Mamadou Alimou SOW

Lettre post-mortem à mon ami Boubacar Diallo

Boubacar DialloMon très cher ami Boubacar Diallo,

Tu m’obliges à t’écrire cette lettre posthume en utilisant le passé ; exercice bouleversant pour moi. C’est dans mes larmes que je trempe mon stylo pour tracer ces lignes. Je tente d’exorcise le mal qui me ronge. De chasser cette boule de feu coincée dans ma gorge. J’essaie, en vain, de combler le grand vide que tu me laisses.

« Man » (c’est comme ça on s’appelait non ?), tu es parti ! Oui, tu es parti à jamais ! Nous venons de t’accompagner à ta dernière demeure ce vendredi 17 juin 2011. Tu reposes désormais, et pour l’éternité, au cimetière de Sangoyah-Marché à Conakry. Loin de Tougué de tes parents, loin du Sénégal de ta naissance et de ton enfance, loin de Labé  de ton adolescence et de tes études scolaires et universitaires. J’ai du mal à le croire ! Pourtant c’est vrai, tu t’en es allé définitivement. Grande est ma tristesse, immense est mon chagrin en ce jour !

Une foule compacte à la mosquée de mon quartier où tu es arrivé ce vendredi dans une caisse recouverte des couleurs nationales. Signe de  respect et de reconnaissance. Nos amis de l’Université sont venus, les yeux perlés. Tes parents sont là. Ta mère, entourée de tes sœurs, Binta et Maïmouna, tente d’encaisser le coup avec peine. Ta fiancée Halimatou Baldé est également présente. Elle a le regard perdu, les yeux gonflés. Elle est inconsolable depuis deux jours. Tes compagnons d’armes sont également venus en nombre. Ils ont déployé des gros moyens. L’hommage qu’ils viennent de te rendre à l’Etat Major de la Gendarmerie est digne de celui d’un Colonel ou d’un Général. Le cortège funèbre s’est ébranlé pour le cimetière sous la mélodie déchirante des pleurs et de la trompette.

Mais « Man », pourquoi tu m’as fait ça ? Pourquoi t’es parti sans me prévenir ? Pourtant, on avait un programme toi et moi. Je devais éditer la carte de faire-part de ton mariage prévu pour ce vendredi 24 juin. « Man, je compte sur toi » ! N’est-ce pas ce que tu m’avais dit au téléphone à ce propos le jeudi 9 juin à 20 heures ? J’avais promis de faire la carte, mais j’étais loin d’imaginer que tu ne la recevras jamais.  Que tu n’auras pas besoin d’elle. J’ignorais que c’était là notre dernière conversation…

Ce mercredi 15 juin au matin, je m’apprêtais justement à t’appeler pour quelques détails concernant la carte. C’est alors que j’ai reçu le terrible coup de fil de Binta Diallo : « Alimou, notre ami Boubacar est décédé dans un accident » ! Tout de suite je ne l’ai évidemment pas crue. Je ne comprenais pas bien ce qu’elle me disait. Quel Boubacar ? Suis-je parvenu à articuler. Binta ne pouvait plus parler. Elle a juste pu dire « appelle son numéro ». Eût-elle parlé davantage, je ne l’aurais pas comprise, tétanisé que j’étais à mon tour. Machinalement, j’ai composé ton numéro. Au bout du fil, ton cousin Mamadou Alpha Baldé m’a répondu avec les pleurs et lamentations des femmes en fond sonore.  J’ai chancelé puis la brume a couvert mes yeux.

C’est à Sangoyah chez ton oncle Elhadj Kenda que les salutations d’usage ont été organisées. Beaucoup de monde. Des femmes qui se lamentent, des hommes aux yeux humides. Ta mère, que dis-je, NOTRE chère mère, Nénan Aïssatou Diallo était là. Elle avait précipitamment quitté Labé en apprenant ton accident de moto le mardi aux environs de 20 heures. « Voici mon fils Alimou » a-t-elle crié d’une voix étouffée en m’apercevant. La phrase m’a littéralement transpercé. Je n’ai pas pu soutenir son regard. Ta fiancée Halimatou Baldé était également là. Celle-là même dont tu me parlais la dernière fois qu’on s’est vu. « Man, je l’aime et je crois qu’elle me convient comme femme » m’avais-tu confié. Je lui avais alors parlé au téléphone par ton entremise. Je l’avais trouvée aimable.  Halimatou est inconsolable depuis que t’es parti, Boubacar.

Tristes sont aussi nos amis de l’Université. Informés par téléphone de ton « départ », ils ont immédiatement rallié Sangoyah. Maouloud, Douah et Rahim sont venus presque ensemble. Les deux Binta, Diallo et Seck, puis Aminata et Abass nous ont rejoints un peu plus tard. Retrouvailles émouvantes, spectacle déchirant ! Les autres ont tous été tenus au courant soit par téléphone, soit par Internet à travers notamment le Groupe CAECUL sur Facebook. J’avais aussi pris  le soin d’envoyer un SMS à Saliou Dian qui est au village à Satina. Elle est désemparée.

« Boubcar » (ainsi t’appelait notre prof d’anglais, Meghan Gallagher), c’est en février 2004 que nos chemins se sont croisés au Centre Universitaire de Labé à Hafia. Je me rappelle comme si c’était hier le jour où l’on a échangé pour la première fois. T’avais, comme à ton habitude à l’époque, une casquette grise vissée sur la tête. A ton accent, j’ai vite compris que tu venais du Sénégal. « Boubacar sénégalais », se plaisaient à t’appeler nos amis de MIAGE. Souvent, tu tentais de les rectifier en voulant cacher ton accent  Ouolof sans le réussir. Notre amitié a commencé là. Nous l’avons définitivement scellée lorsque tu es venu habiter avec moi  à « La Cité Parisienne » après le départ de Saïdou qui avait choisi de rejoindre ses potes à l’hôtel.

Cherif, Lamine (Grand Frère), Mamady et moi-même avions trouvé en toi un compagnon de rêve. Ton calme, ta docilité et ta gentillesse nous avaient tous emballés. Nous avions surtout trouvé en toi un véritable cordon bleu. Tu avais professionnellement modifié le goût fade de nos sauces en apportant ton savoir-faire culinaire. J’étais le plus maladroit parmi tous et tu te moquais gentiment de moi quand je me vantais d’être un « spécialiste en omelette » ! Pendant ce temps, la préparation du mafé Hako (sauce feuille), du mafé Tiga (arachide), la soupe…n’avait pas de secret pour toi. Nous te faisions des remarques du genre : « ta femme aura des problèmes pour te nourrir mon ami ». Tu répondais en riant que tu lui apprendrais la cuisine s’il le faut.  Même Saliou Dian (Zal Dian pour toi) et Batoma qui nous donnaient régulièrement un coup de main respectaient « ta marmite ».

Mon cher ami Boubacar, à Hafia nous nous étions vite trouvés des affinités, des points communs comme l’amour de la radio et la lecture. Nous discutions sans cesse des sujets d’actualité couchés sur nos lits superposés, dans les nuits glaciales de décembre. Tu occupais le Numérateur, moi le Dénominateur. Nous rations rarement une édition de « Journal du Proche et du Moyen-Orient » sur RFI avec Kamel Jaïder. Tu es le premier à me  révéler en 2005 l’existence d’un certain Barack Obama, Sénateur américain d’origine kenyane.  Nous reprochions ensemble à Saliou Dian de ne pas s’intéresser à l’actu. Elle finira, sous la pression,  par acheter un transistor à Labé.

Après notre transfert à Labé-ville (à cause de Jet Lee), nos journées étaient rythmées par la navette, à pied, entre Daka, Pounthioun et l’Ecole d’Application où nous recevions les cours. Toi, moi et Saliou Dian formions un groupe très soudé et complice. Te souviens-tu des « pique-niques de mangues » que nous organisions à trois chez moi à Pounthioun? Des virées que nous faisions chez ta mère à Daka ? La maman nous obligeait à rester pour manger, se montrant soucieuse de notre situation d’étudiants. Elle nous défendait de nous promener sous le soleil, se préoccupant de nos moindres faits et gestes. Enfin, elle aimait à nous répéter : « cherchez à épouser une femme mes enfants, l’espérance de vie de votre génération est trop courte » ! Parole prémonitoire d’une mère. Tu es parti à une dizaine de jours de ton mariage !

Man, c’est toi qui as développé mon goût pour le cinéma. T’étais un cinéphile indécrottable qui me résumait des dizaines de films, de la passion à l’action : Man On the Fire, Enough, j’en passe…La série 24 heures chrono faisait partie de nos favoris. Un seul épisode manqué équivalait à une journée entière de dépit. Les prouesses de Jack Bauer et le génie de Chloé O’Brian nous fascinaient.  Je n’osais résister à tes invitations au cinéma Daka pour voir un film. Des noms d’acteurs comme Denzel  Washington, Samul L. Jackson ou Will Smith me sont devenus familiers grâce à toi.

Côté études, t’avais une inclinaison pour les Maths, bien que nous fassions Anglais-Bureautique au début. C’est tout naturellement que tu décrochais souvent la plus haute note en Statistique et Comptabilité. Lors des grèves récurrentes que nous organisions pour dénoncer nos conditions de vie et d’études, tu as toujours été à mes côtés. Galvanisés que nous étions par les grèves générales de janvier-février 2007 qui avaient secoué toute la Guinée, les esprits s’échauffaient assez souvent entre étudiants concernant la marche à suivre. Tes conseils m’ont été précieux alors que j’assumais le poste de porte-parole du Conseil des Etudiants.

Mon cher ami, c’est ensemble que nous critiquions le comportement néfaste de l’Armée guinéenne. Surtout après les évènements de 2006 et 2007. Pourtant, tu viens de nous quitter avec le grade de margis-chef en service au Ministère de la Défense Nationale. Là, était ton destin. A l’Université, on avait tenté, toi et moi, plusieurs fois de décrocher un visa d’étudiant pour la France. Nous obtenions à chaque fois des inscriptions dans les universités. Toi à Valenciennes en AES, moi à Caen en Langues.  Nous finissions toujours par nous heurter à la barrière financière. On abandonnait pour reprendre l’année suivante. Même chose pour la DV Lottery. Tu m’encourageais à jouer : « Man, tant que je vis je jouerai à la loterie américaine», me disais-tu. Cette année encore t’avais joué, je sais, mais même si tu gagnes tu n’iras pas en Amérique ! Le Tout Puissant Allah, t’a choisi une autre destination. Comme notre amie, la regrettée Kindy Diallo en décembre 2009.

Notre diplôme de Maitrise en Administration Générale en poche, l’armée était donc la cadette de tes pensées. Mais tu as fini par te plier aux jonctions répétées de ton oncle maternel, Ibrahima Diogo Diallo, pour intégrer la Gendarmerie en 2008. Les vibrant succès que tu n’as cessé d’y collectionner ne m’ont guère étonné, te connaissant. Ton nom est connu dans toutes les unités de la Gendarmerie. Récemment, tu me soufflais prudemment que tu étais pressenti « gagnant » d’un concours pour l’école militaire de Melun en France…

Personne ne peut échapper à son destin, nous dit-on. Tu n’aimais ni la moto, ni l’Armée (au début). Pourtant, tu as quasiment succombé au champ de bataille sur une moto ! Après le flou qui a régné sur les circonstances exactes de l’accident qui t’a emporté, des témoignages concordants affirment que tu as heurté un piéton à Sonfonia T6. Tu revenais à l’Ecole Nationale de la Gendarmerie dans la nuit du 14 juin 2011, après une permission dans le cadre de préparation de ton mariage. C’est dans la matinée du 15 juin, à 7 heures, que tu as rendu l’âme au CHU de Donka. Le piéton en est sorti, lui, avec une fracture de la mâchoire et des contusions aux hanches, m’a-t-on rapporté.

Mon cher Boubacar, j’ai mille et une choses à te rappeler, mais cette lettre commence à être longue. Je sais que là où tu es, tu as tout le temps devant toi ! Je garderai de toi l’image d’un ami fidèle, généreux, honnête et sincère qui a su être mon confident des années durant. Je n’oublierai jamais ton sourire éclatant et ton esprit fertile. Notre religion, l’islam, nous défend de verser des larmes sur le mort, mais honnêtement j’ai du mal à sécher les miens. C’est trop pesant pour moi.

Je m’associe à notre chère mère, Nénan Aïssatou, à tes petites sœurs, Ramatou et Binta, à Saliou Dian ainsi qu’à tous nos autres amis pour prier pour toi. Comme pour mon petit neveu Abdoulaye à côté de qui tu reposes désormais, j’érige une stèle dans mon cœur pour ne jamais t’oublier. Man,  à la vie à la mort, je te garderai en mémoire jusqu’au jour où jour où je te rejoindrai.  Que ton âme repose en paix.

A dieu mon cher ami !

Alimou

 


Le Latsiri-et-Kossan ou l’art culinaire Peulh

Couscous (Latsiri)

Latsiri-et-Kossan ! Certains (les connaisseurs) ont déjà l’eau à la bouche à la simple évocation du nom de ce mythique plat guinéen dont les femmes Peulhs détiennent les secrets d’alcôve de la préparation. Pas une cérémonie de mariage digne de ce nom sans du Latsiri (couscous) que l’on mange goulument avec le Kossan (lait caillé). Moi qui viens d’être cocu par une troisième cousine en moins de deux ans (snif), j’ai les dents de fond qui baignent.

C’est devenu une tradition en Guinée. A l’approche du mois saint de Ramadan, les jeunes filles trouvent preneurs par centaines. Les mariages se succèdent, se chevauchent à un rythme infernal. C’est la traite. Une sorte de casting où les plus belles – ou les plus chanceuses à ce qu’on dit – passent sans coup férir. Comme à Bamako, les dimanches à Conakry c’est le jour des mariages. Amadou et Mariam ne trouveraient rien à redire. Le mois qui précède le Ramadan est rebaptisé « mois des filles » pour la circonstance.

En dehors du fait que ces cérémonies de mariage pompeux à souhait aient le don de conférer à nos villes une allure carnavalesque, c’est aussi et surtout une occasion de se régaler. La bouffe foisonne en dépit de la crise économique qui mine le pays. Les parents des mariés, soucieux de sauver l’honneur, se saignent des quatre veines pour remplir des panses béantes en cette période dite de « soudure ». Une aubaine particulièrement visée par les Niamakalas (Troubadours) et autres mendiants qui écument les quartiers pauvres de Conakry pour se gaver.

Au menu : du riz et de la viande pour l’essentiel. Le riz c’est le caviar du Guinéen moyen ; pourvu que ce soit en grandes quantités. Pour les plus nantis, en plus du jus, on rajoute des plats un peu plus traditionnels. Le fonio et l’incontournable Latsiri-et-Kossan chez les Peulhs arrivent en tête de liste. Il est impensable d’organiser une cérémonie qui se respecte sans prévoir du Latsiri-et-Kossan au  goût onctueux et succulent. Ce serait fade, mesquin, voire iconoclaste. Baptême, sacrifice, mariage, veuvage, inauguration de mosquée,…il trône partout, c’est le « plat du jour » et de résistance.  Selon ses moyens et le cachet que l’on souhaite imprimer à l’évènement, il arrive que ce soit des quantités énormes de maïs et des mètres cubes de lait qui sont engloutis en une journée.

Le Latsiri est principalement fait à base de semoule de maïs. Sa préparation obéit à un processus laborieux que nous détaille Safi Baldé, une experte en la matière : « les grains de maïs sont tout d’abord concassés pour obtenir la farine. Celle-ci est ensuite finement tamisée. Puis commence une longue cuisson à la vapeur en utilisant un linge immaculé. Avant, nos grand-mères dans les villages le préparaient dans des canaris en terre cuite ; maintenant notre génération recourt à des moyens plus techniques comme l’emploi de la grille d’un vieux ventilateur qu’on pose sur une marmite d’eau bouillante en guise de support ».

Préparation

Même « modernité » dans la fabrication du lait caillé appelé Kossan qui, invariablement, accompagne le Latsiri. On fait dissoudre du lait en poudre dans de l’eau puis on ajoute du yaourt pour le cailler par fermentation. Le lait de vache « naturel » est de plus en plus boudé. « Cela se justifie par les grandes quantité de lait requises pour les grandes cérémonies », explique Safi.

Lait (Kossan)

Une modernisation de la préparation de cette spécialité séculaire du peuple Peulh qui m’a peu à peu ôté son goût. Aussi loin que remontent mes souvenirs de petit villageois, j’ai toujours mangé le Latsiri-et-Kossan préparé dans des poteries et accompagné du lait naturel de nos propres vaches. Au besoin, nous rehaussions le goût avec du sel de cuisine. Maintenant,  on le sucre. A l’occasion du Touppal (abreuvage des animaux de vase salée), on mettait du beurre de vache dans le couscous avant d’y ajouter du lait non écrémé. Ce qui donnait au plat une saveur à la fois exquise et d’une rare onctuosité. J’en garde encore des images et des senteurs gastronomiquement impérissables. Enfin, la sobriété du plat et la solennité de sa dégustation (on le mangeait à la main) lui conféraient un symbole de prestige et d’identité. Des valeurs qu’une certaine « société de consommation » commence à travestir.

De nos jours, le prestige s’exprime en gaspillage pour le m’as-tu-vu. Récemment, il arrivait que des quantités astronomiques de couscous soient préparées pour finir dans la poubelle. Toutefois, la galère qui gangrène la Guinée constitue une véritable industrie d’affamés. Ceux-là sont capables de venir à bout  de n’importe quelle montagne de Latsiri, traditionnellement préparé ou pas, eut-elle été aussi haute que La Dame du Mali.

 


Mon portrait

Alimou Sow

Chers lectrices et lecteurs de ce blog, voilà pratiquement huit mois que bien d’entre vous viennent ici régulièrement pour lire, parfois rire, et réagir de temps à autre.  Au fil du temps, ma tronche vous est devenue familière en trônant à droite de cet écran. Je sais, pas de quoi être trop fier, elle ne paie pas de mine…pour certains ! Et puis quoi ?

Lors de mon séjour de formation à Dakar avec d’autres jeunes venus des quatre coins du monde, nous avions été soumis à l’exercice du portrait croisé. Je ne pouvais pas tomber mieux qu’entre les mains d’une « Gringa » française du nom de Christelle Bittner. Elle m’avait cuisiné pendant trois quart d’heures pour dresser mon portrait qui s’affiche sur son blog, Un autre Pérou. Ça date déjà, mais mieux vaut tard que jamais pour celles et ceux qui désirent savoir davantage à mon propos. C’est ici.

 


La Guinée a-t-elle un Président ou une Présidente de la République ?

Il y a, au fil de nos lectures, des textes qui ne nous laissent jamais indifférents. Telle de l’encre indélébile ils nous collent à la… mémoire, ne nous quittent jamais ou presque. C’est le cas – en tout cas   pour ce qui me concerne – de l’article ci-dessous, pêché sur un site web guinéen, comme il en existe des vertes et des pas mûres, au nom évocateur de guineelive.com.


Hadja Rabiatou Serah Diallo promet de dire la vérité au président Alpha Condé

MERCREDI, 01 JUIN 2011 22:12

La présidente de la république a reçu en audience ce mercredi la présidente du conseil national de  transition et certains membres de l’institution.

Au menu de la rencontre, parler de la coopération entre le législatif et l’exécutif.
Et pour la présidente du CNT, certains guinéens peuvent créer des problèmes là où il en existe pas. En opposant les gens ou encore en dressant les uns contre les autres. Pour cela  elle a demandé à la présidente de faire attention a son entourage.
Par ailleurs, tout en rassurant la présidente de la république de l’accompagner dans sa mission de redressement et de changement du pays, la présidente du conseil national de la transition, Hadja Rabiatou Serah Diallo a promis de dire la vérité au président Alpha Condé sans complaisance s’il le faut.
Pour sa part, Alpha Condé a étalé de long en large  ce qu’il a hérité de la Guinée qui est plutôt un pays et non un ETAT. Il a en outre promis d’honorer ses engagements quelque soit les difficultés.  C’est pourquoi, il dit avoir payé les arriérés de salaires des diplomates guinéens et les contributions de la Guinée au niveau des instances internationales.
Mais au cours de cette audience, il faut dire que le conseiller diplomatique du président Alpha Condé était présent a la rencontre et assis en face de la présidente du CT.
Alpha Ibrahima Keira  est  ancien secrétaire général du ministère de la fonction publique, ministre de la fonction publique, des transports et secrétaire général à la présidence de la république. Il  n’est pas un inconnu de la  présidente du conseil national de  transition, Hadja Rabiatou Serah Diallo. En 2006, ils se sont accrochés puis en 2007. D’où le mouvement social de janvier et février  2007 et les événements malheureux qui s’en sont suivis. La suite est connue. Est-ce les vieilles rivalités qui reviennent ? Rien n’est moins évident.

Mohamed Soumah

Si vous disposez encore assez d’énergie pour continuer à lire Mohamed Soumah, rendez-vous à la source. Si c’était pour un coup de pub gratos, en voilà un!

 

 


Quand l’affaire DSK ravive les relents ethno des Guinéens

Bullshit ! Ai-je dit en découvrant cette satanée interview d’une certaine Doussou Condé sur YouTube, brocardant comme une possédée Nafissatou Diallo, à grand renfort de supputations.  Bullshit, ai-je lancé en parcourant la ribambelle de commentaires qui accompagnent la vidéo vue plus de 8000 fois ! Bullshit, ai-je dégainé quand, au détour d’une conversation dans les rues dégueu de Conakry, des piques du genre « ah, c’est une p…celle-là, elle l’a bien mérité » ont ricoché dans mes oreilles. Du coup, mon « Bullshitomètre » est en passe d’imploser à force de répéter le mot de Cambronne à l’américaine.

En plus de faire entrer pour la postérité l’étrange mot de « Tchakoulé » ainsi que le nom « Nafissatou Diallo » dans les serveurs de Google, l’autre effet collatéral de l’affaire DSK est de réveiller les vieux-jeunes démons de l’ethnocentrisme des Guinéens.  Depuis le 14 mai dernier – date de l’éclatement de l’affaire ­– et surtout depuis qu’il est établi que Nafissatou Diallo est une Peule de Guinée, ses compatriotes d’ici et d’ailleurs ont renoué avec les réflexes communautaristes.

Je vous le dit tout de go : il s’agit des Peuls et des Malinkés, les deux plus grandes ethnies de la Guinée. Respectivement 40  et 30 % du reste de la population (1996). Ils s’en veulent depuis les premières heures de notre pseudo-indépendance.  Sékou Touré, le Premier Président (Malinké)  a zigouillé des milliers de personnes au camp Mamadou Boiro de Conakry (on parle de 50 000). Des Peuls pour la plupart avec notamment une velléité de décapiter  leur élite comme l’assassinat de Diallo Tély, premier Secrétaire Général de l’OUA.  La dernière élection présidentielle opposant au second tour Cellou Dalein Diallo (Peul) et Alpha Condé (Malinké) a complètement déchiqueté le tissu social déjà fissuré. Maintenant, les deux communautés se regardent en chiens de faïence, se balancent des quolibets à chaque occasion. L’affaire DSK en est, malheureusement, une autre !

Même s’il y a des incertitudes dans les deux camps concernant cette affaire, ce que je constate surtout est que l’on supporte ou vilipende Nafissatou  selon qu’on est Peul ou Malinké dans la plupart des cas. Dans les marchés, au bureau, à l’école, dans les transports publics, on ne parle que de ça. Bonjour les supputations, les accusations, les menaces et les insultes. Analphabètes et intellectuels jouent le même jeu, fument le même calumet, bouffent dans la même gamelle ethno.

Comme avant et après l’élection présidentielle, la guerre s’est propagée sur Internet. En première lignes, les réseaux sociaux. Sur le front Facebook, les murs sont inondés des propos malsains. Les Condé et les Diallo s’envoient des obus par Nafissatou interposée. Les uns (pas tous) la discréditent à cause de son origine ethnique, les autres (pas tous non plus), essaient de la défendre par affinité, que dis-je, par parenté. Le tout avec Cellou Dalein et Alpha Condé en filigrane. Purée !

Avec 383 amis sur Facebook, dont un groupe politique sulfureux, et un compte Twitter où je suis la plupart des médias internationaux, je prends le tout en pleine gueule. Depuis que j’ai découvert et installé TweetDeck sur mon Galaxy, rien ne m’échappe, le matraquage devient plus intensif, plus violent. C’est un peu comme se positionner sur une guérite pour observer des prisonniers qui s’étripent en bas.

La Justice américaine, libre et indépendante n’a pas hésité de mettre aux arrêts, puis d’inculper l’une des personnalités les plus influentes de la planète, soupçonnée d’agression sexuelle. Vu d’ici, cela est d’autant plus ahurissant que des dizaines de femmes, publiquement et horriblement violées le 28 septembre 2009, se murent dans le silence en attendant une hypothétique justice. Ici, personne ne moufte alors que des Associations féminines françaises ont manifesté la semaine dernière pour dénoncer les dérives sexistes de certains hommes politiques.  Plus près de chez nous, au Sénégal, la société civile et les défenseurs des droits de l’homme prennent fait et cause de l’affaire DSK pour soutenir Nafissatou. Pendant ce temps, mes compatriotes se cyber-attaquent à propos d’une de leur compatriote sous le silence coupable des autorités pour qui la « réconciliation » est une farce.

Ainsi va la Guinée, pays immensément riche mais réduit à tendre la sébile à cause de l’incapacité de ses dirigeants à faire taire les rancœurs en rendant justice, à extirper les mesquineries et les bassesses ethniques pour amorcer le développement tant espéré. On est descendus trop bas.  Bullshit!

 


Qui est vraiment Nafissatou Diallo?

Illustration "affaire DSK"/Oscar

L’adverbe « vraiment » ci-haut dans le titre de ce billet a valu au site Slate.fr une explication détaillée suite à un déchainement de cris d’orfraie qu’il a suscité dans un article portant le même titre. C’est le lieu donc de préciser qu’il est loin de moi la volonté de surfer sur la vague – le mot vaut son pesant d’or – pour « wikileakser » la vie privée d’une personne qui souffre déjà dans son âme.  Mais après avoir avalé des kilomètres et des kilomètres de textes et d’images, parfois hallucinantes comme cette vidéo d’interview de Madame Doussou Condé, sur Nafissatou et sur la Guinée, je me devais d’apporter des précisions pour moi-même d’abord. Je n’ai pas trouvé mieux que cet article, puisé à la source, qui s’étale à la page 4 du Numéro 997 de ce 23 mai 2011 du Satirique guinéen Le Lynx. Lisez plutôt.

Nafissatou…sur l’affaire DSK

Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel New York qui accuse Dominique Strauss-Kahn, l’ex-Directeur Général du Fonds Monétaire International de l’avoir violée a vu le jour dans un petit hameau coincé là-bas entre monts et vaux, dans la préfecture de Lélouma. Que d’acrobaties pour y arriver. Il faut braver une piste poussiéreuse et caillouteuse ici, montagneuse, inaccessible aux véhicules là. Ne parlez surtout pas du Moyen Age ! Le 19 mai des journaleux étaient sur les traces de Nafissatou. Boubacar Siddy Diallo, frère ainé de Nafissatou Diallo nous a accueillis, nous a parlé à cœur ouvert. « Vous ne vous êtes pas trompé de chemin. Tchakulé est le seul village du Foutah qui porte ce nom. Nafissatou est née dans cette maison que vous voyez ».

Commence alors une visite de ce petit village paisible, dans un bas fonds coupé du monde. « Elle est née dans cette maison, à l’époque, une case. Sa sœur Hassanatou Diallo qui l’a fait venir aux Etats-Unis auprès d’elle a cassé la  case pour construire cette belle maison ». Dans le hameau, sept maisons en dur, l’une équipée d’une antenne parabolique et de deux panneaux solaires. « Nous sommes isolés du monde, mais grâce à cette antenne parabolique, nous suivons les championnats de football du monde. J’adore le football et plus particulièrement la Liga » lance Boubacar Siddy comme pour impressionner. Bel homme, malgré les rides du visage.

« Nous ne sommes pas riches, mais notre village est béni. C’est Dieu qui nous préserve ici » sourit-il. Au beau milieu du village, une petite mosquée en construction. On remonte dans la maison où est née Nafissatou. Jolis meubles, grand salon, un couloir, deux chambres à coucher de chaque côté. Sur le mur, deux photos encadrées : deux doyens assis de l’une, pour la seconde, une très belle dame en tenure africaine. « C’est la photo de notre papa, la seconde photo est de Nafissatou, ma sœur ». Boubacar Siddy marque une pause et attaque l’histoire de Nafissatou Diallo. « Depuis sa tendre enfance, Nafissatou se distingue de ses copines. Elle ne parle pas beaucoup, aime travailler. Elle passait le clair de son temps à la vaisselle, au linge ou à la propreté de la maison. C’est une solitaire, je dirais une marginale, qui ne s’intéresse pas au futile ». Boubacar Siddy poursuit que sa sœur a grandi dans la stricte culture musulmane de son Lélouma natal qui regorge d’érudits. A sa majorité Nafissatout et son cousin Abdoul Gadiri Diallo décident de convoler en justes noces. Le mariage est célébré selon les rites du Fouta Djallon. Nafissatou et son mari vivront ensemble des années. Ils auront une fillette. Gadiri tombe malade, décède.

« Contrairement à ce que les gens disent, ma sœur et son mari formaient un couple exemplaire. Ils s’aimaient beaucoup, étaient très pieux ». Son mari enterré, Nafissatou décide de s’éloigner de Tchakulé pour oublier. Elle s’installe à Conakry, Hassanatou Diallo vit à New York, veut que sa sœur l’y rejoigne. Nafi obtient son visa. Boubacar Diallo raconte : « Elle est revenue ici radieuse. Elle m’a dit : frère, j’ai mon visa pour les Etats-Unis, je vais partir, mais je ne t’apporterai aucun cadeau, hein ! Elle éclate de rire. Nous étions contents pour elle. Moi, surtout, qui rêve d’aller aux Etats-Unis ».

Nafissatou Diallo quitte Tchakulé un soir après avoir dit au revoir à tous les siens. Ses parents restés à Tchakulé ne l’ont plus revue. « Elle n’a aucune réalisation dans  ce village. Nous, enfants de même père qu’elle, elle ne nous appelle pas, ne nous apporte pas d’argent, rien, contrairement à sa sœur Hassanatou qui pense à nous et qui a construit ici comme vous le voyez. Mais, cela n’est pas grave, l’essentiel pour nous est qu’elle se porte bien et qu’elle n’a pas de problème. Nafissatou est la benjamine de six enfants de même mère, même père. Moi, je suis l’ainé de quatre de même mère, même père. Nous sommes dix donc. Nafissatou ne pense qu’à ses frères de même mère et même père qu’elle. Mais, cela c’est l’Afrique, on le comprend ». Siddy fronce la mine, réprime une montée d’adrénaline.

« Etes-vous au courant que votre sœur a des problèmes aux Etats-Unis là où elle travaille ? », hasarde le Moutard Bah de RFI. Réponse de Siddy : « Non ! C’est vous qui nous l’apprenez. Je vous ai dit qu’elle n’a pas de contact avec le village. Nous n’avons pas de ses nouvelles. Il y a quelques années, lorsque notre papa est décédé, je l’ai appelée de Bissau pour lui présenter mes condoléances. Lorsqu’elle a décroché elle ad dit que ces numéros de téléphone d’Afrique ne l’enchantent pas parce que les gens en Afrique ont trop de temps pour parler alors qu’elle a beaucoup de boulot à abattre par jour aux Etats-Unis pour gagner sa vie dignement. Cela m’a vexé. Lorsqu’elle a su que c’était moi au bout du fil, elle s’est excusée, mais le mot était parti. Depuis ce jour, j’ai décidé de ne plus l’appeler. Voilà. Alors elle a un problème là-bas ? »

Après que le Moutard Bah, sans  entrer dans les détails, a eu dit la situation de Nafissatou à New York, Siddy a lâché attristé : « Que Dieu aide ma sœur, veille sur toutes mes sœurs et frères qui vivent hors de ce village ! »

Nafissatou Diallo, nous a expliqué Siddy, est la fille de Thierno Ibrahima Diallo et de Néénan Aissatou Diallo. Son père, décédé à l’âge de 98 ans, était un érudit très versé dans le coran. « Sa maman se trouve au Sénégal pour des soins. Inutile de me demander son numéro, je ne l’ai pas ».

Mamadou Bhoye Bah, l’aidé de toute la famille, 82 ans, assis, tête baissé, une canne à la main, a suivi toute la scène, entendu tout. Il lève les des yeux qui brillent dans un visage entièrement bouffé par des rides. « J’avais entendu une radio annoncer qu’une femme a eu un problème chez les Blancs, mais je ne savais pas que c’est notre sœur. Maintenant, par vous, je comprends qu’il s’agit d’elle. Nous prions pour elle et compatissons à ses peines. Nous sommes de cœur avec elle ».

Les habitants de Tchakulé vivent dans « leur paradis », loin des politiciens et leurs discours sirupeux, loin de la crise  économique qui mine la Guinée, loin des coupures de courant et d’eau. Ici, pas de moustiques, fait pas chaud. Ce qui compte, c’est l’agriculture, c’est le Coran, c’est la mosquée. Pour très peu, le commerce.

Les marmots de Tchakulé semblent heureux. « Nous n’avons pas de réseau téléphonique. Il nous faut aller loin à pied vers une zone couverte par des opérateurs. Nous n’avons pas de centre de santé, pas d’école. Un marché se tient ici tous les jeudis, c’est là que nous faisons nos achets. Mais, nous nous sentons très bien dans ce village que nous aimons » conclut Boubacar Siddy Diallo.

Abou Bakr

P-S : des proches de Nafissatou que je côtoie m’ont dit qu’elle a eu deux autres garçons qui sont décédés en plus de sa fille, amizo, 15 ans. Selon eux, c’est en 2001 qu’elle est allée aux Etats-Unis en gagnant la loterie américaine (Green Card).

 


De New York à Labé, l’onde de choc de l’affaire DSK !

DSK et un fake de Nafissatou Diallo

Depuis ce dimanche 15 mai 2011, les yeux du monde entier sont tournés vers New York pour scruter ce qui est convenu d’appeler « l’affaire DSK ». Plusieurs centaines de journalistes ont leurs micros, caméras et claviers à l’affût de la moindre info concernant le désormais ex-patron du Fond Monétaire International (FMI), Dominique Strauss Kahn (DSK), impliqué dans une scandaleuse affaire de mœurs. Facebook et, surtout, Twitter tournent à plein régime. Et l’onde de choc soulevée par ce séisme est ressentie jusqu’à Labé, ville située à 400 km à l’est de Conakry la capitale guinéenne. Et pour cause !

Nafissatou Diallo, c’est le nom de la protagoniste de DSK dans cette affaire.  Présentée successivement comme une sénégalaise, une portoricaine, puis comme une ghanéenne, Nafissatou Diallo, alias Ophelia, est maintenant formellement identifiée pour être une guinéenne de 32 ans « originaire de la région du Foutah Djallon ». De quelle partie du Foutah ? Aucune information fiable par rapport à cette question ; même si le nom de la préfecture de Labé est souvent revenu dans les conversations au tout début. Depuis quelques jours on évoque la petite localité de Sagalé, préfecture de Lélouma (460 km de Conakry),  comme village d’origine de Nafissatou.

Il faut dire que le Foutah tout entier constitue une véritable pépinière de miss de par la beauté des femmes de la région. Des femmes Peulhs, musulmanes, éduquées dans l’humilité où le sexe est souvent un tabou dans le cercle familial. Quand on y ajoute le traumatisme résultant des viols  perpétrés sélectivement  contre elles le 28 septembre 2009 dans le stade du même nom, ainsi que la mémorable descente militaire dans la région suite aux violences électorales de 2010, on comprend tout à fait leur mutisme face à cet énième cas de viol. Seuls les hommes acceptent de livrer leur avis alimentant un débat qui est loin d’être tranché.

Alpha Oumar Diallo, Directeur Préfectoral de l’Education de la préfecture de Mali, est l’oncle maternel d’Amadou Diallo, un jeune guinéen (de Lélouma) abattu en février 1999 par quatre policiers newyorkais qui avaient été acquittés par la suite. Pour lui « Si Dominique Strauss Kahn est victime d’un complot, ceux qui l’ont fomenté ont su appuyer là où ça fait mal. J’étais incrédule au début de l’affaire, mais à présent je pense que DSK n’a pas su maitriser sa libido ». Et  d’ajouter « l’issue de cette nouvelle affaire qui implique une guinéenne risque toutefois d’être décevante pour la victime en termes de consolation ».

Pour Sâa Oscar Ouendéno, professeur homologue au Centre Universitaire de Labé, c’est « impensable qu’une telle personnalité fasse une chose pareille dans un lieu comme un hôtel. Ensuite, la vitesse à laquelle les faits se sont déroulés, me fait croire à un montage lié à sa prétention de candidat à la prochaine présidentielle française. Pour la femme, je sais rien d’elle mais on est en Amérique et 50  cent disait : Get rich or die trying » !

Même son de cloche de la part de Talibé Diallo, étudiant. S’il ne nie pas le prétendu cas de viol, il pense tout de même que « c’est un complot ourdi contre les socialistes par l’UMP. Et c’est bien malin d’impliquer non pas une française ou une américaine mais une guinéenne pour mieux camoufler l’affaire », ajoute-t-il.

Ibrahima Marie Camara, Consultant en santé reproductive à Labé est, quant à lui, « convaincu de la culpabilité de Dominique Strauss Kahn, puisque cette femme ne peut pas l’accuser comme ça » soutient-il.

Une femme à propos de laquelle on sait très peu de choses. Et la presse qui forme l’opinion ayant horreur du vide, de nombreuses photos (fausses) d’elle circulent sur Internet, piégeant même des rédactions jugées sérieuses.

La série de quatre photos ci-dessous seraient toutes des fakes (faux) pêchées sur Facebook. La dernière montre l’écrivain sénégalaise Nafissatou Niang Diallo, avec son mari en décembre 1975! Le mystère continue donc, les supputations aussi.

 

 

 

 


La Guinée, vue du ciel

Dans le ciel de Conakry

Siège 20C Classe commerciale d’un vol de Sénégal Airlines Dakar-Conakry. A l’aller, j’occupais le 14C, au beau milieu d’une rangée de trois sièges. A ma gauche, côté hublot, y avait mon ami Fodé en proie  au  « mal de l’air ». Devant, une calvitie sur laquelle dansaient les lumières internes de l’avion et, à ma droite,  l’incessant va-et-vient des hôtesses de l’air hyper maquillées.  C’est tout ce qui m’était donné à voir. Spectacle affligeant même pour une première (sauf pour les hôtesses) ! Dieu merci, ça n’avait duré qu’une heure et quelques minutes. Cette fois, au retour, avec le 20 C, je m’offre l’hublot tout seul ! C’est le pied pour mater les paysages célestes par cette belle journée de fin avril.

Jusqu’à ce jour j’ignorais complètement que l’hublot d’un avion qui traverse une partie de l’Afrique est aussi bon que National Geographic Channel. Je l’ai senti dès que l’avion a pris de l’altitude. Tout de suite, la ville de Dakar devenait de  plus en plus petite au fur et à mesure que l’on montait et s’éloignait. Puis l’océan. Quelques îles. Dans le grand bleu, les bateaux laissaient dans leur sillage une trainée blanche semblable à celle que je j’observais, étant gosse, derrière les avions dans mon village natal.

Après quelque chose comme un quart d’heure de vol, le paysage change d’aspect. L’océan cède la place à une infinie verdure. Sans en être sûr, je pense que c’est ma Guinée. D’innombrables cours d’eau.  De petits ruisseaux se rencontrent, s’allient avant de rejoindre un grand fleuve tortueux qui se jette à la mer dans un énorme delta. Le « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest » se matérialise. C’est le moment de sortir l’artillerie : mon Pentax Optio H90. Mince! Il se trouve dans la poche de mon petit sac rangé dans les entrailles de l’avion ! Mon Samsung Galaxy, vade-mecum des Mondoblogueurs, fera l’affaire. Mais il faut ruser pour pouvoir s’en servir.

Les hôtesses ont déjà prévenu que les téléphones sont interdits d’utilisation durant le voyage. Discrètement, je l’allume pour jouer au paparazzo. Ça aurait été du « deux poids deux mesures » si elles me l’interdisaient.  La passagère à me droite, une belle maigrichonne, avait tout un arsenal de gadgets électroniques qu’elle manipulait ostensiblement. Elle ne levait le regard de son BlackBerry que pour le replonger sur son iPod ou son laptop. A un moment, elle s’offrait même un film sur ce dernier. « Une vraie geek (mordue d’informatique)», pensais-je !

Un instant distrait par la p’tite, je renoue avec mon « hublot-télé ». Sur mon écran défilaient à présent des pistes rurales, couleur marron, qui serpentent des plaines, enjambent des ruisseaux avant de disparaitre dans une bourgade.  Cette fois c’est certain: nous sommes dans le ciel guinéen. Au milieu de nulle part, nichées sur ce qui me semble être des montagnes ou de hauts plateaux, des maisons en tôles blanches me rappellent que ces contrées ultra enclavées sont habitées. Autre paradoxe guinéen. Les citoyens suent sang et eau pour se taper un bel abri dans un no-man’s-land, souvent au prix de longues années d’exil, alors que l’Etat ne leur offre quasiment aucun service social de base. Pas de route, peu ou pas de téléphone, pas d’électricité, pas d’eau. Pendant ce temps, le Sénégal, un pays semi-désertique, l’eau n’est absente dans la nature que pour être présente dans les habitations.

« Mesdames et Messieurs, dans quelques instants nous allons atterrir à l’aéroport international de Conakry, veuillez attachez vos ceintures de sécurité… ». La douce voix de l’hôtesse me tire de mes rêveries comparatives. Les quartiers de la banlieue de Conakry apparaissent à mon « écran ». Même routes poussiéreuses que tout à l’heure. Une sorte d’écran de fumée qui s’étale au-dessus de la ville empêche le regard de porter plus loin. Pas étonnant, y a un volcan en dessous !

Quand l’avion a amorcé sa descente, j’ai reconnu l’Usine de Ciments de Guinée dans le quartier de la Cimenterie. Quelques instants plus tard  (qui m’ont paru une éternité), je ne voyais que la mangrove à ma gauche, pensant que l’Airbus a dépassé la piste d’atterrissage. Alors là, d’horribles images ont commencé à défiler non pas à l’hublot mais dans mon cerveau : le vol Rio-Paris, le crash de La Concorde et surtout un avion d’Air Mauritanie qui avait raté son atterrissage ici-même…J’ai tout de suite entamé l’Ayattal Koursiou (versets du Coran). On conseille de le réciter une à trois fois en cas de danger. En l’espace d’une poignée de minutes, je l’ai déroulé une bonne dizaine de fois, en coupant parfois au milieu avant de reprendre…Finalement, l’avion s’immobilise en douceur sur le tarmac de l’aéroport. Bouffée d’oxygène ! Je remercie le Ciel.