours sans boire ni manger avant d’arriver à destination. Ils sont ensuite débarqués sans ménagement, battus, torturés, ligotés et jetés dans le coffre d’une Renault 12 à l’agonie ou suspendus sur le toit d’une épave de Magbana. Des bouchers sans pitié les achèvent enfin avec une rare bestialité dans des endroits répugnants nommés boucheries.

L’adoption d’un animal de compagnie auquel on s’attache tendrement est un phénomène de société ailleurs, au pays de Céline. A Conakry, les chiens sont dressés pour dissuader les bandits qui sèment la terreur dans la cité (sans succès), les chats contre les souris et autres rats, les pigeons pour être revendus, les chèvres et moutons pour finir en barbecue chez le « dibitier » d’à côté.

On ne prend soin de ces animaux qu’en les engraissant dans le but de se faire plus d’argent sur eux. Dans le silence complice des textes de lois guinéennes pour leur protection, ils font les frais de leurs loups de maitres. Haro sur vous !

 

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Un clic sur les réalités socio-culturelles de ma Guinée dans sa diversité

Auteur·e

L'auteur: Mamadou Alimou SOW
Blogueur guinéen de Conakry, je suis passionné de réseaux sociaux et de nouvelles technologies. L'humour est mon compagnon, la sérendipité ma valise. #Blog #Blagues #Tweet

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