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Ma guinée plurielle
23. mai
2011
Insolites
6

Qui est vraiment Nafissatou Diallo?

Illustration "affaire DSK"/Oscar

L’adverbe « vraiment » ci-haut dans le titre de ce billet a valu au site Slate.fr une explication détaillée suite à un déchainement de cris d’orfraie qu’il a suscité dans un article portant le même titre. C’est le lieu donc de préciser qu’il est loin de moi la volonté de surfer sur la vague – le mot vaut son pesant d’or – pour « wikileakser » la vie privée d’une personne qui souffre déjà dans son âme.  Mais après avoir avalé des kilomètres et des kilomètres de textes et d’images, parfois hallucinantes comme cette vidéo d’interview de Madame Doussou Condé, sur Nafissatou et sur la Guinée, je me devais d’apporter des précisions pour moi-même d’abord. Je n’ai pas trouvé mieux que cet article, puisé à la source, qui s’étale à la page 4 du Numéro 997 de ce 23 mai 2011 du Satirique guinéen Le Lynx. Lisez plutôt.

Nafissatou…sur l’affaire DSK

Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel New York qui accuse Dominique Strauss-Kahn, l’ex-Directeur Général du Fonds Monétaire International de l’avoir violée a vu le jour dans un petit hameau coincé là-bas entre monts et vaux, dans la préfecture de Lélouma. Que d’acrobaties pour y arriver. Il faut braver une piste poussiéreuse et caillouteuse ici, montagneuse, inaccessible aux véhicules là. Ne parlez surtout pas du Moyen Age ! Le 19 mai des journaleux étaient sur les traces de Nafissatou. Boubacar Siddy Diallo, frère ainé de Nafissatou Diallo nous a accueillis, nous a parlé à cœur ouvert. « Vous ne vous êtes pas trompé de chemin. Tchakulé est le seul village du Foutah qui porte ce nom. Nafissatou est née dans cette maison que vous voyez ».

Commence alors une visite de ce petit village paisible, dans un bas fonds coupé du monde. « Elle est née dans cette maison, à l’époque, une case. Sa sœur Hassanatou Diallo qui l’a fait venir aux Etats-Unis auprès d’elle a cassé la  case pour construire cette belle maison ». Dans le hameau, sept maisons en dur, l’une équipée d’une antenne parabolique et de deux panneaux solaires. « Nous sommes isolés du monde, mais grâce à cette antenne parabolique, nous suivons les championnats de football du monde. J’adore le football et plus particulièrement la Liga » lance Boubacar Siddy comme pour impressionner. Bel homme, malgré les rides du visage.

« Nous ne sommes pas riches, mais notre village est béni. C’est Dieu qui nous préserve ici » sourit-il. Au beau milieu du village, une petite mosquée en construction. On remonte dans la maison où est née Nafissatou. Jolis meubles, grand salon, un couloir, deux chambres à coucher de chaque côté. Sur le mur, deux photos encadrées : deux doyens assis de l’une, pour la seconde, une très belle dame en tenure africaine. « C’est la photo de notre papa, la seconde photo est de Nafissatou, ma sœur ». Boubacar Siddy marque une pause et attaque l’histoire de Nafissatou Diallo. « Depuis sa tendre enfance, Nafissatou se distingue de ses copines. Elle ne parle pas beaucoup, aime travailler. Elle passait le clair de son temps à la vaisselle, au linge ou à la propreté de la maison. C’est une solitaire, je dirais une marginale, qui ne s’intéresse pas au futile ». Boubacar Siddy poursuit que sa sœur a grandi dans la stricte culture musulmane de son Lélouma natal qui regorge d’érudits. A sa majorité Nafissatout et son cousin Abdoul Gadiri Diallo décident de convoler en justes noces. Le mariage est célébré selon les rites du Fouta Djallon. Nafissatou et son mari vivront ensemble des années. Ils auront une fillette. Gadiri tombe malade, décède.

« Contrairement à ce que les gens disent, ma sœur et son mari formaient un couple exemplaire. Ils s’aimaient beaucoup, étaient très pieux ». Son mari enterré, Nafissatou décide de s’éloigner de Tchakulé pour oublier. Elle s’installe à Conakry, Hassanatou Diallo vit à New York, veut que sa sœur l’y rejoigne. Nafi obtient son visa. Boubacar Diallo raconte : « Elle est revenue ici radieuse. Elle m’a dit : frère, j’ai mon visa pour les Etats-Unis, je vais partir, mais je ne t’apporterai aucun cadeau, hein ! Elle éclate de rire. Nous étions contents pour elle. Moi, surtout, qui rêve d’aller aux Etats-Unis ».

Nafissatou Diallo quitte Tchakulé un soir après avoir dit au revoir à tous les siens. Ses parents restés à Tchakulé ne l’ont plus revue. « Elle n’a aucune réalisation dans  ce village. Nous, enfants de même père qu’elle, elle ne nous appelle pas, ne nous apporte pas d’argent, rien, contrairement à sa sœur Hassanatou qui pense à nous et qui a construit ici comme vous le voyez. Mais, cela n’est pas grave, l’essentiel pour nous est qu’elle se porte bien et qu’elle n’a pas de problème. Nafissatou est la benjamine de six enfants de même mère, même père. Moi, je suis l’ainé de quatre de même mère, même père. Nous sommes dix donc. Nafissatou ne pense qu’à ses frères de même mère et même père qu’elle. Mais, cela c’est l’Afrique, on le comprend ». Siddy fronce la mine, réprime une montée d’adrénaline.

« Etes-vous au courant que votre sœur a des problèmes aux Etats-Unis là où elle travaille ? », hasarde le Moutard Bah de RFI. Réponse de Siddy : « Non ! C’est vous qui nous l’apprenez. Je vous ai dit qu’elle n’a pas de contact avec le village. Nous n’avons pas de ses nouvelles. Il y a quelques années, lorsque notre papa est décédé, je l’ai appelée de Bissau pour lui présenter mes condoléances. Lorsqu’elle a décroché elle ad dit que ces numéros de téléphone d’Afrique ne l’enchantent pas parce que les gens en Afrique ont trop de temps pour parler alors qu’elle a beaucoup de boulot à abattre par jour aux Etats-Unis pour gagner sa vie dignement. Cela m’a vexé. Lorsqu’elle a su que c’était moi au bout du fil, elle s’est excusée, mais le mot était parti. Depuis ce jour, j’ai décidé de ne plus l’appeler. Voilà. Alors elle a un problème là-bas ? »

Après que le Moutard Bah, sans  entrer dans les détails, a eu dit la situation de Nafissatou à New York, Siddy a lâché attristé : « Que Dieu aide ma sœur, veille sur toutes mes sœurs et frères qui vivent hors de ce village ! »

Nafissatou Diallo, nous a expliqué Siddy, est la fille de Thierno Ibrahima Diallo et de Néénan Aissatou Diallo. Son père, décédé à l’âge de 98 ans, était un érudit très versé dans le coran. « Sa maman se trouve au Sénégal pour des soins. Inutile de me demander son numéro, je ne l’ai pas ».

Mamadou Bhoye Bah, l’aidé de toute la famille, 82 ans, assis, tête baissé, une canne à la main, a suivi toute la scène, entendu tout. Il lève les des yeux qui brillent dans un visage entièrement bouffé par des rides. « J’avais entendu une radio annoncer qu’une femme a eu un problème chez les Blancs, mais je ne savais pas que c’est notre sœur. Maintenant, par vous, je comprends qu’il s’agit d’elle. Nous prions pour elle et compatissons à ses peines. Nous sommes de cœur avec elle ».

Les habitants de Tchakulé vivent dans « leur paradis », loin des politiciens et leurs discours sirupeux, loin de la crise  économique qui mine la Guinée, loin des coupures de courant et d’eau. Ici, pas de moustiques, fait pas chaud. Ce qui compte, c’est l’agriculture, c’est le Coran, c’est la mosquée. Pour très peu, le commerce.

Les marmots de Tchakulé semblent heureux. « Nous n’avons pas de réseau téléphonique. Il nous faut aller loin à pied vers une zone couverte par des opérateurs. Nous n’avons pas de centre de santé, pas d’école. Un marché se tient ici tous les jeudis, c’est là que nous faisons nos achets. Mais, nous nous sentons très bien dans ce village que nous aimons » conclut Boubacar Siddy Diallo.

Abou Bakr

P-S : des proches de Nafissatou que je côtoie m’ont dit qu’elle a eu deux autres garçons qui sont décédés en plus de sa fille, amizo, 15 ans. Selon eux, c’est en 2001 qu’elle est allée aux Etats-Unis en gagnant la loterie américaine (Green Card).

 

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20. mai
2011
Insolites
4

De New York à Labé, l’onde de choc de l’affaire DSK !

DSK et un fake de Nafissatou Diallo

Depuis ce dimanche 15 mai 2011, les yeux du monde entier sont tournés vers New York pour scruter ce qui est convenu d’appeler « l’affaire DSK ». Plusieurs centaines de journalistes ont leurs micros, caméras et claviers à l’affût de la moindre info concernant le désormais ex-patron du Fond Monétaire International (FMI), Dominique Strauss Kahn (DSK), impliqué dans une scandaleuse affaire de mœurs. Facebook et, surtout, Twitter tournent à plein régime. Et l’onde de choc soulevée par ce séisme est ressentie jusqu’à Labé, ville située à 400 km à l’est de Conakry la capitale guinéenne. Et pour cause !

Nafissatou Diallo, c’est le nom de la protagoniste de DSK dans cette affaire.  Présentée successivement comme une sénégalaise, une portoricaine, puis comme une ghanéenne, Nafissatou Diallo, alias Ophelia, est maintenant formellement identifiée pour être une guinéenne de 32 ans « originaire de la région du Foutah Djallon ». De quelle partie du Foutah ? Aucune information fiable par rapport à cette question ; même si le nom de la préfecture de Labé est souvent revenu dans les conversations au tout début. Depuis quelques jours on évoque la petite localité de Sagalé, préfecture de Lélouma (460 km de Conakry),  comme village d’origine de Nafissatou.

Il faut dire que le Foutah tout entier constitue une véritable pépinière de miss de par la beauté des femmes de la région. Des femmes Peulhs, musulmanes, éduquées dans l’humilité où le sexe est souvent un tabou dans le cercle familial. Quand on y ajoute le traumatisme résultant des viols  perpétrés sélectivement  contre elles le 28 septembre 2009 dans le stade du même nom, ainsi que la mémorable descente militaire dans la région suite aux violences électorales de 2010, on comprend tout à fait leur mutisme face à cet énième cas de viol. Seuls les hommes acceptent de livrer leur avis alimentant un débat qui est loin d’être tranché.

Alpha Oumar Diallo, Directeur Préfectoral de l’Education de la préfecture de Mali, est l’oncle maternel d’Amadou Diallo, un jeune guinéen (de Lélouma) abattu en février 1999 par quatre policiers newyorkais qui avaient été acquittés par la suite. Pour lui « Si Dominique Strauss Kahn est victime d’un complot, ceux qui l’ont fomenté ont su appuyer là où ça fait mal. J’étais incrédule au début de l’affaire, mais à présent je pense que DSK n’a pas su maitriser sa libido ». Et  d’ajouter « l’issue de cette nouvelle affaire qui implique une guinéenne risque toutefois d’être décevante pour la victime en termes de consolation ».

Pour Sâa Oscar Ouendéno, professeur homologue au Centre Universitaire de Labé, c’est « impensable qu’une telle personnalité fasse une chose pareille dans un lieu comme un hôtel. Ensuite, la vitesse à laquelle les faits se sont déroulés, me fait croire à un montage lié à sa prétention de candidat à la prochaine présidentielle française. Pour la femme, je sais rien d’elle mais on est en Amérique et 50  cent disait : Get rich or die trying » !

Même son de cloche de la part de Talibé Diallo, étudiant. S’il ne nie pas le prétendu cas de viol, il pense tout de même que « c’est un complot ourdi contre les socialistes par l’UMP. Et c’est bien malin d’impliquer non pas une française ou une américaine mais une guinéenne pour mieux camoufler l’affaire », ajoute-t-il.

Ibrahima Marie Camara, Consultant en santé reproductive à Labé est, quant à lui, « convaincu de la culpabilité de Dominique Strauss Kahn, puisque cette femme ne peut pas l’accuser comme ça » soutient-il.

Une femme à propos de laquelle on sait très peu de choses. Et la presse qui forme l’opinion ayant horreur du vide, de nombreuses photos (fausses) d’elle circulent sur Internet, piégeant même des rédactions jugées sérieuses.

La série de quatre photos ci-dessous seraient toutes des fakes (faux) pêchées sur Facebook. La dernière montre l’écrivain sénégalaise Nafissatou Niang Diallo, avec son mari en décembre 1975! Le mystère continue donc, les supputations aussi.

 

 

 

 

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17. mai
2011
Voyage
9

La Guinée, vue du ciel

Dans le ciel de Conakry

Siège 20C Classe commerciale d’un vol de Sénégal Airlines Dakar-Conakry. A l’aller, j’occupais le 14C, au beau milieu d’une rangée de trois sièges. A ma gauche, côté hublot, y avait mon ami Fodé en proie  au  « mal de l’air ». Devant, une calvitie sur laquelle dansaient les lumières internes de l’avion et, à ma droite,  l’incessant va-et-vient des hôtesses de l’air hyper maquillées.  C’est tout ce qui m’était donné à voir. Spectacle affligeant même pour une première (sauf pour les hôtesses) ! Dieu merci, ça n’avait duré qu’une heure et quelques minutes. Cette fois, au retour, avec le 20 C, je m’offre l’hublot tout seul ! C’est le pied pour mater les paysages célestes par cette belle journée de fin avril.

Jusqu’à ce jour j’ignorais complètement que l’hublot d’un avion qui traverse une partie de l’Afrique est aussi bon que National Geographic Channel. Je l’ai senti dès que l’avion a pris de l’altitude. Tout de suite, la ville de Dakar devenait de  plus en plus petite au fur et à mesure que l’on montait et s’éloignait. Puis l’océan. Quelques îles. Dans le grand bleu, les bateaux laissaient dans leur sillage une trainée blanche semblable à celle que je j’observais, étant gosse, derrière les avions dans mon village natal.

Après quelque chose comme un quart d’heure de vol, le paysage change d’aspect. L’océan cède la place à une infinie verdure. Sans en être sûr, je pense que c’est ma Guinée. D’innombrables cours d’eau.  De petits ruisseaux se rencontrent, s’allient avant de rejoindre un grand fleuve tortueux qui se jette à la mer dans un énorme delta. Le « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest » se matérialise. C’est le moment de sortir l’artillerie : mon Pentax Optio H90. Mince! Il se trouve dans la poche de mon petit sac rangé dans les entrailles de l’avion ! Mon Samsung Galaxy, vade-mecum des Mondoblogueurs, fera l’affaire. Mais il faut ruser pour pouvoir s’en servir.

Les hôtesses ont déjà prévenu que les téléphones sont interdits d’utilisation durant le voyage. Discrètement, je l’allume pour jouer au paparazzo. Ça aurait été du « deux poids deux mesures » si elles me l’interdisaient.  La passagère à me droite, une belle maigrichonne, avait tout un arsenal de gadgets électroniques qu’elle manipulait ostensiblement. Elle ne levait le regard de son BlackBerry que pour le replonger sur son iPod ou son laptop. A un moment, elle s’offrait même un film sur ce dernier. « Une vraie geek (mordue d’informatique)», pensais-je !

Un instant distrait par la p’tite, je renoue avec mon « hublot-télé ». Sur mon écran défilaient à présent des pistes rurales, couleur marron, qui serpentent des plaines, enjambent des ruisseaux avant de disparaitre dans une bourgade.  Cette fois c’est certain: nous sommes dans le ciel guinéen. Au milieu de nulle part, nichées sur ce qui me semble être des montagnes ou de hauts plateaux, des maisons en tôles blanches me rappellent que ces contrées ultra enclavées sont habitées. Autre paradoxe guinéen. Les citoyens suent sang et eau pour se taper un bel abri dans un no-man’s-land, souvent au prix de longues années d’exil, alors que l’Etat ne leur offre quasiment aucun service social de base. Pas de route, peu ou pas de téléphone, pas d’électricité, pas d’eau. Pendant ce temps, le Sénégal, un pays semi-désertique, l’eau n’est absente dans la nature que pour être présente dans les habitations.

« Mesdames et Messieurs, dans quelques instants nous allons atterrir à l’aéroport international de Conakry, veuillez attachez vos ceintures de sécurité… ». La douce voix de l’hôtesse me tire de mes rêveries comparatives. Les quartiers de la banlieue de Conakry apparaissent à mon « écran ». Même routes poussiéreuses que tout à l’heure. Une sorte d’écran de fumée qui s’étale au-dessus de la ville empêche le regard de porter plus loin. Pas étonnant, y a un volcan en dessous !

Quand l’avion a amorcé sa descente, j’ai reconnu l’Usine de Ciments de Guinée dans le quartier de la Cimenterie. Quelques instants plus tard  (qui m’ont paru une éternité), je ne voyais que la mangrove à ma gauche, pensant que l’Airbus a dépassé la piste d’atterrissage. Alors là, d’horribles images ont commencé à défiler non pas à l’hublot mais dans mon cerveau : le vol Rio-Paris, le crash de La Concorde et surtout un avion d’Air Mauritanie qui avait raté son atterrissage ici-même…J’ai tout de suite entamé l’Ayattal Koursiou (versets du Coran). On conseille de le réciter une à trois fois en cas de danger. En l’espace d’une poignée de minutes, je l’ai déroulé une bonne dizaine de fois, en coupant parfois au milieu avant de reprendre…Finalement, l’avion s’immobilise en douceur sur le tarmac de l’aéroport. Bouffée d’oxygène ! Je remercie le Ciel.

 

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10. mai
2011
Portrait
6

J’ai rencontré Oscar, le caricaturiste du satirique Le Lynx

Ben Youssouf Barry alias Oscar

« Il possède des capacités à travailler de façon autonome ; c’est un étudiant intelligent qui a de l’avenir », disait de lui en 1989 Dr Paul Condé, Doyen de la Faculté des Sciences Biomédicales de l’université de Conakry (Actuelle Gamal). Vingt-deux ans après, la déclaration s’est avérée prémonitoire pour Oscar, Chef du service Illustration et Caricatures de l’hebdomadaire satirique Le Lynx.  Chaussé de verres correcteurs et armé d’un sourire charmeur, il me reçoit ce vendredi après-midi dans les locaux exigus et  surchauffés du Journal.  Petit tour dans son bureau: occupé. On se contentera des fauteuils du couloir d’entrée qui sert d’antichambre.  J’ouvre le débat : « Monsieur, vous êtes connu sous le pseudo de Oscar, veuillez vous présenter ». Il me glisse une magnifique carte de visite qui indique  « Ben Barry Youssouf Oscar ».

Comme tous les lecteurs du Lynx, Youssouf Ben Barry me fait sourire chaque lundi. Je le prenais pour un Goliath, je découvre un Peulh de 49 ans imberbe dont la démarche est soutenue par une béquille. Né à Gaoual, Youssouf Ben Berry alias Oscar a eu une enfance itinérante. Son père, Elhadj Boubacar Seydi, originaire de Labé (Dara-Labé) était trésorier payeur  qui vit au gré des mutations. C’est à Kindia à l’Ecole Primaire de l’Application qu’il est admis comme auditeur libre à seulement quatre ans. Il se révèle un doué, surtout pour le dessin dont on lui découvre des talents précoces. « En classe de 4ème c’est moi que le maître désignait pour dessiner la carte de la Guinée au tableau ». Trois ans plus tard, il faisait porter par ces camarades du Collège du « Baffons » les portraits grand format de Samory Touré, Alpha Yaya Diallo, Lumumba ou de Che Guevara lors des défilés à Kindia.

Doué, le petit « Ben » est aussi un « turbulent ». Après un transfert à Forécariah, il se fracture la jambe gauche lors d’une partie de tennis dans la cour du Gouverneur d’alors. Petit séjour à Conakry (Enta) auprès d’un guérisseur traditionnel avant son retour à Kindia où il décroche, sans coup férir, l’examen d’entrée en 7ème année puis le Brevet à Gaoual, enfin le baccalauréat à Kindia au lycée 8 novembre. Cap sur Conakry à la fac de Donka. Il opte pour la Biochimie.

C’est précisément à la fac que sa passion de communicateur se matérialise. On ne renonce pas à un don. Après l’université, il y fait la rencontre des anciens journalistes du quotidien Horoya : Karamoko Bayo, Jean Soumaoro, Mody Sori Barry,… Ensemble, ils ressuscitent  le  « Foniké Magazine », un journal pour ados. Il s’occupe de la maquette et des illustrations. En 1990, il trouve une opportunité singulière de se perfectionner comme maquettiste. En rejoignant « La Nouvelle République », un pamphlet créé par l’ancien opposant Bâ Mamadou, Ben Barry prend ses premiers cours de Page Maker sur un Macintosh ! « Nous étions, mon ami Thierno  Aliou Diallo et moi, les tous premiers guinéens à être formés à la conception d’un journal avec un ordinateur en 1989-1990 », se souvient-il.

Son baptême de feu pour le montage de journal, il l’a accompli bien plus tôt. C’était en 1987 au sein de « Inter-Conakry », plaquette publicitaire de format A5 tenue par un franco-ivoirien, Yves Van-Ycoute.  « Nous montions le journal à la main », précise-t-il. Il signait ses dessins « Ben Barry ». Ensuite « Ben Oscar » deux ans plus tard dans « L’événement de Guinée », magazine économique fondé par un certain Boubacar Sankaréla Diallo et édité en Belgique.

La Nouvelle république où il fait la connaissance de Bah Lamine (BML), Diallo Souleymane et William Sassine est un tremplin pour la création du Lynx, premier journal satirique de Guinée. Il est lancé en 1992. Ben Youssouf Barry adopte définitivement le pseudo de « Oscar ». « D’où vient ce surnom de Oscar ? « Ce sont mes amis de la fac qui me l’ont trouvé. Ils disaient qu’ils ont trouvé leur Oscar en parlant de moi », m’explique-t-il.

Chaque lundi, il « croque » à travers son crayon les personnalités qui font l’actu en Guinée. « Fory Coco », le personnage de l’ex-Président Lansana Conté qu’il a inventé l’a rendu notamment célèbre. « Justement Oscar, une anecdote circule comme quoi le Président Conté a demandé un jour à voir celui qui le caricature de cette façon et tu as été convoqué… ». Il secoue la tête : « non, c’est très beau et bien dit mais ce n’est pas vrai. Il ne m’a jamais dit ça. Ni convoqué.  Par contre, lors d’une rencontre aux cases de Bellevue, il m’a lancé une blague en me demandant de lui reverser ses droits d’auteur car je me fais de l’argent sur sa tête, disait-il; sinon, il me fout en prison et retire ma femme… ». Mariam Sylla (Hadja), la mère de ses quatre enfants, sa « douce moitié » comme il l’appelle, est une Soussou (comme Conté) de Dubréka. Et si Oscar n’a pas été inquiété par Conté, il a fait « un peu de taule » en caricaturant Kadiatou Seth, la seconde épouse de celui-ci. Une routine pour les responsables du Lynx aux débuts du satirique.

Physique d’intello, personnage attachant Youssouf Ben Barry est un touche-à-tout. Dessinateur de presse, journaliste, infographiste licencié en PAO (publication assisté par ordinateur) et maintenant Directeur d’entreprise de publicité (BBG). Les rencontres, colloques internationaux, festivals de bandes dessinées, il est toujours invité. Adulé, ses amis s’appellent Jean Plantu (Cartooning for peace), Lassane Zohoré (Gbiss, Abidjan), TT Fons (Goorgoorlu, Dakar) et Najad (iconovox, Paris)…S’il regrette le manque de dessinateurs de presse en Guinée, il se réjouit à l’idée que ceux qui ont été à son école au Lynx sauront prendre la relève. Même si beaucoup de lecteurs ont du mal à se passer du « coup de crayon de Oscar ».

Oscar par Oscar

 

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04. mai
2011
Vie urbaine
2

Conakry, la poubelle urbaine

Des détritus charriés par les eaux

« Après la pluie, c’est le beau temps ». « La pluie du matin réjouit le pèlerin ». Voilà le genre de dictons dont on n’entend jamais prononcer à Conakry. Après les premières averses, la capitale guinéenne, ex-« Perle de l’Afrique occidentale », offre une image propre à elle. Des montagnes d’ordures charriées par les eaux de ruissellement, des caniveaux bouchés, une odeur pestilentielle omniprésente….Bienvenue à Conakry, la poubelle urbaine.

Qu’est-ce qu’un caniveau ? Poser la question à un bambin de  Conakry, sa réponse est sans ambigüité : « c’est un trou où on jette les ordures » ! Ici, il existe un moyen à la fois expéditif et très simple de se débarrasser des déchets. Attendre la pluie et les balancer dans les eaux de ruissellement. Celles-ci se chargeront de les drainer dans les caniveaux avec l’espoir qu’ils flotteront, comme une bouteille vide, jusqu’en haute mer. En saison sèche, on se livre à la pyromanie. Les ordures sont accumulées à chaque coin de rue ou dans les concessions, puis brûlées dans la soirée. Ce qui, pendant cette période, donne à la ville l’aspect d’un volcan en activité avec cette fumée âcre qui pénètre les poumons et empêche de bien respirer.

Trente mille (30 000) tonnes (Service Public de Transport des Déchets, SPTD)! C’est la quantité de déchets produite quotidiennement par les quelques 2 160 000 personnes qui peuplent les cinq communes de la capitale guinéenne. Qu’est-ce qu’on en fait ? On les entrepose partout : dans la rue, dans les caniveaux, aux carrefours, en bordure de mer, sans bacs à bordures… Dans les marchés, comme à Matoto la plus grande commune, les détritus sont le lot quotidien des femmes. Elles achètent, vendent, se chamaillent, mangent et pataugent dedans tous les jours. Le tout dans une atmosphère quasi-irrespirable.

Avec 4 294 mm de pluie en moyenne par an, l’hivernage qui commence à s’installer est la saison de prédilection pour les mouches et moustiques qui prospèrent dans les flaques d’eau. Des rats, des chats, des souris, des chiens errants et des contingents entiers de grenouilles, orchestres, complètent la faune urbaine. Chaque année en saison de pluies, Conakry est frappée par des maladies diarrhéiques comme le choléra. La malaria elle, est devenue une pandémie banalisée à force de sévir !

Après une averse

Aucun plan d’assainissement, aucune politique de salubrité urbaine. Conakry est la seule capitale à ne pas en disposer. En toutes saisons, la ville est sale. Et l’on s’en fout. Du simple citoyen à l’élu local. La  ville garde – bizarrement – le statut de Gouvernorat, héritage colonial. Les Maires de commune et le Gouverneur initient ponctuellement des actions dérisoires et surtout pompeuses d’assainissement. La télévision nationale (RTG) est systématique mise à contribution à cet effet pour alimenter la propagande. Une pantalonnade dont les effets se diluent dans l’immensité de la saleté le lendemain même. Certains Gouverneurs, comme l’actuel – Sékou Resco Camara – ont parfois des idées très originales. Un week-end de septembre dernier, c’est lui qui a fait embarquer les déchets accumulés derrière le CHU de Donka (sur l’Autoroute) dans des taxis en circulation, chassant ainsi tous les passagers !

Face à l’incapacité des autorités à gérer la situation, de petites et moyennes entreprises (PME) privées tentent le coup du ramassage.  Beaucoup ne font pas long feu. Elles se cassent les dents sur les difficultés financières et finissent par mettre la clé sous le paillasson. Ce qui fait que ce n’est pas demain la vielle que Conakry retrouvera son image d’antan : Perle de l’Afrique occidentale.

 

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28. avril
2011
Voyage
9

Gorée : émouvant et triste souvenir !

La Maison des Esclaves avec, au fond, la porte du voyage sans retour

« Chaque heure dans cette maison ouvrait une tombe et faisait couler des larmes ».  Bureau du Conservateur de la Maison des Esclaves de l’Ile de Gorée, au Sénégal. Cette citation, punaisée au mur, est tracée sur une simple feuille de papier de la main du regretté Joseph N’DIAYE, Ancien Conservateur de la Maison. On ne se rend pas au Sénégal pour une première fois sans faire le détour à Gorée. Et l’on ne sort pas indemne d’une visite de Gorée, symbole de « l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire de l’Humanité ». Je rentre d’un « pèlerinage » de ce lieu chargé de mémoire, ému aux larmes. Comme bien d’autres, de ma mémoire ne sortiront jamais ces images.

Les voiliers dans lesquels étaient entassés des hommes et des femmes, la Porte du voyage sans retour, les chaines,… Des images que j’avais toujours vues dans un manuel d’histoire ou à la télé. En foulant le sol de Gorée, j’ai pu mesurer l’étendue des dégâts. De la tragédie. Comme sur un écran, j’ai vu défiler en quelques minutes, quatre siècles d’Esclavage : Kunta Kinteh, Toussaint Louverture, mais aussi Victor Schœlcher. J’ai révisé et compris tous mes anciens cours d’Histoire-Géographie en palpant les murs de la Maison des Esclave. C’est par ici que commence la visite après la fixation du cadre.

Longue de 900 m sur 300 de large, l’île de Gorée est distante de seulement 4 km de Dakar. Avec une population d’un millier d’habitants environ, elle est l’une des communes d’arrondissement de la ville de Dakar. Le guide, rompu dans l’art de la narration, nous explique que le navigateur portugais Dinis DIAS, fut le premier Européen à arriver en 1444 sur l’île, alors appelée Bêer par les autochtones. Elle sera reconquise par les Hollandais en 1627, puis par les Français en 1667.

La Maison des Esclaves elle-même est un bâtiment à étage avec un double escalier en arc de cercle qui orne la façade (voir photo). Au centre, la fameuse Porte du Voyage sans retour. De chaque côté du minuscule couloir qui mène à cette porte, des  cellules exigües dans lesquelles étaient entassés les esclaves. Les murs sont épais et froids. A l’entrée d’une espèce de labyrinthe, c’est marqué « Cellule des récalcitrants ». Là, m’explique-t-on, étaient maintenus enchainés des jours durant les esclaves qui se révoltaient face aux conditions de vie inhumaines. Il me semble entendre, venu d’outre-tombe, l’écho de leurs hurlements lugubres à travers les murs sombres.

Cellule des récalcitrants

A l’étage supérieur sont conservés, intacts, des éléments qui témoignent de la barbarie. Des fers qui servaient à entraver pieds et mains, de lourdes chaines horriblement « noires », de longs et hideux fusils de traite. Sur une longue affiche, je lis : « […] Entassés dans l’entrepont, cale aménagée entre les deux ponts du navire, véritable boite à sardines dont la hauteur permet rarement la station débout (1 m à 1 m 80), les esclaves sont enchainés les uns contre les autres. Hors les moments de rassemblement sur le pont supérieur pour les exercices de dégourdissement et le lavage à l’eau de mer, ils sont enfermés et subissent la claustration, la puanteur, et les effets des maladies. La nourriture, à base de céréales et de haricot, est pauvre, insipide et monotone. Elle est uniquement destinée à assurer la survie des esclaves». Sur une autre : « […] Enchainé, à moitié nu, marqué au fer rouge, l’esclave devient un être anonyme, sans famille ni nom propre. Identifié par un numéro, il porte, tel un fardeau, les signes extérieurs de sa condition servile […] ». Asservissement, servitude, déshumanisation… Les mots ne sont pas assez forts pour décrire l’horreur qu’ont pu vivre ces hommes et femmes, victimes de la couleur de leur peau.

instruments de traite

Envahis par l’émotion, nous décidons de sortir de la Maison des Esclaves. Mes superbes accompagnatrices, Hadiatou et Sory Binta DIALLO me conduisent au Mémorial de Gorée, situé sur la crête de l’île. Dans l’allé pavée qui nous y mène sont exposées des toiles, des tableaux peints de figurines et de scènes retraçant la culture des habitants de Gorée et du Sénégal en général. Nous croisons des touristes, un tableau sous un bras, un appareil photo sous l’autre. Le Mémorial de Gorée du Castel, inauguré par l’ex Président Abdou Diouf le 31 décembre 1999, représente un voilier renversé. Il symbolise ainsi l’abolition de la traite négrière.

Les canons
Devant Le Mémorial

 

 

 

 

 

 

Plus loin, deux énormes canons rouillés pointent vers Dakar où le soleil se couche dans une mare de métal fondu. Il faut vite redescendre pour ne pas louper le départ de la chaloupe qui effectue la navette Dakar-Gorée. Nous finissons par nous embarquer à 19 heures. Une fois à bord, je jette un dernier regard sur l’île et me rappelle de cette autre affiche signée Joseph N’DIAYE: « Béni ! Soit ce lieu qui me renvoie si souvent à mes ancêtres martyrs».

L'île de Gorée
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23. avril
2011
Médias
4

Espace Fm Foutah, un challenge réussi

Maison de la radio à Konkola (Labé)

Quand il parle d’elle, c’est toujours avec passion et amour. Pour elle, il a fait des renonciations, a plaqué d’autres. Il tenait à ce qu’elle soit à Labé, elle y est arrivée. Il l’a suivie.  Il passe désormais le clair de son temps à s’occuper d’elle, à l’entretenir, à la choyer, et surtout à la  « faire tourner ». Lui, c’est Oumar Barry et elle c’est, Espace FM Foutah. Un homme et une radio. Un duo, un binôme indissociable.

Un physique de marathonien et une voix de ténor : voilà Oumar Barry tout craché ! Le physique, il le tient sans doute de ses origines Peulh. La voix elle, il l’a longuement travaillée au gré de ses pérégrinations d’apprenti journaliste Reporter en Basse Guinée où il a grandi. Tour à tour journaliste sportif amateur, animateur radio à l’occasion, disc-jockey, Maitre de Cérémonie,… Oumar Barry – Oumby pour les intimes – ne manque aucune occasion pour s’essayer en public. La voix, qui trahit sa corpulence, plait. Verbe facile, verve fluide. L’effort a payé. A trente ans, il est devenu le Directeur Général de l’antenne Espace Fm Foutah. Une consécration pour ce jeune homme dont l’amour du micro est chevillé à l’âme depuis la tendre enfance.

Quand, il y a de cela sept mois, le Directeur Général de Espace FM Guinée (radio privée commerciale), Lamine Guirassy, lui a proposé de « s’occuper » de l’antenne Espace Fm Foutah, Oumar a tout plaqué pour rejoindre la ville de Labé. Pour réaliser son rêve et réussir le challenge. Le 27 septembre 2010, le rêve est devenu une réalité. Le signal de la radio a été lancé. Espace FM Foutah 99.7 était née. Hélas, dans la douleur ! Il se souvient : « cinq jours seulement après le lancement de la radio, tout le matos a été grillé par  un court-circuit : l’émetteur, les stabilisateurs, le PC,…tout.  Ce qui a paralysé son fonctionnement pendant près de deux semaines ». Retour à la case de départ donc. « La radio est revenue à zéro », se rappelle-t-il. Mais, cela n’a pas dissuadé l’équipe car « cette phase de test nous a permis de savoir que le signal était bon ». L’équipement sera renouvelé.

Oumar Barry

Implantée dans la Commune Urbaine de Labé, au quartier Konkola, dans un petit bâtiment jaune, Espace FM Foutah côtoie désormais les fréquences de la Radio Rurale ainsi que celles de RFI et BBC Afrique en Modulation de Fréquence. Le signal de la radio est capté jusqu’à 120 km à la ronde, grâce à un émetteur de 500 KW et le relief accidenté de Labé. Ce qui permet à des préfectures comme Mali, Koubia, Tougué ou encore Gaoual d’être couvertes.

Comme la radio mère basée à Conakry, Espace FM Foutah est tournée vers la jeunesse qui constitue l’essentiel de son audimat. La grille de programme se résume en quelques émissions en langue Pular produites localement et une synchro avec Conakry, pour le reste. Une bénédiction pour les jeunes de la région, repus du folklore de la Radio Rurale et des émissions jugées trop « adultes » des autres stations étrangères. Dans la cour de récré, les lycéennes – surtout – ont toujours les écouteurs de leur téléphone vissés à l’oreille pour  kiffer  la « playlist » concoctée par Oumby. C’est le cas de Diallo Mariam, 18 ans, élève au Lycée Général Lansana Conté de Labé qui dit « apprécier le caractère ludique des émissions » et « se reconnaitre »  dans la radio. Pour les organisateurs de spectacles, c’est un moyen idéal pour mobiliser par voie de communiqué.

C’est grâce aux communiqués et un modeste créneau publicitaire ouvert au public que la radio tire ses « maigres » ressources. « Dieu merci, nous arrivons à couvrir aujourd’hui 80% de nos dépenses  grâce aux communiqués, aux spots et tables-rondes que nous réalisons avec les acteurs sociaux», s’enorgueillit Oumar. Des dépenses presque entièrement dédiées à l’achat du carburant pour le groupe électrogène qui alimente la radio. L’énergie reste le principal enjeu, un vrai casse-tête.

Le personnel de la radio ? Il se réduit à un duo : Oumar et Idrissa Sampiring Diallo, un autre pionner de la presse privée au Foutah. Quelques stagiaires leur donnent un coup de main de temps en temps. De quoi avez-vous besoin en ce moment pour mieux faire fonctionner cette radio ? La réponse de Oumar est sans ambigüité : « l’énergie, l’énergie et l’énergie ». Puis, il songe à l’autonomie de sa Rédaction pour « mieux intégrer les questions locales ». Un autre challenge !

 

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20. avril
2011
Insolites
8

Un corrompu professionnel !

« Vous n’avez qu’une seule alternative : partir à la maison en démissionnant ou aller en prison en continuant de racketter » ! Cette sentence choc est de Yaya Jammeh, le Président gambien. Dans un laïus de près d’une heure tenu à la télé devant les membres de son cabinet et de l’ensemble des services  de sécurité, Jammeh a, ce jeudi 14 avril 2011, sévèrement tancé la police routière qu’il accuse de ternir l’image de son pays en rançonnant les usagers de la route. Un Président qui dénonce les agissements de ses propres services de sécurité ! Le Guinéen que je suis en est resté tout baba.

Mon étonnement passé, la déclaration a eu le mérite de me rappeler de cet épisode de corruption impliquant un incroyable officier de police guinéen. C’était le mercredi 31 mars 2011 à Kagbelin (préfecture de Dubréka), à plus de 1000 km de Banjul. Je revenais de mon voyage de Labé à bord d’un taxi « clando ». Notre chauffeur s’était garé au niveau de la station de Kagbelin pour déposer un passager. Soudain, deux agents de la police routière entourent la voiture. Leur uniforme, de couleur bleu à l’origine a, depuis longtemps, viré sur un ton hâlé sous l’effet des intempéries. L’un d’eux, un Commandant au col de la chemise crasseux, s’adressant au taximan, lance : «  bonjour, puis-je voir tes papiers ? » Le chauffeur fait une moue et sort ostensiblement un billet de 5000 francs guinéens (GNF) qu’il tend au commandant, en lieu et place des papiers :

– « Chef, prenez ça et laissez-nous partir », plaide-t-il.

-« Je ne prends pas cet argent ». Le taximan rajoute un billet de 1000 francs. -« Prenez ça, Yandi (s’il vous plait) et laissez-nous partir. On vient de loin ».   -« Tu es sourd ou quoi ? Je ne prends de l’argent, je le jure. Si je prends cet argent, appelle-moi chien ! Nous ne sommes pas vendables. tout ce que je te demande ce sont tes papiers : ton permis,  l’assurance et la carte grise du véhicule, c’est tout ».

Témoin oculaire de cet échange, j’ai dû me pincer pour me convaincre que je ne dormais pas, tant j’étais ébahi ! Un policier guinéen qui refuse 6 000 francs d’un taximan ! Je me suis dit alors : « voici l’exception à la règle. Ce sont des agents professionnels». Jai été rapidement réconforté dans cette position, d’abord par le niveau de français irréprochable du commandant, ensuite par la pertinence de ses observations.

Debout, raide dans ses bottes, l’œil rouge comme un coucher de soleil, el commandante refusait dédaigneusement les 6 000 francs que lui tendait le chauffeur. Malgré le plaidoyer appuyé des notables parmi les passagers.  Devant cette intransigeance,  le taximan se résigne à céder ses papiers. Dernier acte d’un chauffeur guinéen. Un baroud d’honneur ! Un conducteur guinéen ne donne pas facilement ses papiers à un policier. Il faut discuter, parlementer, se mettre en colère, prononcer des jurons, solliciter l’aide des passagers,…mais ne jamais donner ses papiers, puisque ça met l’agent de police en position de force et oblige à payer plus. Le commandant examine les dossiers pendant un court instant puis les refile à son second, un subalterne. Nous sentons que ça va se compliquer. Chacun des passagers y va alors de son « pardon chef, on est fatigués ; nous venons de Labé, c’est loin»…. Le policier reste de marbre.

Calmement, il se met à expliquer: « ce chauffeur est en parfaite irrégularité. Il roule dans une voiture immatriculée taxi – plaque  de couleur noire – alors qu’elle est peinte en blanc, au lieu de jaune. Il n’est pas assuré, à vos risques et périls. Il détient une attestation de non gage, en lieu et place de la carte grise. Enfin, son permis est un document trafiqué, un faux ». Avec de telles charges, le plus ignorant d’entre nous comprend que notre chauffeur est indéfendable. Les flics rangent les faux papiers et vont s’assoir plus loin sous un abri de fortune pour se protéger du soleil.

Jusque là passif, je les rejoins en compagnie du taximan pour en savoir davantage sur leur méthode de travail si professionnelle. Le commandant – je tais son nom – m’explique qu’il relève de la Brigade Mobile. Il farfouille dans un calepin décati et sort un permis de conduire portant un numéro complètement identique à  celui de notre chauffeur. « Vois-tu jeune homme, ce sont des documents scannés à des fins de trafic. Nous en saisissons quotidiennement. Votre chauffeur doit aller à la fourrière », me dit-il. Notre-fautif-chauffeur essayait bien évidemment de se défendre avec des piètres arguments : tantôt, il avait oublié son vrai permis à la maison, tantôt il a confondu la carte grise du véhicule avec le certificat de non gage, etc. Chacune des ses phrases le plongeait davantage.

Enthousiasmé par le professionnalisme de l’agent et comprenant que les carottes sont cuites de par sa détermination, je hasarde cette question. « Chef, y a-t-il un moyen pour nous permettre de rentrer à la maison ? Voyez que nous sommes fatigués par ce long voyage ». Petit silence. Puis il répond : « Oui, je peux laisser le chauffeur vous déposer à la gare routière et revenir. Pour ce faire je lui donnerai mon numéro de téléphone, en cas de contrôle devant ». Au moment où je m’apprête à le remercier, il fait volte-face!   « Non, allez plutôt vous voir et revenez me voir ». Tout de suite, j’ai eu du mal à saisir le sens de sa phrase, un nom de code. Contrairement au chauffeur et un des sages qui nous avait rejoints entre temps. Ils tournent le dos, se concertent brièvement et reviennent avec 15 000 GNF qu’ils tendent au commandant. Celui-ci compte l’argent et répond : « c’est trop peu ». J’étais perdu ! Le sage rajoute de sa poche un autre billet de 5 000 GNF. Le poulet empoche les 20 000 GNF et dit tout simplement à notre intention : « vous pouvez partir » ! Un « Putain de merde » involontaire s’échappe de ma bouche ! J’étais complètement désemparé par le rapide retournement de la situation.

Une heure de négociation et un chauffard en flagrant délit d’infraction, le commandant de police vend le tout à 20 000 GNF ! J’étais moins choqué par l’acte de corruption lui-même – c’est devenu monnaie courante – que par le temps qu’il a consacré pour l’accomplir. Et surtout son semblant d’honnêteté initial. Un policier hautement qualifié mais pourri jusqu’aux os !

Comparé à l’agent gambien, propre et ordonné, le policier guinéen est un pauvre hère crasseux qui vit de racket sur lequel on tape à chaque fois qu’il ose réclamer de meilleures conditions de vie et de travail (Cas de la CMIS notamment). C’est de là que nos chauffeurs  de taxi, perpétuels hors-la-loi, tirent leur indélicatesse. Entre les deux, sont coincés les passagers qui trinquent perpétuellement. Un cercle vicieux et infernal dont les autorités guinéennes s’en tapent royalement. C’est en cela que le discours du Président Jammeh me charme. Il siffle la récréation dans son pays, de la plus belle des manières.

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14. avril
2011
Voyage
5

Ma première traversée en bateau !

Vous pourriez penser : « mais il est devenu touriste ce blogueur ». Oui, depuis un certain temps je suis piqué par le virus de la bougeotte, transformant ainsi ce blog en carnet du bourlingueur. Pas de souci, je retournerai très bientôt au bercail. En attendant, je compte bien partager avec vous mes émotions, mes rencontres ainsi que mes découvertes, comme celle-ci.

Ainsi, après mon premier voyage en avion, voici ma première traversée en bateau. Ou plutôt en ferry, pour être plus précis. C’est à l’occasion de ma redécouverte de la Gambie, le pays de Yaya Jammeh. J’ai pris la route à partir de Dakar pour arriver au poste frontalier de Karang. Une chaleur étouffante. D’un côté la police routière sénégalaise, de l’autre celle de l’Immigration gambienne. Pour chacune d’elles j’ai dû casquer 1000 FCFA pour le visa. Vivement l’intégration ouest africaine ! Puis un rapide transfèrement à Barra, quelque 20 km plus loin.

Barra est un petit port gambien à partir duquel on peut joindre Banjul la capitale, en traversant l’embouchure du fleuve Gambie. Surplace, les voyageurs sont sur le qui-vive. Le ferry s’apprête à lever l’ancre. Il faut se hâter pour acheter le ticket d’embarquement qui coûte 10 Dalasis (200 FCFA), la monnaie gambienne. Mon ticket en poche, je perds le chemin pour quelques instants avant de me faire guider par un Francophone : « non, passe de l’autre côté, ici c’est pour ceux qui ont des bagages ». Merci Monsieur. « L’autre-côté » est un passage qui traverse le rez-de-chaussée d’un grand bâtiment aux allures de comptoir colonial. En pleine précipitation, un agent de l’Immigration ne trouve rien de mieux que de m’intercepter. En langue Ouolof il ordonne : « montrez-moi vos papiers ». J’aboule mon passeport visé. « Avez-vous la carte de vaccination ». J’opine de la tête. Il me laisse partir. Je redémarre sur le chapeau des roues. Dans le couloir qui mène au quai d’embarquement, s’engage un réel sprint. Le Niomy vient de donner son ultime klaxon pour le départ.

Pirogues
Pirogues

Je réussis à monter à bord in extremis. Sur le quai d’embarquement, je découvre une ambiance que j’ai toujours vue à la télé où sur une carte postale. Des piroguiers, torses nus, embarquent ou débarquent des marchandises de toutes sortes : des sacs de riz, du sucre, des cartons de biscuit, des poissons frais qui frétillent au soleil. Ici, une femme se fait aider pour monter dans une pirogue équipée de moteur pétaradant. De l’autre côté, un ponton armé d’une grue gigantesque pivote au-dessus des embarcations. Des vagues se fracassent sur les côtes sablonneuses générant un doux clapotis. Des pélicans au long bec voltigent, rasant l’eau à la recherche de poisson. Le bleu de l’eau donne envie de se baigner. Barra est plus proche d’un débarcadère qu’un véritable port.

Sur le bateau, dans une espèce de salle à hublots, des hommes visiblement fatigués somnolent sur des bancs en bois. Je préfère rester sur le pont du ferry pour mieux profiter de l’ambiance et du paysage. A l’étage supérieur, des touristes, casquettes et lunettes de soleil scrutent l’horizon tentant d’apercevoir, de l’autre côté de la rive, le port de Banjul noyé dans le brouillard. En contre-bas, « 1 ; 2 ; 3 »…, je compte une dizaine de véhicules transportant des passagers et diverses sortes de marchandises dont du foin pour le bétail. Deux camions chargés des vaches que des convoyeurs tentent vainement de discipliner. Tout autour, on bavarde, on rit. Un duo de jeunes hommes appuyés sur la rambarde rigolent avec vivacité, laissant découvrir des dents jaunes. « Ils doivent venir de Kaolack » me dis-je intérieurement. Les habitants de la ville de Kaolack, que je viens de traverser il y a à peine deux heures, auraient, selon ce que l’on m’a toujours raconté, les dents jaunes à cause de l’eau salée qu’ils boivent…

Dans le Niomy
Dans le Niomy

Je finis, à mon tour, par engager la conversation avec Lamine Sinyane, un maçon gambien de 30 ans. C’est un habitué de la traversée. « J’emprunte régulièrement le Kanilai ou le Niomy pour aller chercher du boulot au Sénégal », m’explique-t-il en anglais. « Ces deux bateaux aident beaucoup les populations ». Un pont serait mieux, pensais-je. J’apprendrai plus tard que la traversée de Barra est sujette à controverse entre les autorités sénégalaises et gambiennes. Les premières exigent la construction d’un pont, les secondes rechignent à grand renfort de souveraineté. Une autre pomme de discorde dans les relations sénégambiennes aux côtés du casse-tête casamançais. Tout un programme.

Port de Banjul
Port de Banjul

Au bout de 1H 30 minutes, nous accostons. Sur une arcade c’est marqué en caractères orange: « Welcome to Banjul ». Je débarque avec Lamine, main dans la main. C’est fou ce qu’on peut sympathiser entre jeunes si vite. Sur la terre ferme, je redécouvre l’ambiance classique d’une ville africaine : des hululements de vendeurs à la sauvette, des apprentis accrochés sur les portes arrières des « Van » (Minibus), un portrait de Yaya Jammeh scotché sur le pare-brise d’un véhicule. Je me suis pas égaré. J’attrape, enfin, un taxi qui appelait pour Serrekunda, ma destination. Encore une fois, « bonne » a été le voyage. A suivre…

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Un clic sur les réalités socio-culturelles de ma Guinée dans sa diversité

Auteur·e

L'auteur: Mamadou Alimou SOW
Blogueur guinéen de Conakry, je suis passionné de réseaux sociaux et de nouvelles technologies. L'humour est mon compagnon, la sérendipité ma valise. #Blog #Blagues #Tweet

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